Saint Prisque (Prix) et ses compagnons

Martyrs dans l'Auxerrois

Fête : 26 mai 3ᵉ siècle • saint

Résumé

Citoyens de Besançon au IIIe siècle, Prisque et ses compagnons fuient la persécution de l'empereur Aurélien pour se réfugier dans les forêts de l'Auxerrois. Capturés par le garde Alexandre, ils refusent d'abjurer leur foi et sont mis à mort. Leurs reliques, réparties entre Toucy et Saint-Bris, font l'objet d'une grande dévotion historique dans les diocèses d'Auxerre et de Besançon.

Biographie

SAINT PRISQUE OU PRIX, ET SES COMPAGNONS,

MARTYRS DANS L'AUXERROIS

IIIe siècle.

Que vos tabernacles sont aimables, à Dieu des armées! Mon âme ne saurait soutenir l'ardeur avec laquelle elle soupire après la demeure du Seigneur. Ps. LXXXIII.

Saint Prisque et ses compagnons souffrirent le martyre sous l'empereur Aurélien. Ce prince, qui était monté sur le trône l'an 270, avait un naturel dur et sévère ; il trouva encore des courtisans pour encourager ses fureurs. Un d'eux lui disait un jour que, pour bien gouverner, il lui fallait du fer et de l'or : l'un pour frapper les mécontents, l'autre pour récompenser ceux qui le serviraient avec zèle. Aurélien ne fut que trop docile à ce conseil, et les chrétiens qui avaient obtenu quelques grâces de lui dans les premiers jours de son règne, éprouvèrent bientôt les effets de sa cruauté. Ceux des Gaules, en particulier, furent recherchés avec sévérité et livrés au glaive du bourreau. « L'empereur », dit une ancienne chronique, « voulant honorer ses dieux, s'était enflammé d'une telle ardeur de persécution contre les chrétiens, qu'après avoir livré à une mort cruelle un grand nombre de martyrs dans la ville de Rome, il vint aussi dans les Gaules pour travailler par lui-même à la destruction du nom chrétien. » Aurélien fit, en effet, deux voyages dans les Gaules, l'un en 273, et l'autre en 274. C'est dans ce temps qu'il visita la Séquanie, et, selon quelques historiens, c'est à sa gloire que fut élevé l'arc de triomphe qui existe encore à Besançon sous le nom de Porte-Noire. Ce prince, assez superbe et assez impie pour souffrir qu'on l'honorât comme un dieu et qu'on lui élevât même des temples et des autels, ne put laisser en liberté les chrétiens qui avaient en horreur de semblables abominations. Les fidèles de Besançon furent persécutés, et la persécution fut si violente qu'un grand nombre s'éloignèrent de cette ville pour échapper aux tourments dont ils étaient menacés. À la tête de ces disciples de la croix, qui préférèrent les douleurs de l'exil à la honte de l'apostasie, on voyait deux citoyens de Besançon, nommés Priscus et Cottus, aussi distingués par leur rang que par leurs vertus. Ils se retirèrent auprès de la ville d'Auxerre, avec un grand nombre d'autres fidèles. La persécution les suivit jusque dans la retraite qu'ils avaient choisie, et ils furent livrés à la mort pour le nom de Jésus-Christ. Les Actes de leur martyre, quoique écrits assez longtemps après leur mort, s'accordent, pour le fond, avec les témoignages des plus anciens Martyrologes. Nous les rapportons tels qu'ils ont été publiés par les Bollandistes :

« Aux jours de l'empereur Aurélien, disent ces Actes, à mesure que le culte des idoles s'affaiblissait, l'enseignement de la religion chrétienne

26 MAI.

s'étendait au loin avec un progrès marqué. Aussi telle fut la rage des persécuteurs, que les empereurs eux-mêmes, ne se fiant plus aux ministres de leur cruauté, parcouraient toutes les provinces pour y rechercher les disciples du Christ. Or, ce fut vers ce temps-là que l'empereur Aurélien, le plus cruel des hommes, quitta la ville de Rome pour se rendre dans les Gaules. Arrivé dans la ville de Sens, il envoya des sicaires pour rechercher les chrétiens dans toute l'étendue de cette contrée. Munie des ordres de l'empereur, cette troupe homicide visitait les villes, les châteaux forts et les retraites cachées des forêts. Et, pour que personne n'échappât à leurs investigations criminelles, ils eurent soin de se partager les différents cantons à parcourir. Le pays d'Auxerre échut à un homme impie, nommé Alexandre, qui était garde du corps de l'empereur.

« Cependant, un grand nombre de chrétiens de différentes cités, obéissant au précepte du Seigneur, qui a dit : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre », abandonnèrent leur propre demeure, et vinrent chercher un asile dans le pays d'Auxerre, sans doute à cause des épaisses forêts qui en couvraient presque toute l'étendue. Alexandre en fut bientôt informé. Cet homme cruel, que la soif du meurtre rendait furieux, se mit à la poursuite des martyrs du Seigneur. Arrivé au lieu qu'on appelle Cociacus, il y trouva un homme d'une naissance distinguée, entouré d'une multitude nombreuse, dont il était le chef. Il se nommait Prisque, et avait quitté, avec toute sa suite, la ville de Besançon, pour se rendre en ces lieux. Il chantait alors des hymnes avec les nombreux compagnons de sa foi.

« Alexandre se précipite avec rage au milieu de la foule, et s'écrie : « Quel complot criminel vous rassemble en ces lieux, ou quel culte venez-vous y professer ? Qu'on me réponde sans délai. — Ce n'est point la révolte, répondirent tous ces pieux fidèles, mais l'amour de notre auguste religion qui nous réunit en ces lieux. Nous sommes rassemblés pour offrir l'encens de nos prières au Christ, qui réunit, par la vertu de son sang, ses brebis dispersées ».

ALEXANDRE. « D'où vous vient tant de présomption et d'impudence, que vous osiez afficher votre titre de chrétiens devant les envoyés mêmes de l'empereur ? » — LES CHRÉTIENS. « C'est Celui auquel vos rois et vos empereurs eux-mêmes doivent la vie, qui nous fortifie par sa grâce miséricordieuse ».

ALEXANDRE. « Vous appartenez donc à notre culte ; car les empereurs, les rois et nous-mêmes nous ne respirons que par Jupiter, créateur et souverain des cieux ! » — LES CHRÉTIENS. « Vous êtes dans une déplorable erreur, si vous prétendez qu'un homme livré au vice et à la débauche peut accorder le bienfait de la vie. N'est-ce pas ce Jupiter qui fut l'époux incestueux de sa sœur, et qui, pour satisfaire de honteux caprices, a revêtu souvent la forme des animaux ? »

ALEXANDRE. « O scélérats ! troupeau séduit par je ne sais quel crucifié, vous osez blasphémer contre le grand Jupiter, le sauveur du genre humain ! » — LES CHRÉTIENS. « Comment pouvez-vous appeler sauveur celui qui, déguisé en pluie d'or, a pénétré pour d'infâmes desseins dans une demeure étrangère ? »

SAINT PRISQUE OU PRIX, ET SES COMPAGNONS, MARTYRS.

ALEXANDRE. « Par le salut de l'empereur, vous êtes tous des sacrilèges, et vous méritez d'être traînés au supplice ! » — LES CHRÉTIENS. « Où sont les paroles sacrilèges ? Sont-elles sur nos lèvres, qui publient que le vrai Dieu est le seul Créateur des choses visibles ou invisibles, ou sur les vôtres, qui déifient votre abominable Jupiter ? »

ALEXANDRE. « C'est trop longtemps abuser de ma patience : reconnaissez, en lui offrant des libations, que Jupiter est le dieu tout-puissant, ou bien sur-le-champ l'édit de l'empereur va porter la mort dans vos rangs ». — TOUS LES CHRÉTIENS. « Exécute les ordres que tu as reçus ; car nous ne voulons point nous souiller en quittant le culte du Créateur pour celui de la créature ! »

ALEXANDRE, s'adressant à Prisque. « Toi aussi, partages-tu ces sentiments ? » — PRISQUE. « Fais sortir pour un instant tes satellites, afin que je tienne conseil avec mes frères, et que je te donne ensuite ma réponse ». Il parlait ainsi, non parce qu'il craignait de mourir, mais parce qu'il voulait consoler ses frères et les préparer à souffrir avec plus de courage les supplices qu'on leur préparait. Alexandre, abusé par un espoir trompeur, fit sortir les soldats : il pensait que Prisque, chef et maître de cette multitude sainte, chercherait un moyen de salut en consentant à sacrifier aux dieux. Quand Alexandre fut sorti avec sa troupe, Prisque parla ainsi : « Mes frères, voici le jour où Notre-Seigneur Jésus-Christ, élevant au milieu de nous l'étendard de sa croix, nous dit : Que celui qui me sert me suive ! » À ces paroles, tous répondirent d'une voix unanime : « Père, nous suivrons ta résolution sainte, et nous désirons ardemment que la volonté de Dieu s'accomplisse en nous ».

« Ensuite Alexandre rentra dans l'assemblée avec un grand bruit, et fit entourer la multitude des chrétiens par ses satellites, dont l'aspect, les paroles et les glaives menaçants inspiraient l'horreur. Il demanda aussitôt à Prisque ce qu'il avait décidé et ce qu'il prétendait faire pour son salut. « Pourquoi te retarder plus longtemps, répondit le chrétien ? Nous n'adorons qu'un seul Dieu, et nous voulons tous mourir pour lui ». Alexandre fit alors frapper Prisque du glaive, et jeter son corps dans un puits. Plusieurs compagnons du Saint subirent la même peine.

« Cependant un de ceux qui survivaient, nommé Cottus, recueillit furtivement la tête de Prisque, et s'enfuit à travers les sinuosités de la forêt. Les persécuteurs s'en aperçurent et se mirent à sa poursuite en fouillant toutes les retraites du voisinage. Cottus, emportant le chef du bienheureux martyr Prisque, avait déjà parcouru près de trente stades (deux lieues) lorsqu'il fut saisi près de la voie appelée Vestrensis, non loin de la ville d'Auxerre. C'est en ce lieu qu'il fut mis à mort, et que les chrétiens l'inhumèrent pieusement, avec le chef du vénérable Prisque. Quant aux autres confesseurs qui furent immolés avec lui, les chrétiens enlevèrent clandestinement leurs corps, et les ensevelirent dans une citerne, non loin d'un puits où avait été jeté le corps du Martyr.

## RELIQUES DE SAINT PRISQUE.

Ainsi, d'après les Actes, les corps des Martyrs reposèrent en trois endroits différents : 1° celui de saint Prisque, séparé de sa tête, dans un puits à Teney-sur-Yonne ; 2° ceux de ses deux compagnons dans une citerne peu éloignée du puits où avait été jeté le corps de saint Prisque. On peut considérer ces deux premiers groupes comme n'en formant qu'un ; 3° celui de saint Cot et le chef de saint Prisque, sur la route d'Auxerre, à Lyon, à quatre milles de la première de ces villes, à l'endroit où s'éleva plus tard la ville de Saint-Bry.

26 MAI.

La mémoire de ces glorieux Saints et de leurs reliques reste dans l'oubli jusqu'au temps de saint Germain, évêque d'Auxerre (418-448). À Cociacus, aujourd'hui Toucy-sur-Yonne, saint Germain fit bâtir un monastère qui s'appela Coucy-les-Saints ou les Saints-en-Puisaye : on y recueillit et on y vénéra le corps de saint Prisque séparé de sa tête et les corps de ses nombreux compagnons, à l'exception de celui de saint Cot.

Saint Germain fit élever une seconde église pour y recueillir le chef de saint Prisque, à deux lieues d'Auxerre, à l'endroit même où s'élève aujourd'hui la petite ville de Saint-Bry qui doit son nom et son existence au concours des fidèles attirés à ce sanctuaire pour vénérer les reliques des Martyrs.

Ce fut dans les mêmes lieux que saint Didier, évêque d'Auxerre (de 603 à 631), découvrit, au commencement du VIIe siècle, le corps de saint Cot. Il le fit ensevelir honorablement, le 19 janvier, avec la tête de saint Prisque. La mémoire des saints Martyrs de l'Auxerrois reste en vénération dans tout le cours des siècles suivants. Jean Baillet, qui fut évêque d'Auxerre de 1477 à 1513, contribua particulièrement à remettre en honneur le culte de saint Cot. Ce saint Martyr n'était guère connu qu'à Saint-Bry, lieu de sa sépulture. Depuis la découverte de son corps par saint Didier, ses ossements étaient restés dans un tombeau de pierre, derrière le grand autel de l'église. Quelques bourgeois de la ville de Saint-Bry, témoins des guérisons miraculeuses opérées par son intercession, jugèrent que les reliques de ce généreux soldat de Christ n'étaient pas assez précieusement enfermées. Sur leur demande, l'évêque d'Auxerre se rendit à Saint-Bry, le 19 novembre 1480, pour transporter ces reliques dans une belle châsse de bois doré.

Ce qu'on avait fait au XVe siècle à Saint-Bry pour honorer les restes des Martyrs, fut fait d'une manière plus solennelle encore, en 1662, au village des Saints-en-Puisaye, à la gloire de saint Prisque et de ses compagnons. Leurs reliques avaient été conservées jusque-là dans plusieurs châsses de bois, qui n'étaient plus assez convenables.

Pierre de Boc, alors évêque d'Auxerre, voulut que ces dépouilles sacrées fussent entourées de plus de vénération. Il se rendit au village des Saints-en-Puisaye, le 5 novembre 1663, « pour y faire », dit-il, « une nouvelle translation des reliques de saint Prix et de ses compagnons, que le diocèse d'Auxerre vénère comme les premiers Martyrs de la foi en cette province ». Deux châsses nouvelles avaient été préparées.

Ainsi furent honorés, dans la suite des siècles, les Saints que l'église de Besançon revendique comme ses enfants, et que l'église d'Auxerre vénère comme ses premiers martyrs. Leurs noms furent inscrits, dès l'origine, dans les plus anciens Martyrologes, et, en particulier, dans ceux qui portent le nom de saint Jérôme : ils sont aussi mentionnés, au 26 mai, dans les Martyrologes d'Umard, d'Adau, de Notker. Un ancien Martyrologe manuscrit, cité par les Bollandistes, rapporte les principales circonstances de leur mort racontée dans leurs Actes. Outre le culte spécial qu'on lui rend dans le diocèse d'Auxerre, saint Prisque fut honoré dans diverses églises sous le nom de saint Prix ou Prex, et, en particulier, dans l'église de Sainte-Marie-de-Piepos, à Paris, où quelques-unes de ses reliques étaient déposées dans une chapelle qui portait son nom.

Il y a encore de nos jours des reliques de saint Prix ou de ses compagnons et de saint Cot à Saint-Amand-en-Puisaye, à Varzy, deux paroisses du diocèse de Nevers qui en héritèrent à l'époque de la Révolution, et à la cathédrale de Nevers même. Le diocèse de Besançon a également conservé le souvenir de saint Prix, et sa fête y est célébrée, le 26 mai, sous le rit double.

Acta Sanctorum; Vie des Saints de Franche-Comté; Hagiologie Nivernoise.

Événements marquants

  • Fuite de Besançon vers Auxerre pour échapper à la persécution d'Aurélien
  • Retraite dans les forêts de la Puisaye
  • Interrogatoire par Alexandre, garde du corps de l'empereur
  • Refus d'adorer Jupiter et de sacrifier aux idoles
  • Décapitation et corps jeté dans un puits

Miracles

  • Guérisons miraculeuses opérées par l'intercession de saint Cot à Saint-Bry

Citations

Nous ne voulons point nous souiller en quittant le culte du Créateur pour celui de la créature !

— Actes des Martyrs (Bollandistes)