Saint Eucaire
Évêque et Martyr
Résumé
Évêque et martyr du IVe siècle, Eucaire fut décapité près de Pompey sur ordre de Julien l'Apostat après avoir refusé de renier sa foi. La tradition rapporte qu'il porta sa tête jusqu'à Liverdun, lieu de sa sépulture et de nombreux miracles. Ses reliques, longtemps vénérées, furent détruites par les armées protestantes en 1587.
Biographie
SAINT EUCAIRE, ÉVÊQUE,
MARTYR PRÈS DE POMPEY, AU DIOCÈSE DE NANCY
IVe siècle.
Lorsqu'un martyr est jugé et condamné, c'est alors qu'il triomphe et terrasse son persécuteur. Saint Ambroise.
Eucaire dut le jour à Baccius et à Lientrude, tous deux d'une origine distinguée et dont la résidence est fixée, par divers auteurs, à Toul, à Soulosse ou à Grand. Il est le frère de saint Elophe et des saintes Libaire, Suzanne, Menne, Oda et Gontrude, suivant l'antique inscription, peut-être reproduite d'une plus ancienne, et qui se lit encore, incrustée dans le mur de la chapelle élevée au lieu même du sacrifice du généreux confesseur Eucaire, au confluent de la Meurthe et de la Moselle, non loin du village de Pompey.
Des légendes modernes disent qu'Eucaire dirigeait les écoles de Toul, non pas, sans doute, qu'à cette époque reculée, elles fussent ce qu'elles sont devenues plus tard. Toutefois, ces écrits sont trop récents et n'appartiennent pas à la bonne tradition du pays. Quoi qu'il en soit, Julien allant avec son armée, des Gaules en Allemagne, passa par Toul où il entendit parler d'Eucaire comme d'un maître habile et d'un intrépide défenseur de la nouvelle religion. L'apostat n'ayant pu, ni par caresses, ni par menaces, l'amener à renoncer à la foi en Jésus-Christ, lui fit trancher la tête avec Elophe son frère et la vierge Libaire sa sœur.
Cette dernière proposition de la légende ne doit, ce nous semble, être entendue que dans le sens de la condamnation à mort, par le même tyran, et non pas de la simultanéité du supplice; les actes de saint Elophe le faisant succomber près de Soulosse, et ceux de sainte Libaire marquant le voisinage de Grand, comme sépulture de cette vierge courageuse.
La légende rapporte de saint Eucaire, qu'immédiatement après son martyre, sur les bords de la Meurthe, il se leva, prit dans ses mains sa tête coupée et la porta, en suivant la vallée de Pompey, jusqu'à la distance d'un milliaire; qu'il s'arrêta sur les confins de la forteresse de Liverdun, déposa sa tête sur un quartier de roche et s'arrêta; enfin, que de ce lieu les chrétiens le transportèrent dans l'enceinte du castrum qui était proche et l'y ensevelirent honorablement. Aussi parut-il s'en être constitué le protecteur. En effet, les Vandales et les Huns, ayant traversé l'Allemagne, et s'étant répandus sur le Toulois, y portaient de toutes parts la dévastation par le glaive et l'incendie. Les habitants de Liverdun furent préservés de leur sinistre visite; privilège qu'ils attribuèrent à l'intercession de saint Eucaire, et que Dagobert Ier, roi de France et d'Austrasie, consigna comme un miracle, dans une charte qu'il voulait donner à l'Église de Toul.
D'après les plus anciens monuments de l'église de Liverdun, il a été constaté que grand nombre de sourds, de muets, d'aveugles, d'énergumènes, de personnes accablées d'autres infirmités, avaient recouvré la santé
VIES DES SAINTS. — Tome XII.
22 OCTOBRE.
au tombeau du bienheureux martyr. Dans tous les temps aussi, les évêques de Toul ont marqué leur vénération pour celui qu'ils comptaient comme un de leurs collègues dans l'épiscopat et qui avait arrosé, de son sang, l'arbre de la foi planté sur le sol des Leuci.
## CULTE ET RELIQUES.
### NOTE CRITIQUE SUR L'ÉPISCOPAT DE SAINT EUCAIRE.
Saint Gauslin leva, de son premier tombeau, le corps de l'illustre martyr et le déposa dans l'église de Saint-Pierre de Liverdon où, pendant plusieurs siècles, il a été l'objet de la vénération des fidèles. Pour lui faire plus d'honneur, Pierre de Brixey le plaça dans une chasse qu'il avait fait préparer, puis fonda en 1144, à Liverdon, un chapitre de chanoines sous le titre de Saint-Eucaire. Soixante ans plus tard, l'évêque Gilles de Sorcy n'ayant pas trouvé de son goût le reliquaire donné par Pierre de Brixey, en fit faire un autre, beaucoup plus riche, et y transporta les précieux restes du saint martyr, en présence des sommités ecclésiastiques du diocèse, du duc de Lorraine Ferry III, de Marguerite de Navarre, sa femme, et de la noblesse du pays. Cette nouvelle chasse et le trésor qu'elle renfermait furent pieusement conservés dans l'église, où la dévotion de zélés prélats les avaient placés, et maintenus jusqu'en l'année 1587. A cette époque désastreuse, l'armée des Protestants, après avoir envahi la Lorraine, s'approcha de Liverdon et s'en empara par surprise. Après avoir saccagé ce bourg, les hérétiques enlevèrent la chasse de saint Eucaire, en détachèrent les précieux métaux qui la recouvraient et l'ornaient, puis livrèrent aux flammes les restes sacrés qui s'y trouvaient abrités.
La fête du premier martyr du pays toulois se célèbre actuellement, dans le diocèse de Nancy-Toul et dans celui de Saint-Dié, le vingt-deuxième jour d'octobre.
Rupert, dans la passion de saint Elophe qu'il composa pour les religieux de Saint-Martin de Cologne, à la prière d'Alban leur abbé, et sur l'écrit d'un auteur ancien, donne à saint Eucaire le titre d'évêque. Les missels de Toul de 1507, de 1557, et de 1551; les bréviaires imprimés du diocèse de 1512, 1595, 1628 font saint Eucaire évêque de Grand. Ce n'est que postérieurement à ces époques, que certains auteurs ont refusé au frère de saint Elophe le nom d'évêque de Grand pour en faire un évêque de Toul; plus tard la liturgie touloise ne lui a plus laissé que son titre de martyr; déjà la même liturgie, en 1684, en ôtant à saint Eucaire la qualification d'évêque de Grand, ne lui avait plus laissé que les titres d'évêque et de martyr, sans lui donner un siège déterminé. M. l'abbé Guillaume, chanoine de Nancy, a montré, dans sa Dissertation sur les commencements de l'Eglise de Toul, que, d'après les plus anciennes traditions de cette Eglise, saint Eucaire a bien pu exercer les fonctions épiscopales chez les Leuci dans la première moitié du quatrième siècle, avant l'arrivée de saint Mansuy à Toul, et que la cité de Grand était assez importante, par sa population et ses monuments, pour en faire le siège d'un évêque. Rien n'empêche pourtant d'admettre que saint Eucaire a exercé les fonctions épiscopales chez les Leuci, et qu'il a fixé sa résidence à Grand, sans avoir été créé évêque de cette cité par une mission spéciale. De cette façon saint Sensuy serait encore le premier évêque des Leuci, ayant eu son siège déterminé dans le ville de Toul. L'antiquité ne nous a pas laissé de monuments assez précis pour nous permettre de prononcer, d'une manière absolue, sur ce que la simple tradition a transmis des commencements de l'Eglise de ce pays; mais il est bon, il est utile de combiner ce que cette tradition enseigne, afin de lui laisser toute son autorité et sa valeur, en l'accordant autant que possible avec elle-même et avec les données certaines de l'histoire ecclésiastique.
Extrait de l'Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, par M. l'abbé Guillaume.
SAINT LUPIEN DE MENDE, ABRÉ DE SAINT-PRIVAT, MARTYR. 534
Événements marquants
- Direction des écoles de Toul (selon légendes modernes)
- Interrogatoire par l'empereur Julien l'Apostat
- Décapitation au confluent de la Meurthe et de la Moselle
- Marche céphalophorique jusqu'à Liverdun
- Translation des reliques par Saint Gauslin
- Destruction des reliques par les Protestants en 1587
Miracles
- Céphalophorie : porte sa tête sur un milliaire jusqu'à Liverdun
- Protection de Liverdun contre les Vandales et les Huns
- Guérisons de sourds, muets et aveugles à son tombeau
Citations
Lorsqu'un martyr est jugé et condamné, c'est alors qu'il triomphe et terrasse son persécuteur.