Saint Aré (Arey)

Évêque de Nevers

Fête : 16 aout 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Élu évêque de Nevers vers 548, saint Aré se consacra à l'extirpation du paganisme et à la réforme des mœurs. Célèbre pour avoir ressuscité son serviteur Ours, il demanda que son corps soit déposé après sa mort dans une nacelle sur la Loire. Le bateau remonta miraculeusement le courant jusqu'à Decize, où il fut inhumé.

Biographie

SAINT ARÉ OU AREY, ÉVÊQUE DE NEVERS

L'espérance est, au milieu des maux de la vie, un gage de consolation. Saint Innocent III.

Saint Aré succéda, sur le siège épiscopal de Nevers, à Rustic, qui fut un des Pères du troisième et du quatrième concile d'Orléans. Si l'on en croit la tradition, c'était un étranger que la Providence avait conduit à Nevers. Il fut élu évêque de cette ville vers 548.

L'idolâtrie régnait encore en beaucoup d'endroits de ce diocèse qui était, de plus, infecté de plusieurs hérésies et en proie à beaucoup de désordres et de vices, après avoir été désolé par plusieurs guerres. Aré s'appliqua avec un soin et un courage infatigables à ruiner tous les restes du paganisme, à bannir de son diocèse toutes sortes d'erreurs, à réformer les mœurs corrompues des fidèles et à renouveler l'ancienne ferveur du christianisme. Il employa pour cela les prières et les larmes assidues au pied du sanctuaire, et le glaive de la parole de Dieu, qu'il maniait tous les jours avec beaucoup de succès. L'innocence et la pureté de sa vie répondaient à la sainteté de sa doctrine ; car il était chaste, sobre, patient, modeste, pénitent, juste dans tous ses jugements et fervent dans toutes ses actions. Il ne faisait qu'un repas, ne buvait point de vin, dormait peu, et le temps qu'il prenait sur son sommeil, il l'occupait fidèlement à l'oraison. Notre-Seigneur autorisa aussi ses discours et ses exemples par de grands miracles : ses Actes portent qu'il donnait la vue aux aveugles et l'ouïe aux sourds, qu'il faisait marcher droit les boiteux, rendait la santé aux malades et ressuscitait même les morts.

Lié d'une amitié étroite avec les papes Vigile et Pélage, il se rendit plusieurs fois à Rome pour les visiter l'un et l'autre, pendant le cours de son épiscopat. Au retour d'un de ces voyages, il envoya en avant un de ses gens, nommé Ours, pour prévenir les habitants de Nevers de son arrivée. Celui-ci trouva la Nièvre débordée, et le pont, sur lequel il devait passer,

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enlevé par les eaux. Cependant il voulut tenter de traverser la rivière à cheval; mais, entraîné par la force de l'eau, il se noya. Saint Aré, arrivé à l'endroit où le malheur avait eu lieu, voyant son serviteur privé de la vie, se prosterna et pria Dieu avec ferveur de lui rendre celui qui venait de périr si misérablement, pour avoir voulu exécuter trop scrupuleusement ses ordres. Sa prière fut exaucée; Ours put encore servir son maître pendant de longues années. En mémoire de ce miracle, lorsqu'on eut reconstruit le pont, on le nomma Pont-Saint-Ours, nom qu'il porte encore maintenant.

Saint Aré assista et souscrivit au cinquième concile d'Orléans en 549, et au second concile de Paris, en 551.

Enfin, le temps de sa récompense étant arrivé, il en apprit le jour par une révélation céleste. Cette nouvelle lui fut si agréable, qu'il en voulut faire part à ses chers fidèles. Il les assembla donc dans la cathédrale, et montant en chaire, il leur déclara qu'il devait les quitter bientôt, parce que Dieu l'appelait pour aller jouir du souverain bonheur, après lequel il soupirait depuis tant d'années; il les pria en même temps de se souvenir toujours des instructions salutaires qu'il leur avait données; d'éviter soigneusement le poison des hérésies, d'avoir perpétuellement devant les yeux la crainte des jugements de Dieu, de faire leur affaire capitale de la piété et du culte divin; de ne rien tant estimer que leur salut éternel, et de le préférer aux richesses, aux plaisirs, aux honneurs, à la santé, à la vie et à toutes les choses temporelles. Après ce discours, il leur donna sa bénédiction. Pour sa sépulture, il ordonna que son corps, après sa mort, serait mis dans une nacelle sur la Loire, et qu'on l'enterrerait au lieu où cette nacelle s'arrêterait d'elle-même. Ainsi, ayant reçu avec beaucoup de ferveur les Sacrements dont l'Église munit ses enfants contre les difficultés de la mort, il s'endormit paisiblement en Notre-Seigneur, en 558.

Les vénérables ecclésiastiques de son église accomplirent ponctuellement ce qu'il avait commandé. Son corps fut mis dans une nacelle sur la Loire, avec quantité de flambeaux allumés, et aussitôt la nacelle, au lieu de descendre le courant de la rivière, remonta, par une force surnaturelle, jusqu'à Decize, éloignée de Nevers de dix lieues par eau. C'était là que saint Aré avait choisi le lieu de son repos. En parcourant son diocèse, il avait, un jour, visité deux saints anachorètes, Euphraste et Auxile, qui avaient construit, à Decize, une chapelle en l'honneur de la sainte Vierge. Ayant reconnu quelque chose d'extraordinaire dans ce sanctuaire, il l'avait pris en singulière affection, et dit même ces paroles de David : « C'est ici mon repos pour les siècles des siècles, j'y demeurerai parce que je l'ai choisi ». Mais revenons à la nacelle qui portait le corps du saint défunt. Elle s'arrêta donc à Decize. Ce prodige remplit d'admiration ceux qui le virent. Mais voici ce qui les étonna davantage: le vent, quelque impétueux qu'il fût, ne soufflait point les cierges autour d'une relique si auguste. Le saint évêque fut inhumé dans la chapelle de Notre-Dame, qu'il avait ornée.

## CULTE ET RELIQUES.

On bâtit, à l'endroit même où saint Aré fut inhumé, une grande église qui est la paroisse de toute la ville, et qui a saint Aré pour patron et titulaire. La chapelle de Notre-Dame y fut enfermée, et l'on y conserva tout le corps de ce bienheureux prélat, avec son chef que l'on y montrait dans un reliquaire séparé. Plusieurs guérisons miraculeuses y ont été faites au même lieu par son intercession.

On voyait au XVIIIe siècle, dans le greffe de Decize, le procès criminel de deux voleurs qui, ayant enlevé son vénérable chef pour avoir l'argent du reliquaire, furent arrêtés dans un champ à

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deux lieues de la ville, par la puissance divine, sans pouvoir se remuer : ce qui fit qu'on les recourut, qu'on recouvra ce riche trésor, et qu'on leur fit porter la peine de ce sacrilège.

Rien n'est connu à Nevers comme le pont Saint-Ours, qui est construit sur la Nièvre, à cinq kilomètres de la ville, sur la route qui conduit à Prémery, Varay, Clamocy, Corbigny, Lormes et Avallon. La chapelle n'existe plus : elle était dédiée non à saint Aré, ni à saint Ours, mais bien à sainte Agathe de Catane. Le fait de la résurrection de saint Ours est connu, mais peu dans le peuple.

Saint Aré est en plus grande vénération à Decize qu'à Nevers, et ce, pour deux motifs : 1° Le corps de saint Aré est demeuré à Decize jusqu'à la Révolution, et était considéré comme la sauvegarde de cette ville ; 2° Nevers possédait le corps de saint Arégie, un autre de ses évêques, dont les habitants ont souvent éprouvé la puissante protection, et à l'intercession duquel ils ont une confiance sans bornes. Saint Aré est le patron de la paroisse de Decize ; sous l'abside de l'église existe une crypte fort ancienne, et quelque elle ne présente aucun caractère, on la regarde comme primitive. Dans cette crypte se trouve l'antique sarcophage en pierre qui renfermait, avant 1793, le corps de saint Aré. A cette époque, les révolutionnaires le profanèrent et jetèrent les restes vénérés du saint Évêque au milieu des livres et des ornements sacerdotaux auxquels ils mirent le feu dans le chœur même de l'église de Decize. On était persuadé que le diocèse de Nevers était privé à jamais des reliques de ce saint Évêque, quand Mgr Crosnier, se trouvant à Decize, apprit qu'une femme malade possédait le tibia d'une des jambes de saint Aré : il se rendit auprès de cette femme, accompagné de M. le curé, et apprit d'elle que sa belle-mère, femme très-pieuse, avait eu le courage, au moment de la profanation de 1793, de se jeter au milieu des flammes pour enlever quelque portion des saintes reliques ; tout le monde, ou du moins beaucoup de personnes de Decize, connaissaient ce fait. Cette femme, avant sa mort, avait remis à M. Boutoute, ancien curé de Decize, un fragment de tibia, pour être déposé dans le tombeau devant lequel les fidèles allaient prier, et elle garda la partie la plus considérable qu'elle remit à sa bru. C'est cette dernière qui la remit à Mgr Crosnier, lui assurant avec serment ce qu'elle venait de lui raconter ; son mari, qui avait été témoin quand sa mère enleva cet ossement du milieu des flammes, fit le même serment ; Mgr Crosnier eut soin de faire venir d'autres personnes amies de la pieuse femme, qui toutes lui certifièrent le fait ; du tout il dressa procès-verbal signé des témoins et d'un médecin qu'il avait appelé. « Il me semble », ajoute Mgr Crosnier, « que nous avons, pour cette relique, toute la certitude désirable. J'en ai enlevé une partie pour la cathédrale et j'ai remis le reste à M. le curé de Decize, pour son église, avec l'authentique ».

Du Saussay et Philippe de Ferraro, dans leurs martyrologes, et MM. de Sainte-Marthe, dans la Gaule chrétienne, parlent de saint Aré. Ce que nous en avons dit a été principalement tiré du Bréviaire propre du diocèse de Nevers ; de l'Hagiologie Hisernoise, par Mgr Crosnier.

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## SAINT AREY OU ARIGE, ÉVÊQUE DE GAP

604. — Pape : Jean III. — Roi de France : Thierry II.

La bonté d'un pasteur se révèle dans sa sollicitude et sa vigilance à garder son troupeau. Saint Bonaventure.

Saint Arey naquit vers l'an 535, à Châlon-sur-Saône, d'une noble famille. Apocrasius, son père, et sa mère Simpronia le consacrèrent à Dieu, à l'âge de deux ans, devant l'autel de la cathédrale de Châlon. Ses parents s'étant retirés en Auvergne, suivant la conjecture des savants Bollandistes, saint Didier, évêque de Clermont, et non Didier de Châlon, comme l'ont dit d'autres auteurs, le reçut avec joie, et l'éleva ensuite avec les plus grands soins. Chorier, au contraire, dans son livre de l'État politique de la province du Dauphiné, dit qu'il fut l'élève de saint Didier, archevêque de Vienne.

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Tout, dans cet enfant de bénédiction, était un heureux présage de ses hautes destinées. Ses succès dans les sciences profanes et ecclésiastiques étonnaient ceux qui les lui enseignaient. Dieu lui-même se plaisait à orner son âme des vertus qui font les saints Prêtres. Arey fut promu au sacerdoce, et bientôt mis à la tête de l'Église de Morges. Les Bollandistes placent ce bourg sur la rivière de ce nom, à cinq lieues de Clermont en Auvergne. Mais Juvénis, historien de mérite, et d'autres graves écrivains, d'accord avec Chorier, prétendent qu'il s'agit de Morges en Trièves, à la jonction de la Bonne et du Drac, où les ducs de Bourgogne possédaient d'immenses domaines. Cette dernière opinion paraît plus probable.

Le jeune curé, tout entier à son peuple, ne songea, pendant quatorze ans, qu'à réformer les abus, à prêcher les vérités de la foi et à réconcilier les âmes à Dieu. Mais le Seigneur l'arracha à l'amour de ses paroissiens, pour l'élever à un ministère plus saint et plus difficile encore. Les Églises de Gap et d'Embrun étaient devenues veuves par la déposition de Salonius et de Sagittaire, deux frères, deux indignes pasteurs. Elles choisirent pour évêques : celle d'Embrun, Eméritus ; et celle de Gap, Arey, curé de Morges. Cette double élection fut soumise à l'approbation des Pères du concile de Châlon, qui s'empressèrent de la confirmer.

Àrey reçut à Gap l'accueil le plus enthousiaste. Mais, hélas ! quel triste aspect offrait aux yeux du nouvel évêque ce diocèse désolé ! Les villes et les villages étaient, pour la plupart, renversés et à moitié détruits depuis les fréquentes irruptions des Lombards. Partout les temples et les lieux saints profanés ; les habitants réduits à la misère ; les familles en deuil. Au milieu de ces ruines régnait l'ignorance la plus profonde ; l'impiété avait fait des progrès rapides. Arey gémit, mais il ne se découragea pas. À peine arrivé, il met la main à l'œuvre. Il veut avant tout procurer de bons pasteurs aux Églises. C'est pour cela que, devançant de dix siècles les sages prescriptions du concile de Trente, sur l'établissement des séminaires, il élève dans sa ville épiscopale, près de sa demeure, une maison cléricale dans laquelle, loin des dangers d'un monde corrupteur, il reçoit et garde les jeunes lévites à l'ombre des tabernacles.

La tradition nous apprend que, chaque matin, il se rendait à ce pieux asile, et que là, entouré de ses clercs, il les formait lui-même, par ses leçons et ses exemples, à la prière, les initiait à la discipline ecclésiastique, et les conduisait dans les voies de la science et de la sainteté. Saint Arey avait donné un tel éclat à l'école de Gap, que les jeunes clercs y accouraient de préférence, de l'Italie et de toutes les provinces du royaume de Bourgogne.

Sa tendre sollicitude ne se borne pas à sa ville épiscopale : elle s'étend sur tout son diocèse. Il va de hameau en hameau, de bourgade en bourgade ; il pénètre par les sentiers des Alpes les plus étroits et les plus rudes, jusqu'au plus misérable, au plus pauvre village. Il console, il encourage les pasteurs, et apporte aux brebis des paroles de paix et des gages de sa paternelle affection. Il ne s'arracha à ces soins épiscopaux que pour assister au deuxième concile de Valence (584) et à celui de Mâcon (585). Il ne négligeait pas, pour cela, son propre salut. Par ses austérités et ses prières continuelles il satisfaisait pour les péchés de son peuple.

Probus, son contemporain et son lecteur, nous rapporte que, pour satisfaire à cet immense besoin de la prière, Arey avait fait façonner en secret une seconde clef pour ouvrir son église, et, quand tous se reposaient, il se rendait à la maison de son Dieu, et passait de longues heures prosterné sur le pavé du temple. Plusieurs fois, pendant ses veillées saintes, il fut

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ravi en esprit devant le trône de Dieu, ou élevé dans les airs par le ministère des anges. En ces moments d'extase, l'église était inondée d'une éclatante lumière.

Souvent aussi il sortait de la ville et se rendait sur le monticule situé à l'orient de Gap, si triste, si dépouillé de verdure, et qui, dans la saison des fleurs, contraste d'une manière si tranchée avec les coteaux de la rive droite de la Luye. Là, existait alors une église dédiée au martyr saint Mamert, dont, par contraction, nous avons fait saint Main ; Arey aimait à se retirer dans ce lieu solitaire pour y jouir des intimes communications dont Dieu le favorisait.

Les miracles abondent dans sa vie. Ce sont les portes d'une église fermée par l'ordre d'une reine impie, qu'il ouvre par la seule puissance de sa prière ; ce sont des démons qui, à sa voix, s'enfuient. Ici, c'est un sanglier, la terreur du Gapençais, qu'il adoucit en posant sur sa hure le bâton pastoral ; là, c'est un pauvre faucheur que, par un signe de croix, il guérit de la morsure envenimée d'un serpent. Un jour il reçut de Dieu l'assurance que les voyageurs qui, avant de se mettre en route, lui demanderaient sa bénédiction, n'auraient rien à craindre du démon. Une autre fois, comme il traversait la Durance, la barque alla se briser, au milieu des flots, sur un écueil ; mais un ange lui tendit la main et le sauva.

Au VIe siècle, la lèpre, jusque-là inconnue dans ces contrées, y fit d'horribles ravages. Trois lépreux étant venus réclamer les aumônes et les prières d'Arey, celui-ci les reçoit chez lui, les place dans ses propres appartements, les soigne de ses propres mains, lave leurs plaies, prépare leur nourriture, fait leur lit, leur rend enfin tous les services les plus rebutants et les plus bas. Dieu récompense sa charité en guérissant ces trois malheureux.

Depuis longtemps notre saint prélat désirait visiter les glorieux tombeaux des Apôtres et aller rendre compte de sa gestion épiscopale au chef suprême de la chrétienté. Il fit ce pieux pèlerinage, qui rendit plus vives, entre lui et le pape saint Grégoire le Grand, l'estime et l'affection qu'ils avaient déjà l'un pour l'autre. Ils eurent depuis un échange de lettres les plus amicales.

À son retour, Arey fut poursuivi par des malfaiteurs, dont Dieu le délivra par un prodige. Du milieu des montagnes de Lautaret et de Corbaret, où il allait être assailli, il fut, tout d'un coup, transporté par une vertu divine près d'une grosse pierre qui est à mi-chemin de l'église Saint-Étienne de Théniers et de celle d'Auron. Ce lieu fut consacré par le souvenir des habitants du pays.

Pendant qu'il traversait les Apennins, un ours dévora un des bœufs attelés à son char ; aussitôt le saint voyageur lui commande de prendre la place du bœuf qu'il vient d'égorger et de se placer sous le joug. L'ours s'empresse de courber la tête, se laisse docilement attacher au brancard, et traîne le chariot jusqu'à Gap. Cet animal, dont le caractère s'était singulièrement adouci, se retira ensuite dans les montagnes d'Orcières ; il y demeura jusqu'à la mort de saint Arey. Alors il quitta sa retraite, arriva à Gap, se rendit à l'église où le saint évêque venait de mourir, se plaça près de son corps et marcha ensuite devant le cercueil dans la cérémonie des funérailles. Chaque année, au 1er mai, jour anniversaire de la mort de saint Arey, le fidèle animal ne manquait pas de venir à Gap et d'assister à la fête ; il continua de la sorte sa vie durant, dit Probus : ce qui causait une joie indigne.

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cible aux habitants de la ville, qui s'empressaient de lui donner à manger. Mais reprenons le fil de l'histoire de notre Saint.

À son retour à Gap, son cœur fut vivement affligé : les gens de sa maison, dont la maladie, inconnue de nous, l'avait rappelé de Rome, moururent. Saint Grégoire lui écrivit pour le consoler. Il lui envoya en même temps une dalmatique, honneur insigne rendu à ses mérites, puisqu'il fut le premier évêque des Gaules qui porta ce vêtement sacré. Le Pape lui donna aussi deux commissions non moins honorables. Il le chargea de donner le pallium à Siagrius, évêque d'Autun, et de lui rendre compte de ce qui se passerait dans un concile qui se devait tenir d'après les ordres mêmes de saint Grégoire. Dans une autre lettre le Pape lui recommanda le moine Augustin et les autres missionnaires qu'il envoyait pour convertir la Grande-Bretagne. Plus tard, il eut encore recours à sa charité, en lui adressant le prêtre Candide, administrateur général du patrimoine de saint Pierre dans les Gaules. Par ces mots, il faut entendre diverses terres situées dans les Gaules, appartenant en propriété à l'Église romaine. Il y avait de ces patrimoines en Afrique, en Sicile, dans les Gaules et en Provence. Ils étaient exploités, ou par des paysans sujets de l'Église, sans toutefois être esclaves, ou par des fermiers qui jouissaient de conditions avantageuses ; car, dit saint Grégoire dans ses lettres, on ne souffrait point que les coffres de l'Église fussent souillés par un gain sordide. Quant aux revenus des domaines situés dans les Gaules et dans la Provence, ils étaient employés, du moins en partie, sur les lieux mêmes, en œuvres de charité. Nous lisons que saint Grégoire recommande au prêtre Candide d'affecter ces revenus à l'habillement des pauvres et au rachat de jeunes anglais âgés de dix-sept ou dix-huit ans. Cet appui, que le Pape demandait à saint Arey, était acquis à tous ses confrères dans l'épiscopat.

Dans un de ses voyages à Châlon, il eut le courage de défendre saint Didier, archevêque de Vienne, accusé par la haine de Brunehaut ; et n'ayant pu empêcher son injuste déposition (603), ni son exil, il pénétra dans sa prison, lui offrit les consolantes paroles de l'amitié, et releva ses espérances et sa foi en lui racontant que Jésus-Christ avait daigné lui apparaître et lui montrer la place que lui, Didier, occuperait bientôt dans le ciel. Cette prédiction ne tarda pas à se réaliser.

Saint Grégoire, qui mourut le 10 mars 604, avait prédit à son ami l'évêque de Gap, qu'il le suivait bientôt dans le ciel. Une longue et douloureuse maladie le prépara à ce suprême passage. Sentant sa fin venir, il veut s'arracher lui-même encore vivant à tout ce qui est de la terre. Il se fait transporter dans son église, devant l'autel de Saint-Eusèbe ; là, revêtu d'un cilice et couché sur la cendre, il reçoit son Dieu. Ce fut saint Esychius, évêque de Grenoble, qui lui présenta le corps du Sauveur, et le prêtre Diconcius, le précieux sang. Fortifié par ce viatique contre les terreurs de la mort : « Je vous rends grâces, Seigneur Jésus », s'écrie-t-il, « de ce que mon temps d'aller vous voir est arrivé ; je suis venu pauvre en ce monde, pauvre je retourne vers vous, ô mon Dieu » ; puis, s'inclinant sur le cœur de ce Dieu devenu son compagnon de route, il s'y endort en paix, le 1er mai 604, jour auquel l'Église honora d'abord sa mémoire. Il était âgé de soixante-neuf ans.

En 1834, Mgr Antoine Arbaud, évêque de Gap, parvint à recueillir quelques parcelles des précieuses reliques de notre Saint ; il les fit placer au bas d'un buste destiné à les recevoir. Ce buste est renfermé dans une niche pratiquée dans le troisième pilier de l'église cathédrale de Saint-Arnoux, à

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gauche, sur la face qui tourne vers la grand'porte. Ces reliques sont exposées à la vénération des fidèles pendant l'octave de la fête de saint Arey, qui se célèbre à Gap, le 5 du mois de mai, quoique les Bollandistes la rangent sous la rubrique du premier jour de ce mois.

Ainsi, après douze cents ans, le culte d'Arey n'est pas tombé dans l'oubli, et tout un quartier de sa ville épiscopale se fait gloire de porter le nom du saint confesseur.

Tiré de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap.

Événements marquants

  • Élection comme évêque de Nevers vers 548
  • Lutte contre l'idolâtrie et les hérésies dans le diocèse
  • Résurrection de son serviteur Ours noyé dans la Nièvre
  • Participation au cinquième concile d'Orléans (549) et au second concile de Paris (551)
  • Mort en 558 après avoir annoncé sa fin à ses fidèles
  • Transport miraculeux de son corps par nacelle remontant la Loire jusqu'à Decize

Miracles

  • Résurrection de son serviteur Ours
  • Guérisons d'aveugles, sourds et boiteux
  • Nacelle funéraire remontant le courant de la Loire
  • Cierges restant allumés malgré un vent impétueux
  • Immobilisation miraculeuse de voleurs ayant dérobé son chef

Citations

C'est ici mon repos pour les siècles des siècles, j'y demeurerai parce que je l'ai choisi

— Paroles de David citées par Saint Aré à Decize

Date de fête

16 aout

Époque

6ᵉ siècle

Décès

558 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison des aveugles, guérison des sourds, guérison des boiteux

Autres formes du nom

  • Arey (fr)
  • Aret (fr)

Prénoms dérivés

Aré, Arey