Saint Armel (Ermel)

Abbé et Confesseur

Fête : 16 aout 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Né en Grande-Bretagne en 482, saint Armel s'établit en Armorique au VIe siècle pour y mener une vie monastique rigoureuse. Après avoir fondé Plouarzel et conseillé le roi Childebert à Paris pendant six ans, il évangélisa le pays de Rennes. Il est célèbre pour avoir dompté un dragon, symbole de sa victoire sur l'idolâtrie.

Biographie

SAINT ARMEL OU ERMEL, ABBÉ ET CONFESSEUR

DANS L'ANCIEN DIOCÈSE DE LÉON

Nous efforcer de suivre Jésus notre chef par la véritable humilité, c'est là la somme de toute la philosophie chrétienne.

Louis de Blote.

La Bretagne armoricaine, dans le VIe siècle de l'Église, était le pays des Saints. Toutes les solitudes étaient, comme l'ancienne Thébaïde, peuplées d'anachorètes très-parfaits, et un grand nombre de communautés établies en divers cantons y vivaient d'une manière si pure et si austère, selon les lois que saint Patrice avait données aux religieux de la Grande-Bretagne et de l'Hibernie, qu'il est à croire que l'Armorique ne comptait guère moins de saints que d'hommes consacrés à Dieu, qui pour la plupart y venaient d'outre-mer. De là vient que les calendriers font mention d'un grand nombre de Saints, dont le nom seul est connu; qu'il y a tant de chapelles et même d'églises paroissiales qui portent ces noms, et que l'histoire ecclésiastique de la province consiste presque toute, pour les premiers siècles, dans des légendes qui n'offrent pas toujours une entière garantie.

Un des principaux et des plus renommés de ceux qui florissaient en ce temps dans l'Armorique, fut saint Armel. Il reçut le jour en 482, de parents nobles, dans la Grande-Bretagne; mais on ignore les noms de son père et de sa mère, et celui de la province de l'île où il naquit. Ses premières années furent employées à l'étude; et comme la plupart des maîtres qui instruisaient la jeunesse bretonne étaient des saints religieux qui

16 AOÛT.

prenaient incomparablement plus de soin de les élever dans la piété que dans les lettres humaines, qu'ils ne négligeaient pas néanmoins, le jeune Armel, qui avait un esprit net et pénétrant et un excellent naturel, surpassa bientôt ses compagnons en science et en piété. Il s'appliquait si soigneusement à l'une et à l'autre, et y faisait de jour en jour de si admirables progrès, qu'on dit que, n'étant encore que jeune écolier, il était déjà rêvé des autres comme un maître et comme un saint; et il leur devint encore plus respectable, lorsque l'un d'eux, qui avait une fièvre très-violente et qui était actuellement dans le tremblement de l'accès, s'étant imaginé que le manteau d'Armel le guérirait, ne l'eut pas plus tôt mis sur ses épaules, qu'il fut délivré de sa maladie.

Armel méditant un jour sur l'endroit de l'Évangile où Notre-Seigneur dit que personne ne peut être son véritable disciple, s'il ne renonce à toutes les choses terrestres, prit ce commandement à la lettre, et, sans approfondir qu'il est plus pour le cœur que pour les choses extérieures, il crut qu'un détachement purement intérieur ne suffisait pas à quiconque voudrait être un parfait disciple, et qu'il fallait effectivement quitter toutes choses pour ne s'attacher qu'à Jésus-Christ. Il prit donc sur-le-champ la résolution de quitter sa patrie, ses parents, ses biens, ses espérances, pour passer dans l'Armorique, ce qui pourrait donner lieu d'inférer qu'il était de la Cambrie ou de la Cornouaille, puisque ce ne furent point les Saxons qui le contraignirent de sortir de son pays et de venir chercher un autre établissement. Son zèle inspira les mêmes sentiments à ceux de ses compagnons qui l'imitaient de plus près, et à un homme de grande qualité, nommé Carencinal, parent de saint Paul, évêque de Léon, et qui possédait de grands biens.

S'étant embarqué avec cette troupe choisie, il vint prendre terre au pays d'Ack, dans le diocèse de Léon, où, s'étant avancé dans les terres, il bâtit un oratoire et de petites cellules. Il vécut avec ses compagnons dans une grande austérité et une application continue au service de Dieu. Le temps a changé l'état de ce lieu, et ce premier monastère est aujourd'hui une paroisse qu'on nomme Plou-Arzel, du nom du Saint. (Ce qui est, quant au nom, la même chose que Plou-Armel, car l'on se change aisément en z dans la langue bretonne.)

Il faut croire que la vie que saint Armel et ses compagnons, qui l'avaient choisi pour abbé, menèrent en ce désert fut bien édifiante, et que les miracles du serviteur de Dieu furent bien fréquents, puisque Childebert, roi de France, fut informé du mérite extraordinaire des saints religieux de cette communauté, et des prodiges que Dieu opérait par leur abbé, quoiqu'ils fussent cachés aux dernières extrémités de ses États et sur le bord de la mer. Cette grande réputation fut cause que ce monarque, que le légendaire original loue, en cette rencontre, de sa grande piété et de sa magnificence envers les églises, fit commandement à ces pieux solitaires de venir le trouver. Persuadés qu'obéir aux rois c'est obéir à Dieu même, ils allèrent tous à la cour avec Armel. Ils y demeurèrent pendant quelques mois, aussi pénitents que dans leur solitude même; mais enfin, comme la cour n'était pas un lieu propre à des personnes de leur caractère et de leur genre de vie, ils demandèrent bientôt au roi la permission de se retirer. Il avait reconnu, par les entretiens qu'il avait souvent eus avec eux, qu'ils ne respiraient que la solitude, et eut la bonté, en les congédiant, d'accorder à chacun d'eux des terres pour y bâtir un ermitage, du consentement de leur abbé, en sorte qu'ils retournèrent à Plou-Arzel.

SAINT ARMEL OU ERMEL, ABBÉ ET CONFESSEUR.

Saint Armel fut le seul qui ne put obtenir du roi la permission de rentrer dans la solitude; car Childebert, qui avait reconnu sa grande prudence et qui se trouvait si bien de ses conseils, éprouvait beaucoup de peine à se séparer de lui, et quelque aversion qu'eût le Saint pour le séjour de la cour, il fut obligé d'accorder tant de délais réitérés aux prières affectueuses du prince, qu'il demeura six ans entiers auprès de lui sans pouvoir recouvrer sa liberté. La cour, bien loin de le corrompre par ses exemples et ses maximes, profita du long séjour qu'il y fit; mais enfin Childebert, craignant d'offenser Dieu en retenant Armel plus longtemps contre son inclination, n'osa plus s'opposer à des demandes si réitérées, et consentit au désir du saint abbé; mais comme il ne le perdait qu'avec regret, il lui fit présent, à son départ, d'une assez grande étendue de terre inculte et déserte, dans un canton à moitié moins éloigné de Paris que le Léonnais, afin de pouvoir apprendre, plus souvent et avec facilité, de ses nouvelles. Cette terre était au pays de Rennes, sur la rivière de Sèche, dans un lieu qu'on nomme aujourd'hui Saint-Armel des Boschaux. Armel y bâtit un monastère qui a été cause que ce lieu a porté longtemps le nom de Moustier.

Lorsque saint Armel arriva dans le pays de Rennes, il fit, dit-on, sourdre une fontaine dans un village privé d'eau. Aussitôt qu'il eut établi sa demeure dans ce canton, il y vécut d'une manière encore plus parfaite, et dans une application continue à Dieu. Ses miracles fréquents le firent bientôt connaître à tout le monde, ce qui lui procura bien des occasions d'exercer sa charité et sa patience. Craignant cependant et fuyant les louanges et les applaudissements, il alla visiter ses anciens disciples dans les différentes solitudes où ils s'étaient répandus, et, trouvant avec douleur qu'il y avait encore des idolâtres en plusieurs lieux de la campagne, il y porta par ses prédications la lumière de l'Évangile avec tant de succès, qu'il eut la consolation de convertir une infinité de personnes à la foi. Ce fut ainsi qu'il triompha du serpent infernal, et pour figurer cette sorte de victoire on l'a dépeint avec un dragon qu'il tient lié avec son étole: car pour ce grand serpent qui désolait le pays, à ce qu'on dit, et qu'il traîna jusqu'au sommet du mont Saint-Armel, d'où il lui commanda de se précipiter dans la rivière de Sèche, c'est sans doute une pure fiction du style ordinaire de la plupart des écrivains de légendes.

Les leçons de l'office propre de saint Armel, dans l'ancien bréviaire de Léon, disent qu'il opéra une infinité d'autres miracles, dont quelques-uns y sont rapportés. Enfin, ce fidèle serviteur de Dieu mourut dans son monastère, le 16 août, après y avoir célébré la sainte Messe et avoir prédit, longtemps auparavant, le jour et l'heure de sa mort. Son corps fut enterré dans le lieu même, et l'on y montre encore à présent son tombeau. Ses reliques sont conservées dans l'église paroissiale de Ploërmel. Exposées à la profanation pendant la Révolution, elles furent recueillies par une femme qui les garda avec soin et les rendit, lorsque la Révolution eut cessé. Sa mémoire est fort célèbre dans la province. Outre une infinité de chapelles de son nom, et les églises, à présent paroissiales, de ses deux monastères, la ville de Ploërmel, dans l'ancien diocèse de Saint-Malo et aujourd'hui de Vannes, nommée, dans les titres de Redon, de plus de huit cents ans, Plebs-Armel, le reconnaît et l'honore comme son patron spécial, et sa principale

600 16 AOÛT.

église lui est dédiée. Les anciens bréviaires de Rennes, de Léon, de Saint-Brieuc, marquent la fête de saint Armel au 16 août, à neuf leçons. Le Propre de Vannes, imprimé en 1660, joint saint Armel à saint Roch. L'ancien bréviaire de l'abbaye de Saint-Méen, donnant le premier lieu à saint Arnoul, évêque, le 16 août, ne fait que la commémoration de saint Armel. L'ancien bréviaire de l'abbaye de Saint-Melaine marque également le même rite pour ce Saint. L'église de Nantes indique aussi la fête de ce Saint au 16 août.

Extrait des Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau, Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée par M. l'abbé Tresvaux, chanoine, vicaire général et official de Paris, tome 1er.

Événements marquants

  • Naissance en Grande-Bretagne en 482
  • Guérison miraculeuse d'un condisciple par son manteau
  • Renoncement aux biens et départ pour l'Armorique
  • Fondation du monastère de Plou-Arzel au pays d'Ack
  • Séjour de six ans à la cour du roi Childebert
  • Fondation du monastère de Saint-Armel des Boschaux au pays de Rennes
  • Évangélisation des campagnes et lutte contre l'idolâtrie

Miracles

  • Guérison d'une fièvre violente par le contact de son manteau
  • Jaillissement miraculeux d'une fontaine dans un village du pays de Rennes
  • Soumission d'un dragon (interprété comme une allégorie de la victoire sur l'idolâtrie)
  • Prédiction de l'heure de sa mort

Citations

Nous efforcer de suivre Jésus notre chef par la véritable humilité, c'est là la somme de toute la philosophie chrétienne.

— Louis de Blois (cité en exergue)