Saint Austrégisile (Outrille)

Évêque de Bourges

Fête : 20 mai 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble de Bourges et officier à la cour du roi Gontran, Austrégisile renonça au mariage pour le sacerdoce après des signes divins. Devenu abbé à Lyon puis évêque de Bourges en 612, il marqua son diocèse par sa charité, sa fermeté et de nombreux miracles. Il est l'une des figures majeures de l'église du Berry.

Biographie

SAINT AUSTRÉGISILE OU SAINT OUTRILLE,

ÉVÊQUE DE BOURGES

Les Saints, quand ils sont sévères au dehors, sont, en dedans, pénétrés de charité. Saint Grégoire le Grand, in I Reg., l. VI, a. 3.

L'église de Bourges ne se glorifie pas seulement d'avoir eu pour fondateur un grand Saint, elle compte encore avec orgueil sur la liste des Bienheureux trente-six de ses évêques. L'imposante et lumineuse figure de saint Austrégisile se détache vivement en tête de cette foule illustre.

A l'époque où le bon roi Gontran tenait sa cour à Châlon-sur-Saône, il y avait au palais un jeune homme appelé Austrégisile, issu d'une des premières familles de Bourges, mais dont malheureusement la fortune n'égalait pas la noblesse. Élevé dans l'étude des lettres sacrées, cet enfant avait été confié par son père Auginus au monarque bourguignon, qui s'était immédiatement pris pour lui d'une belle amitié et l'avait attaché à sa personne avec le titre de *mapparius*, qui conférait l'honneur de tendre la serviette quand le roi dînait ou se lavait les mains.

Cette haute faveur était échue à Austrégisile parce que, dès les premiers jours, il avait annoncé des qualités et des habitudes de piété fort appréciées du maître. En effet, dans ses heures de liberté, au lieu de se livrer avec la jeunesse du palais aux exercices du corps et aux grossiers plaisirs de l'époque, il recherchait la conversation des hommes graves ou les loisirs de l'étude. Tandis que ses compagnons couraient la bague, remuaient les dés, lançaient le disque ou le javelot, on le trouvait en prière dans une stalle de l'église ou feuilletant les missels historiés dans la bibliothèque.

Ce fut ainsi qu'Austrégisile grandit à la cour de Châlon, de plus en plus cher de tous ceux qui l'approchaient, jusqu'au moment où, le voyant parvenu à l'âge d'homme, sa famille lui parla de mariage. Effrayé de cette perspective à laquelle il ne s'était jamais arrêté, Austrégisile opposa aux désirs des siens son intention de quitter le monde et de se vouer au service de Dieu et à la pratique des bonnes œuvres. Il avoua l'émoi qu'il ressentait à la seule pensée de s'adjoindre une seconde existence, et de doubler ainsi les soucis et les hasards d'une vie déjà semée de trop d'écueils.

— « En me mariant », disait-il naïvement, « je cours la chance de

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prendre une femme bonne ou mauvaise. Bonne, je crains de la perdre ; mauvaise, je dois la garder. Pourquoi me jeter dans le doute et les tracas qui accompagnent le mariage ? Pouvant vivre libre, pourquoi chercherais-je l'esclavage ? »

Affligés de cette réponse, ses parents insistèrent et le sommèrent de suivre leur volonté. Alors, pour ne pas les attrister davantage, il leur promit de consulter ses deux maîtres, Dieu et le roi, et d’obéir si telle était leur volonté.

Bien que fort respectueux des choses divines, le bon roi Gontran ne négligeait pas les affaires temporelles. Aussi n’hésita-t-il pas à conseiller à son favori d’assurer son avenir, en prenant une bonne femme qui lui apporterait une grosse dot, sans trop se préoccuper des futurs embarras du mariage ; car, ajouta-t-il en souriant, un homme sage sait toujours s’en tirer.

Médiocrement convaincu et tout en remerciant le roi de son avis, Austrégisile sentit plus que jamais le besoin de consulter un avocat moins mondain et de s’en rapporter à Dieu. En conséquence, il écrivit sur trois tablettes les noms de trois hommes du voisinage qui avaient des filles dont la naissance et la fortune étaient à peu près égales. Puis il plaça ces tablettes sous la couverture de l’autel, dans la basilique de Saint-Jean, près la ville de Châlon, en se promettant de rester, suivant l’usage, trois nuits en prière, et de s’en rapporter ensuite au jugement du Seigneur pour le choix d’une des tablettes.

La première nuit se passa tout entière dans la prière ; mais, dès la seconde, vaincu par la fatigue, Austrégisile s’endormit et vit en songe deux vieillards d’aspect vénérable qui s’approchèrent de lui et de l’autel. — De qui Austrégisile doit-il épouser la fille ? disait l’un. — Ignores-tu, répondait l’autre, qu’il est déjà marié ? — A qui donc ? — A la fille du Juge Juste ? A son réveil, le jeune homme se demanda qui elle était, où demeurait ce Juge et ce Juste dont il devait épouser la fille ; et, comme il ne pouvait le deviner, il reprit tout pensif le chemin de la ville. Ses réflexions le conduisirent jusqu’à un village, où la fatigue lui conseilla d’entrer dans une hôtellerie tenue par un vétéran et sa femme. Aussitôt qu’elle l’aperçut, celle-ci vint à sa rencontre et, avant toute offre de service, lui adressa ces mots : — Mon hôte, si tu veux m’écouter un instant, je t’apprendrai ce que j’ai vu ce matin en songe à ton sujet. Il me semblait entendre un grand bruit de voix pareil à des chants de psaumes, et je dis à mon mari : — Homme, qu’est-ce que j’entends ? A l’occasion de quelle fête les prêtres font-ils aujourd’hui la procession ? — Notre hôte Austrégisile prend femme, répondit-il. — Pleine de joie, je m’approchai pour considérer la figure et l’air de la jeune fille. Lorsque les clercs vêtus de blanc, portant des croix et chantant des psaumes, furent passés, tu parus le dernier suivi par tout le peuple. Comme, malgré mon attention, je ne découvrais dans le cortège ni jeune fille, ni aucune autre personne de mon sexe, je dis encore à mon mari : — Où donc est la fiancée d’Austrégisile ? — Ne la vois-tu pas dans ses mains, reprit-il ? — Mais j’eus beau regarder, je n’aperçus entre tes mains que le livre de l’Évangile.

Rapprochées de la vision de l’Église, les paroles de la femme du vieux soldat augmentèrent les rêveries du page, qui se remit en marche et vint bientôt frapper à la porte du palais, où l’attendait un dernier avertissement.

Quand le portier lui eut ouvert, Austrégisile s’étant avancé sans bruit

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vers la chambre royale, entendit Gontran qui priait à haute voix et répétait ce verset : « Seigneur, tu as placé sur sa tête une couronne de pierres précieuses, il t'a demandé son chemin et tu lui as accordé de longs jours dans ce siècle et dans le siècle des siècles. » Le doute n'était plus permis. Dieu parlait et l'appelait au sacerdoce par la bouche du monarque. Mais le démon opposa de grands obstacles à l'accomplissement de cette volonté.

Il y avait à la cour un certain Bethelen, homme puissant, mais dur et orgueilleux, qui avait usurpé les biens du fisc. Aux reproches de Gontran, il opposa un faux diplôme qu'il prétendit tenir d'Austrégisile. Celui-ci nia le fait, et le roi courroucé ordonna le champ-clos, afin que le jugement de Dieu révélât lequel des deux avait menti.

Le jour du combat, Austrégisile s'étant levé de grand matin, envoya par ses valets sa lance et son bouclier dans le champ où devait avoir lieu la rencontre, puis il alla prier dans la basilique de Saint-Marcel, à Châlon. En chemin, il rencontra un pauvre, auquel il donna un triens ou tiers d'as, le seul qu'il eût sur lui, et, après avoir achevé ses dévotions, il se dirigea plein de confiance vers le lieu du combat, où le roi, la cour et le peuple étaient assemblés. Déjà les trompettes sonnaient, et l'on n'attendait plus que le second champion, lorsque l'écuyer de Bethelen parut, pâle et défait, dans la lice, en annonçant la mort de son maître. Sommé par Gontran de fournir des détails, cet homme s'exprima ainsi :

— Sire, votre serviteur Bethelen nous ayant ordonné d'être prêts au point du jour, se mit en selle à l'heure indiquée ; mais, à sa grande surprise, son cheval, doux et docile d'ordinaire, se tint immobile et refusa d'avancer. Jaloux de ne pas manquer le rendez-vous, mon maître enfonça l'éperon dans les flancs de l'animal rebelle, qui se prit à bondir d'une façon terrible, à se jeter de côté, à baisser la tête, à lever la croupe, si bien que le seigneur Bethelen, violemment désarçonné, fut lancé par terre comme un arbre déraciné par une trombe. Ce n'était point assez ; la bête furieuse se rua sur lui, le frappa sans relâche à la tête de ses deux sabots, jusqu'à ce qu'il ne fût plus qu'un misérable cadavre rendant le sang par le nez et les oreilles. A ce récit, le roi se tournant vers Austrégisile, lui dit :

— Le Seigneur, dont tu as invoqué l'appui, a combattu pour toi ; et Bethelen est tombé sous les coups de la vengeance céleste.

Sans se réjouir de la mort de son ennemi, le jeune homme remercia le ciel de lui avoir évité l'effusion du sang, et sentit s'augmenter sa ferveur et sa résolution. Il vint alors trouver un pieux et puissant personnage appelé Æthereus, en renom parmi les sénateurs et jouissant d'un crédit particulier à la cour. Il lui exposa ses aspirations et ses doutes, lui raconta l'épreuve qu'il avait tentée, les mystérieux avertissements qu'il avait reçus et le décida à plaider sa cause auprès du roi. Quel que fût son chagrin de perdre son cher élève, le bon monarque ne put résister aux élans d'une vocation si ardente et accorda la permission demandée.

Peu de jours après, Austrégisile se fit couper les cheveux et reçut d'Aunachaire, évêque d'Auxerre, l'ordre du sous-diaconat ; puis il suivit à Lyon son protecteur Æthereus, qui venait d'être élu évêque de cette ville, et fut nommé par lui abbé de Saint-Nizier.

Malgré sa jeunesse, Austrégisile ne tarda pas à justifier cette haute faveur et à jouir d'une grande réputation de sagesse et de vertu dans la conduite de son abbaye, où il connut et eut pour lecteur Marculfe, qui devint plus tard abbé du monastère du Château à Bourges, et qui, d'après quelques-uns, ne serait autre que l'auteur des célèbres Formules.

Dès ce moment, sa vie nous le montre investi du pouvoir surnaturel, apanage des élus, et raconte ainsi ses deux premiers prodiges dans les circonstances suivantes : Un jour que le pays était en pleines vendanges, Austrégisile se rendit au cellier pour surveiller les travaux et faire préparer les vases destinés à recevoir le vin après l'opération du pressoir. Ceux-ci furent tous remplis, à l'exception d'une énorme cuve pouvant contenir environ vingt mesures ordinaires ; mais, comme il restait encore un peu de vin au fond d'une amphore, l'abbé ordonna de le jeter dans cette cuve sur laquelle il fit, avant de se retirer, le signe de la croix. Au matin, quel ne fut pas l'étonnement du gardien du cellier, lorsqu'étant entré pour vérifier l'état de la vendange, il vit la grande cuve en complète ébullition, comme les autres vaisseaux, et le vin passant par-dessus les bords et inondant le pavé. Hors de lui, le pauvre homme courut à l'église pour annoncer ce prodige ; mais Austrégisile lui imposa doucement silence en lui défendant de révéler ce que Dieu avait accompli par l'entremise de son serviteur.

Une autre fois, Austrégisile, voyageant avec l'évêque Æthereus et sa suite, sur le territoire génevois, rencontra aux environs du lac un vieux château désert et une chapelle à demi ruinée, n'ayant ni clercs ni gardiens, dans laquelle il eut la pensée de célébrer la messe. Les portes de la chapelle étaient ouvertes, mais celles de la sacristie solidement fermées au verrou. Comme l'eau manquait, il dépêcha son lecteur Marculfe pour s'en procurer. Après en avoir inutilement cherché de tous côtés, celui-ci revint à la chapelle, où il fut saisi d'un étonnement voisin de l'effroi en voyant la sacristie grande ouverte et le saint homme officiant avec deux coupes pleines, l'une de vin et l'autre d'eau.

Vers l'an 612, Austrégisile dirigeait encore le monastère de Saint-Nizier, quand il apprit un beau matin que, du consentement du roi, le peuple et le clergé l'appelaient à remplacer saint Apollinaire, évêque de Bourges, qui venait de mourir. Sans être effrayé ni enorgueilli du lourd fardeau qui lui incombait, imposant silence au regret qu'il avait de quitter sa chère retraite, il se mit en route, avec ses diacres Didier et Sulpice, dont le second devait lui succéder.

Arrivé à Germigny, première station en Berry, il connut par une vision nocturne qu'il dirigerait pendant douze ans l'église de Bourges, et réveilla ses diacres pour leur communiquer cet avis d'en haut. Le lendemain, au bruit des cloches et des acclamations populaires, il entrait triomphalement dans sa ville natale, où il devait achever de conquérir la radieuse auréole des saints par une nouvelle série de bonnes œuvres et de miracles.

Mais comment suivre la légende pendant les douze années de ce glorieux pontificat, comment relever un à un les curieux épisodes qu'elle s'est plu à enregistrer jour par jour et qui rappellent à chaque instant les noms franco-romains de nos pères ?

Ce n'est donc pas sans regret que nous renonçons à raconter en détail la guérison merveilleuse d'Amanda, la suivante aveugle de la noble Paterne ; celles de la jeune Friovala, délivrée du malin esprit par la communion ; du paralytique Méroald, amené devant l'auguste prélat par les valets de Berthoara ; l'aventure de Monulf, cet imprudent meunier qui, ayant voulu

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piquer sa meule le dimanche, sentit ses doigts s'attacher si fortement au marteau que le sang en jaillissait, et qu'il dut recourir au Saint pour voir cesser son supplice; celle du boulanger Léodemer, auquel la pieuse Austreberte, veuve du très-illustre Chramnoald, rendit la santé avec un morceau de pain bénit par l'évêque et destiné aux Eulogies; enfin ces bienfaits, ces dons et ces grâces répandus à profusion sur les affligés de l'âme et du corps, qui s'obtenaient souvent par de simples lettres, quand on ne pouvait les demander en personne.

Peu de temps après l'arrivée d'Austrégisile à Bourges, la renommée de ses vertus y attira un saint homme appelé Amandus, destiné lui-même à jouir d'une grande notoriété en Berry et dans les Flandres. C'était saint Amand de Maëstricht.

Austrégisile eut encore le bonheur de connaître et de guider sur la route du ciel une noble matrone de Bourges, sainte Berthaara, célèbre par ses vertus et la fondation d'une abbaye de filles, vouée à la Règle et au doux Mysticisme de saint Colomban, que le pieux Bobolein adoptait également pour ses quatre monastères du Berry.

Dans l'exercice des hautes fonctions, le caractère et la piété d'Austrégisile prirent une teinte grave et sévère, aussi rassurante pour les bons que redoutable aux méchants. L'histoire cite plusieurs traits de l'indomptable énergie qu'il opposa toujours aux téméraires entreprises des ennemis de l'Église ou de la cité, dont il fut un des plus ardents défenseurs, pendant et après sa vie.

Aussi, quand le 13 des Calendes de juin, la nouvelle de la mort du grand évêque se répandit par la ville, chacun se crut-il frappé dans ses intérêts et ses plus chères affections. La population entière voulut assister à ses funérailles, que signalèrent d'éclatants prodiges. Un jeune perclus nommé Léonastus, qui s'était fait porter à la suite du convoi, recouvra l'usage de ses membres la nuit suivante.

Saint Austrégisile fut enseveli par Raurac, évêque de Nevers, dans l'église du château, et le vénérable prêtre Janvier, présent à la cérémonie, rapporta qu'au moment où l'on fermait le sépulcre, il vit apparaître à la droite de Raurac l'image de l'illustre défunt couverte de longs vêtements blancs et resplendissante de lumière. Nul doute, ajouta-t-il, que ce ne fût son ange gardien qui, sous cette forme, voulait l'accompagner jusqu'au tombeau.

La mémoire de saint Austrégisile ne se retrouve pas seulement dans les légendes et les liturgies. En recevant son corps, l'église du Château prit également son nom qu'elle ne quitta plus, et que rappelle encore une paroisse du Bas-Berry, Saint-Aoustrille, canton d'Issoudun (Indre).

Plus tard, une des portes de Bourges, celle qui conduisait au Bourbonnais, fut mise sous sa protection et décorée de sa statue en costume archiépiscopal. Celle-ci ayant été détruite au XVIe siècle, pendant les guerres de religion, on en fit exécuter une nouvelle en 1609 par Jean Lafrimpe, maître architecte et imagier, moyennant la somme de quarante livres. Cette effigie, peinte et posée sur un piédestal, fut d'abord bénite par l'archevêque André Fremiot dans sa chapelle, puis installée, au mois de mai 1609, dans

la niche qu'occupait l'ancienne au portail Bourbonnoux, du côté du pont-levis.

Extrait des Légendes du Berry.

Événements marquants

  • Mapparius à la cour du roi Gontran à Châlon-sur-Saône
  • Refus du mariage et vision mystique de l'Évangile
  • Jugement de Dieu contre Bethelen
  • Ordination comme sous-diacre par l'évêque Aunachaire
  • Abbé de Saint-Nizier à Lyon
  • Élection à l'évêché de Bourges en 612
  • Pontificat de douze ans à Bourges

Miracles

  • Multiplication du vin dans une cuve à l'abbaye de Saint-Nizier
  • Apparition miraculeuse d'eau et de vin pour la messe dans une chapelle ruinée
  • Guérison de l'aveugle Amanda
  • Guérison du paralytique Méroald
  • Châtiment et guérison du meunier Monulf

Citations

Pouvant vivre libre, pourquoi chercherais-je l'esclavage ?

— Réponse d'Austrégisile à ses parents concernant le mariage

Seigneur, tu as placé sur sa tête une couronne de pierres précieuses

— Prière du roi Gontran entendue par Austrégisile