Saint Cyrille et Saint Méthode
Frères et Apôtres des Slaves
Résumé
Frères originaires de Thessalonique au IXe siècle, Cyrille et Méthode sont les apôtres des peuples slaves. Ils ont évangélisé les Khazares, les Bulgares et les Moraves, traduisant les textes sacrés grâce à l'invention de l'alphabet slavon. Malgré les oppositions sur l'usage de la langue slave dans la liturgie, ils ont reçu le soutien de la papauté pour asseoir l'Église en Europe centrale.
Biographie
SAINT CYRILLE ET SAINT MÉTHODE
FRÈRES ET APÔTRES DES SLAVES
IXe siècle.
Bene patienter erunt ut annuntient.
Pour enseigner les autres et les sanctifier, il faut être patient.
S. Grég., Mur. xx.
Constantin, qui devait aller plus tard ensevelir sa gloire dans un monastère de Rome et substituer à son premier nom celui de Cyrille, naquit à Thessalonique, d'une famille sénatorienne. Ses parents l'ayant envoyé à Constantinople pour y étudier les lettres, il fit dans cette étude des progrès si rapides, qu'on lui donna le surnom de Philosophe : mais il était encore plus distingué par sa vertu que par la variété et l'étendue de ses connaissances. Les services importants qu'il rendit à l'Église, lorsqu'il eut été élevé au sacerdoce, firent concevoir de lui la plus haute idée. Voici une circonstance où il donna la preuve la moins équivoque de la pureté de son zèle. Photius décriait saint Ignace, qu'on avait placé sur le siège patriarcal de Constantinople en 846, et enseignait qu'il y avait deux âmes dans chaque homme. Cyrille ne craignit point de lui reprocher une erreur aussi scandaleuse ; et comme celui-ci répondait qu'il n'avait point eu intention d'offenser qui que ce fût, et qu'il avait seulement voulu mettre à l'épreuve la capacité et la dialectique du patriarche : « Quoi », reprit le Saint, « vous avez lancé vos traits au milieu de la foule, et vous prétendez que personne n'aura été blessé ! Vous avez beau vous prévaloir des lumières que vous donne votre sagesse, elles sont obscurcies par les vapeurs qui s'élèvent de ce fonds d'avarice et de jalousie qui est dans votre cœur. Votre passion contre Ignace vous aveugle et vous plonge dans d'épaisses ténèbres ».
Ce fut vers ce temps-là que les Khazares résolurent d'embrasser la religion chrétienne. Ces Khazares étaient une tribu de Turcs, le plus nombreux et le plus puissant peuple d'entre les Huns qui habitaient la Scythie européenne. Ils s'étaient établis dans une contrée voisine de la Germanie, et
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qui s'étend le long du Danube. Ayant formé le projet de se soumettre à l'Évangile, ils envoyèrent une ambassade solennelle à l'empereur de Constantinople, Michel III, et à la pieuse impératrice Théodore, sa mère, pour leur demander des prêtres qui voulussent bien se charger du soin de les instruire. Théodore fit venir saint Ignace pour en conférer avec lui. Le patriarche, après avoir tout examiné, conclut par proposer de mettre Cyrille à la tête de cette importante mission, ce qui fut définitivement arrêté (848). Comme les Khazares parlaient la langue turque, ainsi que les Huns et les Tartares, notre Saint alla l'étudier à Cherson, en Tauride (Crimée), où il eut le bonheur de découvrir les reliques de saint Clément Ier, pape. Il l'apprit en peu de temps, parce que le zèle du salut des âmes l'animait à dévorer toutes les difficultés qui accompagnent ordinairement un semblable travail. Il ne fut pas plus tôt en état de se faire entendre, qu'il commença à prêcher l'Évangile. Tous les yeux s'ouvrirent à la lumière qui les frappait. Le Kan ou prince reçut le baptême, et son exemple fut bientôt suivi de la nation entière. Cyrille fonda des églises, qu'il pourvut d'excellents ministres, et retourna à Constantinople. Le prince et le peuple voulurent lui faire de riches présents ; mais il ne fut pas possible de le déterminer à rien accepter. Un tel désintéressement fit une heureuse impression sur l'esprit de ces nouveaux chrétiens : il s'était contenté de demander la mise en liberté de tous les esclaves étrangers ; ce qui lui fut accordé.
Cyrille fut ensuite chargé d'aller faire une mission dans la Bulgarie. On lui associa dans cette bonne œuvre son frère Méthode, qui était un moine d'une sainteté éminente ; mais il faut reprendre les choses d'un peu plus haut. Les Bulgares, peuple scythe, avaient une origine commune avec les Slaves. Il paraît qu'ils s'établirent d'abord dans le voisinage du Volga, et qu'ils en furent chassés avec les Abares par les Turcs. Ils s'emparèrent de l'ancienne Mysie et de la Dacie, c'est-à-dire de la Valachie, de la Moldavie et d'une partie de la Hongrie. Les Grecs qu'ils firent prisonniers sous le règne de l'empereur Basile, surnommé le Macédonien, jetèrent parmi eux quelques semences du christianisme ; mais ils ne se convertirent que longtemps après. Voici comment la chose arriva : Bogoris, roi des Bulgares, avait une sœur qui s'était faite chrétienne à Constantinople, où elle avait été emmenée captive. Ce fut l'impératrice Théodore qui lui procura le bonheur de connaître la vérité. La princesse étant ensuite retournée auprès de son frère, continua de suivre avec ferveur les maximes de la religion dans laquelle on l'avait instruite ; elle tâcha même d'inspirer à Bogoris les sentiments dont elle était pénétrée. Malheureusement des motifs humains empêchèrent ce prince de se rendre aux sollicitations de sa sœur. À la fin, cependant, le moment des miséricordes arriva. Le roi des Bulgares ayant demandé un habile peintre à l'empereur de Constantinople, celui-ci lui envoya le saint moine
Volga, jusqu'au Danube, sous le règne des empereurs Maurice et Tibère, qui firent alliance avec eux, et leur envoyèrent deux magnifiques ambassades, dont on trouve la description dans Constantin Porphyrogénète (Pandeste Hist. de Legatinoibus), et dans Théophylacte Sinocatta. C'est de ces anciens Turcs que quelques auteurs font descendre ceux d'entre les Tartares Gygyciens qui habitent l'Asie, ainsi que les Tartares de Crimée. Constantin Porphyrogénète (L. de regendo Imper. ad Roman. filium) et les autres auteurs de la Byzantine donnent aussi le nom de Turcs aux Hongrois et aux nations qui sont au nord de l'Europe et de l'Asie.
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Méthode, qui excellait dans cet art. (On trouvait alors plusieurs moines qui réussissaient parfaitement dans les tableaux de dévotion.) À peine Méthode se fut-il rendu au lieu de sa destination, que Bogoris lui demanda quelques pièces capables de contribuer à la décoration du palais qu'il venait de faire bâtir; il lui recommanda, entre autres choses, d'imaginer un sujet dont la représentation pût glacer d'effroi les spectateurs. Le Saint résolut de mettre à profit les dispositions du roi: il entreprit de peindre le jugement dernier. On voyait Jésus-Christ environné d'anges, à droite et à gauche, assis sur un trône éclatant de gloire, et revêtu de l'appareil formidable d'un juge irrité. Tous les hommes, sans aucune distinction de rang, étaient assemblés devant son tribunal, où ils attendaient, en tremblant, la sentence qui allait décider de leur sort éternel. Il y avait d'ailleurs, dans les différentes parties du tableau, une force, une énergie, une vivacité et une chaleur d'expression qui ajoutaient encore au terrible du sujet. L'ouvrage achevé, on le montra au roi, qui en fut singulièrement ému; mais son émotion s'accrut de beaucoup lorsque le peintre vint expliquer chacune des parties dont l'ensemble composait son tableau. Il n'y put tenir, et, correspondant dès lors à la grâce qui lui parlait par un objet sensible, il demanda à être instruit des mystères de la religion chrétienne. Méthode travailla sans délai à éclaircir ses doutes, et à lui donner toutes les lumières dont il pouvait avoir besoin. Le prince n'eut pas plus tôt connu la doctrine de l'Évangile, qu'il reçut le sacrement de la régénération, et prit le nom de Michel.
Mais, bien qu'il eût été baptisé de nuit, les grands de sa cour, en ayant eu connaissance, excitèrent contre lui tout le peuple et vinrent l'assiéger dans son château. Il ne laissa pas de sortir contre eux, portant la croix dans son sein et accompagné seulement de quarante-huit hommes qui lui étaient demeurés fidèles. Ceux-ci, quoique en si petit nombre, étonnèrent tellement les rebelles, qu'ils n'en purent soutenir le choc, et leur défaite parut un miracle. Le roi fit mourir cinquante-deux des grands les plus séditieux, et pardonna à la multitude. Alors il les exhorta tous à se faire chrétiens et en persuada un grand nombre; puis il demanda à l'empereur des terres incultes de sa frontière pour étendre son peuple, trop resserré dans son pays, et l'empereur lui accorda un canton qu'ils nommèrent Zagora.
Cette conversion des Bulgares arriva l'an 865, et l'année suivante, leur roi, Michel, envoya des ambassadeurs au roi Louis de Germanie, avec lequel il avait paix et alliance, lui demandant un évêque et des prêtres. Ceux qui vinrent de sa part disaient que, quand il sortit de son château contre les rebelles, on vit marcher devant lui sept clercs, dont chacun portait un cierge allumé, que les rebelles crurent voir tomber sur eux une grande maison ardente, et que les chevaux de ceux qui accompagnaient Michel marchaient sur les pieds de derrière et frappaient les rebelles des pieds de devant; qu'ils en furent si épouvantés que, sans songer à fuir ni à se défendre, ils demeurèrent étendus par terre.
Le roi Louis fit demander pour eux à son frère Charles le Chauve des vases sacrés, des habits sacerdotaux, et des livres pour les clercs qu'il devait y envoyer, et le roi Charles tira pour cet effet une grande somme des évêques de son royaume. Louis envoya l'année suivante en Bulgarie l'évêque Ermanric, avec des prêtres et des diacres; mais, quand ils arrivèrent, ils trouvèrent que les évêques envoyés par le Pape avaient déjà prêché et baptisé par
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tout le pays; c'est pourquoi ils prirent congé du roi des Bulgares et revinrent chez eux. En effet, ce roi avait envoyé en même temps à Rome son propre fils avec plusieurs seigneurs, portant des offrandes à saint Pierre, entre autres les armes qu'avait le roi Michel quand il vainquit les rebelles. Ils étaient chargés de consulter le Pape sur une foule de questions religieuses et de lui demander des évêques et des prêtres. Ils arrivèrent à Rome au mois d'août 866, et l'empereur Louis, l'ayant appris, demanda au Pape les armes et les autres présents que le roi des Bulgares avait faits à saint Pierre, ce qui, sans doute, était fort peu libéral. Le Pape lui en envoya une partie.
Le pape Nicolas eut une joie extrême de l'arrivée des Bulgares, non-seulement pour leur conversion en elle-même, mais encore parce qu'ils étaient venus de loin pour chercher les instructions du Saint-Siège. Il nomma, pour les aller instruire, Paul, évêque de Populonie (Piombino), en Toscane, et Formose, évêque de Porto, prélats de grande vertu, et les chargea de sa réponse à leurs consultations, ainsi que de plusieurs exemplaires de l'Écriture sainte et des autres livres qu'il jugea nécessaires.
Comme ces légats étaient évêques, ils donnèrent le sacrement de confirmation aux Bulgares baptisés par les prêtres grecs; ils leur prescrivirent aussi de jeûner tous les samedis, ce qui fut hautement désapprouvé par Photius, patriarche schismatique de Constantinople. Quelques-uns des nouveaux convertis ayant été baptisés dans des cas pressants, par la main des laïques, et même des infidèles, s'adressèrent au Pape pour savoir à quoi ils devaient s'en tenir sur ce sujet. Nicolas répondit que leur baptême était valide, et qu'il ne fallait point le réitérer. Il résolut encore d'autres difficultés qui lui avaient été proposées. La lettre du pape Nicolas Ier aux Bulgares est un des beaux monuments de l'influence civilisatrice du catholicisme.
Après la conversion des Bulgares, qui avait été le fruit principal du zèle de Cyrille et de Méthode, ces deux hommes apostoliques partirent pour aller prêcher l'Évangile dans la Moravie. Ils avaient été attirés en ce pays par le pieux roi Rasticès, qui reçut le baptême de leurs mains, ainsi que la plus grande partie de ses sujets. Les Moraves eurent d'autant moins de peine à quitter leurs superstitions, qu'ils pensaient assez favorablement du christianisme, surtout depuis la conversion des Bavarois par saint Robert, évêque de Worms, et fondateur du siège archiépiscopal de Salzbourg.
Nos deux saints avaient un avantage sur les missionnaires latins: c'est qu'ils savaient la langue du pays. Cyrille inventa un alphabet slavon particulier, traduisit la Bible et d'autres écrits, du grec et du latin en langue slave, à l'usage des Moraves. Cet alphabet s'est conservé jusqu'à nos jours en Bulgarie, en Servie, en Bosnie, en Moldavie et en Valachie (867).
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Vers l'an 867, les deux missionnaires entreprirent le voyage de Rome, où Cyrille se fit moine et mourut peu après son arrivée. Méthode fut élu par le pape Adrien II évêque de Moravie et de Pannonie. Lorsqu'il fut de retour dans son immense diocèse, quelques évêques allemands virent avec déplaisir restreindre l'étendue de leur juridiction par la création de ce nouvel évêché. L'un d'eux, l'évêque de Passau, au nom de son clergé, accusa, à Rome, Méthode d'enseigner des erreurs et d'avoir introduit dans le culte divin l'usage de la langue slave, au lieu de la langue latine. Le pape Jean VIII fit à notre Saint ces deux reproches dans sa lettre de 879, et l'invita à venir se justifier ; en attendant, il lui défendait de célébrer la messe dans la langue slave, lui ordonnant de se servir de la langue latine ou grecque, en usage dans le monde entier pour l'office divin ; mais il pouvait prêcher en slave.
Saint Méthode, suivant l'ordre du Pape, revint à Rome l'année suivante 880. Le Pape, ayant eu de lui les éclaircissements qu'il désirait sur sa foi et sur sa conduite, le renvoya avec une lettre au comte Suatopulk, prince des Slaves établis en Moravie et successeur de Rasticès. Il y loue ce prince avec une tendresse paternelle, de sa dévotion filiale à saint Pierre et à son successeur, dévotion qui le lui avait fait choisir, de concert avec sa noblesse et avec tout son peuple, pour leur patron et leur défenseur, de préférence à tous les princes de la terre. Il ajoute : « Nous avons interrogé votre vénérable archevêque Méthode, en présence de nos frères les évêques, s'il croyait le Symbole de la foi et le chantait à la messe comme le tient l'Eglise romaine et comme il a été reçu dans les six conciles universels. Il a déclaré qu'il le tenait et le chantait selon la tradition de l'Eglise romaine. Ainsi, l'ayant trouvé orthodoxe dans sa doctrine et capable de servir l'Eglise, nous vous le renvoyons pour gouverner celle qui lui a été confiée, et vous ordonnons de le recevoir avec l'honneur convenable ; car nous lui avons confirmé le privilège d'archevêque, en sorte que, selon les canons, c'est à lui de régler toutes les affaires ecclésiastiques.
« Enfin, nous approuvons les lettres slavonnes, inventées par le philosophe
de Slaves s'empara de l'Ilyrie, et soumit les Goths et les Huns vers le règne de l'empereur Justinien, comme nous l'apprenons de Constantin Porphyrogenète, et de Procope, etc. (Voyez Jos. Assémant, t. III, p. 309 ; Badrius, dans l'histoire de Raguse, et Jean Lucius, dans son livre de règne Dalmatie et Croatie.) Les Slaves acquirent ensuite de nouveaux établissements dans la Pologne et dans la Bohême. L'affinité des langues qu'on parle dans ces deux pays en est la preuve. Voici ce qu'on lit dans le chapitre premier du Chronicon Slavorum : « Les Dancis et les Suédais habitent la côte septentrionale de la mer Baltique ; mais la côte méridionale de la même mer est habitée par les Slaves. On comprend sous cette dénomination les Russes qui sont à l'est, les Polonais, qui ont les Prussies au nord, et au midi les Bohémiens, les Moraves et les Cartribiens ». M. Jos. Assémant a démontré, dans ses Gripters Slavorum, t. II et III, que les Slaves habitaient originairement une partie de la Scythie et de la Sarmatie, et qu'ils en sortirent pour se répandre dans la Germanie, la Pologne, la Bohême, la Pannonie, la Dalmatie et l'Ilyrie. Le royaume de Bohême fut fondé, vers l'an 650, par Zéchus et Chems, qui étaient Slaves, et même frères selon quelques auteurs. Les Puteinacites, qui étaient aussi originaires de Scythie, se jetèrent sur les frontières de l'empire romain, s'emparèrent de l'ancienne Dacie, et donnèrent beaucoup d'occupation aux Grecs ; mais à la fin ils furent vaincus et soumis par Jean Comnène. Les Grecs leur donnaient le nom de Litches. Ce sont aujourd'hui les Valaques. Voyez Jean Lucius, loc. cit., i. vi, n. 5.
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phe Constantin (autrement Cyrille), et nous ordonnons de publier en la même langue les actions et les louanges de Jésus-Christ, puisque l'Écriture sainte nous avertit de louer le Seigneur, non dans trois langues seulement, mais dans toutes les langues, disant : Louez le Seigneur, vous toutes les nations ; louez-le ensemble, vous tous les peuples ; et que saint Paul dit encore que toute langue doit confesser que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. Il n'est point contraire à la foi d'employer la même langue slavonne pour célébrer la messe, lire l'Évangile et les autres écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, bien traduites, non plus que d'y chanter les autres offices des heures. Celui qui a fait les trois langues principales, l'hébreu, le grec et le latin, a fait aussi toutes les autres pour sa gloire. Nous voulons toutefois que, pour marquer plus de respect à l'Évangile, on le lise premièrement en latin, puis en slavon, en faveur du peuple qui n'entend pas le latin, comme il se pratique en quelques églises ; et si vous et vos officiers aimez mieux entendre la messe en latin, nous voulons qu'on vous la dise en latin ». Cette lettre est du mois de juin 880.
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Il y a des auteurs qui pensent que, si le pape Jean VIII avait tenu plus ferme à l'usage du latin dans la liturgie sacrée, il aurait rendu moins faciles le schisme et la perversion des nations slavonnes.
Saint Méthode retourna donc continuer ses travaux, mais ce ne fut pas sans opposition; on le voit par une lettre que le pape Jean lui écrivit l'année suivante, pour le consoler et l'encourager. Précédemment déjà le saint apôtre des Moraves avait souffert de grandes tribulations. Le prince ou roi Suatopulk, celui-là même auquel Jean VIII devait plus tard adresser une lettre pleine d'éloges, et qui commença à régner l'an 870, après l'expulsion de Rasticès, renfermé dans un monastère par Louis de Germanie et privé de la vue, se montra d'abord tyran et impie. Saint Méthode, qui le frappa d'anathème, fut chassé du pays; mais le prince se repentit bientôt, envoya prier le Saint de revenir et promit de réparer ses premières fautes. Il tint parole, et Méthode se vit amplement dédommagé de ses premières tribulations. Il en fut de même des suivantes; elles lui méritèrent la grâce de convertir une autre nation.
Un jour le jeune duc des Bohêmes (son nom était Borzivoy) vint trouver le roi Suatopulk, dont il dépendait. Le roi le reçut avec honneur; mais, au repas, il le fit asseoir à terre, suivant l'usage des païens, car il en était encore, et ne l'admit point à sa table avec les seigneurs chrétiens. Saint Méthode, sensible à l'injure faite au jeune duc, en prit occasion de l'instruire de la vanité des idoles et de la vérité du christianisme. Borzivoy, après avoir bien écouté et réfléchi, demanda le baptême, avec trente de ses comtes. Saint Méthode, après les avoir instruits et leur avoir fait observer les jeunes solennels, les baptisa et leur donna un prêtre pour les affermir dans la foi. Le jeune duc avait épousé une femme de la nation des slaves; elle se nommait Ludmille, avait beaucoup de piété et de zèle pour les idoles. L'exemple de son mari et les instructions du prêtre qu'il avait amené lui firent ouvrir les yeux; elle se convertit de tout son cœur et devint une sainte; nous la verrons même terminer sa vie par le martyre et laisser un petit-fils qui est aussi compté parmi les Saints. Une partie de la nation des Bohêmes suivit l'exemple de son prince, l'autre partie demeura idolâtre. Cette dernière expulsa même le duc Borzivoy parce qu'il était chrétien et s'en donna un autre; mais enfin la partie chrétienne de la nation eut le dessus; Borzivoy, qui s'était réfugié près de Suatopulk, fut rappelé et régna tranquillement.
On ignore à quelle époque saint Méthode alla recevoir au ciel la récompense de ses travaux. D'après certains auteurs, il ne mourut pas avant 910.
naissance aux idiomes que l'on parle dans la Russie, la Moscovie, la Pologne, la Vendalie, la Bohême, la Croatie, la Dalmatie, la Walsche et la Bulgarie. On pense qu'il tient le milieu entre l'hôtreu et les autres langues, tant de l'irident que de l'Occident, et qu'il convient à tous les climats. Quelques-uns ajoutent qu'il paraît avoir tout ce qu'il faut pour devenir une langue universelle. Il s'est trouvé des auteurs qui ont attribué à saint Jérôme l'invention de l'alphabet slaven et la traduction de la Bible en cette langue; mais leur opinion est certainement fausse. Saint Jérôme nous dit lui-même qu'il a traduit la Bible en sa langue. Or, la langue de saint Jérôme était la latine. Voyse Banduri, *Anband. in Constantin. Porpôgrog. de administr. imper.*, p. 117.
Les lettres slavonnes n'ont aucune affinité avec les gothiques; elles furent inventées par saint Cyrille et saint Méthode, qui les formèrent d'après l'alphabet grec. Les Slavons ont deux autres alphabets pour l'usage ordinaire: l'un, qui est d'un caractère fin, a cours principalement dans la Dalmatie, la Carolcie et l'Istrie; l'autre, qui n'a presque aucune ressemblance avec le premier, paraît avoir été emprunté des Creates et des Serviens. (Voyez Koklins, *Introduct. ad Hist. Slavon.*, et *Jos. Assémani*, 1. rv.) De tous les dialectes de la langue slavonne, il n'y en a point qui ait été aussi cultivé que le polonais. Les Lithuaniens n'ont point une origine commune avec les Slavons. Ceci se prouve par la diversité de leur langage, qui est un dialecte du sarmate. Pour plus de détails, voyez l'histoire de la langue et de la littérature bchénienne, par Dombrouwsky. Prague, 1792.
N. B. La particule sbi, par laquelle finissent les noms polonais, répond à notre article de : ainsi on ne doit pas dire *le comte de Jablonski*, mais *le comte Jablonski, ou le comte de Jablon*.
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Les Grecs et les Moscovites l'honorent le 11 mai ; ils font la fête de saint Cyrille le 14 février.
Le martyrologe romain nomme ces deux saints le 9 mars. Leurs reliques sont conservées à Rome, dans l'église de Saint-Clément : l'église de Saint-Pierre, à Brünn, en Moravie, possède un os du bras de saint Cyrille. Stredowski, dans sa Sacra Moravia historia, appelle saint Méthode et saint Cyrille apôtres de la Moravie, de la Haute-Bohême, de la Silésie, de la Cazérie, de la Croatie, de la Circassie, de la Bulgarie, de la Bosnie, de la Russie, de la Dalmatie, de la Pannonie, de la Dacie, de la Carinthie, de la Carniole, et de la plus grande partie des peuples slavons.
On peint les saints Cyrille et Méthode vis-à-vis l'un de l'autre et soutenant ensemble une église : cette manière rappelle qu'ils sont les fondateurs de l'Église slave et Bohémo-Moravienne. Un vieux missel de Prague ajoute à l'édicule les lettres de l'alphabet slavon. — On les peint encore tenant ensemble le tableau du jugement dernier peint par saint Méthode à l'intention de Bogoris.
Tiré des deux vies de ces Saints, publiées par Henschenius, sous le 9 de mars. Voyez Kuhlins, in Hist. codicis surri Slavonici, et Introduct. in hist. et rem. litter. Slavorum, Altonaica, 1739 ; Stredowski, Sacra Moravia historia ; Culeynski, Specimen Ecclesiae Ruthenica, an. 1733 ; Rohrbauber, Histoire de l'Église ; Godescard, etc.
Événements marquants
- Mission chez les Khazares (848)
- Découverte des reliques de saint Clément Ier en Crimée
- Conversion du roi Bogoris (Michel) des Bulgares (865)
- Invention de l'alphabet slavon par Cyrille
- Traduction de la Bible en langue slave
- Voyage à Rome et approbation de la liturgie slave par Jean VIII (880)
- Conversion du duc Borzivoy de Bohême
Miracles
- Apparition de sept clercs avec cierges et d'une maison ardente lors de la bataille du roi Michel contre les rebelles
Citations
Bene patienter erunt ut annuntient.
Vous avez lancé vos traits au milieu de la foule, et vous prétendez que personne n'aura été blessé !