Saint Évrou (Évrouls)

Abbé, Fondateur de la vie monastique dans le Beauvaisis

Fête : 26 juillet 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Saint Évrou est le fondateur de la vie monastique dans le Beauvaisis au VIe siècle. Abbé de plusieurs monastères dont Saint-Fuscien et Saint-Lucien, il fut un proche conseiller du roi Chilpéric Ier et travailla activement à la réforme des mœurs et à l'invention des reliques de saint Maxien.

Biographie

SAINT ÉVROU OU ÉVROULS, ABBÉ,

FONDATEUR DE LA VIE MONASTIQUE DANS LE BEAUVAISIS.

Ebrolfum nemoris pangloos incolum, Cui custos costilio quem Deus abdidit, Ne contagio sæculi Mores læderet integros.

Chantons les louanges du bienheureux Évrou que la Providence a su conduire dans le sanctuaire impénétrable des forêts pour dérober son innocence à la contagion du siècle.

Ex hyemno ejus officii.

Au moment où les sanglants démêlés de Brunehaut et de Frédégonde affligeaient la France, un saint religieux du Beauvaisis, nommé Évrou, élevait de pacifiques asiles à l'humilité, à l'expiation et à la prière. En formant à la pratique des vertus chrétiennes de nombreux disciples réunis autour de lui, il travaillait d'une manière efficace à la transformation des mœurs de cette époque à demi barbare.

Des circonstances merveilleuses précédèrent la naissance d'Évrou, et montrèrent qu'il était prédestiné à l'accomplissement d'une grande mission. Comme sa mère priait Dieu, par l'intercession des Bienheureux, de mettre un terme à sa stérilité, un ange lui apprit qu'elle donnerait le jour

26 JUILLET.

à un fils, dont la vie serait illustre par la sainteté et les miracles. Cette prédiction ne tarda pas à se réaliser : Évrou naquit, et parut dès le berceau prévenu des grâces du Seigneur. On le vit grave, recueilli, porté à la piété, à un âge qui ne connaît que la légèreté et l'attachement aux choses vaines et futiles. Le désir de sa perfection l'engagea bientôt à quitter ses parents et à se mettre sous la direction d'un vertueux serviteur de Dieu. Profitant des leçons de ce maître habile, Évrou fit de rapides progrès dans les lettres et surtout dans la connaissance et l'imitation du Sauveur. Il apprit à dominer ses passions par le jeûne, la pénitence et toute sorte d'austérités. Afin que l'ennemi du salut ne pût pénétrer dans son âme, il eut soin de ne jamais rester oisif : il passait successivement de la prière à l'oraison, de l'oraison à l'étude, et de l'étude au travail des mains.

Cependant, Évrou, pour ne plus avoir aucun commerce avec le monde dont il redoutait les dangers, revêtit l'habit religieux et se retira dans un lieu solitaire, à quelque distance de Beauvais. Il se construisit, dans cette nouvelle Thébaïde, une cellule et un modeste oratoire, où il s'efforça de marcher sur les traces des plus parfaits anachorètes. Mais ce fut en vain qu'il chercha à dérober ses vertus aux regards des hommes : l'éclat en jaillit au loin, et bientôt il se vit entouré de nombreux disciples. De nouvelles cellules s'élevèrent à côté de la sienne, son oratoire fut agrandi, et le Saint, qui avait voulu vivre ignoré de tous, se trouva placé à la tête d'une fervente communauté.

A l'ascendant que les vertus d'Évrou lui donnaient sur ses frères, Radingue, évêque de Beauvais, voulut joindre celui qui est attaché à la dignité du sacerdoce. Ce prélat, ayant appelé auprès de lui le serviteur de Dieu, réussit à faire céder les refus de son humilité devant le devoir de l'obéissance, et lui conféra l'ordre de la prêtrise.

Le Saint trouva dans son élévation un nouveau motif de s'humilier, de mortifier son corps, d'être assidu au travail et à la prière. Dès ce moment, il parut appartenir plus au ciel qu'à la terre. Sa voix était empreinte d'un accent inspiré qui pénétrait les cœurs et les portait à la vertu : c'était l'effet de la grâce qui remplissait son âme et inspirait toutes ses actions. Son détachement de lui-même et de toutes les choses extérieures, et son union continuelle avec Dieu lui méritèrent le don des miracles. De toutes parts, on lui amenait des malades pour qu'il leur imposât les mains et les guérît. Les prières du saint Religieux ayant rendu la santé à quelques seigneurs de la cour de Chilpéric Ier, Évrou fut nommé, par le conseil de la reine Frédézonde, abbé du monastère de Saint-Fuscien, qui venait d'être fondé à une lieue et demie de la ville d'Amiens.

Il ne s'éloigna pas sans regret des religieux de l'Oratoire ; mais sa douleur fut tempérée par les fréquents rapports qu'il entretint avec eux. Tout en donnant ses soins à la nouvelle communauté, il exerçait à leur égard une paternelle surveillance, les guidait par ses conseils et se recommandait souvent à leurs prières.

Évrou avait une grande dévotion envers saint Lucien, apôtre du Beauvaisis. Jaloux de tout ce qui en pouvait relever la gloire, il pensait souvent avec douleur au triste et déplorable état de la basilique élevée sur sa tombe par la piété des fidèles. Un jour, comme il recherchait les moyens de la faire sortir de ses ruines, saint Lucien lui apparut, lui ordonnant de rechercher à Montmille (Oise, commune de Fouquenies) et de joindre à ses dépouilles les reliques de Maxien, compagnon de son martyre. Sans tarder, Évrou alla faire connaître cette apparition miraculeuse à Dodon, successeur de Radingue, sur le siège épiscopal de Beauvais. Le prélat et le saint Abbé se rendirent aussitôt à Montmille, interrogèrent la tradition locale, et finirent par découvrir le lieu où reposait le corps du bienheureux Maxien. Sa translation au tombeau de saint Lucien eut lieu avec une grande solennité, et fut accompagnée de plusieurs miracles. Ces événements, marqués du doigt de Dieu, réveillèrent la confiance des Beauvaisiens envers les glorieux Martyrs. Tous, d'une voix unanime, demandèrent que l'église, où on les invoquait, fût réédifiée. Leurs vœux, présentés au roi Chilpéric Ier par Dodon et Évrou, ne tardèrent pas à être exaucés.

Une grave maladie et la perte de deux de ses enfants venaient de rappeler à Chilpéric la fragilité de la vie et le néant des biens de la terre ; il coopéra donc volontiers à une œuvre destinée à lui mériter au ciel de puissants protecteurs et des richesses aussi solides que durables. L'ordonnance qu'il rendit à cet égard montre bien quels sentiments de foi et de piété animaient ce prince. « Comme nous demeurons peu de temps en cette vie », dit-il, « et avançons rapidement vers la mort, nous devons avoir à cœur de faire la volonté de Dieu, et construire des églises aux lieux où sont honorés les Martyrs, pour mériter de partager avec eux les joies de l'éternité... Dodon, vénérable évêque de Beauvais, et notre bien-aimé Évrou, abbé, avec un grand nombre de fidèles, nous ayant prié de faire réédifier une basilique anciennement construite près des murs de Beauvais, nous avons résolu de faire droit à leur requête. Nous y avons été d'autant plus porté, que déjà nos ancêtres avaient affecté quelques-uns de leurs revenus au rétablissement de cet édifice... L'apparition du bienheureux Lucien à Évrou, l'ordre qu'il lui a donné d'exhumer le corps de saint Maxien, et les miracles qui ont suivi l'exécution de cet ordre, nous y ont encore plus particulièrement déterminé... Nous voulons donc que cette église, bâtie autrefois en l'honneur du Prince des Apôtres et de saint Lucien, soit réédifiée par notre munificence, et appropriée au service du Dieu tout-puissant... Nous voulons en outre qu'une communauté de cénobites y soit établie pour vaquer au service divin ».

Les généreuses intentions du roi Chilpéric furent ponctuellement exécutées. Grâce à ses largesses et à la sollicitude du pontife Dodon et de saint Évrou, on vit bientôt s'élever une église et un monastère destinés à faire revivre, sous la règle de Saint-Benoît, les vertus de saint Lucien et de ses compagnons. Évrou y fixa sa résidence et en fut le premier abbé, sans quitter le gouvernement des monastères de l'Oratoire et de Saint-Fuscien. L'activité de son zèle lui permit de s'acquitter avec succès de cette tâche difficile et laborieuse. Il maintint dans ces trois établissements l'amour de la retraite, la fidélité à la règle, le travail des mains et les divers exercices de la vie religieuse.

Fidèle au conseil donné par Jésus-Christ à ses Apôtres, Évrou se regardait comme le dernier des religieux dont il était le chef. Sa charité le portait à leur rendre les plus humbles services. Et cependant, par lui, Dieu opérait de grandes choses : à sa voix, les malades recouvraient la santé, et les démons prenaient la fuite. Comme il se promenait un jour au milieu de ses frères, leur expliquant les divines Écritures, on lui amena un homme aveugle et possédé de l'esprit malin. Ses prières lui rendirent la vue, et le ravirent au pouvoir du démon. Ce même ennemi du genre humain s'était, une autre fois, emparé d'un voleur, surpris en flagrant délit de vol, dans

26 JUILLET.

un des monastères gouvernés par le saint Religieux; Évrou arracha ce malheureux au joug de Satan, lui accorda son pardon, l'embrassa tendrement et le laissa partir en paix.

Au retour d'un pèlerinage au tombeau de saint Martin, le bienheureux Évrou sentit ses forces s'affaiblir. Comprenant alors que sa dernière heure était proche, il appela ses religieux et leur adressa ses derniers adieux. A leurs prières, accompagnées de sanglots et de larmes, il mêla les siennes et mourut entre leurs bras, le 26 juillet, vers l'an 600.

## CULTE ET RELIQUES.

Après la mort du Bienheureux, ses disciples portèrent son corps au monastère de l'Oratoire : Évrou avait voulu être inhumé au lieu où il avait renoncé à la servitude du siècle pour l'aimable joug du divin Maître. Une dame de haute naissance, nommée Théolène, décora magnifiquement son tombeau. Plus tard, Chrodebert, évêque de Paris, fit élever près de ce tombeau une église, et plusieurs édifices dont chacun était consacré à la mémoire de quelque Saint. Des miracles opérés sur la sépulture d'Évrou attestèrent sa sainteté et lui méritèrent la confiance et les hommages des fidèles. Ses reliques, après avoir échappé aux ruines que les Normands semaient partout sur leur passage, furent transférées à la cathédrale de Beauvais. Elles y restèrent jusqu'en 1793, et disparurent dans un des jours de destruction si communs à cette fatale époque.

Le culte de saint Évrou, interrompu durant la tempête qui a emporté ses reliques, a repris le rang qu'il occupait depuis si longtemps dans nos solennités. L'Église et le diocèse de Beauvais continuent à invoquer le premier abbé de Saint-Lucien, comme l'un de leurs plus puissants protecteurs.

Extrait de la Vie des Saints du diocèse de Beauvais, par M. l'abbé Sabatier.

## SAINTE CHRISTINE, VIERGE,

## PATRONNE DE TERMONDE OU DENDERMONDE, AU DIOCÈSE DE GAND.

VIIIe siècle.

Charitas unice non est, semper in alterum se porrigit.

La charité n'est jamais aisée : elle se porte toujours vers le prochain.

Saint Pierre de Blois.

Sainte Christine était fille d'un roi des Angles, dont les ancêtres avaient fait une invasion dans la Grande-Bretagne. Son père s'appelait Migramme et sa mère Marona. On croit qu'ils étaient encore païens et que leur fille avait été élevée dans la pratique des superstitions idolâtriques. Mais plus tard, Dieu, pour la récompenser de sa charité envers les pauvres et les malheureux, lui accorda la grâce de parvenir à la connaissance de l'Évangile. Il serait impossible de préciser les divers incidents qui durent précéder et suivre cette conversion de la jeune vierge, ainsi que les événements qui se passèrent autour d'elle. Incontestablement il y eut alors dans sa famille des choses peu ordinaires, et l'on serait presque en droit de supposer que, comme plusieurs autres jeunes vierges de ces temps reculés, sainte Christine eut le courage de quitter sa patrie et ses parents pour aller, dans des

lieux inconnus et éloignés, pratiquer une religion sainte qu'elle avait enfin le bonheur de connaître.

On la voit en effet, dans la suite, vivre avec plusieurs saintes filles qui l'avaient suivie, dans le village de Diclevenne, près de Termonde ou Dendermonde, ville de la Flandre orientale dans la Belgique, au diocèse de Gand. Le secret de ses œuvres et de ses vertus n'est connu que de Dieu.

Le corps de sainte Christine fut transporté à Termonde en même temps que celui de l'évêque missionnaire saint Hilduard. Tous deux reçoivent dans cette religieuse contrée, depuis six siècles, les hommages des fidèles.

De temps immémorial, la ville de Termonde célèbre, le 26 juillet, la fête de sainte Christine, sa patronne, ainsi que celle de la translation de ses reliques, qui eut lieu durant l'invasion des Normands. Ces reliques se trouvaient auparavant dans le village de Diclevenne, où cette Sainte mourut après y avoir passé une grande partie de sa vie. Ces deux fêtes avaient leur office propre dans l'église collégiale de Termonde. Il faut encore ajouter à ces solennités un jour de chaque semaine, pendant lequel on célébrait, le matin, le saint sacrifice de la messe, à l'autel de sainte Christine, et le soir, un salut très-solennel.

Ce culte, si ancien et si populaire dans cette contrée, nous dit assez que sainte Christine y a laissé de profonds souvenirs et de salutaires impressions. Il est regrettable que ses actes aient été perdus ou détruits : ceux qui nous restent aujourd'hui sont d'une date trop récente et n'offrent pas de garanties suffisantes pour qu'on puisse les suivre avec confiance. Le peu que nous en avons dit se trouve dans les plus anciens auteurs.

Acta Sanctorum, traduction de M. l'abbé Destombes, chanoine de Cambrai.

Événements marquants

  • Naissance annoncée par un ange à sa mère autrefois stérile
  • Retraite en solitude près de Beauvais et fondation de l'Oratoire
  • Ordination sacerdotale par l'évêque Radingue
  • Nomination comme abbé de Saint-Fuscien par Chilpéric Ier
  • Apparition de saint Lucien lui ordonnant de retrouver les restes de saint Maxien
  • Fondation du monastère de Saint-Lucien sous la règle de Saint-Benoît
  • Pèlerinage au tombeau de saint Martin avant sa mort

Miracles

  • Guérison de seigneurs de la cour de Chilpéric
  • Guérison d'un aveugle possédé par le démon
  • Délivrance d'un voleur possédé par Satan
  • Vision de saint Lucien indiquant l'emplacement des restes de saint Maxien

Citations

Ebrolfum nemoris pangloos incolum, Cui custos costilio quem Deus abdidit

— Hymne de son office