Saint Desle (Déicole)

Fondateur et Abbé de Lure

Fête : 24 janvier 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Moine irlandais et disciple de saint Colomban, Desle fonda l'abbaye de Lure en Franche-Comté au VIIe siècle. Connu pour sa gaieté inaltérable et ses miracles, il obtint la protection du roi Clotaire II et du Pape pour sa communauté. Il finit ses jours en ermite après avoir assuré la prospérité de son monastère.

Biographie

SAINT DESLE OU DÉICOLE,

FONDATEUR ET ABBÉ DE LURE

Saint Desle ou Déicole, c'est-à-dire serviteur de Dieu, né en Irlande, fut de bonne heure le disciple de saint Colomban; il va nous apprendre lui-même combien il profita sous ce grand maître.

« D'où vient », lui dit un jour saint Colomban, « que votre visage est toujours rayonnant de joie, et que rien ne trouble votre âme ? »

— « C'est », répondit Desle, « que rien ne peut me ravir mon Dieu ».

En 585, notre Saint suivit Colomban en France; ce dernier ayant été chassé de Luxeuil (610), il ne fut permis qu'aux religieux irlandais de le suivre. De ce nombre fut Desle, déjà avancé en âge. Arrivé avec saint Colomban dans un lieu rempli de broussailles, à quelques milles de Luxeuil, sur la route de Besançon, il sentit ses jambes faiblir, et reconnut qu'il ne pourrait aller plus loin; il se jette au pied de son abbé, demande et obtient avec sa bénédiction la faculté d'achever son pèlerinage dans ce désert. Resté seul après une séparation pleine de larmes, il se met à chercher à travers les forêts un gîte qui puisse lui servir de retraite. En fouillant ces halliers, il rencontre un troupeau de porcs, dont le pâtre demeure saisi à la vue de cet étranger d'une taille élevée et revêtu d'un costume qui lui était étranger.

« Qui êtes-vous », lui demanda-t-il, « d'où venez-vous ? Que cherchez-vous ? Que venez-vous faire dans ces lieux sauvages sans guide et sans compagnon ? »

— « N'ayez pas peur, mon frère », dit le vieil Irlandais, « je suis voyageur et moine ! et je voudrais que par charité, vous pussiez me montrer par ici une place quelconque où un homme pourrait habiter ».

Le pâtre lui dit qu'il ne connaissait dans le voisinage qu'un endroit assez marécageux, mais habitable, grâce à l'abondance des eaux, et qui appartenait à un puissant vassal nommé Werfaire. Il refusa toutefois de l'y conduire, de peur que son troupeau ne s'égarât pendant son absence; mais Desle insista et lui dit avec cette intrépide gaieté que l'on retrouve chez les Irlandais d'aujourd'hui : « Si tu veux me faire ce petit plaisir, je te réponds que tu ne perdras pas le moindre de tes pourceaux ; voici mon bâton qui te remplacera et qui leur servira de berger pendant ton absence ».

Et là-dessus, il ficha dans le sol son bâton de voyageur, autour duquel tous les porcs vinrent s'accroupir. Là-dessus, les voilà tous deux en route à travers les bois, le moine Irlandais et le porcher Bourguignon, et ainsi fut découvert et occupé l'emplacement de la ville actuelle de Lure, et du célèbre monastère de ce nom, dont l'abbé, onze siècles après cette aventure, comptait encore parmi les princes du saint empire romain.

Cette retraite fut d'autant plus agréable à Desle qu'il y avait tout près de là une chapelle dédiée à saint Martin, qui servait aux pâtres et aux paysans d'alentour. Il s'y rendait toutes les nuits, à l'heure où les portes étaient fermées; à son approche elles s'ouvraient par le ministère des Anges.

Mais cela fut vu de très-mauvais œil par un prêtre séculier qui desservait la chapelle : « Ce moine-là », disait-il, « va me faire du tort »; et il indisposa contre Desle tout le voisinage, disant qu'il était magicien, qu'il se cachait dans les bois pour se livrer à ses incantations. « À minuit », ajouta-t-il, « il s'en vient, sous prétexte de prier dans ma chapelle, dont j'ai beau fermer les portes ; une seule parole de lui suffit pour les ouvrir ». Il le dénonça ensuite au seigneur Werfaire. « Maître », lui dit-il en finissant, « votre intention est-elle que cet étranger conserve en paix l'église que vous avez bâtie, et dont il s'est emparé audacieusement ? »

Werfaire ordonna qu'on saisît l'étranger, si on le pouvait, et qu'on lui fît subir une cruelle mutilation. Mais il fut lui-même saisi d'un mal honteux qui le fit mourir avant que son ordre impie pût s'accomplir. Lorsqu'il allait expirer, Berthilde, son épouse, voyant que le doigt de Dieu était là, envoya chercher Desle qui, oubliant l'injure, apportait en toute hâte le bien pour le mal. Lorsqu'il fut arrivé dans l'appartement où gisait le défunt, il sentit le besoin de se reposer un peu, et commença par ôter son manteau ; un des serviteurs se présente pour le recevoir, mais à l'instant même ce manteau se trouva suspendu en l'air à un rayon de soleil. Ce n'était pas trop de ce miracle pour l'honneur du saint homme, outragé sous les yeux de ces populations barbares. Tous les assistants sont dans l'admiration : Berthilde se jette aux genoux de Desle, demande pardon pour son époux, et offre en échange la terre de Lutra avec l'église de Saint-Martin. Elle obtint cette consolante réponse : « que Werfaire, après avoir passé par les flammes du Purgatoire, serait mis en possession de la gloire éternelle, parce que, selon les paroles de l'Apôtre, un époux infidèle est sanctifié par une épouse vertueuse et sage ».

Quelques années plus tard, on voyait à Lure un monastère où de nombreux disciples menaient, sous la conduite de notre Saint, une vie de paix et de prières. À côté de la demeure des religieux, s'élevaient deux églises, l'une du titre de Saint-Pierre, l'autre du titre de Saint-Paul ; le désert a disparu pour faire place à un paradis terrestre ; « dans cette retraite où habitaient les serpents, se déploie maintenant la verdure... »

Un jour, cette pieuse solitude, où l'on n'entendait d'autre bruit que celui de la prière, de la lecture des saintes lettres et des pieux entretiens, fut troublée par le roi Clotaire II. Il était venu chasser dans un de ses domaines voisin de Lure ; un sanglier qu'il poursuivait alla se réfugier jusque dans la cellule de Desle. Le Saint lui mit la main sur la hure en disant : « Puisque tu es venu implorer ma pitié, tu auras la vie sauvée ».

Le roi, averti par les meneurs qui avaient suivi la piste de la bête, voulut voir par lui-même ce prodige. Quand il sut que le vieux reclus était disciple de ce Colomban qu'il avait toujours honoré et protégé, il s'enquit affectueusement des moyens de subsistance que l'abbé et ses compagnons pouvaient trouver dans cette solitude. « Il est écrit », répondit l'Irlandais, « qu'il ne manque rien à ceux qui craignent Dieu ; nous menons une pauvre vie, mais elle nous suffit avec la crainte de Dieu ».

Clotaire fit don à la nouvelle communauté de toutes les forêts, pâtures, pêcheries que possédait le fisc dans le voisinage de Lure, qui devint, à dater de ce moment, et resta toujours l'un des monastères les plus richement dotés de la chrétienté.

Le saint abbé, désirant mettre son monastère sous une protection plus auguste et plus puissante que celle du roi, entreprit, dans un âge très-avancé, le voyage de Rome : il exposa ainsi sa demande au Pape, qui le reçut à bras ouverts : « Saint Père, j'ai quitté ma patrie, qui est l'Irlande, et, par un enchaînement de circonstances dont la Providence a le secret, j'habite aujourd'hui une province de la Gaule appelée Bourgogne. Secondé par les donations du seigneur Clotaire et de l'un de ses vassaux, j'ai pu y construire un monastère et deux oratoires que j'ai dédiés aux apôtres Pierre et Paul. Mais les habitants de ce pays sont fort rapaces ; et voilà pourquoi, très-saint Père, je ne crois pouvoir maintenir cette œuvre qu'en venant la placer sous la haute protection du Siège apostolique. Je vous prie donc humblement d'avoir pour agréable l'acte par lequel je constitue le monastère de Lure immédiatement dépendant des successeurs de saint Pierre, et m'oblige, moi et mes successeurs, à payer chaque année un tribut en argent ».

Cette prière fut exaucée.

Desle revint avec une bulle qui maintenait à l'abbé de Lure la disposition à perpétuité et sans contradiction des biens du monastère ; lançait l'anathème contre quiconque, sujet, seigneur ou roi, oserait s'ingérer dans l'administration de ses biens ou exercer des vexations contre les religieux. Après cette démarche et d'autres mesures pour assurer la prospérité de son monastère, il résolut de consacrer le reste de sa vie à son propre salut. Il confia donc le gouvernement de la communauté à saint Colombin, son disciple et son filleul, et ne pensa plus qu'à se préparer à la mort, demeurant dans un petit oratoire, ne faisant que prier, acceptant pour toute nourriture du pain et de l'eau. Il mérita ainsi de s'endormir dans le Seigneur le 18 janvier de l'an 625. Il fut enseveli dans le lieu même qu'il habitait, dans l'oratoire de la Sainte-Trinité.

Desle prit soin de son abbaye dans le ciel comme il avait fait sur la terre. Lorsque les Sarrasins, dans le VIIIe siècle, ravageant la Bourgogne, essayèrent de mettre le feu à l'abbaye de Lure, la flamme refusa de leur obéir.

L'église de Saint-Desle ayant été démolie au XVIIe siècle, ses reliques furent transportées dans l'église abbatiale, le 24 mai 1676. Elles échappèrent au vandalisme de 93, et sont encore exposées à la vénération des fidèles dans l'église de Lure. Sa fête se célèbre le 24 janvier, sous le rite semi-double.

La mémoire de saint Desle et de saint Colombin, son disciple, a été dès les temps anciens en grande vénération. Leur culte se répandit dans la Franche-Comté, la Bourgogne, l'Alsace et la Lorraine. Saint Desle est encore célèbre en Franche-Comté pour la guérison des fous et des énergumènes.

Plusieurs localités des environs de Lure portent le nom de Saint-Desles, entre autres une source qui forme la petite rivière de Magny-Vernois, et une fontaine, située dans un vallon solitaire entre Lure et Saint-Germain. Les infirmes atteints de maladies d'yeux allaient à cette dernière puiser de l'eau à laquelle on attribuait une vertu merveilleuse.

Aujourd'hui encore, des pèlerins venus de loin et particulièrement des Vosges se rendent à Lure pour demander à Dieu quelque grâce spéciale par l'intercession de saint Desle.

On peut représenter saint Desle fichant en terre un bâton autour duquel des porcelets viennent se ranger ; prenant un sanglier sous sa protection ; guérissant des possédés.

Événements marquants

  • Disciple de saint Colomban en Irlande
  • Arrivée en France en 585
  • Séparation de saint Colomban près de Luxeuil en 610
  • Fondation du monastère de Lure
  • Conflit avec le seigneur Werfaire et miracle du manteau suspendu
  • Protection d'un sanglier poursuivi par le roi Clotaire II
  • Voyage à Rome pour placer Lure sous protection papale
  • Retraite dans un oratoire et mort en 625

Miracles

  • Bâton gardant un troupeau de porcs
  • Ouverture miraculeuse des portes d'une chapelle par les anges
  • Manteau suspendu à un rayon de soleil
  • Protection d'un sanglier
  • Incombustibilité de l'abbaye face aux Sarrasins

Citations

C'est que rien ne peut me ravir mon Dieu

— Réponse à saint Colomban sur sa joie constante

Il ne manque rien à ceux qui craignent Dieu ; nous menons une pauvre vie, mais elle nous suffit avec la crainte de Dieu

— Réponse au roi Clotaire II