Saint Euthyme d'Opso (le Thessalonicien)
Abbé et Confesseur
Résumé
Originaire d'Orient, Euthyme quitte sa famille à 18 ans pour embrasser la vie ascétique au mont Olympe puis au mont Athos. Après des années de rigueurs extrêmes, de réclusion en grotte et de vie stylite, il fonde le monastère de Péristéra près de Thessalonique. Il meurt en 886 dans la solitude après avoir converti sa propre famille à la vie religieuse.
Biographie
SAINT EUTHYME D'OPSO, OU LE THESSALONICIEN,
ABBÉ ET CONFESSEUR.
SAINT EUTHYME D'OPSO, OU LE THESSALONICIEN, ABBÉ ET CONFESSEUR. 351
(le 15 septembre). Ce jour-là, il sortit de la maison, comme pour aller voir son cheval qui passait dans les champs voisins, et profita de ce moment pour quitter le pays. Il n'avait que dix-huit ans. Sa sœur aînée, Marie, était déjà établie et demeurait avec son mari dans sa famille.
Le mont Olympe était alors un des foyers les plus renommés d'ascétisme oriental. C'est là que se formèrent les deux saints frères, Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves ; c'est là que brillait par l'éclat de ses vertus éminentes, Joannice surnommé le Grand. C'est donc vers cette solitude célèbre que le jeune pèlerin dirigea ses pas. Son attente ne fut pas trompée : car il eut le bonheur d'y obtenir pour guide de son âme Joannice lui-même. Celui-ci mit, dès le début, la vertu du jeune candidat à une rude épreuve. Un jour que plusieurs religieux étaient venus entendre les avis de leur saint directeur, Joannice demanda si personne d'entre eux n'avait jamais commis de méfait ; et comme tous répondirent négativement, il se tourna du côté d'Euthyme, et s'écria d'un ton de colère simulée : « Saisissez ce jeune homme-ci, et garrottez-le, car c'est un malfaiteur. »
Questionné par eux et craignant de laisser échapper une si précieuse occasion de s'humilier, le nouveau venu avoua être un grand criminel, digne des châtiments les plus sévères, et ajouta qu'il était prêt à les endurer en expiation de ses péchés. Les assistants fixèrent sur lui des regards étonnés. Quant à Joannice, il contemplait Euthyme avec complaisance ; il savait que cet humble aveu était inspiré par le désir ardent de la vie religieuse et il prévoyait déjà la future gloire du postulant. Prenant donc de nouveau la parole : « Laissez-le libre », dit-il, « car il est innocent, et que cette épreuve vous serve de leçon. Ah ! si, à la fleur de l'âge et complètement étranger aux épreuves de la vie religieuse, ce jeune homme a fait preuve d'une si profonde humilité, à quelle perfection ne s'élèvera-t-il pas après avoir pris l'habit de moine ? »
Cet accident tourna de la sorte à la gloire d'Euthyme et lui attira l'estime générale. Mais sa modestie en fut alarmée, et c'est peut-être pour prévenir les pièges de la vaine gloire qu'il changea de demeure et se mit sous la conduite d'un autre vieillard appelé Jean, renommé pour son union avec Dieu. Le nouveau maître initia Euthyme aux pratiques de la vie religieuse, et quelque temps après, il lui conféra la forme angélique (c'est ainsi qu'on appelle en Orient l'habit religieux), et lui donna le nom d'Euthyme, en souvenir du grand Saint qui avait porté ce nom et qui est demeuré si illustre dans les annales de l'ascétisme oriental. Lorsque le disciple fut suffisamment versé dans les exercices religieux, on l'envoya dans le monastère de Possidinion, où l'on menait une vie cénobitique, si salutaire aux commençants et si propre surtout à les former aux vertus solides. L'hégoumène de ce couvent s'appelait Nicolas, religieux fort recommandable par son attachement à la foi catholique, autant que par la prudence avec laquelle il dirigeait ses disciples dans les voies de la vie intérieure. Appliqué aux offices bas et humiliants, Euthyme s'en acquitta avec une soumission admirable, s'estimant heureux d'y avoir trouvé un remède efficace aux penchants pervers de la nature, et une arme contre les souvenirs du passé par lesquels le démon venait parfois troubler sa paix. En s'élançant ainsi, à la suite du divin Maître, dans les voies des humiliations volontaires, Euthyme avançait à pas rapides et mérita des faveurs signalées du ciel. Entre autres dons, le Seigneur lui accorda un grand attrait pour l'oraison, et, ce qui en est d'ordinaire le fruit, un désir ardent d'une retraite plus rigoureuse, désir dont les tristes événements survenus alors dans l'Église de Byzance hâtèrent l'accomplissement.
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Après la mort de saint Méthode, patriarche de Constantinople, celui qui avait tant contribué à détruire l'hérésie iconoclaste, le siège patriarcal fut occupé par saint Ignace. Les cruelles persécutions que ce généreux Pontife eut à souffrir de la part de l'empereur Michel l'Ivrogne et de ses dignes satellites, l'inutilité des efforts qu'il fit pour ramener ces cœurs profondément corrompus, et l'amour de la paix menacée par des troubles sans cesse croissants, tout cela détermina Ignace à quitter son siège, et à chercher dans le silence de la retraite le repos qu'il ne pouvait trouver au sein des grandeurs. Il renonça donc à sa charge, après l'avoir exercée durant dix ans. Ce fut au détriment de l'Église ; car il eut pour successeur Photius, si tristement célèbre par son ambition plus encore que par l'étendue de sa science. Mais comme la retraite d'Ignace n'était pas entièrement spontanée, un grand nombre refusèrent la soumission au nouveau patriarche dont ils contestaient la légitimité. L'hégoumène Nicolas était du nombre. Voyant sa communauté sans pasteur et en butte aux dissensions des partis, Euthyme, qui partageait les vues de son maître chéri, se réfugia au mont Athos, devenu plus tard le foyer principal de l'ascétisme en Orient, mais où, à cette époque (vers l'an 863), la vie monastique ne faisait que naître. Avant de s'y rendre, le Bienheureux désira recevoir le grand habit, symbole de la perfection religieuse à laquelle on s'engageait à tendre ; dans ce but, il retourna à Olympe auprès du célèbre ascète Théodore (le vieillard Jean étant mort), lui fit part de son désir et fut admis à la profession. Huit jours après, il dit adieu au mont Olympe, où il avait séjourné environ quinze ans en tout, et se mit en route, accompagné d'un moine nommé Théoctériste.
Arrivé au mont Athos, Euthyme commença aussitôt à gravir le pénible sentier des conseils évangéliques, s'adonnant généreusement à la pratique des vertus que demande la vie solitaire. Son compagnon ne se sentant pas de force pour l'y suivre, fut obligé de reprendre le chemin d'Olympe. Euthyme trouva alors un autre compagnon, nommé Joseph, qui était venu s'établir sur l'Hagion-Oros bien avant lui, et qu'on peut compter parmi les premiers religieux athonites. Il lui proposa de ne prendre, pendant quarante jours, d'autre nourriture que des herbes, afin d'attirer par ce jeûne rigoureux les grâces du ciel et d'expier les péchés passés. La proposition fut acceptée et généreusement exécutée. Animé par ce premier succès, Euthyme proposa à son compagnon une autre épreuve plus difficile que la précédente : il s'agissait de rester enfermé dans une grotte pendant trois ans, sans en jamais sortir, sinon pour aller cueillir des glands, des châtaignes, des herbes devant leur servir de nourriture, et de n'avoir aucune communication avec les autres solitaires qui habitaient dans la montagne. Joseph accepta la nouvelle proposition, car il avait l'âme droite et simple, bien qu'il fût, remarque le biographe, arménien d'origine. Raconter toutes les austérités auxquelles ils se condamnèrent durant cette longue retraite, serait chose difficile. Il suffit de dire que leur prière et leur jeûne furent presque continus ; le silence n'était interrompu que par de rares entretiens sur des matières purement spirituelles ; ils souffraient le froid, faute de vêtements pour se couvrir suffisamment. La terre nue leur servait de couche ; outre des génuflexions sans nombre, ils s'imposaient d'autres mortifications corporelles, qu'une foule d'insectes venaient multiplier à l'envi.
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Aussi la première année fut-elle à peine terminée, que Joseph, à bout de forces, quitta sa retraite et alla rejoindre les autres moines dont le nombre allait en croissant, bien qu'on ne sache pas au juste s'ils vivaient en communauté ou séparés. Quant à Euthyme, il redoubla de ferveur, et parce qu'il se voyait dans une parfaite solitude et parce qu'il avait besoin de se prémunir davantage contre les assauts du démon qui le tentait de diverses manières. Tantôt cet ennemi du salut lui suggérait des pensées d'orgueil et de découragement, tantôt il lui inspirait le regret d'avoir perdu son compagnon. Euthyme n'était pas même à l'abri des ennemis visibles ; ainsi un jour, en plein midi, pendant qu'il faisait sa prière, une bande de corsaires envahit la grotte, et, sur son refus d'en sortir, ils le traînèrent jusqu'au bord d'un précipice voisin, et, sans une intervention du ciel, l'y auraient précipité. Il faut y ajouter les scorpions dont les morsures, sans être mortelles, lui faisaient de cruelles blessures. Malgré toutes ces épreuves, le serviteur de Dieu persévéra dans sa première résolution, et, lorsque le terme de sa réclusion volontaire étant arrivé, il reparut au milieu des autres ascètes qui l'attendaient avec impatience, il fut reçu comme un messager du ciel, car on était instruit par le frère Joseph de la manière dont il vivait dans sa solitude.
Sur ces entrefaites, Euthyme reçut un message de son ancien maître spirituel, Théodore, qui le priait de venir le prendre au mont Olympe pour l'amener à l'Hagion-Oros. Cédant à la prière du pieux vieillard, il reprend le chemin d'Olympe en compagnie du porteur du message, Théocétériste, celui-là même dont il a été parlé plus haut. Mais, comme les forces de Théodore étaient affaiblies par de longues austérités, et que son corps avait besoin de certains ménagements que le séjour du mont Athos n'offrait guères, Euthyme lui trouva un endroit à la fois agréable et solitaire, lui fit bâtir une modeste cellule et l'y servit avec un dévouement filial. Cet endroit s'appelait Macrosina.
Cependant, quelque grande que fût sa sollicitude, elle ne préserva pas Théodore d'une cruelle maladie, dont il mourut bientôt après à Thessalonique, où on l'avait transporté. Il fut enterré dans l'église de Saint-Sozon. À la nouvelle de sa mort, Euthyme quitta la montagne pour aller prier sur la tombe de son vénéré maître, et implorer son intercession. Les habitants de Thessalonique, qui avaient entendu parler des vertus éclatantes du bienheureux, vinrent en foule à sa rencontre et le reçurent avec de grands honneurs. L'affluence continuant toujours, et le zèle des âmes l'empêchant toujours de s'y soustraire tout à fait, Euthyme avisa au moyen de satisfaire son attrait pour la solitude, sans toutefois frustrer les fidèles de sa parole. À cette fin, il se retira dans une tour, située hors de la ville, vers l'Orient, et de là, nouveau Siméon stylite, il instruisait ceux qui venaient l'entendre. Après avoir demeuré assez longtemps dans cette tour et opéré plusieurs guérisons extraordinaires, dont il sera fait mention plus loin, il résolut de retourner au mont Athos. Avant de partir, il reçut le diaconat de la main de l'archevêque de Thessalonique, Théodore, ce qui lui causa une grande joie ; car il pouvait désormais se communier lui-même, avantage précieux pour un habitant de la solitude. Toutefois, cette joie ne fut pas sans mélange d'appréhension ; il s'aperçut bientôt, en effet, que le caractère sacré dont il était orné lui attirait des visiteurs encore en plus grand nombre. Cela l'obligea de chercher ailleurs un asile plus sûr, et il se réfugia avec deux autres compagnons, Jean Colobe et Siméon, dans l'île Nouvelle, aujourd'hui dite de Saint-Eustrate. Cette île était, il est vrai, entièrement déserte, mais
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elle n'offrait pas, à cause même de son isolement, assez de sécurité ; ainsi, ils furent une fois assaillis par des corsaires et auraient été traînés en captivité, si Notre-Seigneur n'eût rendu immobile le navire qui les emmenait et obligé les pirates à demander pardon à leurs captifs.
Cet accident servit d'avertissement au bienheureux Euthyme. Pour ne plus s'exposer au même danger, il se retira avec ses disciples dans le pays appelé Vrastama, tandis que Jean Colobe se fixa à Siderocapsa et Siméon en Hellade, le mont Athos n'offrant plus la même sécurité qu'auparavant. À Vrastama demeurait alors le vénérable vieillard Joseph, dont il a été parlé plus d'une fois dans ce récit ; il y mourut bientôt après l'arrivée d'Euthyme, dans un âge très-avancé. Nous qui écrivons ces lignes, dit le biographe Basile, nous avons vu son corps dans la grotte même où il décéda ; nous le touchâmes de nos propres mains, et grand fut notre étonnement de le voir incorruptible et répandant une huile dont nous avons senti le parfum durant trois jours. Euthyme y bâtit des cellules pour ses compagnons, parmi lesquels se trouvait aussi le célèbre ascète Onaphre, à qui il assigna une cellule à part. Pour lui, il choisit pour demeure un profond ravin, dont il ne sortait que pour aller visiter sa communauté naissante ou pour s'entretenir avec Dieu sur la montagne. C'est dans un de ces entretiens intimes avec le Seigneur qu'il entendit une voix qui lui disait : « Euthyme, va à Thessalonique, et là, vers l'orient de la ville, tu trouveras une montagne élevée, appelée Péristéra, d'où jaillit une source d'eau et où se trouve une bergerie, autrefois temple splendide de saint André, apôtre. Purifie-la et fais-en un monastère. Je serai ton aide. C'est assez vivre dans la solitude et combattre les démons depuis longtemps vaincus ». Docile à la voix du ciel, Euthyme quitta la retraite de Vrastama et s'embarqua pour Thessalonique en compagnie de deux confrères, Ignace et Ephrem. Arrivé dans cette ville, où on le reçut comme un ange descendu du ciel, il se rendit avec des guides à Péristéra, y découvrit en effet les traces de l'église, et grâce au concours des Thessaloniciens, surpris de cette découverte, il érigea en l'honneur du saint Apôtre une nouvelle église, en y ajoutant deux chapelles latérales, dont l'une (du côté droit) fut dédiée à saint Jean Précurseur, l'autre à saint Euthyme le Grand, son bien-aimé patron. Le couvent et l'église furent achevés en 863, la quatrième année du règne de l'empereur Basile le Macédonien. Le Saint avait pris une part active dans la construction de ces édifices, en aidant les ouvriers et les animant ainsi au travail par son exemple ; à quoi il faut ajouter les prières auxquelles il consacrait des nuits entières. Aussi, l'œuvre fut-elle bénie de Dieu : le désert se changea en une ville ; des personnes de tout âge et de toute condition accouraient à l'envi pour se mettre sous la conduite du Bienheureux. Les offrandes affluaient de toutes parts : les uns amenaient du bétail, d'autres apportaient des vases sacrés et divers objets non moins nécessaires à l'usage de la communauté, ne demandant en retour que l'aumône de la prière. Le saint fondateur, de son côté, ne cessait de recommander à Dieu les âmes dont il avait la direction, et comme il connaissait les dangers auxquels on est exposé au début de la carrière religieuse, il avait à cœur de prémunir ses religieux contre les attaques de l'ennemi invisible, en leur communiquant les fruits de sa longue expérience dans des instructions qui respiraient en même temps une sagesse céleste.
« Touché de ses sublimes enseignements, moi aussi », dit Basile le biographe, « je me suis mis sous sa conduite, et j'eus le bonheur de recevoir de sa main la tonsure, à Ormylia, dans l'église du grand saint Démétrius,
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martyr et thaumaturge. Suivant son conseil, je demeurai pendant quelque temps dans une cellule isolée, m'adonnant à la contemplation et à l'étude de la loi divine. Plus tard, l'attrait de la gloire m'a fait préférer au silence de la solitude la vie bruyante et agitée des villes. C'est alors, qu'animé par le zèle de ce Bienheureux, j'ai brûlé le livre hérétique d'un religieux apostat, nommé Antoine, qui enseignait le manichéisme et demeurait à Cranéa.
« Je mentionnerai ici la prédiction que le Saint a faite touchant ma personne et qui témoigne du don qu'il avait de connaître l'avenir. Selon l'usage reçu parmi les moines de rester à l'église pendant les sept jours qui suivent la tonsure, je faisais ma retraite et j'étais déjà au quatrième jour, lorsque le Bienheureux entra à l'église vers l'heure de midi, et me prenant à part, me dit : « Quelque indigne que je sois de recevoir la lumière d'en haut, toutefois, Basile, puisque vous vous êtes confié à ma direction uniquement dans l'intérêt de votre âme, la Bonté divine a daigné me communiquer un rayon de sa grâce qui m'a révélé ce qui doit vous arriver un jour. Sachez donc que l'amour de la science vous fera quitter le monastère et que vous deviendrez archevêque ; souvenez-vous alors de moi, qui suis votre père en Jésus-Christ, ainsi que de vos anciens frères en religion et de toute la communauté ».
« C'est le lieu de rapporter quelques-uns des miracles opérés par le serviteur de Dieu. Ainsi, un jour que moi et un autre frère, Jean, surnommé le Silencieux, nous nous étions égarés dans un endroit complètement désert, où nous mourions de faim et d'épuisement, tout à coup apparaît le Saint, qui nous offre de la nourriture et nous permet de continuer le chemin. Une autre fois, que le Bienheureux et moi nous nous trouvions assez loin du monastère, dans un endroit appelé Cranéa, il me fit savoir le départ des deux frères Jean et Antoine, qui ne pouvaient s'entendre avec le reste de la communauté ! — À Thessalonique, pendant qu'il demeurait dans une tour, un homme possédé du démon fut délivré par la prière du saint stylite et par le moyen de l'onction qu'il lui donna. De même, à Péristéra, il délivra du démon un moine nommé Hilarion, qui fut plus tard repris par le malin esprit, pour avoir blâmé la conduite du Saint. Ces deux miracles se sont passés sous mes yeux. J'en ajouterai un troisième qui arriva au mont Athos : un jour ses disciples voulurent monter au sommet de la montagne, sans avoir un motif sérieux de le faire, et sans écouter le conseil du Bienheureux, qui les en dissuadait. Or, pendant qu'ils s'y rendaient, il tomba de la neige en si grande abondance, que les imprudents voyageurs couraient grand risque de périr, quand le tendre père accourut à leur secours, leur épargnant ainsi les tourments de la faim et du froid ».
Après avoir gouverné son troupeau pendant quatorze ans, il eut enfin l'occasion de revoir les siens après une absence de quarante-deux ans. Le résultat de cette entrevue fut que les hommes entrèrent dans son monastère, tandis que les femmes prirent le voile dans un couvent bâti sur un terrain qu'il acheta à cet effet, où elles eurent pour abbesse la propre sœur du Bienheureux, appelée en religion Euthymie. L'un et l'autre couvent, étant depuis confiés aux soins du métropolitain de Thessalonique lui-même (c'était Méthodius), et saint Euthyme se voyant par là délivré des soucis d'administration, il reprit sa vie de stylite dans la tour voisine de la ville, où il ne resta cependant que peu de temps, à cause de la grande affluence des visiteurs. Il se réfugia de nouveau dans le Hagion-Oros, dans la partie du versant oriental qui s'étend depuis l'ermitage de Sainte-Anne jusqu'à la
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laure de Saint-Athanase, vrai désert où de nos jours même on n'aperçoit que quelques cellules éparses çà et là et un seul ermitage (celui de Causocalyle). C'est dans cette solitude qu'il passa les dernières années de sa vie. Connaissant d'avance le jour de sa mort, il voulut s'y préparer de bonne heure, loin de tout commerce avec les hommes, qui pénétraient jusque dans sa retraite. Le jour de la fête de la translation de saint Euthyme le Grand, il invita à sa table tous ses compagnons, et après avoir célébré avec eux la mémoire de son saint patron, il leur fit ses adieux. Le lendemain, 8 mai, il partit du mont Athos, sans rien dire à personne, et, accompagné d'un seul moine nommé Georges, il se dirigea vers l'île sainte. Ce fut sa dernière demeure ; au bout de cinq mois, il y termina sa vie, à la suite d'une légère maladie, le 15 octobre de l'année 886.
Deux mois après, les religieux de Péristéra députèrent deux de leurs confrères, Paul et Blaise, chargés de rapporter les dépouilles vénérables de leur fondateur. Les envoyés trouvèrent le corps du Saint à l'endroit même où il avait rendu son âme à Dieu et sans la moindre corruption. Ces restes précieux furent apportés le 13 janvier à Thessalonique, et déposés avec honneur dans cette ville, si riche en reliques des saints serviteurs de Dieu. De là vient le surnom de Thessalonicien qu'on a donné au bienheureux Euthyme, bien que ce ne fût point son pays natal. L'église grecque célèbre sa mémoire le 15 octobre.
L'auteur de cette Vie est saint Basile, archevêque de Thessalonique, dont l'Église grecque célèbre la mémoire le premier jour de février. N'ayant pu trouver nulle part le texte original, nous fûmes obligé de nous contenter d'une traduction russe, faite sur un manuscrit grec qu'on conserve au mont Athos, et publié dans le Poutérion de cette montagne (Saint-Pétersbourg, 1869). Nous l'avons donnée ici presque sans modifications.
Événements marquants
- Départ de la maison familiale à 18 ans
- Formation spirituelle au mont Olympe sous la direction de Joannice le Grand
- Réception de l'habit religieux sous le nom d'Euthyme
- Retraite au mont Athos vers 863
- Réclusion de trois ans dans une grotte avec le moine Joseph
- Séjour dans une tour comme stylite près de Thessalonique
- Fondation du monastère de Péristéra en 863
- Mort dans l'île Sainte en 886
Miracles
- Apparition miraculeuse pour nourrir Basile et Jean égarés
- Délivrance d'un possédé par l'onction et la prière
- Don de prophétie concernant l'épiscopat de Basile
- Incorruptibilité du corps constatée deux mois après sa mort
Citations
C'est assez vivre dans la solitude et combattre les démons depuis longtemps vaincus