Saint Porphyre de Gaza

Évêque de Gaza

Fête : 26 fevrier 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Thessalonique, Porphyre devint évêque de Gaza après une vie d'ascèse en Égypte et en Palestine. Il lutta avec détermination contre l'idolâtrie, obtenant de l'empereur Arcadius la destruction des temples païens pour y bâtir une église chrétienne. Il est reconnu pour ses nombreux miracles et son zèle pastoral jusqu'à sa mort en 420.

Biographie

SAINT PORPHYRE, ÉVÊQUE DE GAZA

ET SAINTE IRÈNE, VIERGE

353-420. — Papes : Saint Libère ; saint Boniface Ier. — Empereurs : Constance II ; Théodose II, le jeune.

Les hommes sont étrangers et pèlerins sur la terre. Hebr. xii, 14.

Saint Porphyre naquit à Thessalonique, l'an de Notre-Seigneur 353, de parents fort riches et vertueux, qui eurent un grand soin de l'élever dans la piété, dans la crainte de Dieu et dans les sciences divines et humaines. À l'âge de vingt-cinq ans, l'amour divin lui fit abandonner toutes les richesses de la terre, quitter son pays et ses parents pour embrasser la vie religieuse au monastère de Scété, en Égypte. Il y demeura cinq ans, au bout desquels il visita les saints lieux de Jérusalem, puis se retira dans une caverne proche du Jourdain, où il passa cinq autres années avec tant d'incommodités, à cause de l'intempérie du lieu, qu'il tomba dans une grande maladie : ce qui l'obligea de se faire porter à Jérusalem. Quelque affaibli qu'il fût, il ne laissait pas de visiter tous les jours les saints lieux ; et il méprisait si fort le mal qu'il souffrait, qu'on eût dit qu'un autre l'endurait, et non pas lui : la confiance qu'il avait en Dieu le mettait au-dessus de toutes les douleurs.

Comme il n'avait pu faire partage avec ses frères, à cause de leur jeunesse, il n'avait pas encore exécuté le précepte de l'Évangile, de vendre tout son bien et de le distribuer aux pauvres : il résolut donc de l'accomplir. Pour cet effet, il envoya à Thessalonique un jeune homme nommé Marc, avec qui il avait fait connaissance, et qui fut depuis son fidèle disciple, afin qu'il procédât à ce partage : le lot du Saint monta à la somme de quatre mille quatre cents écus d'or, qu'il lui apporta avec quantité de meubles précieux.

Marc fut bien surpris, à son retour, de trouver Porphyre en très-bonne santé, et sans qu'il parût avoir été malade ; lui en ayant demandé la cause, le Saint lui répondit qu'il avait été guéri miraculeusement sur le Calvaire, où il s'était traîné avec beaucoup de peine, tant il était faible ; là, Jésus-Christ, attaché en croix, lui avait apparu dans une extase et lui avait mis une croix sur les épaules ; après quoi il n'avait plus senti aucune douleur. Le récit de cette merveille toucha tellement le cœur de ce jeune homme, qu'il se mit au service de Porphyre pour profiter des exemples de ses vertus : et c'est à lui que nous devons la vie de ce grand serviteur de Dieu.

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Les trésors considérables qu'on lui avait apportés ne restèrent pas longtemps entre ses mains, car il les distribua tous aux pauvres de Jérusalem et des autres villes voisines, et aux monastères qui étaient dans la nécessité, sans se rien réserver; ainsi il fut lui-même obligé, pour gagner sa vie, à l'imitation de l'Apôtre des Gentils, d'exercer le métier de corroyeur.

A l'âge de quarante ans, Prayle, patriarche de Jérusalem, l'ordonna prêtre, et lui confia la garde du bois adorable de la croix du Sauveur. Trois ans après, il fut fait évêque de Gaza, en Palestine, par Jean, archevêque de Césarée, métropolitain de la province, saint homme, auquel le clergé et le peuple avaient remis cette élection, parce qu'ils n'avaient pu s'accorder (les ecclésiastiques en proposant un, et les séculiers un autre). Ainsi, au lieu de ne penser qu'à expier ses péchés, comme il disait lui-même, il se trouva engagé à travailler à l'expiation de ceux des autres. Dès qu'il fut sacré, il se rendit à Gaza, où les idolâtres, dont cette ville était toute remplie, le regardèrent comme le plus grand ennemi de leurs dieux.

Un jour qu'il avait dû quitter sa maison épiscopale pour échapper à la fureur des idolâtres, il se réfugia avec un de ses prêtres dans une maisonnette habitée par une pauvre femme et sa petite fille. Celle-ci s'appelait Irène; elle avait quatorze ans. Reconnaissant l'évêque, la jeune fille, qui se trouvait seule à ce moment, se jeta à ses pieds et le vénéra. L'évêque lui demanda le nom de ses parents. — «Je n'ai plus ni père ni mère», répondit Irène; «j'ai seulement une grand-mère vieille que je nourris avec moi de mon travail». — «Etes-vous chrétienne, mon enfant?» — «Non, mais je désire le devenir». — «Que ce peuple est porté au bien», s'écria le saint évêque; si l'ennemi n'y mettait pas d'obstacle! mais Dieu sera le maître». Puis il pria l'enfant de leur prêter une place sur la terrasse de la maison pour se reposer, et de ne dire à personne qu'ils y fussent. Irène plaça une natte sur la terrasse, leur donna du peu qu'elle possédait, du pain et des olives. Le saint évêque, considérant le bon cœur avec lequel cette jeune fille leur offrait ce qui lui avait coûté un pénible travail, se mit à verser des larmes et lui dit qu'elle deviendrait une servante du bon Dieu. L'enfant descendit vers son aïeule et les deux fugitifs s'endormirent; c'était en été. Quand le tumulte fut apaisé, ils se retirèrent secrètement dans l'église, puis regagnèrent la demeure épiscopale que la populace païenne avait pillée et où elle avait laissé mort un des serviteurs de l'évêque.

Cependant le ciel allait intervenir en faveur de la cause chrétienne: une grande sécheresse régnait à cette époque en Palestine: les païens l'attribuèrent naturellement aux maléfices de l'évêque. Jupiter, disaient-ils, avait bien prédit que l'arrivée de Porphyre serait le signal d'un grand nombre de maux. Ils sacrifièrent inutilement à leurs idoles pour en obtenir de la pluie; mais le Saint, après avoir fait, avec sa petite compagnie de chrétiens, des prières publiques en plusieurs églises, où il les mena en procession, en fit tomber du ciel une grande abondance, comme autrefois le prophète Élie: beaucoup de païens, touchés de ce miracle, se convertirent à la religion chrétienne; et, afin d'arrêter la fureur et l'obstination des autres, il écrivit à saint Jean Chrysostome, à Constantinople, pour le prier de demander à l'empereur Arcadius la destruction des temples des faux dieux dans Gaza. Porphyre avait pris cette affaire si fort à cœur, qu'il en était tombé malade; mais la joie qu'il eut d'apprendre que le bienheureux patriarche avait obtenu du prince ce qu'il désirait avec tant d'ardeur, lui rendit la santé. En effet, quelque temps après, un officier, appelé Hilaire, arriva à Gaza avec un édit de l'empereur, pour renverser les idoles et fermer les temples des faux dieux. Néanmoins celui-ci, s'étant laissé gagner par une grande somme d'argent, souffrit qu'on adorât en secret la statue de Jupiter.

Porphyre, voyant l'endurcissement de ces infidèles, qui ne cessaient de faire tous les jours de nouveaux outrages aux chrétiens, s'en affligea si fort, qu'il résolut de quitter son évêché, et s'en alla à Césarée prier l'archevêque de le lui permettre; mais celui-ci ranima le courage du bon prélat, et tous deux convinrent d'aller ensemble à Constantinople pour obtenir de l'empereur la ruine entière des temples de ces idolâtres. Ils furent fortifiés dans ce bon dessein par le bienheureux Procope, anachorète à Rhodes, qui avait eu révélation qu'ils réussiraient, et que l'impératrice Eudoxie mettrait heureusement au monde un fils, si elle leur accordait ce qu'ils demandaient. Le lendemain de leur arrivée, ils se rendirent à l'audience impériale; et aussitôt que cette princesse les vit, elle les salua la première, leur demanda leur bénédiction, leur donna elle-même de l'argent pour leur voyage, et leur promit de les assister de tout son pouvoir. Saint Jean Chrysostome, quoiqu'il fût mal dans l'esprit de l'empereur par les artifices d'Eudoxie, qui voulait se venger de ce qu'il l'avait reprise de s'être emparée d'un bien qui ne lui appartenait pas, ne laissa pas de les servir par le moyen d'Amance, son ami, qui était en grand crédit auprès de cette princesse.

Arcadius fit de grandes difficultés pour accorder ce que les saints évêques demandaient, parce qu'il tirait de très-grands tributs des idolâtres de Gaza; il consentit seulement à ce qu'on fermât leurs temples et qu'on les privât de toutes charges, afin de les obliger par là à se convertir. Cependant, l'impératrice ayant mis au monde un fils, selon l'assurance que les saints prélats lui en avaient donnée, à la suite du saint anachorète, elle s'avisa de l'expédient suivant pour gagner l'empereur. Elle fit dresser une requête, contenant ce que saint Porphyre demandait, et dit au Saint de la donner, après la cérémonie du baptême du jeune prince, qui fut nommé Théodose comme son aïeul, au seigneur de la cour qui le porterait, et qu'elle avait instruit de ce qu'il devait faire: Celui-ci la reçut, l'ouvrit, et ayant fait faire silence, en lut quelque chose, puis la replia, fit baisser la tête à l'enfant et dit ensuite à haute voix: « Sa majesté impériale ordonne que tout ce qui est dans cette requête soit exécuté ». Quand le jeune prince eut été reporté au palais, l'impératrice, se servant de l'occasion, dit à l'empereur qu'elle prévoyait un avenir heureux pour son enfant: « Sachons, ajouta-t-elle, ce que porte cette requête, afin qu'on l'exécute entièrement ». L'empereur, l'ayant entendu lire, dit: « Cette demande est un peu fâcheuse; mais il serait encore plus fâcheux de la refuser, puisque c'est la première grâce que notre fils a accordée ». — « Non-seulement qu'il a accordée », repartit l'impératrice, « mais qu'il a accordée étant revêtu de sa robe d'innocence, et qui n'a été obtenue que pour un sujet de piété et par de saints prélats ». Ainsi l'empereur ne put refuser de ratifier la requête, et en commit l'exécution à un nommé Cinége, homme de grande vertu et zélé pour la foi.

Les saints prélats, extrêmement satisfaits et chargés des présents considérables que leur firent Arcadius et Eudoxie, s'embarquèrent pour retourner en leurs diocèses, et ils arrivèrent en douze jours à Majume, qui n'est qu'à une lieue de Gaza, après, néanmoins, avoir évité une furieuse tempête, qui cessa aussitôt que le pilote, arien de religion, eut abjuré ses erreurs par les exhortations du Saint, suivant le conseil que lui en avait donné dans un songe le bienheureux Procope, cet anachorète dont nous avons parlé. Les chrétiens s'avancèrent au-devant d'eux avec la croix et en chantant des hymnes. Quand ils entrèrent dans Gaza, une statue de Vénus, qui était de marbre,

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que les païens et particulièrement les femmes avaient en grande vénération, tomba par terre en présence de la croix, se brisa en mille pièces, et quelques-uns des morceaux cassèrent la tête à un idolâtre et en blessèrent un autre qui s'était auparavant moqué d'eux : ce qui fut cause de la conversion de plusieurs de ces infidèles.

Il n'y avait que dix jours que le Saint était arrivé à Gaza, lorsque Cinége s'y rendit avec grand nombre de soldats, pour exécuter les ordres de l'empereur. Il renversa donc entièrement les temples du Soleil, de Vénus, d'Apollon, de Jupiter et des autres faux dieux, et brûla une infinité d'idoles et de livres superstitieux. On raconte une merveille qui arriva, lorsqu'on voulut détruire le temple de Jupiter : un enfant de sept ans, inspiré de Dieu, parlant en des langues qu'il n'avait jamais apprises, donna la manière de brûler les portes, qui étaient d'airain, et que les sacrificateurs de ce faux dieu avaient si bien barricadées par dedans, avec de grosses pierres, qu'on ne pouvait les ouvrir. L'impératrice Eudoxie avait donné au Saint une grande somme d'argent pour bâtir une église en forme de croix à la place de ce temple. Elle fut nommée Eudoxienne, et elle était si superbe, qu'on venait de tous côtés pour la voir ; on disait même que nulle autre, en ce temps-là, ne l'égalait en grandeur et en beauté.

Tandis que tout le peuple, c'est-à-dire les hommes et les femmes, les vieillards et les enfants, travaillaient avec une extrême activité à en jeter les fondements, on entendait souvent ces paroles : « Jésus-Christ a vaincu ». Il arriva aussi un étrange accident, mais qui fit ensuite éclater davantage la miséricorde de Dieu et la vertu du saint prélat. Trois enfants de six ou sept ans tombèrent dans un puits extrêmement profond. Aussitôt le Saint se prosterna en terre une heure durant devant tout le peuple, et fit sa prière à Dieu, tandis qu'on descendait dans ce puits. Chose admirable ! on trouva ces trois enfants assis sur une pierre, sans avoir reçu le moindre mal, et, pour rendre ce miracle encore plus célèbre, ils avaient tous trois une croix d'égale grandeur, et rouge comme le plus beau vermillon, parfaitement bien imprimée : l'une sur le front, l'autre sur l'épaule et la troisième sur la main. Puisque nous sommes sur les miracles qu'a opérés notre Saint, nous dirons encore qu'il délivra une femme noble, qui était depuis sept jours en travail d'enfant, à condition qu'elle se ferait chrétienne ; et qu'il rendit muette une femme manichéenne qui avait voulu disputer contre lui pour soutenir ses erreurs.

Cependant Porphyre n'avait pas oublié Irène, sa petite bienfaitrice. Lorsque l'empereur eut fait mettre bon ordre dans la ville, il l'envoya quérir par son prêtre. Irène vint en compagnie d'une de ses tantes : quand elle fut en présence de l'évêque, elle se jeta à ses genoux, le suppliant de lui accorder le baptême. L'évêque la releva, lui remit quelque argent pour lui venir en aide dans sa pauvreté, et la renvoya en promettant de ne pas l'oublier. Il eut soin de la faire instruire, ainsi que son aïeule et sa tante, et les baptisa toutes les trois. Quand elles eurent déposé la robe baptismale, saint Porphyre appela de nouveau Irène et lui demanda si elle ne pensait point à s'établir ; que dans ce cas il lui procurerait une dot et un époux chrétien. — « Mais, saint Père », dit la nouvelle chrétienne, « vous m'avez déjà donné un Époux, et vous ne voudrez pas que j'en accepte un autre ». — « Et quel époux, ma fille ? » — « Le Sauveur de mon âme, l'Époux des vierges ». Le bon prélat se mit à pleurer de joie. Il la renvoya donc en sa maison, lui recommandant de mener une conduite digne de la vocation qu'elle voulait se choisir. Quelque temps après, sa grand-mère étant venue à mourir, le saint évêque confia

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la jeune vierge aux soins de la diaconesse Manaris. Un grand nombre de jeunes filles, entraînées par son exemple, embrassèrent le glorieux état de la virginité. Irène mourut dans son innocence baptismale vers l'an 490.

Mais revenons à saint Porphyre, qui depuis de longues années avait précédé Irène au ciel. Il n'est pas possible d'exprimer le zèle avec lequel ce zélé pasteur travailla à établir la foi dans son diocèse, soit en confirmant les fidèles dans la vérité de l'Évangile, soit en ramenant les hérétiques au giron de l'Église, soit en convertissant les idolâtres à la religion chrétienne ; la sainteté de sa vie fut un puissant moyen pour venir à bout d'une si grande entreprise : l'éclat de ses vertus était capable de gagner tout le monde. Il était extrêmement affable, débonnaire, humble, sincère, charitable envers les pauvres, les aimant de tout son cœur et les secourant dans tous leurs besoins ; et il avait tellement mortifié ses passions, qu'il était arrivé à une espèce d'insensibilité. Il ne vivait que de pain bis et de légumes, ne mangeant qu'après le soleil couché, excepté les jours de fêtes ; ces jours-là il mangeait à midi, et, outre les légumes, il usait d'huile et de fromage, et prenait un peu de vin mêlé avec beaucoup d'eau, parce qu'il souffrait de l'estomac ; et il vécut de la sorte durant tout le temps de sa vie. Enfin, après avoir essuyé de nombreux outrages de la part des idolâtres, pendant vingt-quatre ans qu'il gouverna l'église de Gaza, avec toute la vertu qu'on peut désirer dans un vrai pasteur, il rendit son âme à Dieu le 26 février, l'an de Notre-Seigneur 420.

Le martyrologe romain et le ménologe des Grecs font une honorable mémoire de saint Porphyre. Marc, son disciple, qui a été témoin oculaire de toutes ses actions, a écrit sa vie, dont nous avons fait cet abrégé. On peut la voir plus au long dans Surius et dans Bollandux, au 26 février.

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Événements marquants

  • Naissance à Thessalonique en 353
  • Retraite au monastère de Scété en Égypte à 25 ans
  • Vie d'ermite près du Jourdain
  • Guérison miraculeuse sur le Calvaire à Jérusalem
  • Ordination sacerdotale par le patriarche Prayle à 40 ans
  • Élection et sacre comme évêque de Gaza
  • Voyage à Constantinople pour obtenir la destruction des temples païens
  • Destruction du temple de Jupiter et construction de l'église Eudoxienne

Miracles

  • Guérison instantanée de ses infirmités par une vision du Christ en croix
  • Obtention de la pluie après une grande sécheresse par la prière
  • Chute et bris de la statue de Vénus à son entrée dans Gaza
  • Sauvetage de trois enfants tombés dans un puits profond
  • Délivrance d'une femme noble en travail d'enfant difficile

Citations

Jésus-Christ a vaincu

— Acclamations populaires lors de la fondation de l'église