Saint Just d'Auxerre (Enfant)

Enfant, Martyr en Beauvaisis

Fête : 18 octobre • saint

Résumé

Enfant d'Auxerre âgé de neuf ans, Just part délivrer son oncle esclave à Amiens après une vision divine. Sur le chemin du retour, il est rattrapé par les soldats du tyran Rictiovare et décapité. Selon la légende, il ramassa sa tête et demanda qu'elle soit portée à sa mère, devenant l'un des plus célèbres saints céphalophores.

Biographie

SAINT JUST D'AUXERRE, ENFANT,

MARTYR EN BEAUVAISIS

Il est une espèce glorieuse de martyrs : ce sont ceux qui, semblables à une victime choisie, sont immolés en souffrant le nom de Dieu.

Saint Hilaire de Poitiers.

Saint Just naquit probablement à Auxerre ; il est certain du moins qu'il habitait cette ville avec son père, nommé Justin, et sa mère, appelée Félicie. Dès sa plus tendre jeunesse, il pratiqua des vertus qui ne mûrissent d'ordinaire qu'à un âge bien plus avancé, et mérita par là un don merveilleux de seconde vue qui devint l'occasion de son martyre et de sa gloire. Ce pieux enfant, âgé de neuf ans, partageait la douleur de sa famille au sujet de son oncle Justinien, qui avait été enlevé tout jeune et vendu comme

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esclave, sans qu'on ait su depuis le sort qui lui était échu. Saint Just apprit par une vision que ce parent regretté était au service d'un marchand nommé Loup, qui habitait la ville d'Amiens, et s'empressa de révéler cette bonne nouvelle à sa famille. Justin chercha en vain dans Auxerre quelqu'un qui voulut bien se joindre à lui, à prix d'argent, pour aller délivrer son frère bien-aimé. C'est alors que saint Just s'offrit pour entreprendre ce voyage. Aux objections de sa mère, qui redoutait la fatigue et les périls d'une si longue excursion, l'enfant répondit qu'il s'en remettait complètement à la volonté de Dieu, et sa détermination parut si bien inspirée d'en haut, qu'on n'y mit plus d'obstacle.

Quelques jours après, le père et le fils, munis d'argent et de provisions, se mirent en route et arrivèrent à Melun vers le soir. Là, un pauvre, tout à la fois aveugle et boiteux, sollicita leur charité, en se plaignant de la faim. Saint Just ne se contenta point de lui faire part de ses provisions de voyage, mais se dépouilla de son habit pour le lui donner. Comme son père l'en réprimandait : « N'est-il pas écrit », lui dit-il, « que bienheureux est celui qui compâtit aux souffrances des indigents, parce que le Seigneur à son tour prendra pitié de lui dans les jours d'infortune ? »

Le lendemain matin, les voyageurs poursuivirent leur route et rencontrèrent près de Paris un excellent homme, nommé Hippolyte, qui, les ayant interrogés sur leur pays et le but de leur voyage, leur offrit l'hospitalité. Les deux Auxerrois l'acceptèrent et allèrent chez lui réparer leurs forces, en prenant quelques aliments, du vin et de la bière.

Parvenus aux bords de l'Oise, ils ne trouvèrent point d'abord de barque ; mais, grâce à Dieu, un batelier qui descendait la rivière se rendit enfin à leur appel et les transporta à l'autre bord, sans vouloir accepter aucune rémunération. Aussitôt qu'ils furent arrivés à Amiens, Justin et Just s'informèrent de la demeure de Loup, ou bien de l'endroit où ils pourraient le trouver. L'ayant rencontré dans la ville, ils lui exposèrent le but de leur voyage. « Venez chez moi », leur dit le marchand, « je vous montrerai tous mes esclaves, et si vous reconnaissez votre parent, vous pourrez l'emmener avec vous, après m'avoir remboursé sa valeur ».

Ce soir-là même, tandis que Justin examinait chez Loup ses douze esclaves, sans pouvoir reconnaître son frère parmi eux, saint Just s'écria : « Voici celui que nous cherchons », en désignant un homme qui tenait une lampe allumée. « Comment pourriez-vous me reconnaître », remarqua ce dernier, « puisque vous n'étiez pas né quand j'ai quitté mon pays ? » La désignation du jeune enfant n'en était pas moins l'expression de la vérité.

Un jeune soldat du persécuteur Rictiovare avait été témoin de cette reconnaissance. Il s'empressa d'aller prévenir son chef : « J'ai découvert », lui dit-il, « de ces gens adonnés à la magie qui se proclament chrétiens ; que faut-il en faire ? » — « Amenez-les-moi bien vite », répondit le tyran ; « et, s'ils refusent de venir, qu'on les mette en prison jusqu'à ce que je les fasse comparaître devant moi ». Les satellites, qui devaient exécuter cet ordre, ne trouvèrent plus les chrétiens dans la maison de Loup : car celui-

drale de Beauvais à celle de Paris. C'est cette dernière supposition qu'admet le bréviaire parisien de 1607 ; aucune de ces hypothèses n'est appuyée sur des preuves historiques.

— François de Gendy, évêque de Paris, ayant ouvert la châsse de saint Justin pour en donner quelques reliques à l'église de Louvres, qui lui est dédiée, constatait qu'elles étaient bien les ossements d'un enfant : mais il trouva une partie du chef : Cela aurait dû suffire pour montrer qu'on avait appliqué à tort au saint Justin de Louvres les Actes du Martyr dont la tête tout entière avait été portée à Auxerre. Cependant le bréviaire actuel de Paris n'en continue pas moins à dire, en reproduisant l'abrégé des Actes de saint Just, que saint Justin fut inhumé à Louvres et transféré ensuite à Notre-Dame de Paris.

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ci, sans accepter leur argent, les avait engagés à repartir aussitôt pour échapper aux persécutions du terrible juge. Rictiovare ne pouvait point renoncer si facilement à sa proie. « Que quatre hommes montent à cheval », s'écria-t-il, « et forcent ces chrétiens à revenir ici. S'ils refusent d'obéir, qu'on les mette à mort ! »

Les trois fugitifs, en suivant la voie romaine qui conduisait d'Amiens à Senlis, étaient arrivés à Sinamavicus, aujourd'hui Saint-Just-en-Chaussée, près de la fontaine Sirique qui alimente la rivière d'Aire ou Aré. Justinien dit à son frère : « Puisque voici de l'eau, arrêtons-nous ici pour manger et prendre de nouvelles forces ». Et saint Just de s'écrier : « Hâtez-vous, car voici que Rictiovare a expédié quatre cavaliers pour nous ramener à Amiens et nous mettre à mort ; je veillerai pendant votre repas ; s'ils arrivent, je causerai avec eux, pendant que vous resterez cachés dans cette caverne voisine ». À peine avait-il dit ces mots que saint Just aperçut les satellites ; ses deux parents s'empressèrent de suivre le conseil qui leur avait été donné.

Les soldats de Rictiovare demandèrent à saint Just où étaient les parents qui l'accompagnaient, et à quels dieux ils avaient l'habitude d'offrir leurs sacrifices. Le courageux enfant refusa de trahir les siens et se borna à répondre qu'il était chrétien. L'un des cavaliers lui trancha aussitôt la tête, avec l'intention de la porter à Rictiovare. Mais le corps du saint enfant se redressa soudain et replaça sa tête sur ses épaules. « Dieu du ciel et de la terre », s'écria-t-il, « recevez mon âme, car je suis innocent ! » Les satellites, épouvantés d'un tel prodige, s'enfuirent aussitôt et allèrent raconter à Rictiovare ce dont ils avaient été témoins.

Justin et Justinien, qui avaient entendu la prière du jeune martyr, sortirent de leur retraite et se demandèrent ce qu'ils allaient faire de ce corps décapité. On raconte que la tête leur dit : « Entrez dans la caverne, vous y trouverez un antique tombeau couvert de lierre : c'est là que vous déposerez mon corps. Quant à ma tête, portez-la à ma mère pour qu'elle l'embrasse. Si elle désire me revoir, c'est dans le Paradis qu'elle devra m'aller chercher.

Justin et Justinien, après avoir enseveli le corps de saint Just, se hâtèrent de retourner à Auxerre, où ils arrivèrent au bout de trois jours. Quand Félicie eut appris la mort de son fils, elle bénit Dieu de l'avoir ainsi glorifiée et suspendit dans sa maison la tête du martyr, enveloppée d'un linge. Pendant la nuit, cette précieuse relique inonda de lumière, non-seulement le logis, mais la ville tout entière.

L'évêque d'Auxerre (que toutes les légendes désignent à tort sous le nom de saint Amateur) venait de se lever pour réciter les Laudes. « J'ai vu », dit-il à son clergé, « une grande lueur qui, partant de la maison de Justin, enveloppait toute la cité. Allez vite vous enquérir des causes de ce phénomène ». Trois prêtres qui allèrent aux informations revinrent bientôt raconter les détails du martyre qui s'était accompli dans le Beauvaisis. Le peuple, après avoir rendu grâce à Dieu, fit préparer une châsse, pour qu'on allât chercher solennellement, avec la croix, les luminaires et les encensoirs, la tête de saint Just, et qu'on la déposât dans l'église cathédrale, à l'endroit même qu'il avait choisi pour sépulture.

Une jeune fille, âgée de seize ans, aveugle de naissance, invoqua la

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relique dont venait de s'enrichir l'église d'Auxerre, et recouvra soudain la vue, ce qui donna lieu aux actions de grâces des fidèles et du clergé.

On montre à Auxerre, dans la rue du Temple, l'emplacement de la maison qu'habitait saint Just, où se trouve une statue, datée de 1780, représentant le jeune martyr, avec une palme dans la main droite et un livre dans la main gauche. Quand le Chapitre se rendait processionnellement à l'église de Saint-Amâtre, il faisait une station devant cette maison et récitait une oraison à saint Just.

Saint Just est représenté deux fois dans les verrières des hautes fenêtres du chœur, à la cathédrale de Beauvais, d'abord sous les traits d'un enfant tenant sa tête de la main gauche, et puis sous la physionomie d'un âge fait, avec l'inscription S IVST.

On voit dans l'église de Saint-Just une statue du saint Patron, tenant sa tête dans les mains, et un tableau sans valeur représentant son martyre.

## CULTE ET RELIQUES.

Du Beauvaisis, le culte de saint Just s'est répandu dans les diocèses de Paris, de Rouen, d'Auxerre, etc., dans les Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse (diocèse de Cobre), en Angleterre, en Italie, etc. Mais il est juste de remarquer que ce culte a été souvent motivé par la possession des reliques d'un saint nommé Just ou Justin, plus ou moins connu, et qu'on a confondu avec l'enfant martyr du Beauvaisis. C'est ce qui est arrivé à Louvres, à Paris, à Einsidien, à Fianu (Suisse), à Zutphen (Pays-Bas), à Malmedy (Prusse), à Trèves, à Anvers, etc.

Le tombeau de saint Just, à Sinanovie, devint bientôt un lieu de pèlerinage, et une chapelle fut érigée près de la fontaine Sirique. Les actes rédigés à l'abbaye de Malmedy racontent que les pèlerins allumaient des cierges, le 18 octobre, autour de la fontaine, en chantant des hymnes, et que ce jour-là on y remarquait comme des veines de sang. La tradition racontait que saint Just décapité s'était lavé dans cette source la tête et les mains, et les fidèles imitaient cet exemple, après avoir bu de cette eau, qu'on disait souveraine contre la fièvre. Cet usage a cessé vers la fin du siècle dernier, alors que la source s'est tarie. Cette fontaine Sirique, désignée plus tard sous le nom de Puchot, fut longtemps enclavée dans l'abbaye de Saint-Just qui, après avoir subi diverses mutations, fut peuplée en 1147 par des religieux Prémontrés de Dammartin. Le village qui s'était groupé autour du tombeau portait depuis plus d'un siècle le nom de Saint-Just. Le culte du patron n'avait point disparu avec les reliques : aussi voyons-nous, en 1476, une indulgence de cent jours accordée aux pèlerins qui visiteraient la chapelle érigée à l'endroit où saint Just fut décapité. Ce sanctuaire a été détruit pendant la Révolution.

L'Église de Beauvais inscrivait jadis le nom de saint Just dans le canon de la messe. Il figure, à la prière *Hodie quoque*, avec ceux de saint Lucien, saint Maxien et saint Julien, dans le Missel que l'évêque Roger de Champagne fit écrire vers l'an 1600. Dans un autre Missel, un peu postérieur, donné à l'abbaye de Jumièges par Robert, archevêque de Cantorbéry, une préface propre est consacrée à saint Just. Une confraternité de prières existait de temps immémorial entre les Chapitres de Beauvais et d'Auxerre, en raison de la co-possession des reliques de saint Just. Le 18 octobre, on portait processionnellement sa châsse après le chant de Tierce, autour de la cathédrale de Beauvais. À la procession du dimanche des Rameaux, ce reliquaire était porté par les curés de Saint-Thomas et de Saint-Martin. Le nom de saint Just est inscrit au 18 octobre dans le martyrologe romain, dans ceux de saint Jérôme, d'Uvard, de Beauvais, d'Amiens, etc. La fête est marquée au 18 octobre dans tous les bréviaires du diocèse de Beauvais, où elle était jadis chômée ; au 19 octobre, dans le propre de Saint-Florent de Roye et dans le bréviaire de Rouen (1728) ; au 29 novembre, dans le propre de Saint-Riquier.

Saint Just est le patron de Saint-Just en Chaussée et de Saint-Just des Marest (canton de Beauvais). Une rivière qui va se confondre avec l'Avelon porte le même nom. Parmi les nombreuses localités de la France qui portent le nom de Saint-Just, il en est peut-être quelques-unes qui doivent leur dénomination à notre enfant martyr. C'est une vérification presque impossible à faire en raison de la confusion qui a régné, au moyen âge, entre le martyr du Beauvaisis et plusieurs de ses homonymes.

On construit en ce moment à Saint-Just en Chaussée une vaste église, en style du XIIIe siècle, qui sera dédiée à Notre-Dame de Grâce et à Saint-Just.

Nous avons vu que le chef de saint Just fut déposé dans l'église d'Auxerre, qui porta successivement les noms de Saint-Symphorien et de Saint-Amâtre. Grâce à l'entremise d'Othon III, un

fragment considérable fut donné à l'abbaye de Cerney, en Saxe, qui possédait déjà une partie du corps de saint Justin de Louvres, et qui crut ainsi augmenter les reliques d'un même martyr. Ce qui en restait à Auxerre fut en partie brûlé par les Huguenots en 1567. On ne saura qu'un fragment, dont nous voyons une translation faite par Pierre de Broc, en 1633, mais qui disparut en 93. Aujourd'hui encore en conserve à la cathédrale un os de la rotule, provenant de l'abbaye de Notre-Dame des Iles, à Auxerre, et donné probablement à une époque inconnue par l'Église de Beauvais.

À l'époque de l'invasion des Normands (838? 850? 851?) les corps de saint Just, de saint Gremer, de sainte Anguérène et de saint Exrols furent apportés dans l'enceinte de Beauvais, qui paraissait offrir un abri contre les profanations des pirates.

En 866, Odulphe, sacristain de Saint-Riquier, obtint d'Odon, évêque de Beauvais, un os de saint Just, dont la réception eut lieu le 12 juin; cette relique fut mise dans la châsse qui contenait le chef de saint Riquier.

En 1132, Pierre de Dammartin, évêque de Beauvais, transféra le corps de saint Just dans une nouvelle châsse, due à la générosité de quelques fidèles. Une autre translation eut lieu en 1264, sous l'épiscopat de Philippe de Dreux. Dans ces diverses reconnaissances, on remarqua l'absence de plusieurs parties du corps et, entre autres, du chef.

En 1674, la ville de Saint-Just s'enrichit d'une relique donnée par l'évêque Choart de Huzanval à l'abbaye des Prémontrés. Cette relique, conservée à l'église paroissiale de Saint-Just, a été visitée et authentiquée en 1860.

Il y avait jadis de ses reliques à la cathédrale de Rouen, à Picquigny, à Saint-Pierre d'Abbeville, etc. Celle qui est conservée à Saint-Pierre de Roye provient sans doute de la collégiale de Saint-Florent, où il y en avait une dans un bras d'argent, donnée par l'Église de Beauvais.

*Hagiographie du diocèse d'Amiens*, par M. Labbé Corblot. — Cf. *Acta Sanctorum*.

Événements marquants

  • Vision révélant la servitude de son oncle Justinien à Amiens
  • Voyage d'Auxerre vers Amiens avec son père Justin
  • Don de son habit à un pauvre à Melun
  • Reconnaissance miraculeuse de son oncle chez le marchand Loup
  • Dénonciation par un soldat de Rictiovare
  • Décapitation à Saint-Just-en-Chaussée
  • Miracle du corps se redressant et portant sa tête (céphalophorie)
  • Translation de sa tête à Auxerre par son père et son oncle

Miracles

  • Don de seconde vue (localisation de son oncle)
  • Reconnaissance d'un oncle jamais vu
  • Céphalophorie (se redresse et porte sa tête après décapitation)
  • Lumière miraculeuse émanant de sa tête à Auxerre
  • Guérison d'une jeune fille aveugle de naissance

Citations

Dieu du ciel et de la terre, recevez mon âme, car je suis innocent !

— Paroles du saint après sa décapitation

Quant à ma tête, portez-la à ma mère pour qu'elle l'embrasse. Si elle désire me revoir, c'est dans le Paradis qu'elle devra m'aller chercher.

— Paroles de la tête du martyr à son père

Date de fête

18 octobre

Décès

18 octobre (année inconnue, sous Rictiovare) (martyre)

Invoqué(e) pour

guérison de la cécité, fièvre (eau de la fontaine Sirique)

Autres formes du nom

  • Just (fr)
  • Justin (fr)
  • Justus (la)

Prénoms dérivés

Just, Justin

Famille

  • Justin (père)
  • Félicie (mère)
  • Justinien (oncle)