Saint Amand de Maestricht

Évêque de Maestricht, Missionnaire et Fondateur d'abbayes

Fête : 6 fevrier 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Amand fut l'un des plus grands missionnaires du VIIe siècle, évangélisant la Flandre, les pays slaves et la Vasconie. Évêque de Maestricht et proche des rois mérovingiens, il fonda de nombreux monastères, dont celui d'Elnon où il finit ses jours. Il est célèbre pour ses miracles, notamment la résurrection d'un condamné à Tournai.

Biographie

SAINT AMAND, ÉVÊQUE DE MAESTRICHT

MISSIONNAIRE ET FONDATEUR D'ABBAYES

*Inites vocate... Salutis animas.* Allez, enseignez... Sauvez les âmes. *Matth.*, xxviii, 19; *Jérém.*, xxviii, 6.

Entre les saints qui ont brillé dans l'Église au septième siècle, il en est peu dont la célébrité soit comparable à celle de saint Amand. « Presque toute la terre », dit son biographe, « a entendu la renommée de ses éclatantes vertus et de ses prodiges. Comme un infatigable moissonneur, il a beaucoup travaillé dans le champ de Dieu, il a converti beaucoup de peuples à la foi catholique, et fondé beaucoup de monastères pour des moines pieux et de saintes filles du Seigneur ».

Saint Amand naquit le 7 mai 594, non loin de Nantes, au territoire

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d'Herbauges, petite ville qui n'existe plus et qui alors appartenait à l'Aquitaine et au diocèse de Poitiers. Son père, Sérénus, était duc ou gouverneur de la contrée, sa mère se nommait Amantia. L'enfant reçut dans la maison paternelle, avec l'exemple des vertus et l'amour de la religion, la science que l'on donnait à cette époque aux fils des nobles familles. De bonne heure il sentit naître en son cœur le désir de se consacrer à Dieu, et ce sentiment, développé auprès de ses parents, devint si puissant, qu'il le porta à tout quitter pour aller vivre dans la solitude. C'est vers l'île de Ré qu'il dirigea ses pas : il y rencontra des religieux saintement empressés de le recevoir et de lui rendre tous les offices de la plus affectueuse charité. On reconnut promptement la vertu du jeune novice, et Dieu permit qu'un fait extraordinaire la manifestât d'une manière éclatante. Un jour le supérieur, pour éprouver son obéissance, le chargea d'un ordre dont l'accomplissement exigeait qu'il sortît du monastère. Tout à coup, dans un endroit solitaire de l'île, Amand aperçoit à peu de distance un énorme serpent. Effrayé, il se prosterne contre terre, adresse au ciel sa prière, puis, se relevant, fait le signe de la croix contre le monstre et lui ordonne de se retirer dans son repaire. L'animal, obéissant à sa voix, disparaît aussitôt dans les profondeurs de la mer.

Amand rencontra bientôt dans sa solitude un danger d'une autre nature. Son père, informé du lieu de sa retraite, vint l'y trouver, et s'efforça de ramener dans la famille ce fils unique à qui il voulut laisser ses biens et ses dignités. Voyant ses instances inutiles, il eut recours à la menace, et déclara à Amand qu'il n'aurait aucune part à son héritage s'il ne retournait avec lui dans la maison paternelle. « Mon père », répondit-il avec calme et respect, « il n'y a qu'une chose que je désire, c'est de servir Dieu : il est ma portion et mon héritage. Je ne demande rien des biens que vous me promettez ; permettez-moi seulement de me dévouer entièrement dans la milice sacrée de Jésus-Christ ». Peu de temps après, pour éviter des sollicitations plus pressantes de la part de ses parents, il se retira auprès du tombeau de saint Martin à Tours. Là, prosterné devant la châsse qui renfermait les reliques de ce grand patron de la France, il conjura le Seigneur de ne jamais permettre qu'il retournât dans son pays natal, mais que plutôt, sa vie tout entière, consacrée à son service, s'écoulât dans les travaux, les voyages et les fatigues de l'apostolat.

Amand ayant été admis au nombre des religieux de Tours, reçut la tonsure cléricale et prit place parmi les frères. Mais Dieu, qui avait sur lui de grands desseins, voulut qu'il commençât alors une préparation extraordinaire et plus immédiate à sa mission. Il lui fit connaître qu'il devait aller à Bourges, auprès de saint Austrégisile, pour apprendre ses volontés de la bouche de ce pontife. Fidèle à la voix du Seigneur, Amand ne balance pas un instant ; il part et arrive à Bourges, où saint Austrégisile et son disciple, saint Sulpice le Pieux, le reçurent avec bonheur. Tous ensemble ayant con-

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sulté le Seigneur, il fut résolu qu'Amand, renfermé dans une cellule sur les remparts de la ville, y mènerait la vie des reclus jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de l'employer à l'œuvre à laquelle il le destinait. Dans cette nouvelle et plus profonde retraite, la vie de saint Amand était consacrée à tous les exercices de la piété et de la mortification. Un pain d'orge détrempé dans l'eau était sa nourriture ordinaire : encore le saint pénitent ne semblait-il la prendre qu'à regret. Sur sa chair innocente était appliqué un cilice qui retenait son corps dans une contrainte continuelle. Quelques sarments jetés sur la terre nue recevaient pendant la nuit ses membres fatigués ; tout, autour de lui, annonçait la pauvreté, le dénuement et la souffrance. Mais au milieu de ces austérités, le front du jeune reclus brillait de la joie la plus douce. C'est pendant ces quinze années de retraite et de pénitence, qu'après avoir reçu successivement les différents ordres de la cléricature, il fut enfin ordonné prêtre. Ce fut aussi dans ce temps qu'il eut une sorte de révélation que l'historien de sa vie rapporte en ces termes : « Un jour », dit-il, « Amand était en prière devant le Seigneur, lorsque tout à coup il se vit environné d'une grande lumière ; puis, pendant l'espace d'une heure, l'image du monde sembla se dérouler sous ses yeux avec toute sa magnificence et ses splendeurs ». Dieu voulait peut-être lui montrer la multitude d'idolâtres et de pécheurs auxquels sa parole devrait se faire entendre.

Saint Amand avait environ trente-trois ans, lorsque Dieu l'appela à Rome, pour lui manifester sa vocation. Il partit avec un seul compagnon, continuant pendant ce long pèlerinage les œuvres saintes qu'il avait accoutumé de faire. Arrivé à Rome, il visita les églises et les oratoires consacrés à Dieu, les lieux qui rappellent le souvenir des confesseurs, les supplices des martyrs et les témoignages de la foi des premiers chrétiens. À la fin du jour il se retirait dans l'église de Saint-Pierre pour adresser à Dieu sa prière. Or, un soir qu'il y était venu selon sa coutume, tandis que tous les fidèles sortaient du temple silencieusement et que les gardes se disposaient à en fermer les portes, Amand resta seul, espérant n'être pas aperçu et pouvoir satisfaire le grand désir qu'il avait de passer une nuit entière dans ce sanctuaire. Il se tenait agenouillé à l'écart, répandant son âme devant le Seigneur, lorsque l'un des portiers le vit, et croyant sans doute que c'était un homme qui cachait quelque mauvais dessein, le força, avec peu de respect, de sortir de l'église. Cette humiliation ne troubla pas le bienheureux ; il obéit aussitôt, et, se prosternant devant le portail, il continua sa prière. Tout à coup il se sentit comme ravi hors de lui-même et environné d'une lumière éclatante. À ses yeux se présente un vénérable vieillard, le front ceint d'une auréole de gloire. Saint Pierre, le prince des Apôtres, se fait connaître à Amand et lui déclare les volontés du ciel. « Au nom de Dieu, il ira prêcher la foi dans les Gaules et y convertir une multitude d'âmes à Jésus-Christ. La moisson est abondante et elle croît de jour en jour ; il y travaillera comme un bon et vigilant moissonneur. Pour prix de ses travaux, une grande récompense lui est réservée dans les cieux ». Amand, étonné, interdit par ces paroles, se soumit pleinement aux ordres du ciel, et reprit, le cœur plein de joie, le chemin de la France. Les besoins de l'Église, en ce temps-là, avaient fait comprendre la nécessité d'un certain nombre d'évêques dont les fonctions, toutes de zèle, s'exerçassent à l'égard de quelques contrées moins favorisées de la foi. Ces évêques, qu'on appelait régionnaires, parce qu'ils parcouraient

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en prêchant l'Évangile les régions où leur inspiration les poussait, n'avaient pas de siège spécial ni de diocèse soumis à leur juridiction. C'est d'une mission semblable que saint Amand fut chargé par le roi Clotaire II, en 628 : à la suite de ses premiers essais et de ses premiers succès dans l'apostolat, il reçut l'onction épiscopale des mains de saint Achaire, évêque de Noyon, et s'en alla presque aussitôt évangéliser les habitants du pays de Gand. Ce peuple, encore livré en grande partie au culte des idoles, repoussait opiniâtrement ceux qui voulaient lui enseigner la foi. Il serait impossible de dire tout ce qu'il eut à endurer de leur part : les persécutions et les violences en vinrent à ce point que ses compagnons, regardant la conversion de ces barbares comme impossible, se retirèrent en attendant des temps meilleurs. Amand resta seul, en butte à tous les mauvais traitements auxquels il opposait la plus héroïque patience. « Combien de fois ne fut-il point déchiré, frappé, meurtri de coups ? Combien de fois les femmes elles-mêmes ne le précipitèrent-elles pas dans les eaux de l'Escaut et des autres rivières qui arrosent ces contrées ? »

L'infatigable missionnaire continua de parcourir les vastes solitudes de la Flandre, du Brabant et des pays voisins, jusqu'au jour où un éclatant miracle, opéré à Tournai, ouvrit les yeux de ces infidèles. Tandis que saint Amand était de passage dans cette ville, il arriva que Dotton, gouverneur au nom du roi des Francs, fit amener devant son tribunal un homme accusé de brigandage, et déjà tellement accablé de coups par le peuple en fureur, qu'il semblait n'avoir plus qu'un souffle de vie. Un cri menaçant sortait de toutes les bouches : « Il mérite la mort, qu'il soit condamné à mort ». Au moment où cette scène se passait sur la place des jugements, on voit accourir le saint évêque Amand. Il approcha, il fend la foule et arriva au pied du tribunal ; il supplie le comte de lui accorder la vie du voleur. La sentence venait d'être prononcée. Dotton resta inexorable, et les bourreaux, s'emparant du criminel, le conduisirent à la potence où il expira sous les yeux de la multitude. Aussitôt qu'elle fut écoulée, Amand s'empressa de descendre le cadavre du gibet et le transporta dans sa demeure. À un signe qu'il fit, ses disciples se retirèrent : lui alors se prosternant par terre, conjura le Seigneur de rendre ce malheureux à la vie. Tout à coup le voleur, sortant comme d'un profond sommeil, ouvre les yeux et se trouve en présence du saint missionnaire à qui il ne sait comment exprimer sa surprise et son bonheur. Il passa le reste de la nuit avec lui. Le matin arrivé, saint Amand appelant ses disciples, leur demanda de l'eau qu'ils s'empressèrent d'apporter, croyant que c'était pour laver le corps, selon la coutume, avant de l'ensevelir. Mais quel ne fut pas leur étonnement, lorsque, en entrant dans la chambre, ils virent le mort de la veille conversant avec leur maître. Amand lava ses plaies qui se guérirent aussitôt ; puis il l'invita à retourner dans sa famille et à témoigner sa reconnaissance à Dieu par une conduite chrétienne. À peine le bruit de ce miracle fut-il répandu, que, de toutes parts, les populations accoururent vers le Saint pour lui demander le baptême. Les habitants du pays de Gand eux-mêmes en furent promptement instruits, et renonçant à leurs vieilles erreurs, ils vinrent écouter avec docilité la parole de Dieu. En peu de temps, un changement admirable s'opéra dans toute la province, et les deux monastères de Gand et du Mont-Blandin ne tardèrent pas à s'élever à l'endroit où paraissaient auparavant des statues des faux dieux. Tels ont été les commencements de la religion chrétienne dans cette contrée, devenue un des plus beaux apanages de l'Église de Jésus-Christ.

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Ce fut vers cette époque (630) que saint Amand, de retour dans l'intérieur de la France, adressa au roi Dagobert de courageuses remontrances sur les scandales de sa conduite. Cette démarche avait été sollicitée et préparée par des prélats et de nobles seigneurs du palais, qui gémissaient des désordres auxquels se livrait le roi d'Austrasie. Le prince, à cette heure de la grâce, n'écouta que les mauvaises suggestions de la passion; au lieu de reconnaître ses fautes, il s'irrita et chassa de son royaume le saint apôtre qui les lui reprochait. Amand, sans s'émouvoir, se retira du palais en déplorant l'aveuglement des princes abandonnés aux coupables voluptés. Amand se réfugia dans les états de Caribert, roi d'Aquitaine. Ici se place le premier voyage d'Amand en Vasconie ou Pays des Basques : il se trouvait au monastère de Saint-Sever-Cap-de-Gascogne, lorsque les religieux lui apprirent qu'au fond des gorges des Pyrénées et sur les pics les plus inaccessibles de ces montagnes, campait un peuple à part, fier et agile dans les combats, qu'on voyait souvent descendre dans la plaine, mais que l'on atteignait rarement dans ses retranchements. Ce peuple était en grande partie idolâtre et croyait plus aux sorciers, aux enchanteurs et aux augures qu'en Dieu. Amand voulut aller porter à cette nation la lumière de l'Évangile, trop heureux, disait-il, de trouver l'occasion d'endurer le martyre. Cette première

Amand, les réflexions suivantes : « Deux siècles, on environ, après les premiers établissements des Francs dans la Belgique et dans le reste de la Gaule, il survint un nouvel ordre de choses et de personnes, dont la religion était et devait être le premier but, mais de qui la police et l'agriculture reçurent par contre-coup de grands avantages : ce fut l'établissement des premières abbayes en monastères, dont saint Amand fut le père et le fondateur dans nos cantons. Quand il y parut, il trouva le sol de ce pays aussi sauvage que ses habitants. Sandemond, contemporain et disciple de saint Amand, qui vivait à Gand dans l'abbaye de Saint-Pierre, établie peu de temps auparavant, nous en parle en ces termes : *Propter ferocissimum gentis illius usque ad terram infarcunditatem, omnes sacerdotes prædicationi loci illius* (les environs de Gand) se substraxerunt. Un autre écrivain en parle de même : *Qui pagus* (Gundensis) *propter ferocissimum gentis et terra infarcunditatem prædonibus derelictus est*. Un troisième n'attribue à ce pays qu'oglers et arros et inféconds cespites. — Voilà quelle était en ce temps-là la Flandre, cette contrée si peuplée et si fertile quelques siècles après, qui, pour la beauté du terrain et l'industrie des habitants, ne le cède depuis longtemps à aucune portion de l'univers, et que Le Tasse nous a peints avec des couleurs aussi convenables que belles, lorsqu'on parlant des premiers croisés de cette nation, que l'on vit sous les étendards de Godefroi de Bouillon, il dit : La Flandre, l'hésitante Flandre était réputée au VIIe siècle une terre ingrate et stérile. Ses peuples étaient des sauvages ou des brigands ; comme sauvages, il fallait les civiliser ; comme brigands, leur donner des mœurs, de la religion, des vertus.

C'est dans cette double vue que furent établis les premiers monastères ; c'est dans cette vue que les rois et les peuples leur firent tant de bien ; et cela est si vrai, les succès de ces établissements furent si éclatants, que les princes, comme Montesquieu le remarqua en particulier au sujet de Charlemagne, regardaient les dons immenses qu'ils faisaient aux églises, moins comme une action religieuse que comme une dispensation politique. Voyez *Mémoires de l'Académie de Bruxelles*, t. II, p. 682.

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mission de saint Amand en Wasconie est peu connue. On ne peut guère rappeler que cette parole de son hagiographe : « Comme un véritable apôtre de Jésus-Christ, il parcourut ce vaste pays, prêchant partout l'évangile, gagnant les âmes à Dieu et recevant souvent, pour prix de son zèle et de ses travaux, des insultes et des outrages ».

Dieu ayant accordé un héritier à Dagobert, ce prince revint à de meilleurs sentiments et rappela saint Amand de son exil. Le serviteur de Dieu, quittant aussitôt le pays des Gascons, se rendit à la cour. Le roi était à sa villa de Clichy, près Paris, lorsque le Saint l'aborda avec une modeste gravité. À peine Dagobert le voit-il en sa présence, qu'oubliant sa dignité royale, ou plutôt cédant au sentiment qui le domine, il se jette à ses genoux, et le conjure de lui pardonner l'outrage qu'il lui a fait. Saint Amand, s'empressant de le relever, lui déclare que cette erreur passagère est oubliée et qu'elle n'a laissé aucun souvenir dans son cœur. « Que j'ai de regret », reprend encore Dagobert, « d'avoir agi envers vous comme un insensé, et de n'avoir point suivi les sages conseils que votre affection paternelle vous inspirait ! Maintenant, je vous prie, saint Pontife, oubliez entièrement cette injure, et ne dédaignez pas de condescendre à la demande que je vais vous faire. Dieu m'a donné un enfant, quoique je n'aie point mérité cette faveur : j'ai jeté les yeux sur vous, et vous ai choisi pour que vous purifiez son âme dans les eaux du baptême, et que vous lui serviez de père spirituel. C'est mon fils, c'est l'héritier de ma couronne, je veux qu'il devienne aussi votre fils, et qu'en imitant un jour vos exemples, il devienne l'héritier de vos vertus ». Ces paroles jettent Amand dans une grande surprise et un extrême embarras. Il pria le roi de ne point exiger de lui un semblable ministère. « Amand », dit un de ses biographes, « craignait la cour des rois, où la vertu la plus ferme est quelquefois exposée à fléchir, et il ne voulait pas, lui, combattant dévoué pour la cause de Jésus-Christ, s'impliquer dans les affaires du siècle ». Ayant donc exprimé au roi avec respect les motifs de son refus, il se retira.

Dagobert regrettait de n'avoir pu déterminer le saint apôtre à accepter cette invitation, dans laquelle il voyait une éclatante réparation de sa faute. D'ailleurs, il désirait ardemment que cet enfant, sur qui reposaient toutes ses espérances, fût baptisé par les mains d'un Pontife, dont l'éminente vertu lui donnait comme une assurance que la mort ne viendrait point le ravir à sa tendresse. Il fit de nouvelles instances, et ayant appelé ses conseillers intimes, saint Eloi et saint Ouen, alors encore simples laïques, il leur ordonna de se rendre auprès du saint missionnaire et de chercher par tous les moyens à obtenir son consentement. Les deux illustres personnages abordèrent Amand avec toute la vénération que leur inspirait sa sainteté, et le conjurèrent d'accorder au roi la faveur qu'il sollicitait. Ils lui représentèrent qu'en acceptant cette charge, il pourrait opérer un grand bien au palais ; que cet enfant, destiné à devenir un jour roi des Francs, avancerait beaucoup l'œuvre de Dieu par les sages leçons qu'il recevrait de sa bouche et les sentiments vertueux qu'elles lui inspireraient. Au reste, ajoutaient-ils, ce consentement, qui comblera de joie Dagobert, vous laissera, si vous le désirez, toute liberté pour prêcher l'évangile dans le royaume et les contrées voisines. Cette dernière parole ne pouvait manquer de faire impression sur Amand, surtout dans la bouche de deux hommes si religieux et si puissants à la cour. Il céda donc, et aussitôt furent ordonnés les préparatifs de la cérémonie, à laquelle le roi voulait donner une magnificence extraordinaire. La ville d'Orléans fut choisie pour sa célébration ; toute la cour et une multi-

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tude de seigneurs s'y transportèrent. À côté de Dagobert paraissait son frère Aribert, roi d'Aquitaine ; il devait avec saint Amand tenir l'enfant sur les fonts du baptême. Un auteur grave et contemporain rapporte, et d'autres ont répété après lui, qu'au moment où saint Amand finissait une des oraisons du baptême, l'enfant, qui n'avait alors que trente ou quarante jours au plus, répondit très-distinctement *Amen*, ce qui remplit tous les assistants d'étonnement et d'admiration. — Cet enfant merveilleux devait être saint Sigebert.

Son ministère accompli, Amand s'éloigna de la cour, et retourna à ses travaux apostoliques, laissant une puissante famille dans la joie, un royaume dans l'espérance, et un roi revenu à des sentiments meilleurs.

Notre saint évêque, qui n'achevait une bonne œuvre que pour en entreprendre une nouvelle, se dirigea peu de temps après vers le pays slave, sur les rives du Danube, de la Save et de la Drave. Tout porte à croire que ce furent les guerres de ces peuples contre les Francs et l'élévation bizarre et extraordinaire de Samon, marchand de Soignies en Hainaut, ou de Sens, que ces barbares avaient pris pour roi, qui détermina sa résolution. Plein de confiance en Dieu, il partit à travers des pays inconnus, et arriva enfin au milieu d'un peuple livré à toutes les erreurs et à tous les désordres de l'idolâtrie. Embrasé de ce zèle ardent qui ne fait que s'accroître devant les obstacles, il prêchait Jésus-Christ à des hommes pour qui ce nom était tout à fait étranger. Il parcourut leurs vastes plaines et leurs camps retranchés qui leur servaient de villes ; partout sa voix se fit entendre et ses mains répandirent avec abondance les bénédictions et les bienfaits. Malgré les efforts de son zèle, Amand ne put amollir ces cœurs farouches, dont les habitudes criminelles étaient si opposées à la morale de l'évangile. Cependant il ne se laisse abattre ni par leurs résistances ni par les outrages qu'ils lui prodiguent ; il continue de leur prêcher les vérités saintes et s'efforce par tous les moyens de les gagner à Dieu.

Amand avait semé ; d'autres moissonneront plus tard les fruits de ses travaux. Pour lui, après avoir enduré avec une inaltérable patience les outrages et les mauvais traitements, il dut abandonner ces hommes « que leurs crimes rendaient indignes des faveurs du ciel » ; et c'est alors que pour la seconde fois il se rendit à Rome auprès du souverain Pontife, pour l'instruire des œuvres qu'il avait opérées et rendre ses hommages aux saints apôtres. C'est aussi dans cette circonstance qu'il plaça en différents monastères des esclaves qu'il avait rachetés et qui témoignaient le désir d'embrasser la vie religieuse. On le voit encore se procurer à Rome, au centre de la catholicité, des livres pour l'instruction des disciples qu'il avait déjà réunis, particulièrement au monastère d'Elnon.

Pour revenir, saint Amand s'embarqua près de Rome, arriva d'abord à Centumcelle, aujourd'hui Civita-Vecchia, et de là prit sa direction vers les côtes de France. Pendant cette traversée, Dieu manifesta d'une manière éclatante la puissance des prières de son serviteur. Un jour que les matelots, réunis sur le pont du vaisseau, écoutaient les instructions de l'homme de Dieu, ils aperçurent un poisson énorme, qui semblait se jouer sur les flots : jetant aussitôt leurs filets, ils le saisirent, le tuèrent et invitèrent tous les gens de l'équipage à prendre part à ce régal inattendu. Mais au moment

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où finissait le repas, le ciel se couvre de gros nuages, la mer devient houleuse, les flots se soulèvent, les vents mugissent : une tempête affreuse éclate, et le vaisseau, ballotté ça et là par les flots, menace de s'engloutir à chaque instant. Au milieu des lamentations qu'arrachait la vue d'une mort prochaine, les matelots se prosternent aux pieds d'Amand et le conjurent de prier Dieu afin qu'ils soient délivrés d'un si pressant danger. Le missionnaire console tous ces hommes abattus. Il les engage à se reposer des fatigues qu'ils ont endurées et à remettre leur sort à la Providence. Il était nuit. Tous étendus sur le pont se livrent au repos. Amand sommeillait aussi près du gouvernail, comme s'il eût voulu prendre la direction du vaisseau. Tout à coup l'apôtre saint Pierre se présente à ses yeux : « Ne crains pas, Amand, lui dit-il, tu ne périras pas, ni ceux qui sont avec toi ». Puis se tournant vers les flots irrités, il leur commanda et aussitôt il se fit un grand calme. À leur réveil, les matelots virent que leur vaisseau voguait sur une mer tranquille ; en peu de temps ils abordèrent au rivage, bénissant Dieu qui les avait délivrés de la mort par les prières de son serviteur. Le saint apôtre, rentré dans son monastère d'Elnon, continua à évangéliser les habitants des contrées voisines.

L'évêque de Maestricht, Jean, surnommé l'Agneau, étant mort vers cette époque (649), saint Amand fut appelé par les suffrages du clergé et du peuple, et par les sollicitations de Sigebert, roi d'Austrasie, à gouverner cette église. Le Bienheureux s'en défendit longtemps ; mais enfin il fallut céder à la volonté de Dieu, qui se manifestait clairement, et diriger ce peuple au milieu duquel il rencontra de grandes difficultés. En effet, dans ce diocèse de Maestricht, si ravagé pendant les invasions, et où diverses tribus s'étaient fixées, on rencontrait encore beaucoup de coutumes opposées à la morale de l'Évangile. Saint Amand fit tous les efforts qu'on pouvait attendre de son zèle, pour corriger les abus. Il réussit auprès de quelques-uns ; mais d'autres restèrent opiniâtrement attachés à leurs désordres, malgré ses prières et ses avertissements. C'est alors qu'il écrivit au pape saint Martin Ier, pour lui demander une règle de conduite. Sa lettre n'est point parvenue jusqu'à nous ; mais on devine ce qu'elle renfermait par les termes mêmes de la réponse du souverain Pontife. La première partie donne des règles très-sages touchant les peines à infliger aux clercs qui ont manqué à la sainteté de leur état. Mais le vénérable évêque n'eut pas la douleur d'infliger lui-même ces punitions méritées : le Seigneur prit en main sa cause et fit sentir que ce n'est pas en vain que l'on rejette la parole de ses serviteurs. En effet, au moment où saint Amand se retirait avec quelques disciples vers des contrées plus rapprochées de la mer, pour évangéliser les peuples encore barbares de la côte, plusieurs fléaux s'abattirent sur le pays de Maestricht, y causèrent de grands ravages, et enlevèrent, par une mort funeste, les plus endurcis dans le mal.

La seconde partie de la lettre de saint Martin Ier renfermait une réponse aux demandes de saint Amand, touchant l'hérésie des monothélites, qui faisait beaucoup de bruit dans le monde catholique. Le souverain Pontife, après avoir exposé les artifices des patriarches et des empereurs de Constantinople, chargeait l'évêque de Maestricht de se rendre lui-même auprès des rois de Neustrie et d'Austrasie, Clovis II et Sigebert II, et de convoquer des conciles dans les deux royaumes, afin que les décrets portés à Rome en concile fussent confirmés par les évêques de l'église de France. Saint Amand s'acquitta avec zèle de la charge honorable qui lui était confiée ; mais la pénurie de documents ne permet pas de donner de détails sur ces événements.

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ments. Les évêques ayant remis entre ses mains les actes des différents conciles de France, il alla les présenter en leur nom au souverain Pontife. Cette mission répondait aux vues du Bienheureux, qui désirait obtenir du Saint-Siège l'autorisation de quitter son évêché de Maestricht, pour reprendre ses courses apostoliques. Il fit ce troisième voyage en compagnie de saint Humbert, qu'il rencontra sur les bords de l'Helpre, près des possessions que ce serviteur de Dieu venait d'acquérir par la mort de ses parents. Amand fit connaître les résolutions prises dans les conciles tenus en France, et exprima en même temps son désir personnel. Le souverain Pontife s'y rendit avec bonté. Bien plus, afin de l'aider dans les travaux évangéliques, il lui accorda le prêtre Landoald et quelques autres serviteurs de Dieu. Tous ensemble revinrent à Maestricht, où, par le conseil d'Amand, ses compagnons s'attachèrent à saint Remacle, devenu son successeur sur ce siège, tandis que lui s'en alla continuer le cours de ses missions apostoliques.

Ici commencent surtout ses relations avec les familles de Pépin de Landen et de saint Mauger. Le premier, déjà uni d'amitié à saint Amand, depuis le baptême du jeune Sigebert, avait laissé pour lui succéder son fils Grimoald, qui ne marcha point sur ses traces, et périt avec son fils victime de sa coupable ambition. Peu de temps avant cette fin tragique, saint Amand avait aidé sainte Gertrude, fille du bienheureux Pépin, et sainte Itta, sa veuve, à fonder le monastère de Nivelles, qui devint une source de bénédictions pour tout le pays. Presque dans le même temps, il assistait avec saint Aubert de Cambrai à la consécration du monastère que saint Ghislain achevait à la Celle. C'est là qu'en entendant les discours des deux saints évêques, un seigneur de la contrée, Mauger, époux de sainte Vaudru, résolut de se consacrer à Dieu. Ayant quitté le monde, ce noble leude alla fonder le monastère d'Hautmont, où à différentes époques se réunissaient les principaux apôtres de la contrée, au milieu desquels Amand faisait entendre la parole sainte. Ce fut là qu'un jour la vierge Aldegonde vint se présenter à lui et à saint Aubert pour recevoir de leurs mains le voile des vierges avant de fonder, au milieu des bois qui couvraient la Sambre, le monastère qui donna son origine à la ville de Maubeuge.

Il s'était écoulé une trentaine d'années depuis la première mission de saint Amand en Vasconie. Le vénérable apôtre, oubliant le poids de l'âge (il avait 70 ans), songeait à visiter encore ses rudes disciples des Pyrénées. Il pouvait être encouragé dans les inspirations de son zèle par cette circonstance que la Vasconie obéissait alors à ses petits neveux, Boggis et Bertrand, reconnus ducs héréditaires de l'Aquitaine et de la Vasconie. Mais ce qui le détermina, c'est que, d'après le savant annaliste Mabillon, il fut appelé par les Basques eux-mêmes. Il vint donc en l'an de grâce 665. La grâce couronna ses efforts, et beaucoup de conversions vinrent le consoler de ses fatigues et des outrages qu'il endura dans plus d'une rencontre. Une fois entre autres que le vieillard missionnaire prêchait devant la multitude rassemblée autour de lui, un bouffon, rempli d'orgueil et très-corrompu dans ses mœurs, s'approcha de lui, et l'imitant de la voix et du geste, chercha à provoquer les rires des spectateurs. Saint Amand, sans être ému de cette sacrilège insolence, pardonna dans son cœur au misérable qui ne savait pas même respecter ses cheveux blancs, et continua son discours au peuple. Mais Dieu, pour venger son ministre outragé, et donner en même temps une leçon capable de frapper ces esprits vains et frivoles, punit à l'instant cet homme audacieux.

SAINT AMAND, ÉVÊQUE DE MAESTRICHT.

Au milieu de la foule qui avait été témoin de son impiété, il parut tout à coup agité des plus violents transports, poussa des cris affreux, se roula par terre avec rage et expira dans les plus atroces douleurs. Cette fin tragique fit une profonde impression sur tous les spectateurs et en convertit beaucoup qui étaient restés jusqu'alors indifférents. On ne peut pas douter que la seconde mission de saint Amand parmi les Basques n'ait eu le succès le plus complet. Car, depuis lors, l'histoire ne parle plus de leur idolâtrie. Au contraire, elle n'a qu'à exalter, d'âge en âge, leur invincible fermeté dans la foi catholique.

Saint Amand, en quittant ces contrées, prêchait partout la foi et confirmait par de nouveaux miracles la haute opinion que partout l'on avait de sa vertu. Un jour il arriva dans une ville que quelques auteurs croient être Limoges. L'évêque du lieu l'accueillit avec respect et lui rendit tous les devoirs de l'hospitalité. Lui-même offrit au vieillard l'eau et le bassin pour laver ses mains, selon la coutume ; en même temps il recommanda à un de ses clercs, qui se trouvait près de lui, de conserver cette eau. Quelques moments après, pendant que le missionnaire se reposait des fatigues du voyage, l'évêque va prendre le vase qui contient l'eau et se dirige vers son église cathédrale. Là mendiait chaque jour un pauvre aveugle bien connu dans toute la cité. Arrivé près de lui, l'évêque lui dit : « Mon fils, si tu as la foi, mouille tes yeux dans cette eau avec laquelle le serviteur de Dieu, Amand, a lavé ses mains ; j'ai la confiance que par ses mérites tu recouvreras la vue ». L'aveugle obéit sur-le-champ : il touche ses yeux, les mouille et retrouve la vue. À l'instant l'évêque et l'aveugle guéri font éclater leur allégresse ; le bruit de ce miracle se répand dans la ville, où s'élèvent de toutes parts ces cris de bénédiction et de reconnaissance. Mais déjà l'humble thaumaturge s'était éloigné. Il paraît bientôt sur les confins de l'ancienne province du Borbonnais, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Saint-Amand. Cette ville doit son origine à un monastère bâti par le Saint à son retour de Gascogne et où il laissa quelques-uns des disciples qui l'avaient accompagné.

C'est apparemment vers cette époque, comme l'indique un diplôme de Childéric II, daté de la seconde année de son règne (666), qu'une autre abbaye fut bâtie par saint Amand, à Nant, au pays des anciens Ruthéniens, près de l'endroit où la Dourbie se jette dans le Tarn, au diocèse de Rodez. Un certain Mummole, irrité de ce que le saint missionnaire avait obtenu du roi un terrain pour bâtir le monastère de Nant, résolut de s'y opposer. Il ne recula par même devant la pensée d'un meurtre. Des malfaiteurs, à qui il communiqua son dessein, vinrent se présenter à saint Amand avec tous les témoignages du plus profond respect. Ils lui déclarèrent leur intention de lui montrer un lieu convenable pour l'emplacement du monastère qu'il se proposait de bâtir. En même temps ils le prient de les accompagner, afin de reconnaître eux-mêmes la vérité de leurs paroles. Ce projet cachait une trahison, et il paraît que le Seigneur la révéla à son serviteur. Toutefois, Amand, remettant son sort à la Providence, et peut-être aussi poussé par l'esprit de Dieu, suivit ses meurtriers, sans témoigner de défiance. Déjà on était arrivé au sommet de la colline où ils se proposaient de lui trancher la tête, lorsque tout à coup le ciel se couvre de nuages, le tonnerre gronde, la foudre éclate, les torrents de pluie tombent et les plus épaisses ténèbres se répandent tout l'entour. Frappés de ces témoignages éclatants de la justice de Dieu, les assassins se jettent en tremblant aux pieds de saint Amand, et le conjurent, les larmes aux yeux, de leur laisser la vie. Le Bienheureux,

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touché lui-même de tout ce qu'il voit, se prosterne la face contre terre et supplie le Seigneur de pardonner à ces hommes l'attentat qu'ils avaient médité. Au même moment le calme renaît, l'obscurité se dissipe, et les meurtriers, frappés d'admiration et de crainte, se retirent en demandant pardon à Dieu d'avoir conçu l'horrible projet de faire périr son serviteur.

Après qu'il eut disposé toutes choses dans cette contrée, et puissamment avancé l'œuvre de Dieu, saint Amand revint dans son monastère d'Elnon, le plus important de tous ceux qu'il avait fondés, et où il faisait habituellement sa demeure. Les auteurs les plus anciens font remonter sa fondation à l'an 639, c'est-à-dire à l'époque où le Saint, après le baptême de Sigebert et l'heureux changement de Dagobert, commença à jouir d'un grand crédit à la cour. Cette date confirme aussi ce qu'avancent la plupart des chroniqueurs, touchant la cession faite par ce monarque à l'évêque missionnaire des terres sur lesquelles fut bâti ce monastère, des faveurs et des privilèges qu'il daigna lui accorder. Telle a été du reste la tradition constante de douze siècles. « C'est donc alors qu'Amand, homme de grande piété, cher aux hommes et au Dieu du ciel », fonda cette abbaye d'Elnon (Saint-Amand), qui, dans sa pensée, devait être comme un centre pour la civilisation de toute la contrée, par la connaissance et la pratique de l'évangile. Dagobert, qui savait apprécier les avantages que retiraient ses peuples de ces établissements religieux, favorisa surtout celui-ci, comme le témoigne suffisamment un diplôme qu'il octroya alors en garantie de la donation royale. Notre Bienheureux en fut le premier abbé, comme l'indiquent tous les catalogues. Toutefois il était remplacé par ses disciples, lorsque les besoins de l'Église et de ses missions, ou d'autres affaires importantes, l'appelaient en diverses contrées.

Outre les fondations dont il a été parlé, rappelons celle de l'abbaye élevée au territoire d'Alost, non loin de l'endroit où fut martyrisé saint Lievin, des abbayes de Renaix, de Thourout, de Leuze et de Deurn, auprès d'Anvers.

A Anvers même, centre des peuplades barbares de la contrée, Amand éleva une église pour maintenir dans la foi ceux qu'il avait ouverts à Jésus-Christ.

Auprès de Termonde, sur la rive droite de l'Escaut, une partie de l'église et un village qui l'entoure portent son nom. À Condé, au confluent de l'Escaut et de la Haine, s'élevait un monastère sous l'invocation de la Sainte Vierge, fondé, dit-on, par saint Amand ; c'est là que saint Vignon, venu dans ces lieux des lointaines montagnes d'Écosse, apprenait à peupler la doctrine et la morale de l'Évangile.

L'église de Calloo, près des bouches de l'Escaut, vénère aussi saint Amand comme son patron et son fondateur.

On se souvient de l'abbaye de Nivelles, bâtie par sainte Itta et sainte Gertrude, sa fille : on pourrait encore ajouter celle d'Androe, que sainte Begge, seconde fille de Pépin le Vénérable et mère de Pépin Hériat, éleva sur les bords de la Meuse.

Vers les confins du Brabant et de l'ancien pays des Bataves (Hollande), auprès de l'une des embouchures de cette rivière, on trouve encore l'église de Gertrudenberg ou mont de Gertrude, élevée et consacrée par saint Amand.

A Ardembourg, saint Amand joignit un monastère et une église bâtie par saint Eloi.

Courtrai, sur la Lys, vénère aussi ces deux grands apôtres comme ses pères dans la foi.

SAINT AMAND, ÉVÊQUE DE MAESTRICHT.

L'ancien diocèse de Vabres où, d'après la tradition et les monuments, saint Amand a prêché la foi, l'a honoré pendant un grand nombre de siècles comme son patron. L'ancienne église cathédrale, dédiée sous son nom, existe encore. Dans cette contrée il est connu sous le nom de saint Alan.

On pourrait citer encore d'autres lieux dans lesquels saint Amand a prêché la foi et fondé des églises ou des monastères, où l'on croit du moins reconnaître des traces de son passage. La province du Bugey, en particulier, lui a voué un culte depuis les temps les plus reculés et lui attribue la fondation de monastères importants, tels que celui de Nant, autour duquel se serait formée la ville de Nantua ; ceux de Chézery, de Meyria et de Saint-Claude. Strasbourg, Worms et Mayence se glorifient de l'avoir possédé, peut-être à l'époque où il se rendait au pays des Slaves. L'Espagne elle-même prétend qu'il a gouverné quelque temps une de ses églises. Ainsi s'était répandue au loin la réputation de saint Amand.

Rentré dans son monastère d'Elnon, pour ne plus le quitter, Amand voulut le consacrer solennellement. À son invitation, des évêques et des abbés se rendirent avec empressement auprès du saint vieillard, dont l'âme était remplie des plus douces émotions. La cérémonie terminée, tous se réunirent dans la salle du chapitre, et c'est là qu'en leur présence il lut son testament, écrit sous sa dictée, par Baudemond, son disciple et plus tard l'historien de sa vie.

Quelques années après, saint Amand rendit paisiblement son âme à Dieu, au milieu de ses disciples, le 6 février 684 : il était alors dans sa quatre-vingt-quatrième année.

On représente saint Amand : 1° tenant une petite église et sa crosse ; derrière lui un grand dragon qui veut les lui arracher : figure des persécutions que l'enfer a suscitées au Saint ; 2° ressuscitant un pendu ; 3° tenant en mains les fers des nombreux prisonniers qu'il a délivrés ; 4° portant un drapeau, symbole que, dans les arts, on accorde assez volontiers aux missionnaires qui ont enrôlé des âmes sous la bannière de Jésus-Christ.

## RELIQUES DE SAINT AMAND.

Son corps fut déposé dans l'oratoire de Saint-Pierre, bâti par ses soins ; mais bientôt les guérisons et les miracles qui s'y opéraient rendirent ce lieu trop étroit pour la dévotion des fidèles. On éleva donc, sur les dons des habitants de la contrée, une église plus spacieuse, dans laquelle l'évêque de Tournai et de Noyon transporta le corps saint, qu'on trouva, après un espace de quinze ans, sans la moindre trace de corruption. Lors de l'invasion des Normands, le dépôt sacré fut sauvé à l'abbaye de Saint-Germain des Prés, à Paris. Le monastère d'Elnon fut envahi par les Barbares, qui massacrèrent les religieux tandis qu'ils chantaient dans l'église les louanges de Dieu. Cette abbaye ayant été de nouveau détruite par un incendie, le 11 février 1066, les religieux, avec la permission des évêques de la province, portèrent processionnellement les reliques de leur saint patron dans différentes contrées, pour obtenir des secours qui les aidassent à la relever de ses ruines. Un grand nombre de miracles furent alors opérés à Cambrai, à Coucy, à Laon, à Chauny, à Noyon et en d'autres lieux. En 1107 une autre procession fut faite aussi dans le Brabant, pour obtenir satisfaction de certains seigneurs qui voulaient s'emparer d'une partie des biens de l'abbaye d'Elnon. Des guérisons extraordinaires furent alors obtenues à Anvaleg-sur-la-Honne, à Saint-Sauveur, à Grammont, Minove et à Tournai. Pour nous, dit le chroniqueur qui rapporte ces faits dont il était témoin, nos âmes admiraient encore davantage les guérisons opérées dans les âmes, les haines apaisées, les ennemis réconciliés, et les pécheurs arrachés à la mort éternelle.

L'abbaye d'Elnon devint avec le temps si célèbre qu'il se forma auprès d'elle une ville considérable comme aujourd'hui où le nom de Saint-Amand-les-Eaux, et dont le domaine temporel appartenait à l'abbé qui a créé le titre de comte jusqu'à la Révolution. L'abbaye qui avait été

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reconstruite avec magnificence au siècle dernier, sert aujourd'hui d'établissement thermal. Saint-Amand est chef-lieu de canton (Nord. — 10,000 habitants).

Le culte de saint Amand a été de tout temps célèbre, non-seulement dans le nord de la France et de la Belgique, mais encore dans une multitude d'autres contrées : il en était de même en Angleterre où il avait un office à neuf leçons dans le Bréviaire de Sarum. Nous avons dit déjà que son nom est un des plus connus dans le Bugey, où on lui attribue la fondation de plusieurs monastères. Saint Amand est encore vénéré dans la Bretagne, où tous les diocèses, excepté celui de Quimper, font son office. Dans les diocèses de Cambrai, d'Arras, de Tournai, de Gand, de Liège, de Poitiers, etc., une foule d'églises ou chapelles le reconnaissent pour leur patron.

Saint Amand est aussi le patron d'Erches, où l'on se rend en pèlerinage le jour de sa fête (26 octobre), et de Vieuventers. Les Clarisses d'Amiens possèdent de ses reliques.

*Vie des Saints de Cambrai et d'Arras*, par l'abbé Destombes ; *les Saints de Bretagne*, par Albert le Grand et Dom Lobineau ; *Hagiographie de Belley*, par Mgr Depéry ; *Biographie saint-omerienne*, par M. Rainguet ; *les Bollandistes* ; le Père Giry ; M. l'abbé Auber, *Hagiographie de Poitiers* ; *Saint Amand*, apôtre des Basques, par M. Menjoulet, vicaire général de Bayonne ; Godescard, Baillet, Rubibacher, Migne, et l'*Hagiographie du diocèse d'Amiens*, par M. l'abbé Corhlet.

Événements marquants

  • Naissance en 594 près de Nantes
  • Retraite à l'île de Ré
  • Reclus à Bourges pendant quinze ans
  • Vision de Saint Pierre à Rome
  • Sacre épiscopal comme évêque régionnaire en 628
  • Évangélisation du pays de Gand et de la Flandre
  • Exil par Dagobert Ier puis rappel pour baptiser Sigebert
  • Missions chez les Slaves sur le Danube
  • Épiscopat à Maestricht (649)
  • Missions en Vasconie (Pays des Basques)
  • Fondation de l'abbaye d'Elnon

Miracles

  • Expulsion d'un serpent géant dans la mer à l'île de Ré
  • Résurrection d'un voleur pendu à Tournai
  • Apaisement d'une tempête en mer après une vision de Saint Pierre
  • Guérison d'un aveugle à Limoges avec l'eau de ses ablutions
  • Châtiment divin d'un bouffon moqueur en Vasconie

Citations

Il n'y a qu'une chose que je désire, c'est de servir Dieu : il est ma portion et mon héritage.

— Réponse à son père Sérénus