Saint Aigulfe (Aout)
Évêque de Bourges
Résumé
Évêque de Bourges au IXe siècle, Aigulfe (ou Aout) se distingua par sa piété solitaire avant d'être élu contre son gré en 811. Fidèle à Louis le Débonnaire, il participa aux conciles de Toulouse et de Thionville. Il mourut en 835 après un épiscopat de vingt-quatre ans marqué par la sagesse et la rigueur.
Biographie
S. AIGULFE, VULGAIREMENT S. AOUT, ÉV. DE BOURGES (835).
Ce Saint commença dès l'enfance à donner, par sa piété et par ses vertueuses inclinations, l'espoir qu'il parviendrait à une sainteté éminente. Élevé avec soin dans les lettres humaines et divines, il conserva, grâce, en partie du moins, à ces connaissances, la pureté des mœurs, et se consacra particulièrement au service de Dieu. Lorsqu'il se vit en état de choisir un genre de vie, il quitta le monde pour suivre Jésus-Christ. Il se retira dans une solitude, où il se donna tout entier aux exercices de la pénitence et de la prière, et à la méditation des saintes Écritures. Il s'étudiait à imiter, autant qu'il lui était possible, la conduite du prophète Élie et celle de saint Jean-Baptiste, par ses grandes abstinences et son éloignement du commerce des hommes. Mais Dieu, qui en devait faire un exemple pour son peuple, ne voulut pas qu'une vertu si rare demeurât toujours cachée. L'éclat de son mérite le fit connaître et attira vers lui beaucoup de personnes qui venaient se recommander à ses prières ou recevoir ses instructions. Le siège archiépiscopal de Bourges étant venu à vaquer, vers l'an 811, par la mort d'Ébroin, que d'autres appellent Elban ou Elboin, Aigulfe fut élu à l'unanimité des suffrages. Il refusa longtemps de quitter la douceur et l'obscurité de sa solitude; enfin, après de longues instances, il se laissa traîner plutôt qu'il n'alla où on l'appelait. Lorsqu'il fut sacré, il s'appliqua à remplir tous les devoirs de ce sublime ministère, avec la même ardeur et la même fidélité qu'il apportait au service de Dieu dans les exercices de la solitude.
Nous ne connaissons rien sur le commencement de cet épiscopat, que par l'éloge qu'en fit Théodule, évêque d'Orléans, dans sa prison d'Angers. Le Saint continua de conduire son peuple dans le vrai chemin du ciel, et par ses exemples, et par ses instructions, veillant sans cesse sur lui-même et sur le troupeau qui lui était confié. Ces soins s'étendirent aussi sur les villes soumises à sa métropole, dont la primatie était qualifiée du titre de patriarcat. Il assista, l'an 829, au concile de Toulouse, l'un des quatre qui se tinrent cette année dans les principales villes du royaume, pour remédier aux désordres qui avaient attiré la colère de Dieu sur la France, alors désolée par les fléaux de la famine, de la peste et d'autres malheurs. Lorsque plusieurs prélats du
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royaume, oubliant ce qu'ils devaient à leur prince légitime, Louis le Débonnaire, embrassèrent inconsidérément la révolte de ses fils, Aigulfe ne se laissa point entraîner par ce mauvais exemple. Ebbes, évêque de Reims, qui, abusant de sa débonnaireté et de sa soumission à l'Église, avait osé dégrader ce prince, fut enfin obligé de se déclarer coupable. Il choisit le saint évêque de Bourges pour l'un de ses juges dans le concile de Thionville, où les prélats se trouvèrent, au commencement du Carême de l'an 835, pour son affaire et celle des autres rebelles, après avoir remis solennellement la couronne sur la tête de l'empereur, à Metz, le dimanche qui précédait le jeûne des quarante jours.
Aigulfe ne put s'empêcher de condamner la conduite de ce confrère et de travailler à sa déposition avec les autres. Il revint à son église avant Pâques, mais la consolation qu'elle eut de le revoir ne fut pas de longue durée, car il mourut le 22 mai suivant, le samedi qui précédait les litanies des Rogations, après vingt-quatre ans d'épiscopat. Le lieu de sa mort fut une solitude de son diocèse, où il s'était retiré pour se recueillir. Il y fut enterré, et l'on a depuis bâti sur son tombeau une église de son nom, siège d'une paroisse dans l'archiprêtré de Châteauroux. On transporta quelques-unes de ses reliques dans la Champagne et dans les Pays-Bas. Jean de Suilli, archevêque de Bourges, fit une translation solennelle de son corps dans l'église même de sa sépulture, le dimanche 16e jour d'avril, de l'an 1279, et il en fit dresser un procès-verbal qu'il enferma dans la chasse. L'archevêque Roland Hébert, voulant visiter ces reliques, l'an 1623, fit ouvrir la chasse en sa présence, le 22 de mai, jour de sa fête, et y trouva le titre de sa translation, où il était qualifié de Martyr, sans qu'on en sache la raison.
Cf. Acta Sanctorum, Balllet, etc.
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## LA BIENHEUREUSE HUMILITÉ DE FLORENCE (1310).
Rosana, qui s'appela plus tard sœur Humilité, était née à Faenza, dans la Romagne. Son noble père, le signor Altimonte, et sa non moins noble mère, la signora Rachilda, virent avec peine leur enfant mépriser de bonne heure les belles robes et les atours dont la vanité féminine se repaît si volontiers.
L'empereur Frédéric Barberousse ayant mis garnison à Faenza, un des officiers de son armée fut séduit par la beauté de Rosana et demanda sa main. La jeune fille parvint à décliner cette alliance : plus tard, cependant, elle épousa, par soumission envers ses parents sans doute, un habitant de sa ville natale, Ugelotto Caccianemici, dont la famille avait fourni un pape à la catholicité : Lucius III. Cette union dura neuf ans, pendant lesquels Rosana ne cessa de demander à son mari une séparation amiable. Celui-ci ne répondait que par l'ironie à une telle prière ; mais il arriva qu'Ugelotto tomba malade ; les médecins lui déclarèrent que la continence devenait pour lui une nécessité. De cette manière, une première séparation se trouvait réalisée, la grâce en opéra une autre. Les deux époux se firent, chacun de leur côté, admettre dans le couvent double de Sainte-Perpétue, situé aux portes de Faenza. Sœur Humilité n'y demeura que trois ans, au bout desquels elle embrassa la vie de recluse, près de l'église Saint-Apollinaire. Douze ans plus tard, elle alla fonder à Florence un couvent de l'affiliation de Vallombreuse.
Elle dédia ce couvent à saint Jean l'Évangéliste, pour lequel elle avait une dévotion particulière, et qui favorisa souvent de ses visites la servante de Dieu.
Parmi les nombreuses révélations qu'elle reçut du ciel, l'une des plus remarquables est celle qui lui apprit qu'outre son ange gardien, elle en avait un second qui lui avait été donné lorsqu'elle était devenue abbesse, pour l'aider dans le gouvernement de sa communauté. Le premier, qui était de la légion des anges, s'appelait Sapiel, c'est-à-dire sagesse de Jéhovah, et l'autre, qui appartenait à l'ordre des chérubins, s'appelait Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. On aimera lire la prière par laquelle notre Bienheureuse leur recommandait la garde de tous ses sens. « Quand je songe », dit-elle, « à la haute origine et à la noblesse céleste de mes deux anges gardiens, je suis toute glorieuse dans mon cœur. Mais quand je pense à leur beauté incomparable, je suis dans le ravissement ; enfin, quand je pense que j'ai pour amis deux génies célestes qui, tout en se tenant constamment devant le trône de Dieu, m'accompagnent cependant à travers la vie, pour m'assister fidèlement dans mes peines et dans mes besoins, je suis dans une joie extatique. Avec eux je ne crains aucun ennemi ; ils sont pour moi comme un mur impénétrable, comme un bouclier invulnérable, comme un roc inébranlable. Ils me conduisent et me dirigent avec la sagesse
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d'un père et la tendre sollicitude d'une mère, m'instruisant en toutes sortes de vertus. — Bons anges, mes puissants protecteurs, gardez toutes mes voies et veillez soigneusement à la porte de mon cœur, de peur que je ne sois surprise par les ennemis ! Brandissez devant moi votre glaive protecteur ; gardez aussi la porte de ma bouche, afin qu'aucune parole inutile n'échappe à mes lèvres ! Que ma langue soit comme une épée, quand il s'agit de combattre les vices ou d'enseigner la vertu ! Fermez mes yeux avec un double sceau, quand ils voudraient voir avec complaisance autre chose que Jésus ; mais tenez-les ouverts et éveillés, quand il s'agit de prier et de chanter les louanges du Seigneur ! Veillez aussi à la porte de mes oreilles, afin qu'elles repoussent toujours avec dégoût tout ce qui vient de la vanité ou de l'esprit du mal ! Mettez des entraves à mes pieds, quand ils voudraient aller au péché ; mais accélérez leurs pas, quand il s'agit de travailler à la gloire de Dieu, ou de la sainte Vierge Marie, ou au salut des âmes ! Faites que mes mains soient toujours, comme les vôtres, prêtes à exécuter les ordres de Dieu ! Étouffez en moi l'odorat du corps, afin que mon âme n'aspire plus que le suave parfum des fleurs célestes ! En un mot, gardez tous mes sens, de manière que mon âme se délecte constamment en Dieu et aux choses célestes ! Mes anges bien-aimés, j'ai été placée sous votre garde par le doux Jésus ; je vous prie de me garder toujours avec soin, pour l'amour de lui ! Priez le Verbe éternel de ne pas permettre que j'aime jamais autre chose que lui ! Ô Emmanuel, ô Sapiel, mes anges bien-aimés, je vous supplie de me conduire un jour en la présence de la Reine du ciel, et de la prier de me mettre dans les bras le divin Enfant Jésus, son fils bien-aimé ! »
La Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ était l'objet constant des méditations de notre sainte religieuse. Un jour que la considération des souffrances de Jésus lui avait arraché des larmes, elle s'aperçut, en les essuyant, que ces larmes étaient de sang.
La bienheureuse Humilité fut réunie aux anges et aux saints qu'elle avait tant aimés sur la terre, le 22 mai de l'année 1310. Le couvent qu'elle avait fondé aux portes de Florence fut détruit en 1529, à l'occasion des guerres entre Charles-Quint et les Florentins : il ne resta, pour en marquer l'emplacement, qu'un puits où, dit-on, la Sainte trouva de la glace en plein été.
A.A. SS., 22 mai.
Événements marquants
- Retraite dans la solitude pour imiter Élie et Jean-Baptiste
- Élection à l'unanimité au siège de Bourges vers 811
- Participation au concile de Toulouse en 829
- Juge au concile de Thionville en 835 pour l'affaire d'Ebbes de Reims
- Mort après vingt-quatre ans d'épiscopat