Saint Ange de Jérusalem
Martyr de l'Ordre des Carmes
Résumé
Né à Jérusalem de parents juifs convertis, Ange devint carme et vécut cinquante ans en ermite avant d'être envoyé en mission en Sicile. À Rome, il rencontra saint François et saint Dominique qui prédirent son martyre. Il fut assassiné à Licata par un noble dont il dénonçait l'inceste, mourant en pardonnant à ses bourreaux.
Biographie
SAINT ANGE, DE L'ORDRE DES CARMES, MARTYR
Ce ne sont pas les Martyrs qui font l'Évangile; c'est l'Évangile qui fait les Martyrs.
S. Cyprien, Ep. VIII Martyr. et Conf.
Deux époux, Jessé et Marie, tous deux juifs, qui avaient la crainte de Dieu, souhaitaient ardemment de connaître la vérité. Un jour, la sainte Vierge leur apparut et leur déclara que le Messie était venu, que c'était son fils, et elle les exhorta à croire en lui. Touchés de cette apparition, ils s'adressèrent au patriarche de Jérusalem qui les mit d'abord parmi les catéchumènes, et, après le temps requis, leur conféra le baptême.
Marie, devenue chrétienne, mit au monde deux jumeaux, dont l'un, dans le baptême, fut appelé Ange, et l'autre, Jean.
Ces deux enfants avaient quatre ans, d'autres disent sept ans, lorsqu'ils perdirent leurs parents, qui les laissèrent sous la tutelle et la protection du patriarche qui les avait baptisés. L'homme de Dieu les reçut en sa maison comme ses propres enfants, et les éleva dans la vertu et dans les sciences avec la même affection que s'il en eût eu la commission du ciel. Lorsqu'ils
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eurent dix-huit ans, prévoyant que sa mort n'était pas éloignée, il leur proposa de se faire religieux de l'Ordre du Mont-Carmel ; c'était ce qu'ils désiraient avec ardeur, et ils ne pouvaient pas entendre une proposition qui leur fût plus agréable. Aussi, sans différer, ils entrèrent dans le couvent de cet Ordre, à Jérusalem, et y prirent l'habit de religion. Ils passèrent leur noviciat avec une si grande ferveur et une sainteté si édifiante, qu'ils n'eurent aucune peine à être reçus à la profession. Pour la faire, ils demandèrent d'aller au Mont-Carmel, et ils furent accueillis de tous les Pères avec une joie et une bienveillance extraordinaires.
Après leurs vœux, comme ils avaient devant les yeux la vie de ces grands Prophètes, qui avaient sanctifié cette montagne par leurs larmes, leurs prières et leurs pénitences, ils voulurent joindre les exercices les plus rigoureux de la mortification à une oraison continuelle. Outre leur Règle, qu'ils observaient au pied de la lettre, ils entreprirent, par la permission de leurs supérieurs, beaucoup d'autres austérités. Quatre jours de la semaine, depuis la sainte Croix de septembre jusqu'à Pâques, ils se prenaient que du pain et de l'eau, et les autres jours, ils n'y ajoutaient que des fèves crues, ne mangeant jamais de chair, ni rien de ce qui en provient, et ne buvant jamais de vin. Ils avaient, au lieu de chemise, des cottes de mailles qu'ils n'ôtaient jamais, et ne couchaient que sur des planches. Telles furent les mortifications corporelles qu'ils continuèrent jusqu'à la fin de leur vie. Pour leurs prières vocales, ils récitaient tous les jours les cent cinquante psaumes de David.
Ces deux frères firent plusieurs miracles, que l'on peut voir dans la Chronique de leur Ordre ; nous n'en rapporterons qu'un ici, pour faire voir le mérite de l'obéissance. Le bienheureux Ange, étant âgé de vingt-six ans, fut envoyé, par ses supérieurs, à Jérusalem, pour y être ordonné prêtre. Il fit de grandes résistances pour n'être point promu à cette dignité, qu'il regardait comme un ministère infiniment élevé au-dessus de ses mérites ; mais il fallut que son humilité cédât à la volonté de ceux qui tenaient à son égard la place de Jésus-Christ. Dans ce voyage, arrivé sur les bords du Jourdain, il le trouva débordé contre l'ordinaire, sans aucun moyen de le passer. Cela ne fut point capable de l'arrêter dans un voyage entrepris par pure obéissance : il pria Dieu pendant une demi-heure, invitant les soixante personnes qui l'accompagnaient, à en faire autant. Ensuite, il commanda aux eaux de lui faire passage, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par les mérites des saints patriarches Élie et Élisée, et en considération de la sainte obéissance qui l'envoyait. Aussitôt le fleuve obéit à sa voix ; et, arrêtant d'un côté le cours de ses eaux, et coulant de l'autre vers la mer, il laissa le passage libre à toute l'assemblée : Dieu renouvelant ainsi les anciennes merveilles qu'il avait faites au temps de Moïse, de Josué et du prophète Élisée.
Le bruit de ce miracle se répandit bientôt dans tout le pays, et particulièrement dans Jérusalem, dont les habitants vinrent au-devant de saint Ange ; comme il était leur compatriote, ils supplièrent le prieur du couvent de le retenir, ce qu'il fit. Le Saint dit, donc sa première messe dans cette maison. Il obtint ensuite permission de passer les fêtes de Noël dans la crèche de Bethléem ; et, pendant qu'il y était, une femme apporta, à ses pieds, son fils qui était mort, le suppliant de le ressusciter. Ange se trouva tout interdit à cette demande, ne se croyant pas digne de faire des miracles ; mais, vaincu enfin par les larmes d'une mère affligée, il étendit sa chape sur l'enfant ; et comme il priait, les yeux élevés vers le ciel, le mort revint
en vie, publiant la gloire du Tout-Puissant et le mérite de son serviteur.
Ces miracles, faisant connaître le bienheureux Ange plus qu'il ne voulait, il résolut de mettre son humilité hors de ces périls, en fuyant le monde. Dès le lendemain de cette résurrection, il se retira secrètement, avec permission de son prieur, en un désert de la Palestine, appelé le désert de la Quarantaine, à cause du jeûne de quarante jours que Notre-Seigneur y a fait. Il y passa cinquante ans dans une si grande solitude, qu'il n'y était visité que par des esprits célestes.
Durant ce temps, Jean, son frère, qu'il avait laissé sur le Mont-Carmel, et qui s'y était rendu illustre par toutes sortes de vertus, fut élu patriarche de Jérusalem. Ce nouveau prélat, ne pouvant plus souffrir l'absence de son saint frère, ne négligea rien pour découvrir où il était. Dieu fit en même temps connaître à saint Ange qu'il voulait se servir de lui pour la conversion des âmes dans un pays éloigné, et qu'il devait, pour cela, quitter la vie solitaire et érémitique. Ainsi il retourna à Jérusalem, s'adressa à son frère, et lui déclara l'ordre qu'il avait reçu du ciel de passer en Italie, et de là en Sicile. En attendant le moyen de s'embarquer, il fit quelques prédications dans cette sainte ville, avec tant de zèle, que dans une seule il ne convertit pas moins de quatre-vingts juifs. Après avoir donné cette consolation à sa patrie, il prit avec lui trois de ses confrères, dont l'un s'appelait Enoch; c'est celui qui a écrit sa vie, comme l'a remarqué le cardinal Baronius dans ses Annotations sur le Martyrologe romain.
En passant par Alexandrie, selon l'ordre qu'il en avait reçu du ciel, il salua le patriarche, qui lui donna des reliques pour porter à Rome; après une première descente en Sicile, où il fut tiré miraculeusement des mains des pirates, il alla à Rome offrir les reliques dont il était porteur, au pape Honorius III, et lui exposer que Dieu le destinait à évangéliser la Sicile. Le Pape lui fit très-bon accueil et lui donna pouvoir de remplir la mission à laquelle Dieu l'avait appelé. Avant de partir, Ange visita les églises de cette sainte cité, et rencontra, dans Saint-Jean-de-Latran, saint Dominique et saint François, qui s'entretenaient ensemble.
Saint François, le voyant, dit à saint Dominique: « Voilà un Ange de Jérusalem; son nom est déjà marqué dans le ciel, comme celui d'un martyr ». Et, en disant cela, il s'avança vers lui, et se jeta à ses pieds; mais Ange, qui fut éclairé d'une semblable lumière, le releva et lui dit: « Quel bonheur, mon cher Père François, de vous rencontrer, vous qui êtes un homme véritablement humble, et qui méritez de porter les marques sacrées de notre Rédemption! » Au sortir de l'église, il guérit un lépreux, ce qui fut, en quelque façon, le sceau de sa mission apostolique.
Ensuite, il se rendit une seconde fois en Sicile, où son arrivée fut signalée par plusieurs miracles; et à peine eut-il mis pied à terre, dans l'île, qu'il commença à prêcher les vérités de l'Évangile: ce qu'il fit avec tant de succès, qu'il convertit en peu de temps quatre cents juifs, qui reçurent le saint Baptême. On vit, dit-on, tomber des roses et des lis de sa bouche, pendant qu'il parlait. Il guérit aussi plusieurs malades, entre autres l'archevêque de Palerme. Le Saint, après lui avoir rendu la santé, se fit connaître à lui et lui demanda son agrément pour exercer sa mission dans toute l'étendue de son diocèse.
Il y avait dans cette île un comte, appelé Bérenger, qui était de grande autorité par tout le pays, mais d'une vie très-scandaleuse; il entretenait publiquement sa propre sœur. Le Saint, à qui Dieu avait fait connaître ce désordre dès la Palestine, vint à la ville d'Alicata, où cet incestueux faisait
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sa résidence. Il lui parla d'abord en particulier; mais n'ayant rien gagné sur lui, il lui remontra en public l'abomination et l'horreur de son crime, et le menaça des châtiments de Dieu et des rigueurs de sa justice; il le fit avec tant d'énergie, que les plus intimes confidents du comte l'abandonnèrent, et sa sœur, cédant enfin aux reproches de sa conscience, reconnut sa faute, confessa son crime et l'effaça par un torrent de larmes, déclarant hautement que, depuis douze ans, sa vie avait été pleine d'infamie devant Dieu et devant les anges, quoique les hommes n'en eussent peut-être pas vu toute l'horreur et toute l'abomination.
Mais le comte endurci, et grinçant des dents comme un frénétique contre son médecin, jura que la liberté de ses discours lui coûterait la vie. En effet, tandis que le serviteur de Dieu continuait ses prédications, saint Jean-Baptiste, par l'ordre duquel il avait entrepris cette mission, lui apparut le premier jour de mai, et l'assura que le cinquième jour suivant serait le jour de son triomphe et de sa gloire. Ange s'y disposa comme pour une bonne fête, et ce jour heureux pour lui étant arrivé, il monta en chaire pour achever de dire tout ce que l'Esprit de Dieu lui inspirorait pour l'accomplissement de sa mission. Ensuite il alla dire la messe dans l'église de Saint-Jacques, au sortir de laquelle des assassins se jetèrent sur lui et le percèrent de cinq coups d'épée. Le peuple commençait à s'émouvoir; mais le saint Martyr l'apaisa, et, avec une parfaite présence d'esprit, il récita tout haut le premier psaume : « Bienheureux l'homme qui n'est point allé en l'assemblée des impies »; et le trentième : « Seigneur, j'ai espéré en vous », jusqu'au verset : « Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains ». Et, en disant ces paroles, il expira le 5 mai de l'année 1225, ou environ; c'était deux ans après la rencontre de saint Dominique et de saint François. Toute l'assistance aperçut un rayon de lumière qui, sortant de sa bouche, s'élevait jusqu'au ciel, et une espèce de colombe qui semblait prendre son vol le long de cette clarté; il apparut aussi en même temps à l'archevêque de Palerme, lui faisant savoir qu'il s'en allait au ciel, et le priant de faire enterrer son corps à l'endroit où il avait répandu son sang pour la gloire de son Maître. L'archevêque lui fit faire des funérailles conformes à sa grande réputation de sainteté.
On le représente : 1° tenant à la main une palme dans laquelle sont enfilées les trois couronnes de la virginité, de la prédication et du martyre; 2° avec un glaive qui lui perce la poitrine et lui fend la tête.
Le Martyrologe romain dit qu'il mourut par les mains des hérétiques, d'où l'on infère que le comte avait ajouté l'hérésie à son inceste. Pour les saintes reliques qu'il apporta d'Alexandrie à Rome, le catalogue en est écrit bien au long dans les Annales de l'Église, sous l'année 1220; c'était une image de la très-sainte Vierge Marie, les os d'un bras et d'une jambe de saint Jean-Baptiste, le chef du prophète Jérémie, un bras de sainte Catherine, vierge et martyre, et l'os d'une jambe de saint Georges, martyr de Cappadoce.
Le diocèse d'Amiens possède quelques reliques du Saint : une omoplate est conservée dans une chasse à Assevillers; un os de l'avant-bras à Chaulnes.
Cette Vie a été tirée des Annales ecclésiastiques de Baronius et d'un manuscrit qui est en Vatican, n. 3843, concernant les affaires de l'Ordre du Mont-Carmel. Le pape Honorius III a mis saint Ange au nombre des saints Martyrs, peu de temps après sa mort, ainsi que l'a remarqué le R. P. François Victor, médecin, en son Traité de la consolation des Saints.
Événements marquants
- Naissance à Jérusalem de parents juifs convertis
- Entrée à l'Ordre du Mont-Carmel à 18 ans
- Retraite de 50 ans dans le désert de la Quarantaine
- Mission en Sicile sur ordre divin
- Rencontre avec Saint Dominique et Saint François à Rome
- Martyre à Alicata par le comte Bérenger
Miracles
- Ouverture des eaux du Jourdain
- Résurrection d'un enfant à Bethléem
- Guérison d'un lépreux à Rome
- Roses et lis sortant de sa bouche pendant ses prêches
- Guérison de l'archevêque de Palerme
Citations
Voilà un Ange de Jérusalem; son nom est déjà marqué dans le ciel, comme celui d'un martyr
Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains