Saint Edwin (Edouin)
Roi de Northumbrie et Martyr, Patron d'York
Résumé
Edwin, roi de Northumbrie au VIIe siècle, se convertit au christianisme sous l'influence de son épouse Ethelburge et de l'évêque Paulin après une vie d'exil et de conquêtes. Son règne apporta une paix légendaire à l'Angleterre, symbolisée par la fondation de la cathédrale d'York. Il mourut en martyr en 633 en combattant l'alliance des païens de Mercie et des Bretons.
Biographie
SAINT EDWIN OU EDOUIN,
ROI DE NORTHUMBRIE ET MARTYR, PATRON D'YORK
La preuve la plus éclatante de la vertu des rois, c'est que leur autorité assure au peuple la paix, à l'église la tranquillité, à la religion un accroissement agréable au Seigneur.
Jean de Salisbury.
Redwald, roi des Est-Angles, avait donné asile au fils encore enfant d'Ælia, roi des Dériens, détrôné par son beau-frère le terrible Ethelfrid, roi des Berniciens; ce jeune prince, nommé Edwin, avait grandi auprès de Redwald qui lui avait même donné sa fille en mariage. Ethelfrid, voyant en lui un rival ou un successeur, employa tour à tour auprès de Redwald la menace et la corruption pour se faire livrer le royal exilé. Le prince est- anglien était au moment de céder, quand un des amis d'Edwin vint de nuit l'informer du danger qu'il courait et lui offrit de le conduire dans un refuge, où ni Redwald ni Ethelfrid ne sauraient le découvrir. « Non », répondit le jeune et généreux exilé, « je te remercie de ta bonne volonté; mais je n'en ferai rien. À quoi bon recommencer à errer en vagabond, comme je l'ai trop fait, à travers toutes les régions de l'île? S'il me faut mourir, que ce soit plutôt de la main de ce grand roi que d'une main plus vulgaire! » Cependant, ému et attristé, il sortit et alla s'asseoir sur une pierre devant le palais, où il resta longtemps seul dans l'obscurité, en proie à une poignante incertitude. Tout à coup il vit paraître devant lui, au mi- lieu des ténèbres, un homme dont le visage et le costume lui étaient incon- nus, qui lui demanda ce qu'il faisait là, seul, la nuit, et ajouta : « Que promettrais-tu à celui qui te délivrerait de ta tristesse, en détournant Red- wald de te livrer à tes ennemis ou de te faire aucun mal? » — « Tout ce qui sera jamais en mon pouvoir », répondit Edwin. — « Et si », continua l'inconnu, « on te promettait de te faire roi, et roi plus puissant que tous tes ancêtres et que tous les autres rois anglais? » Edwin promit de nouveau que sa reconnaissance serait à la hauteur d'un tel bienfait. Alors l'étranger : « Et si celui qui t'aura exactement prédit de si grands biens te donne des conseils plus utiles pour ton salut et ta vie qu'aucun de tes pères ou de tes proches n'en a jamais reçu, consens-tu à les suivre? » L'exilé jura qu'il obéirait en tout à celui qui le tirerait d'un si grand péril pour le faire roi. Aussitôt l'inconnu lui posa la main droite sur la tête en disant : « Quand un pareil signe se représentera à toi, rappelle-toi ce moment, tes discours et ta promesse ».
Aussitôt il disparut si subitement, qu'Edwin crut avoir eu affaire non à un homme, mais à un esprit. Un instant après son ami accourut lui an- noncer qu'il n'y avait plus rien à craindre pour lui, et que le roi Redwald, ayant confié son projet à la reine, avait été détourné par elle de cette tra- hison. Cette princesse, dont le nom a été malheureusement oublié, était, comme la plupart des Anglo-Saxonnes, toute-puissante sur le cœur de son époux. Elle lui montra qu'il serait indigne de vendre à prix d'or son âme, et, qui plus est, son honneur, qu'elle tenait pour la plus précieuse de toutes les parures.
Grâce aux inspirations généreuses de la reine, non-seulement Redwald ne livra pas le prince réfugié, mais ayant renvoyé les ambassadeurs chargés des riches cadeaux d'Ethelfrid, il lui déclara la guerre. Ethelfrid défait et tué, Edwin fut établi roi en Northumbrie par son protecteur Redwald, devenu le chef de la fédération anglo-saxonne. Comme son beau-frère Ethelfrid, Edwin régna sur les deux royaumes réunis de Deira et de Bernicie; puis, comme lui, il fit une guerre vigoureuse aux Bretons de Cambrie. Devenu ainsi le chef redouté des Angles du Nord, il se vit recherché et admiré par les Angles de l'Est qui, à la mort de leur roi Redwald, lui offrirent la royauté. Mais Edwin aima mieux payer de retour la protection qu'il avait reçue de Redwald et de sa femme, en laissant à leur fils le royaume d'Est-Anglie. Il se réserva toutefois la suzeraineté militaire que Redwald avait exercée avec le titre de Bretwalda, qui avait passé du roi de Kent au roi d'Est-Anglie, mais qui, à partir d'Edwin, ne devait plus être séparée de la royauté northumbrienne.
Parvenu à cette élévation inespérée et privé par la mort de sa première femme, fille du roi d'Est-Anglie, il en chercha une autre, et fit demander en mariage la sœur du roi de Kent, la fille d'Ethelbert et de Berthe, descendante de Hengist et d'Odin par son père, et de sainte Clotilde par sa mère. Elle s'appelait Ethelburge. Son frère Eadbald, ramené à la foi chrétienne par l'archevêque Laurent, repoussa d'abord la demande du roi de Northumbrie. Il répondit qu'il ne lui était pas permis de donner une vierge chrétienne à un païen, de peur de profaner la foi et les sacrements du vrai Dieu, en la faisant cohabiter avec un roi étranger à son culte. Loin d'être offensé de ce refus, Edwin promit que si on lui accordait la princesse, il ne ferait rien contre la foi qu'elle professait, et que tout au contraire elle pourrait pratiquer librement sa religion avec tous ceux qui l'accompagneraient, hommes ou femmes, prêtres ou laïques. Il ajouta que lui-même ne refuserait pas d'embrasser la religion de sa femme, si, après l'avoir fait examiner par les sages de son conseil, il la reconnaissait pour plus sainte et plus digne de Dieu.
C'était à ces conditions que sa mère, Berthe, avait quitté son pays et sa famille mérovingienne pour franchir la mer et venir épouser le roi de Kent. La conversion de ce royaume avait été le prix de son sacrifice. Ethelburge, destinée comme sa mère, et plus encore qu'elle, à être l'initiative chrétienne de tout un peuple, suivit l'exemple maternel. Elle nous fournit une nouvelle preuve du grand rôle de la femme dans l'histoire des races germaniques, du noble et touchant empire que ces races lui attribuaient. En Angleterre comme en France, comme partout, c'est toujours par la ferveur et le dévouement de la femme chrétienne que sont entamées ou consommées les victoires de l'Église. Mais la royale vierge ne fut livrée aux Northumbriens que sous la garde d'un évêque, chargé de la préserver de toute pollution païenne, par ses exhortations et aussi par la célébration quotidienne des célestes mystères. Cet évêque, nommé Paulin, était encore un de ces moines romains qui avaient été envoyés par le pape saint Grégoire pour servir de coadjuteurs à Augustin. Arrivé avec Ethelburge dans le royaume d'Edwin, après les avoir mariés, il voulut encore que toute cette
nation inconnue, où il venait de planter sa tente, pût devenir l'épouse du Christ. Il travailla donc de toutes ses forces pour ajouter quelques néophytes northumbriens au petit troupeau de fidèles qui avaient accompagné la reine. Mais ces efforts furent longtemps infructueux ; on le laissait prêcher et on ne se convertissait pas.
Cependant, les successeurs de Grégoire veillaient sur son œuvre avec cette merveilleuse et infatigable persévérance qui est le propre du Saint-Siège. Boniface V adressa au roi et à la reine de Northumbrie deux épîtres qui rappellent celles de Grégoire au roi et à la reine de Kent. Il exhortait celui qu'il appela le glorieux roi des Anglais à suivre l'exemple de tant d'autres empereurs et rois, et surtout de son beau-frère Eadbald, en se soumettant à la grandeur du vrai Dieu, et à ne pas se laisser séparer dans l'avenir de cette chère moitié de lui-même, qui avait déjà reçu par le baptême le gage de l'éternité bienheureuse. Il conjurait la reine de ne négliger aucun effort pour amollir et enflammer le cœur dur et froid de son mari, pour lui faire comprendre la beauté des mystères auxquels elle croyait, et l'admirable salaire qu'elle avait reçu de sa propre renaissance ; afin que ceux dont l'amour humain n'avait fait qu'un seul corps ici-bas demeurassent unis dans l'autre vie par une union indissoluble. À ses lettres il joignait quelques modestes présents, qui témoignent assurément ou de sa pauvreté ou de la simplicité du temps : pour le roi, une chemise de lin ornée de broderie d'or et un manteau de laine d'Orient ; pour la reine, un miroir d'argent et un peigne d'ivoire ; pour tous deux, les bénédictions de leur protecteur saint Pierre.
Mais ni les lettres du Pape, ni les sermons de l'évêque, ni les instances de la reine ne suffisaient pour triompher des incertitudes d'Edwin. Un événement providentiel vint l'ébranler sans le vaincre absolument. Le jour de Pâques qui suivit son mariage, un sicairé envoyé par le roi des Saxons de l'Ouest pénétra auprès du roi, et sous prétexte de lui communiquer un message de son maître, essaya de le frapper avec un poignard empoisonné à double tranchant qu'il tenait caché sous son habit. Entraîné par ce dévouement héroïque pour leurs princes, qui se mêlait chez tous les barbares germaniques à de si continuels attentats contre eux, un seigneur nommé Lilla, n'ayant pas de bouclier sous la main, se jeta lui-même entre son roi et l'assassin, qui avait frappé avec tant de force, que son fer alla atteindre Edwin même à travers le corps de son fidèle ami. Dans la nuit même de cette principale fête des chrétiens, la reine accoucha d'une fille. Pendant qu'Edwin rendait grâces à ses dieux de la naissance de cette enfant, l'évêque Paulin commença de son côté à remercier Notre-Seigneur, en affirmant au roi que c'était lui qui, par ses prières au vrai Dieu, avait obtenu que la reine enfantât pour la première fois sans accident et presque sans douleur. Le roi, moins ému du danger mortel qu'il venait d'éviter que de la joie d'être père sans que la vie de sa chère Ethelburge eût été compromise, fut charmé des paroles de Paulin, et lui promit de renoncer aux idoles pour servir le Christ, si le Christ lui accordait la vie et la victoire dans la guerre qu'il allait entreprendre contre le roi qui avait voulu le faire assassiner. Comme gage de sa bonne foi, il donna à l'évêque l'enfant qui venait de naître pour la consacrer au Christ. Cette nouveau-née du roi, qui fut la première chrétienne de la nation northumbrienne, fut baptisée le jour de la Pentecôte avec onze personnes de sa maison. On la nomma Eanfleda : elle était destinée, comme la plupart des princesses anglo-saxonnes, à n'être pas sans influence sur le sort de son pays.
Edwin sortit vainqueur de la lutte contre le roi coupable. Revenu en Northumbrie, et bien que depuis sa promesse il eût cessé d'adorer les idoles, il ne voulut pas recevoir sur-le-champ et sans autre réflexion les sacrements de la foi chrétienne. Mais il se faisait donner plus exactement par l'évêque Paulin ce que Bède appelle les raisons de croire. Il conférait souvent avec les plus sages et les plus instruits de sa noblesse sur le parti qu'ils lui conseillaient de prendre. Enfin, comme il était naturellement sagace et réfléchi, il passait de longues heures dans la solitude, la bouche close, mais discutant au fond de son cœur beaucoup de choses, et examinant sans relâche quelle était la religion qu'il fallait préférer.
Cependant, Paulin voyait le temps s'écouler sans que la parole de Dieu qu'il prêchait fût écoutée, et sans qu'Edwin pût se décider à courber la hauteur de son intelligence devant l'humilité vivifiante de la croix. Informé de la prophétie et de la promesse qui avaient terminé l'exil du roi, il crut le moment arrivé de les lui rappeler. Un jour donc qu'Edwin était assis tout seul à méditer, dans le secret de son cœur, sur la religion qu'il lui faudrait suivre, l'évêque entra tout à coup et lui posa la main droite sur la tête, comme l'avait fait l'inconnu de sa vision, en lui demandant s'il reconnaissait ce signe. Le roi, tremblant, voulut se jeter aux pieds de Paulin, qui le releva et lui dit doucement : « Eh bien, vous voilà délivré des ennemis que vous redoutiez par la bonté de Dieu. Vous voilà, de plus, pourvu par lui du royaume que vous désiriez. Souvenez-vous d'accomplir votre troisième promesse, qui vous oblige à recevoir la foi et à garder ses commandements. C'est ainsi seulement, qu'après avoir été comblé de la faveur divine ici-bas, vous pourrez entrer avec Dieu en participation du royaume céleste ». — « Oui », répondit enfin Edwin, « je le sens ; je dois et je veux être chrétien ». Mais, toujours fidèle à son caractère mesuré, il ne stipula que pour lui-même ; il dit qu'il en conférerait avec les grands nobles, ses amis, et avec ses conseillers, afin que s'ils se décidaient à croire comme lui, ils fussent tous ensemble consacrés au Christ dans la fontaine de la vie.
Tous ayant été unanimes pour reconnaître la fausseté du culte rendu aux dieux, aussitôt le roi déclara publiquement qu'il adhérait à l'évangile prêché par Paulin, qu'il renonçait à l'idolâtrie et qu'il adoptait la foi du Christ. Toute la noblesse northumbrienne et une grande partie du peuple suivirent l'exemple du roi, qui se fit baptiser solennellement le jour de Pâques (627) par Paulin, à York, dans une église en bois, bâtie à la hâte pendant qu'on le préparait au baptême. Aussitôt après, il fit construire autour de ce sanctuaire improvisé une grande église en pierre qu'il n'eut pas le temps d'achever, mais qui est devenue depuis l'admirable Minster d'York et la métropole du nord de l'Angleterre. Les Northumbriens en avaient fait leur capitale, et Edwin y constitua le siège de l'épiscopat dont son maître Paulin était revêtu. Ainsi se trouva réalisé le grand dessein de Grégoire, qui, trente ans auparavant, dès le début de la mission anglaise, avait prescrit à Augustin d'envoyer un évêque à York et de lui conférer le caractère de métropolitain des douze évêchés suffragants dont il rêvait déjà la fondation dans le nord du pays conquis par les Anglo-Saxons.
Pendant six années, le roi et l'évêque travaillèrent de concert à la conversion du peuple northumbrien, et même de la population anglaise des régions voisines. Les chefs de la noblesse et les principaux serviteurs du roi se firent baptiser les premiers, avec les fils du premier mariage d'Edwin. L'exemple d'un roi était d'ailleurs loin de suffire, chez les Anglo-Saxons, pour déterminer la conversion de tout un peuple, et, pas plus qu'Ethelbert
et Augustin, le premier roi chrétien et le premier évêque des Northumbriens ne songèrent à employer la contrainte. Il leur fallut sans doute plus d'un effort pour surmonter la rudesse, l'ignorance ou l'indifférence des Saxons païens. Mais les consolations aussi abondaient, car la ferveur de ce pauvre peuple et sa soif du baptême étaient souvent prodigieuses. Paulin étant venu avec le roi et la reine, qui l'accompagnaient maintes fois pendant ses missions, dans une certaine villa royale, tout à fait au nord, ils durent tous les trois y demeurer trente-six jours de suite, et pendant tout ce temps, l'évêque ne faisait autre chose du matin au soir que de catéchiser la foule qui affluait de tous les villages d'alentour, puis de la baptiser dans la rivière qui coulait tout auprès.
Le pape Honorius écrivit au roi Edwin pour le féliciter de sa conversion, ainsi que de l'ardeur et de la sincérité de sa foi, et pour l'exhorter à beaucoup lire les œuvres de saint Grégoire, qu'il appelle le prédicateur des Anglais et qu'il recommande au roi de prendre pour perpétuel intercesseur auprès de Dieu. Mais quand cette lettre arriva en Angleterre, Edwin n'était déjà plus. Les six années qui s'écoulèrent depuis sa conversion jusqu'à sa mort comptent assurément parmi les plus glorieuses et les plus heureuses qu'il ait été donné à aucun prince anglo-saxon de connaître. Il plaça rapidement la Northumbrie à la tête de l'Heptarchie. Au midi, son zèle ardent pour la foi qu'il avait embrassée après de si mûres réflexions débordait jusque sur les populations qui, sans être soumises à son autorité directe, appartenaient à la même race que ses sujets. Les Est-Angles ou Anglais orientaux, lui avaient offert de régner sur eux et il avait refusé. Mais il usa de son ascendant sur le jeune roi, qui lui devait sa couronne, pour le déterminer à embrasser la religion chrétienne avec tout son pays. Eorpwald expiait ainsi l'apostasie de son père, et Edwin payait ainsi la rançon de la généreuse pitié que la royauté est-anglienne avait prodiguée à sa jeunesse et à son exil. Au nord, il étendit et consolida la domination anglo-saxonne jusqu'à l'isthme qui séparait la Calédonie de la Bretagne. Il a laissé une trace ineffaçable de son règne dans le nom de la forteresse construite par lui sur le rocher qui dominait dès lors l'embouchure du Forth et qui dresse encore ses flancs sombres et alpestres, véritable Acropole du nord barbare, au sein de la grande et pittoresque ville d'Edimbourg (Edwin's burgh). À l'ouest, il continua, avec moins de férocité qu'Ethelfrid, mais avec non moins de bravoure et de succès, la lutte contre les Bretons de Cambrie ; il les poursuivit jusque dans les îles du détroit qui séparent la Grande-Bretagne de l'Irlande ; il s'empara de l'île de Man et de cette autre île qui avait été le dernier abri des Druides contre la domination romaine, et qui, à partir de la conquête d'Edwin, prit le nom de la race victorieuse des Angles, Angles-ey. À l'intérieur de ses États, il fit régner une paix et une sécurité si inconnue avant et après son règne qu'elle passa en proverbe, car on se disait que, du temps d'Edwin, une femme avec son enfant nouveau-né aurait pu traverser l'Angleterre de la mer d'Irlande à la mer du Nord sans rencontrer quelqu'un qui lui fit le moindre tort. On lui savait gré de ce soin si minutieux du bien-être de ses sujets, qui le portait à faire suspendre auprès des fontaines sur les grands chemins des coupes en cuivre pour que les passants pussent boire à leur aise, sans que personne songeât à les voler, soit par crainte, soit par amour du roi. Aussi personne ne lui reprochait la pompe inusitée qui signalait son cortège, non-seulement quand il allait à la guerre, mais lorsqu'il chevauchait paisiblement à travers les villes et les provinces, en faisant porter au-devant de lui et au milieu des bannières militaires la lance surmontée d'une grande touffe de plumes que les Saxons avaient empruntée aux légions romaines et dont ils avaient fait l'étendard sacré du Bretwalda et le signe de la domination suprême dans leur confédération. Mais toute cette grandeur et cette prospérité allaient s'engloutir dans une catastrophe subite.
Il y avait d'autres Angles que ceux de Northumbrie et d'Est-Anglie déjà adoucis ou entamés par l'influence chrétienne ; il y avait les Angles de la Mercie, c'est-à-dire de la grande région centrale qui s'étendait de l'Humber à la Tamise. Le royaume de Mercie était le dernier État né de la conquête anglo-saxonne ; il avait été fondé par ceux des envahisseurs qui, trouvant toutes les places prises sur le littoral oriental et méridional de l'Île, s'étaient trouvés contraints de s'enfoncer dans l'intérieur. Il devint le centre de la résistance païenne et de ses retours offensifs contre la propagande chrétienne. Les païens de Mercie trouvèrent un chef formidable dans la personne de Penda, issu de race royale, mais enflammé de toutes les passions de la barbarie et surtout dévoré de jalousie contre la fortune d'Edwin et la puissance des Northumbriens. Depuis la conversion d'Edwin, ces instincts farouches s'étaient renforcés par le fanatisme. Penda et les Merciens restaient fidèles au culte d'Odin dont tous les rois saxons se croyaient les descendants. Edwin et les Northumbriens n'étaient plus à leurs yeux que des traîtres et des apostats. Mais chose plus surprenante, les habitants primitifs de l'Île, les Bretons chrétiens, plus nombreux en Mercie que dans tout autre royaume anglo-saxon, partageaient et excitaient la haine des païens saxons contre les néophytes de la même race. Ces vieux chrétiens, toujours exaspérés contre les envahisseurs de leur Île, ne tenaient aucun compte de la foi des Anglo convertis et ne voulaient à aucun titre entrer en communion avec eux. Les Bretons de Cambrie, restés indépendants, mais toujours menacés, vaincus et humiliés depuis près d'un siècle par Ida, Ethelfrid et Edwin, professaient et nourrissaient leur antipathie avec encore plus de fureur que les autres. Leur chef, Cadwallon, le dernier héros de la race celtique en Bretagne, d'abord vaincu par Edwin et forcé de se réfugier en Irlande et en Armorique, en était revenu avec un redoublement de rage et des auxiliaires de race celtique pour reprendre la lutte contre les Northumbriens. Il réussit à faire alliance avec Penda contre l'ennemi commun. Sous ces deux chefs, une immense armée, où les Bretons chrétiens de Cambrie coudoyait les païens de Mercie, envahit la Northumbrie. Edwin les attendait à Hatfield, sur la frontière méridionale de son royaume. Il y fut écrasé. Il périt glorieusement les armes à la main, à peine âgé de quarante-huit ans d'une mort qui lui a mérité d'être compté parmi les martyrs, le 14 octobre 633. Le corps du saint roi fut enterré à Whithy ; mais sa tête le fut dans le porche de l'église qu'il avait fait bâtir à York. Il a le titre de martyr sous le martyrologe de Florus et dans tous les calendriers d'Angleterre. C'est le catalogue de Spelman, qu'il était patron titulaire de deux anciennes églises bâties l'une à Londres et l'autre à Breve, dans la province de Somerset.
De Montalembert, Les Moines d'Occident ; Acta Sanctorum ; Godesca
12 OCTOBRE.
Événements marquants
- Exil auprès de Redwald, roi des Est-Angles
- Vision nocturne et promesse d'un signe futur
- Accession au trône de Northumbrie après la défaite d'Ethelfrid
- Mariage avec la princesse chrétienne Ethelburge de Kent
- Attentat manqué par un sicaire au poignard empoisonné
- Baptême solennel à York le jour de Pâques 627
- Unification et pacification de la Northumbrie
- Mort au combat à la bataille de Hatfield contre Penda et Cadwallon
Miracles
- Vision prophétique d'un inconnu durant son exil
- Accouchement sans douleur de la reine Ethelburge attribué à la prière
Citations
S'il me faut mourir, que ce soit plutôt de la main de ce grand roi que d'une main plus vulgaire !