Saint Arnoux de Vendôme
Évêque de Gap et Patron du diocèse
Résumé
Né à Vendôme au XIe siècle, Arnoux devint moine à l'abbaye de la Sainte-Trinité avant d'être retenu à Rome par le Pape Alexandre II. Nommé évêque de Gap pour restaurer un diocèse en ruine, il s'illustra par sa charité, ses miracles et sa fermeté face aux impies. Il est le saint patron du diocèse de Gap où ses reliques furent retrouvées intactes en 1104.
Biographie
SAINT ARNOUX DE VENDÔME,
ÉVÊQUE DE GAP ET PATRON DU DIOCÈSE
Vers 1070. — Pape : Alexandre II. — Roi de France : Philippe Ier.
Sedibus, Præsul, superis recepis, Nus, licet nectus super natro, serres; Et toam, nostræ bane tutor urbis, Respicæ gentem.
Du haut du trône que vous occupiez aujourd'hui dans les célestes parvis, vous protégerez vos enfants, vindré Pasteur! bien que vous n'apparteniez plus à la terre; et pour la ville dont vous êtes le défendeur, vous aurez encore un regard d'amour. Hymne de saint Arnoux.
Dans les premières années du onzième siècle, naissait à Vendôme, alors du diocèse de Chartres, aujourd'hui du diocèse de Blois, un enfant de bénédiction et de grâces. Cet enfant avait reçu sur les fonts du baptême le nom d'Arnoux (Arnulphus). Ses parents, remarquables par la noblesse du sang et plus encore par la noblesse du cœur, cultivèrent avec soin les heureuses dispositions qu'il manifesta dès son bas âge. Douceur de caractère, innocence de mœurs, précocité d'esprit, ingénuité de manières, agréments de la figure, tout se réunissait pour faire de cet enfant la joie de sa mère, l'espoir de sa famille, l'admiration de ceux qui l'approchaient ; tout lui promettait à lui-même des succès, la gloire, les honneurs ; en un mot, une carrière brillante et dorée. Mais Dieu qui, dans les merveilleux desseins de sa Providence, s'était réservé, à lui seul, cette âme d'élite, avait fait naître Arnoux dans le voisinage du célèbre monastère de la Sainte-Trinité, fondé à Vendôme en 1042, par Geoffroy Martel, comte d'Anjou, et Agnès son épouse. Cette circonstance en apparence indifférente devait cependant décider de son avenir. Ainsi prévenu des bénédictions célestes et docile aux tendres soins dont furent entourées ses jeunes années, Arnoux put dire avec bonheur, comme le roi prophète : « Seigneur, du sein de ma mère je me suis jeté dans les bras de votre amour : c'est à vous, ô le Dieu de mon cœur, que j'ai consacré les prémices de mon existence ». En effet, pendant ces années d'enfance où l'on ne vit guère que pour l'amusement et les frivolités, ses pensées et ses affections s'élevaient déjà vers le ciel. Il laissait aux enfants de son âge les jeux sur la place publique, les divertissements, la joie bruyante ; une sympathie secrète et un attrait irrésistible le poussaient vers les murs du saint asile dont un jour il devait être l'ornement et la gloire ; il se plaisait à errer sous les arceaux des cloîtres de la Trinité ; il aimait les vastes nefs, les voûtes élancées, les vitraux tout resplendissants de l'église abbatiale. Ces merveilles de l'art chrétien excitaient au fond de son âme un pieux
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enthousiasme et d'ardentes aspirations vers le ciel qu'elles lui faisaient si beau. Attiré par le parfum de sainteté qui s'exhalait de cette communauté fervente des enfants de Saint-Benoît, il ne se lassait pas de voir, d'entendre, d'admirer, d'étudier ces religieux à la vie si pure, aux mœurs si douces.
Une des qualités les plus heureuses de notre jeune Saint et qui contribua le plus à son développement intellectuel et à son avancement dans la vertu, c'était son empressement à rechercher la société et la conversation des personnes sages, auprès desquelles il trouvait à s'instruire et à s'édifier. Il vérifiait dans sa personne ce passage du livre de Tobie : « Lorsqu'il était enfant, il ne fit rien qui se ressentit de l'enfance ». Ses pensées, ses goûts, ses discours, ses actions, tout indiquait en lui une maturité, une sagesse bien au-dessus de son âge.
Pour protéger la vertu naissante d'Arnoux contre la contagion du monde, et le préparer à cette haute et sublime perfection qui entrait dans les desseins de la sagesse éternelle, Dieu inspira à ses parents de confier l'éducation de leur fils chéri aux pieux et savants religieux de la Sainte-Trinité. Qui pourrait dire sa joie, quand s'ouvrit pour lui la porte si désirée du célèbre monastère ? Admis au milieu de ces Pères, désormais ses maîtres et ses modèles, on le vit, comme le divin Sauveur, grandir merveilleusement en science et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Ce fut cet arbre planté sur le bord des eaux, qui croît avec vigueur et qui donnera dans son temps des fruits en abondance. Chaque jour développait en lui quelque qualité nouvelle du cœur et de l'esprit ; chaque jour, cette pierre précieuse brillait d'un plus vif éclat ; chaque jour la grâce ajoutait un prodige aux prodiges de la veille ; aussi le bienheureux enfant ne tarda pas à se voir l'objet de la plus tendre amitié et d'une estime qui alla bientôt jusqu'à la vénération. Ravi de l'ordre, de la paix, du bonheur qui régnait autour de lui, mille fois, depuis son entrée dans cette maison sainte, il s'était écrié comme Pierre, sur le Thabor : « Oh ! que l'on est bien ici ! Que ne puis-je y fixer ma demeure ! » Dans la vivacité de sa foi et de son amour, bien souvent il avait dit avec le Psalmiste : « Je laisse à d'autres les honneurs, les plaisirs, les biens de la terre, je ne demande à Dieu qu'une faveur : celle d'habiter, ma vie entière, dans l'asile fortuné où sa grâce m'a conduit ».
Ce pieux désir d'Arnoux fut en partie exaucé. Frappé de la haute vertu et de l'étonnante maturité du saint jeune homme, Odéric, premier abbé du monastère, s'était attaché à lui d'une affection toute paternelle. Éclairé par une inspiration céleste, il avait cru pouvoir, en faveur de cet enfant de prédilection, s'écarter des règles ordinaires : le vénérable vieillard l'avait donc revêtu de l'habit monastique, et en le recevant au nombre de ses religieux, il avait resserré les liens si doux qui retenaient le fervent novice à l'ombre sacrée du cloître. Heureux de voir entre le monde et lui un mur de séparation, ravi de la large part que le Seigneur lui avait choisie dans son héritage, Arnoux s'élance avec toute la générosité d'une belle âme, dans la sublime carrière ouverte devant lui. Enflammé d'ardeur à la vue des modèles qui l'entourent, il travaille, par d'incessants efforts, à reproduire la forme de Jésus-Christ, à se pénétrer de ces grands et nobles sentiments qui caractérisent le vrai chrétien et le bon religieux. Dans cette silencieuse retraite qui fait ses délices, il s'étudie avec un zèle infatigable à acquérir les trésors de science et de sagesse dont il doit, un jour, enrichir l'Église de Dieu. Aussi on put bientôt reconnaître en lui ce juste qui, dans la maison du Seigneur, fleurit comme le palmier, se multiplie comme le cèdre du Liban. Il put servir de modèle à la pieuse et fervente communauté.
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Tant de mérites et de perfections attirèrent sur notre Saint des faveurs plus précieuses encore. C'est le serviteur fidèle qui, en récompense de sa bonne administration, reçoit de nouveaux talents. En effet, le supérieur du monastère voyant dans ce jeune religieux de si grandes vertus et une vie si pure, le jugea digne d'être élevé au sacerdoce. Comment il répondit à cet appel du Seigneur, ce qui se passa de céleste dans cet ange de la terre, quels transports d'amour éclatèrent dans cette âme ardente au moment où le pontife, par l'imposition des mains, lui conférait l'éminente dignité de la prêtrise et l'initiait à tous les secrets de la charité de Jésus pour les hommes, c'est ce que nulle bouche humaine ne saurait dire. Aussi la grâce du sacerdoce produisit-elle dans Arnoux un accroissement sensible de zèle et de ferveur. On ne fut pas longtemps sans avoir à admirer en lui de nouveaux prodiges de sainteté : une humilité profonde, une incomparable prudence, une pureté angélique, une abnégation totale de lui-même, une inaltérable patience, l'amour de la pénitence et de la pauvreté poussé jusqu'à l'héroïsme, une obéissance prompte et aveugle, un esprit de foi et d'oraison qui faisait de sa vie entière un acte continu d'union avec Dieu, une ferveur brûlante dans tous ses devoirs religieux, enfin une charité tendre et généreuse à l'égard de ses supérieurs et de ses frères, telles furent les vertus qui brillèrent dans le nouveau prêtre du plus vif éclat, et qui firent de lui cet homme chéri de Dieu et de ses semblables, dont la mémoire sera en éternelle bénédiction.
La réunion de toutes ces rares et précieuses qualités, dont la nature et la grâce avaient enrichi notre Saint, le rendirent si cher à son vénérable abbé, qu'il le regarda et l'aima constamment comme son fils, vécut avec lui dans l'intimité la plus grande, soumettant toutes choses à ses lumières et à ses conseils. Cette confiance illimitée, cette bienveillance honorable d'un supérieur ne servirent jamais à Arnoux pour l'élever à des postes de faveur, pour le pousser à des emplois moins humbles. Il en usa uniquement pour son avancement spirituel et le bien général du monastère. Fidèle observateur des saintes règles de la communauté, au lieu d'y apporter des adoucissements, il ajoutait encore à leur sévérité, craignant toujours d'avancer trop lentement dans les sentiers de la perfection religieuse, et craignant sans cesse d'entendre, malgré sa vie toute de sacrifices et de bonnes œuvres, les reproches du maître au serviteur inutile.
Sur ces entrefaites, Geoffroy Martel mourut, et l'abbaye de la Trinité qu'il avait fondée et richement dotée eut bientôt à souffrir des injustes violences de Foulques, comte de Vendôme, malgré les promesses solennelles de ce seigneur, qui avait juré de la défendre et de la protéger. L'abbé Odéric, ayant inutilement épuisé les voies de la douceur pour arrêter les mille vexations du noble comte, résolut de faire le voyage de Rome et de porter ses plaintes au tribunal même du souverain Pontife ; l'abbaye avait été donnée au Saint-Siège et par conséquent relevait du Pape. Odéric partit en 1063, emmenant avec lui Arnoux, son disciple chéri.
Alexandre II occupait alors le Siège apostolique. Il reçut les deux pèlerins avec une grande distinction, et manifesta l'indignation la plus vive au récit des persécutions dirigées contre un monastère qui était la propriété du Saint-Siège. Plusieurs bulles furent expédiées pour maintenir et accroître ses prérogatives, et le vénérable Odéric vit toutes ses réclamations accueillies. En même temps, Alexandre II, qui avait su apprécier Arnoux, voulut le retenir à Rome. Arnoux se soumit avec résignation à l'honorable exil auquel le condamnait l'ordre de son supérieur. Le pontife, charmé de
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l'esprit aimable du jeune religieux, de la solidité de son jugement, de la profondeur de ses vues, sentit, chaque jour, s'accroître pour lui son estime et son affection. Depuis près de quatre ans, notre bienheureux était à Rome uniquement occupé de la sanctification des âmes et surtout de la sienne propre; mais le moment allait venir où Dieu, qui se plaît à exalter les humbles, devait enfin retirer cette lumière brillante de dessous le boisseau, pour la placer sur le chandelier de l'Église.
Le diocèse de Gap était alors en proie aux plus grands désordres. Privé de pasteur après en avoir eu un mauvais, l'héritage des Démètre, des Constantin et des Arey, jadis si florissant, était cruellement ravagé et n'offrait plus que des ruines. La foi se perdait, les mœurs se dépravaient; ce troupeau, sans guide et sans pasteur, errait loin des pâturages habitués, et se désaltérait aux citernes empoisonnées dont parle le Prophète. Dans ces fâcheuses extrémités, le clergé et les habitants de Gap envoyèrent à Rome des hommes de confiance pour informer le souverain Pontife du déplorable état où se trouvait leur diocèse, et le conjurer d'y apporter un prompt et efficace remède. Cette prière si humble des députés gapençais, dernier cri d'une Église agonisante, fut favorablement accueillie. Le Pape, de son côté, avait mesuré dans son esprit quelle était l'étendue du mal. Il vit que, pour en arrêter les progrès alarmants, il fallait un apôtre, un homme puissant en paroles et en œuvres, et il jeta les yeux sur le bienheureux Arnoux, auquel il proposa l'évêché de Gap. A cette ouverture de son père et de son ami, l'âme si humble d'Arnoux se troubla. La sublimité de cette glorieuse mais lourde dignité l'épouvantait; mais le Vicaire de Jésus-Christ, usant de son autorité suprême, lui enjoignit de se préparer au redoutable sacrifice. La seule parole de consolation dont il accompagna cet ordre sévère, fut de promettre à l'élu de le consacrer de ses propres mains, afin qu'il pût vraiment le charger de toutes ses bénédictions avant de l'envoyer occuper le siège de Gap, et consoler cette pauvre Église de son déplorable veuvage.
Ce choix venu du ciel fut pour les députés, et bientôt pour tout le peuple qui les avait envoyés, le sujet d'une grande joie et d'une sainte allégresse. Le bienheureux évêque sait que des vœux empressés l'appellent, que de nouveaux enfants l'attendent, que leurs besoins sont urgents, il ne met donc aucun retard, il part aussitôt. Ce fut dans ce voyage que Dieu fit éclater les merveilles de sa toute-puissance, en rendant, par l'intercession d'Arnoux, un pauvre enfant à la vie et à sa mère. C'était près de Vendôme: il marchait sur les bords du Loir, lorsque des cris viennent frapper ses oreilles; il s'approche; une foule nombreuse entourait le cadavre d'un malheureux enfant que l'on venait de retirer de l'eau, privé de vie. A ce spectacle, Arnoux est ému de compassion; poussé par une inspiration d'en haut, et confiant dans la puissance divine, il couvre le cadavre de son manteau. A l'instant même le corps paraît s'animer, et l'enfant se relève aux yeux de tous, plein de santé et de vie. Le Saint fit présent du manteau miraculeux au couvent de la Trinité, qui en fit une chape. Après quelques jours passés au sein de ses frères en Jésus-Christ, le saint et vénéré pasteur arrive, devancé par le bruit de ce prodige, au milieu de ses ouailles. Il est reçu comme un ange envoyé du ciel; un enthousiasme difficile à décrire se manifeste de toutes parts; partout sur son passage les populations empressées accourent; on veut voir cet homme étonnant auquel la mort obéit; on se rappelle à l'envi ce que la renommée a publié de ses vertus; on s'estime heureux de le connaître, plus heureux encore de le posséder.
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Ses manières douces et aimables, l'onction irrésistible de sa parole, l'odeur de sainteté qu'il répand autour de lui, achèvent de lui concilier l'amour et l'admiration de tous.
Arnoux, voulant profiter de ces heureuses dispositions, se met aussitôt à l'œuvre. Semblable à la nuée bienfaisante qui épanche sur la terre ses douces ondées, la rafraîchit et la fertilise, il répand sur le champ desséché du Seigneur la rosée de la grâce. Sous son action vivifiante, les abus se réforment, les injustes préventions tombent, la foi et la piété se réveillent, les conversions les plus inattendues, les plus éclatantes, s'opèrent. Comme le divin Maître, parcourant les villes et les campagnes, il laisse partout sur son passage des empreintes de son inépuisable et entraînante charité, et bientôt, par les efforts de ce zèle admirable, l'Église de Gap devient l'une des plus ferventes Eglises du monde catholique.
Un des traits les plus caractéristiques de la vie épiscopale de notre Saint fut un zèle ardent, un courage intrépide à défendre, contre les ennemis de Dieu, les droits et la discipline de l'Église. Il savait bien qu'il s'exposait ainsi à de grands dangers, et se plaçait en butte aux injures des méchants; mais, soutenu du secours d'en haut, et inaccessible à toutes les craintes humaines, chaque fois que les intérêts sacrés de la religion l'exigèrent, il s'arma du glaive des anathèmes et en frappa les rebelles. Or, un seigneur de Charence, nommé Leydet, impie déclaré, affectait, en toute occasion, un souverain mépris pour l'autorité de l'Église et persécutait ouvertement les hommes croyants et religieux; il s'oublia même, un jour, jusqu'à maltraiter un vénérable chanoine de la cathédrale. Arnoux, après avoir employé inutilement toutes les voies de la douceur pour ramener ce malheureux, se vit dans la dure nécessité de lancer contre lui les censures ecclésiastiques : Leydet fut excommunié. Dans son ressentiment, il éclata en menaces, et se livra, contre le Saint lui-même, à d'outrageuses violences; mais le ciel se chargea de venger hautement l'honneur de son pontife : Leydet mourut peu de temps après, horriblement écrasé par la chute d'une poutre.
Un autre jour que, nouvel Étienne, Arnoux défendait d'une manière triomphante la cause de l'Évangile, et que son ardente parole confondait le méchant et terrassait le pécheur, un de ces impies qui se reconnut dans ses pathétiques apostrophes, poussé par le démon, osa tirer le glaive contre son évêque et le blessa profondément au bras. Cette audace sacrilège ne resta pas longtemps impunie; la nuit suivante, ce malheureux, qui avait ainsi levé une main parricide sur le saint pontife, fut frappé de mort. Ces terribles jugements de Dieu pénétrèrent tous les cœurs d'un religieux respect pour la personne du bienheureux évêque, et pour les actes de son administration épiscopale.
Une religieuse, qui avait perdu de vue la sainteté de son état, se trouva possédée du démon; elle devint si furieuse, qu'on fut obligé de l'attacher avec des chaînes de fer. On présenta cette malheureuse au saint évêque qui, s'étant prosterné devant le Seigneur, d'un signe de croix chassa l'esprit de ténèbres, et obtint à cette pauvre pécheresse, avec la délivrance de son corps, la conversion de son âme et le pardon de ses fautes.
Dans une circonstance solennelle, Arnoux, entouré d'un peuple nombreux, était occupé à la consécration d'une église de son diocèse (Valernes, Basses-Alpes); un des assistants, qui s'était imprudemment placé dans un lieu élevé pour mieux voir la cérémonie, se laissa tomber, et dans sa chute se brisa plusieurs membres. Averti de ce fâcheux accident, le Saint accourt
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vers cet infortuné; profondément ému à la vue de son horrible état, il se jette à genoux; dans l'ardeur de sa charité et de sa foi, il adresse à Dieu une fervente prière, et à l'instant ce malheureux est rendu à une santé parfaite.
Un autre jour qu'Arnoux se purifiait les mains pour aller célébrer les saints mystères, on lui présente un pauvre aveugle qui, s'étant prosterné à ses pieds, lui demande, comme autrefois l'aveugle de Jéricho à notre divin Sauveur, de faire qu'il voie et d'invoquer sur lui le Dieu des miséricordes. Le bienheureux, touché de ses infirmités et plus encore de ses sentiments pieux, verse l'eau qu'il avait dans les mains sur les yeux de cet aveugle qui, aussitôt, recouvre complètement la vue. Le clergé et le peuple, témoins de cette miraculeuse délivrance, rendirent de vives et éclatantes actions de grâces au Seigneur, qui se plaisait si visiblement à manifester la gloire de leur saint pontife.
C'est ainsi que, par la splendeur de ses prodiges, la sainteté de sa vie, la ferveur de ses oraisons, l'onction de sa parole, Arnoux fut l'apôtre, le père, le modèle, les délices de son troupeau. C'est ainsi qu'il rétablit, parmi nos ancêtres, vers lesquels le ciel l'avait envoyé, la pureté de la foi, la ferveur de la piété, et qu'il répandit, dans nos contrées, ces précieux germes qui n'ont cessé de produire, jusqu'à ce jour, des fruits de salut et d'immortalité. Mais ce ne fut pas seulement le temple spirituel qu'Arnoux s'efforça d'établir tout resplendissant de vertus, et parfumé de la bonne odeur de Jésus-Christ : sous sa main féconde, le temple matériel fut réédifié, et la cathédrale de Gap, monument antique, restaurée par notre Saint, fut longtemps l'orgueil de la cité et de la province.
Enfin arrive le moment où tant de précieux services vont recevoir leur juste salaire, le moment où le pasteur vigilant va se reposer de toutes ses fatigues. Arnoux avait généreusement fourni sa carrière; comme l'Apôtre, il avait combattu les grands combats du Seigneur; dans le cloître et sur le siège épiscopal, il avait inviolablement conservé la foi; il avait été un parfait modèle des vertus sacerdotales, un fidèle imitateur du divin Maître, c'est à présent que le souverain Juge va ceindre son front de la couronne de justice. Oh! qu'elle fut précieuse devant Dieu, la mort du bien-aimé pontife! Ce moment qui a tant de terreur pour le mondain, fut pour notre Saint un jour de fête et de triomphe. Plein de joie et de confiance, dit l'auteur de sa vie, il rendit doucement son corps à la terre et son âme au ciel, où elle monta entre les bras des anges, pour être mise en possession de l'éternelle gloire. C'était le 19 septembre 1070, selon les uns, et 1074, selon quelques autres.
## CULTE ET RELIQUES. — CONFRÉRIE DE SAINT-ARNOUX.
La sainte dépouille du bienheureux, arrosée des larmes de son clergé et de son peuple en deuil, fut consacrée, avec toutes les pompes de la religion, dans l'église de Saint-Jean le Rond, aujourd'hui détruite. Pendant les années qui suivirent la mort de saint Arnoux, il se fit un concours extraordinaire à cette église, et Dieu se plaisait à glorifier son serviteur en multipliant les prodiges sur son tombeau. De toutes parts et chaque jour, on voyait se presser autour des saintes reliques une foule nombreuse d'infirmes et de malades, dont la confiance et la foi ne furent jamais déçues. Il s'exhalait du corps du serviteur de Dieu une salutaire vertu à laquelle cédaient les maux les plus opiniâtres et les plus violents. A son invocation et par ses mérites, une maladie cruelle qui désolait la contrée, cessa ses affreux ravages. Enfin, de pieuses légendes et l'histoire de saint Arnoux mentionnent plusieurs morts rendus à la vie, à la grande admiration de la ville entière.
Frappé de toutes ces merveilles qu'il avait vues ou que la voix publique lui avait apprises et
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pressé par les instances qui lui étaient faites de toutes parts, Armand, qui, trente ans après la mort du saint évêque, occupait le siège de Gap, crut devoir exhumer le corps, en transférer les reliques et les exposer à la vénération du peuple. Le 13 juin 1104, il se rend donc à la tête de tout son clergé au tombeau du bienheureux Arnoux; après une fervente prière devant ce glorieux tombeau, on enlève avec un religieux respect la pierre tumulaire; mais, ô prodige qui saisit de crainte et d'admiration tous les assistants ! le saint corps et les habillements dont il est recouvert apparaissent aussi intacts et aussi frais qu'en jour de la sépulture. C'est alors qu'avec un pieux étincellement, on remarque sur l'un des bras, saignante encore, la blessure que lui avait faite le malheureux dont nous avons raconté l'attentat sacrilège. Ces saintes reliques, comme le démontre la fête de leur translation qui se célèbre encore le 13 juin, furent dès ce jour exposées à la vénération de tout le peuple fidèle, dans l'église principale de Gap.
En 1232, les alliés, guidés par les Vendés, passèrent les monts sous le commandement du duc de Savoie, et leurs premiers coups tombèrent sur la ville de Gap, où ce prince entra sans résistance. Les soldats du duc, abusant du droit de la guerre, pillèrent la ville, et en se retirant, y mirent le feu. L'incendie détruisit la cathédrale, et, de l'antique cité, ne laissa que quelques maisons éparses. A la nouvelle de l'invasion, les reliques de saint Arnoux, de saint Arey, de saint Démètre et plusieurs autres, précieusement conservées dans des reliquaires, furent enfouies sous le pavé du sanctuaire, derrière le maître-autel, et ainsi préservées de la profanation, du pillage et de l'incendie. L'année suivante, Mgr Charles Bénigne d'Hervé, évêque et comte de Gap, retira les saintes reliques, les recountant pour celles qui avaient été cachées sous terre, et les exposa de nouveau à la piété de son troupeau bien-aimé. La pieuse munificence des habitants de Gap ne tarda pas à remplacer le buste d'argent, dont s'étaient emparés les alliés, par un autre reliquaire d'une matière aussi riche et d'un travail précieux. De leur côté, Mgr d'Hervé, et après lui, Mgr de Mallissolles, firent aussi de grandes réparations à la cathédrale.
Mais un siècle ne s'était pas écoulé, que sous le règne de la terreur, qui pesait alors sur la France, il fallut une fois encore soustraire les reliques de saint Arnoux à l'impiété triomphante. On les déposa dans les archives du chapitre, et le buste d'argent suivit le sort des croix, calices et ostensoirs de la cathédrale; il fut envoyé à la monnaie à Paris. Lorsque plus tard, grâce à l'épée de Napoléon, la France vit se lever pour elle des jours plus calmes, alors le dépôt sacré reparut, pour recevoir de nouveau les hommages de la vénération publique, et protéger de sa présence la cité et le pays.
Grégoire XVI, par un bref du 19 février 1845, a daigné accorder une indulgence plénière, applicable aux âmes du Purgatoire, à tous les fidèles des deux sexes qui, contrits, s'étant confessés et ayant communié, visiteront l'église de Saint-Arnoux et y prieront un moment selon l'intention du souverain Pontife, le jour de la fête du Saint ou l'un des jours de l'octave; ensuite une indulgence de trois cents jours aux fidèles, chaque fois que, le cœur contrit, ils assisteront aux exercices de la neuvaine, devant servir de préparation à la fête de saint Arnoux.
Ayant été informé du dessein qu'avait Mgr Depéry d'établir, dans la ville de Gap, une confrérie sous le patronage de saint Arnoux, aux fins de procurer, par une plus fidèle fréquentation des sacrements, la persévérance des enfants qui auront fait leur première communion, et de leur offrir comme un noviciat propre à les initier aux exercices de la grande confrérie des pénitents blancs, le même Pape, par un autre bref également en date du 19 février 1845, accorde, à perpétuité, sous les conditions ordinaires, à tous ceux qui deviendront membres de la nouvelle confrérie, une indulgence plénière le jour de leur réception, à l'article de la mort, et le dimanche où l'on solennise à Gap la fête de saint Arnoux. Une indulgence de sept ans et sept quarantaines est encore accordée aux mêmes confrères qui, aux quatre solennités irrévocablement désignées par l'Ordinaire, savoir : Pâques, la Fête-Dieu, l'Assomption et Noël, visiteront l'église de Saint-Arnoux et y prieront un instant selon l'intention du souverain Pontife, après s'être confessés et avoir communiqué. Enfin, les mêmes confrères auront part à une indulgence de soixante jours pour tous les actes de piété qu'ils feront dévotement et le cœur contrit. Un troisième bref, à la date précitée, déclare que toutes les messes qui seront dites à un autel quelconque de la cathédrale de Saint-Arnoux, pour le repos de l'âme des confrères défunts, jouiront, à perpétuité, de toutes les faveurs attachées à un autel privilégié.
Après l'obtention de tous ces privilèges, Mgr Jean-Irénée Depéry publia, le 28 juin 1845, l'ordonnance d'érection de la confrérie de Saint-Arnoux, et, par un article du règlement, les confrères furent désignés pour former l'escorte d'honneur de leur glorieux patron, le jour de sa fête. C'est pourquoi ils assistent, sous une bannière spéciale, à la procession solennelle de saint Arnoux et marchent devant son buste, au milieu des rangs.
Extrait de l'Histoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr Depéry.
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Événements marquants
- Entrée au monastère de la Sainte-Trinité de Vendôme
- Élévation au sacerdoce
- Voyage à Rome en 1063 avec l'abbé Odéric
- Séjour de quatre ans à Rome auprès du Pape Alexandre II
- Nomination et consécration comme évêque de Gap par le Pape
- Restauration de la cathédrale de Gap
- Translation des reliques le 13 juin 1104
Miracles
- Résurrection d'un enfant noyé dans le Loir avec son manteau
- Guérison d'un homme tombé d'un lieu élevé à Valernes
- Guérison d'un aveugle avec l'eau de ses ablutions
- Exorcisme d'une religieuse possédée
- Incorruptibilité du corps constatée en 1104
Citations
Sedibus, Præsul, superis recepis, Nus, licet nectus super natro, serres; Et toam, nostræ bane tutor urbis, Respicæ gentem.