Saint Conrad de Plaisance

Confesseur

Fête : 19 fevrier 14ᵉ siècle • saint

Résumé

Seigneur de Plaisance au XIVe siècle, Conrad embrasse la pauvreté après avoir causé un incendie accidentel et sauvé un innocent injustement condamné. Il se retire en Sicile comme ermite franciscain, vivant quarante ans dans une austérité extrême. Il meurt en 1351, célèbre pour ses miracles et son don de prophétie.

Biographie

SAINT CONRAD DE PLAISANCE, CONFESSEUR

Le Seigneur conduit la juste par des voies droites, et partout il lui montre le royaume de Dieu.

*Sep., x, 10.*

Dieu est admirable en ses Saints ; mais lorsqu'il les conduit par des voies impénétrables aux yeux du monde, on ne peut se lasser de louer sa sagesse et sa miséricorde. Le bienheureux Conrad ne songeait guère à embrasser le chemin de la perfection chrétienne par la pratique des conseils évangéliques, quand il s'y vit comme forcé par une occasion que Dieu fit naître.

C'était un seigneur qui vivait paisiblement en sa maison avec sa femme et sa famille dans la ville de Plaisance. Il n'avait point d'autre occupation que l'exercice de la chasse : un jour, le gibier s'étant retiré dans des ronces au milieu des champs, il commanda à ses valets d'y mettre le feu pour le faire lever ; mais une bouffée de vent étant survenue, poussa la flamme plus loin qu'il ne le voulait, au grand dommage des blés d'alentour et même des autres lieux de la province, qui furent tous ravagés par le feu.

Conrad, surpris d'un si fâcheux accident, entra avec ses gens à petit bruit dans la ville, sans faire paraître qu'il fût cause de cet embrasement ; un pauvre homme de la campagne fut pris et fait prisonnier, parce qu'il fut soupçonné d'en être l'auteur. On le présenta devant le juge criminel qui, l'ayant interrogé et le trouvant toujours sur la négative, le fit mettre à la question afin d'en tirer de plus fortes preuves pour le condamner. Ce malheureux, manquant de courage et de constance, et craignant plus les tourments que la perte de la vie et de l'honneur, avoua le fait dont néanmoins il était innocent, et fut aussitôt condamné à mort. On le conduisit donc à la potence, et chacun y courut pour le voir. Ce bruit s'étant répandu par toute la ville, Conrad est averti de l'exécution qui va se faire en la personne de cet innocent, pour un crime dont lui-même était l'auteur. Alors, pressé par la loi de la justice et de la charité qui n'était pas tout à fait éteinte dans son cœur, il déclara publiquement l'innocence de ce pauvre homme, expliqua comment l'accident était arrivé, et offrit de réparer le dommage qui s'en était suivi : ainsi la vérité fut connue, l'innocent délivré, et Conrad obligé de satisfaire.

Pour en venir à bout, il vendit tous ses biens, tant meubles qu'immeubles, se réduisit à la dernière pauvreté et dédommagea ses voisins de toutes les pertes qu'il leur avait causées. Ensuite, sa femme qui avait consenti à la vente de sa dot pour cette réparation, prit le voile dans un monastère de la ville de Plaisance, et lui se retira dans un pays éloigné, où il prit l'habit de Saint-François, que l'on appelle de la pénitence ; puis il s'en alla à Rome pour visiter les Lieux Saints. De là il passa en Sicile et se fixa près de Noto, où il demeura quarante ans comme en solitude, partie dans l'hôpital de Saint-Martin, et partie sur une montagne voisine, pour y faire une véritable et sérieuse pénitence. Son occupation la plus ordinaire était la prière et la mortification de son corps, auquel il n'épargnait aucune espèce d'austérité ; la terre nue lui servait de lit, et une pierre de chevet ; le pain et les herbes

VIES DES SAINTS. — TOME II. 38

19 FÉVRIER.

crues faisaient toute la diversité de ses mets ; on pouvait dire qu'il se nourrissait plutôt de ses larmes que de pain : celui dont il usait était d'ailleurs si grossier, qu'il ne lui flattait guère plus les sens que s'il eût été de cendre. Tout cela, néanmoins, n'empêcha pas le démon de lui susciter souvent de furieuses tentations de la chair et de la gourmandise ; mais il les surmontait toutes en augmentant ses austérités et en prolongeant le temps de ses prières. Il triompha ainsi de lui-même, au point que, lorsque ses amis lui faisaient présent de quelques légumes, il n'y touchait que quand ils avaient acquis une saveur désagréable. Un jour qu'il se sentait pressé de manger plus qu'à l'ordinaire, il se dépouilla tout nu et se roula si longtemps parmi les épines, que le sang coula de toutes les parties de son corps : voilà comment il réprimait ses désirs.

Dieu récompensa cette grande vertu par le don de prophétie et la grâce des miracles, qui le firent admirer et respecter, non-seulement du peuple, mais aussi des prélats et des personnes les plus illustres ; mais nous passons ces merveilles sous silence pour venir à son précieux décès. Ayant eu révélation qu'il était proche, il reçut les derniers sacrements, et, après avoir déclaré à son confesseur qu'il voulait être enterré dans l'église de Saint-Nicolas, et lui avoir prédit que les habitants de Noto et ceux d'Avola auraient de grands différends pour son corps, il se jeta aux pieds d'un crucifix. En cet état, étant environné d'une admirable clarté, il rendit son âme à Dieu, l'an 1351, en présence de son confesseur, qui fut quelque temps sans savoir s'il était mort, parce que son corps demeurait toujours à genoux, comme s'il eût été animé. Dès qu'il eut trépassé, les cloches des deux villes dont nous avons parlé sonnèrent d'elles-mêmes pour avertir le peuple de la mort du serviteur de Dieu ; et, après plusieurs contestations entre les habitants de l'une et de l'autre, son corps fut porté en l'église de Saint-Nicolas, à Noto. Depuis, il a été levé de terre et placé dans une chasse d'argent, où le Saint a brillé jusqu'aujourd'hui par plusieurs miracles et par de grandes faveurs accordées aux fidèles. C'est pourquoi le souverain pontife Léon X a permis d'honorer sa mémoire en cette ville : ce que Paul III a étendu à Plaisance, à toute la Sicile et à d'autres lieux. Enfin le pape Urbain VIII a permis, par un bref du 13 septembre 1625, à tous les religieux de l'Ordre de Saint-François, de l'insérer dans leur calendrier.

Voici les diverses manières dont on a représenté saint Conrad de Plaisance :

1° Dans la plupart de ses images, des cerfs et autres animaux de chasse s'échappent près de lui devant un incendie qui éclate ;

2° On donne à saint Conrad, comme indice de sa profession de chasseur, un épieu ou demi-pique ;

3° Des rets indiquent aussi sa passion pour la chasse ;

4° Des oiseaux voltigent autour de lui. On raconte qu'en se rendant chez l'évêque de Syracuse pour vivre solitaire, il y fut accueilli par une nuée de ces charmantes petites créatures qui semblaient se réjouir de sa venue.

Saint Conrad de Plaisance est le principal patron de Noto, où sa mémoire est encore en grande vénération. On l'y invoque particulièrement contre les hernies, parce que, vivant et mort, il en guérit plusieurs ; sa fête est regardée comme amenant à coup sûr des guérisons presque sans nombre de cette infirmité.

Un auteur de sa vie, du commencement du XVIIIe siècle, le chanoine Campi, de Plaisance, a écrit beaucoup de choses édifiantes et curieuses sur saint Conrad. On nous saurait peut-être gré de donner l'extrait d'une pièce de vers où différents patronages populaires se trouvent associés à celui de Conrad, le grand chasseur, le charitable hospitalier et le fervent ermite ; mais ceci nous entraînerait trop loin : voir, à défaut de l'ouvrage original, le Père Cahier, Caractéristiques, t. II, p. 411.

Événements marquants

  • Provoque involontairement un incendie lors d'une partie de chasse
  • Se dénonce pour sauver un innocent condamné à mort
  • Vend tous ses biens pour réparer les dommages
  • Prend l'habit de Saint-François (pénitence) après que sa femme soit entrée au couvent
  • Pèlerinage à Rome puis retraite en Sicile près de Noto
  • Quarante ans de vie érémitique et de pénitence
  • Mort en prière devant un crucifix en 1351

Miracles

  • Cloches sonnant d'elles-mêmes à sa mort
  • Corps restant à genoux après le trépas
  • Nuée d'oiseaux l'accueillant à Syracuse
  • Guérisons nombreuses de hernies

Citations

Le Seigneur conduit la juste par des voies droites, et partout il lui montre le royaume de Dieu.

— Sep., x, 10 (Intro)