Saint Paul, Patriarche de Constantinople

Patriarche et Martyr

Fête : 7 juin 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Élu patriarche de Constantinople en 340, saint Paul fut l'un des plus fermes défenseurs de l'orthodoxie contre l'arianisme. Persécuté par l'empereur Constance, il subit de multiples exils à travers l'Empire avant d'être déporté en Arménie. Il y mourut martyr, étranglé par ses ennemis dans son cachot vers 350.

Biographie

SAINT PAUL, PATRIARCHE DE CONSTANTINOPLE,

MARTYR

*Vir justus exilium non timet, sed exilium ibi esse putat, ubi virtuti non sit locus.*

L'homme juste ne craint point l'exil, et il n'appelle terre d'exil que celle où il n'y a point de place pour la vertu. *Cicero, Orat. 26, pro Milone.*

Si l'apôtre saint Paul a pu se glorifier avec justice d'avoir été fouetté trois fois pour la confession du nom de Jésus-Christ, le Paul dont nous parlons ici peut aussi se glorifier d'avoir souffert la calomnie, les persécutions et l'exil pour la défense de la divinité et de la consubstantialité du même Jésus-Christ avec son Père. Il naquit à Thessalonique, ancienne ville de Macédoine, et il passa sa jeunesse avec honneur et d'une manière irréprochable ; car les Ariens, malgré tous leurs efforts, ne purent jamais le convaincre d'aucun dérèglement qui pût ternir sa réputation, comme ils le souhaitaient. Il entra dans le clergé de Constantinople et fut ordonné prêtre par l'évêque de cette ville, Alexandre, qui le désigna, en mourant, pour son successeur (340). On eut d'autant moins de peine à se décider à cette élection que Paul était fort habile dans l'art de manier la parole, et qu'à un grand zèle il joignait une science profonde, qui en faisait la terreur des Ariens. Ces hérétiques, à force de calomnies, l'avaient, une fois déjà, fait exiler. Macédonius, qui aspirait au siège de Constantinople, vit dans Paul un concurrent qu'il fallait supplanter. Il l'attaqua par de fausses accusations, décriant ses mœurs qui avaient toujours été si pures ; mais ses mensonges n'ayant eu aucun succès, il fut obligé de se désister de sa criminelle entreprise : il fit même paraître un semblant de repentir, et joua si bien son rôle d'hypocrite, que peu de temps après Paul l'éleva au sacerdoce.

Cependant Eusèbe, un des principaux chefs des Ariens, qui, contre la disposition des Canons, avait été transféré du siège de Béryte à celui de Nicomédie, résolut de se faire élever encore à celui de Constantinople. Il renouvela contre Paul les accusations de Macédonius, le fit déposer dans un concile composé d'évêques Ariens ou courtisans de l'empereur Constance, fauteur de l'Arianisme, et obtint d'être placé sur le siège de la nouvelle Rome en 340.

Paul, se voyant inutile à son troupeau, à cause du crédit des Ariens, que l'empereur Constance protégeait, se retira dans l'Occident, où Constant régnait. Il fut reçu avec de grandes marques de respect et par le prince et par saint Maximin de Trèves. Ayant séjourné quelque temps dans cette ville, il se rendit à Rome, où il trouva saint Athanase. Là, il assista au concile que le pape Jules tint en 341. Les Pères de ce concile s'assemblèrent dans l'église où Viton avait coutume d'instruire le peuple et dont, par conséquent, il était le prêtre.

Dans le synode dont nous venons de parler, il fut décidé que saint Athanase, saint Paul et Marcel d'Ancyre seraient rétablis sur leurs sièges respectifs. Le pape Jules, en vertu de l'autorité qu'il avait dans l'Église, les renvoya avec une lettre circulaire adressée aux évêques orientaux, laquelle nous a été conservée par saint Athanase. Jules désapprouvait la conduite des Ariens, surtout en ce qu'ils avaient osé juger les évêques des principaux sièges que les Apôtres avaient gouvernés, sans lui avoir préalablement écrit, comme cela se pratiquait ordinairement ; et il ordonnait le rétablissement des trois prélats.

Saint Paul, étant retourné à Constantinople, ne put recouvrer son siège qu'après la mort d'Eusèbe, qui arriva en 342. Autant son rétablissement fut agréable aux catholiques, autant il déplut aux Ariens. C'est pourquoi ces derniers, qui avaient à leur tête Théognis de Nicée et Théodore d'Héraclée, se choisirent Macédonius pour évêque. Cette démarche fut suivie d'une violente sédition. Toute la ville courut aux armes, et plusieurs personnes y perdirent la vie.

Constance, qui était pour lors à Antioche, entra en fureur quand il apprit cette nouvelle. Il ordonna à Hermogène, général de ses troupes, qui allait dans la Thrace, de passer par Constantinople et d'en chasser le saint évêque. Hermogène trouva la ville dans une étrange confusion, et les efforts qu'il fit pour exécuter la commission dont il était chargé, n'aboutirent qu'à augmenter le trouble et à lui faire perdre la vie. Cet outrage, fait à l'empereur dans la personne d'un de ses officiers, l'engagea à venir lui-même à Constantinople, quoiqu'on fût au milieu de l'hiver ; mais il se laissa fléchir par les prières du sénat, qui sollicitait la grâce du peuple ; cependant il se vengea sur Paul en le bannissant, quoiqu'il refusât de confirmer l'élection de Macédonius, parce qu'il avait trempé dans la sédition.

On ne sait pas précisément le lieu où le Saint fut exilé ; il paraît qu'il se retira de nouveau à Trèves. Nous le retrouvons à Constantinople, où, en 344, il était venu avec des lettres de recommandation de l'empereur d'Occident. Constance ne consentit à son rétablissement que parce qu'il craignait de s'attirer sur les bras les armes de son frère.

La situation de Paul ne fut pas plus tranquille qu'auparavant ; et les Ariens, toujours en crédit, continuèrent de lui susciter mille traverses. Il attendait quelque secours du concile qui se tint à Sardique en 347 ; mais les choses ne changèrent pas pour cela de face. Les Eusebiens, s'étant assemblés à Philippopolis, prononcèrent une sentence d'excommunication contre saint Paul et saint Athanase, le pape Jules et plusieurs autres évêques qui, comme autant de colonnes, soutenaient la foi catholique. Les mauvais traitements que souffraient les orthodoxes augmentèrent encore après la mort de Constant, arrivée en 350.

Constance, n'ayant plus rien à craindre de son frère, se déclara plus hautement que jamais en faveur des hérétiques. Animé par leurs discours, il envoya d'Antioche, où il était alors, un ordre à Philippe, préfet du prétoire, de chasser Paul de l'Église et de la ville de Constantinople, et de mettre Macédonius à sa place. Le préfet était vendu au parti des Ariens ; mais il n'osa user de violence, de crainte que le peuple, rempli d'affection pour son pasteur, ne se révoltât ; il fit donc dire secrètement à Paul de le venir trouver à un des bains de la ville où il l'attendait. Ce fut là le lieu qu'il choisit pour lui montrer l'ordre du prince. Le Saint se soumit sans la moindre résistance, malgré l'irrégularité de sa condamnation. Cependant le peuple, qui soupçonnait quelque mauvais dessein, s'était attroupé à la porte du bain ; Philippe, pour éviter une sédition, fit passer le prélat par une porte qui était du côté opposé, et l'envoya sous bonne garde au palais, qui n'était pas éloigné.

Paul fut conduit à Thessalonique, sans toutefois qu'on lui fixât le lieu de son exil. Ainsi, il eut d'abord la liberté de demeurer où il voulait : mais ses ennemis s'accusèrent bientôt de trop d'indulgence ; ils le firent charger de fers et l'envoyèrent à Singare, en Mésopotamie ; de là, on le transporta à Emèse, en Syrie, puis à Cucuse, petite ville située dans les déserts du Mont-Taurus, sur les confins de la Cappadoce et de l'Arménie, où l'air était fort malsain : là il fut renfermé dans un noir cachot et laissé dans un abandon total. Ses ennemis allèrent jusqu'à défendre qu'on lui donnât aucune nourriture.

Six jours après, irrités de ce qu'il vivait encore, ils eurent la barbarie de l'étrangler ; mais, pour cacher leur attentat, ils publièrent qu'il était mort de maladie. Son martyre arriva en 350 ou 351.

Au reste, Philippe ne put échapper aux coups de la vengeance divine : la même année, il fut dépouillé de ses dignités ainsi que de ses biens. Devenu le jouet de tous ceux qui l'avaient connu, il semblait désirer, comme Caïn, qu'une main homicide vînt le délivrer de ses remords ; mais il dut expier son crime dans les langueurs d'un long exil, loin de sa patrie et oublié de ses amis d'autrefois. La justice divine s'étendit jusqu'à son fils Simplice, qui fut, huit ans après, condamné à un exil perpétuel.

Saint Paul ne vivait plus, les Ariens restèrent maîtres de l'Église de Constantinople, et ils la retinrent jusqu'en 379, époque à laquelle saint Grégoire de Nazianze fut élu évêque de cette ville.

On porta le corps du Saint de Cucuse à Ancyre, dans la Galatie, où il fut entouré d'une grande vénération. Théodose le fit transférer à Constantinople (7 juin 381). Comme on était au lendemain de la clôture du concile qui se tint en cette capitale sous son règne, tous les Pères de l'illustre assemblée assistèrent à cette solennelle translation. Les précieuses dépouilles furent déposées dans l'église qui avait été bâtie par Macédonius et qui, depuis ce temps-là, ne fut plus connue que sous le nom de Saint-Paul. Ainsi, cette basilique fameuse, dont l'ennemi de notre Saint avait fait la citadelle de l'hérésie arienne, devenait, par l'effet des secrets desseins de la Providence, le trophée impérissable du Martyr de l'orthodoxie.

Les reliques du saint évêque de Constantinople furent portées à Venise en 1226, et elles y sont vénérées dans l'église de Saint-Laurent, qui appartenait à un monastère de Bénédictines.

On peut le représenter ayant à son cou une corde ou lien, pour rappeler qu'il fut étranglé avec son pallium dans une chapelle où il célébrait les saints mystères.

Nous avons tiré cette Vie de Godescard, éd. de Bruxelles, 1854, et nous l'avons composée d'après les Acta Sanctorum, t. II de juin. — Tous les martyrologes latins font une honorable mention de saint Paul le Patriarche, comme aussi le mésoinge des Grecs, le 6 septembre. Sa Vie a été donnée par Métaphraste, qui l'a recueillie des anciens monuments, par Lipounas et par Sories. Saint Anastase, son contemporain, Socrate, Secondine et Théodoric décrivent assez particulièrement toutes ses actions. Plusieurs auteurs parlent encore fort honorablement de lui, selon le rapport de Baronius, comme aussi en Élysée, tant en ses Annales ecclésiastiques qu'en ses Annotations sur le martyrologe romain.

Événements marquants

  • Naissance à Thessalonique
  • Ordination sacerdotale par l'évêque Alexandre
  • Élection au siège de Constantinople en 340
  • Exils successifs causés par les Ariens et l'empereur Constance
  • Participation au concile de Rome en 341
  • Rétablissement sur son siège en 342 puis 344
  • Excommunication par les Eusébiens à Philippopolis en 347
  • Arrestation secrète par le préfet Philippe
  • Relégation à Cucuse dans le Mont-Taurus
  • Martyre par strangulation après six jours de jeûne forcé

Citations

Vir justus exilium non timet, sed exilium ibi esse putat, ubi virtuti non sit locus.

— Cicero (en exergue du texte)