Saint Vaast (Vedast)
Évêque de Cambrai et d'Arras
Résumé
Saint Vaast fut l'illustre évêque d'Arras et de Cambrai et le principal fondateur de la religion chrétienne en Artois. Après avoir évangélisé le Beauvaisis, il mourut au VIe siècle et ses reliques furent l'objet de nombreuses translations, notamment à Beauvais pour échapper aux Normands. Son culte reste très vivace dans le nord de la France et en Angleterre sous le nom de Foster.
Biographie
RELIGUES DE SAINT VAAST. — TRÉSOR SACRÉ D'ARRAS.
Cet illustre évêque avait choisi sa sépulture dans une chapelle de bois qu'il avait fait bâtir, sur le bord de la petite rivière de Crinchon, hors de la ville. C'est là qu'au retour de ses courses apostoliques, il se rendait pour vaquer, comme autrefois à Toul, à la contemplation des choses célestes. Mais le lieu n'ayant pas été trouvé assez magnifique pour un si grand prélat, on le porta dans la grande église, sa cathédrale, qu'il avait aussi fait construire en l'honneur de Notre-Dame.
Ce ne fut que cent vingt-six ans après que ses dernières volontés furent exécutées par saint Aubert, l'un de ses successeurs sur le siège d'Arras. Le bienheureux Vaast, dit Alcuin, apparut au pontife, tenant à la main une baguette avec laquelle il mesurait, à côté de son petit oratoire, l'emplacement d'une basilique. Comprenant, par cette vision, que saint Vaast lui ordonnait de transporter ses reliques dans son oratoire, saint Aubert, accompagné de saint Omer, évêque de Thérouanne, les y fit déposer en 666, avec une grande solennité. En ce même lieu, il jeta les fondements d'une abbaye de Bénédictins qui fut achevée par son successeur Vindicien, enrichie et dotée par Thierry Ier, d'une vaste basilique, et enfin ruinée, comme tant d'autres monuments de la foi de nos ancêtres, par les démolisseurs de 93. L'église abbatiale a été depuis transformée en cathédrale, et subsiste encore au centre de la cité d'Arras, comme pour rappeler, dit un auteur, que cette pieuse fondation en fut l'origine et la gloire.
Bien que les restes du Saint vinssent, après sa mort, protéger le Beauvaisis, que le Pontife avait évangélisé et béni pendant sa vie ; au IXe siècle, les religieux de l'abbaye qui portait son nom les transférèrent à Beauvais, pour les préserver de la fureur sacrilège des Normands. Hildeman, évêque de Beauvais, et les fidèles de la ville, se rappelant les bienfaits que le Bienheureux avait prodigués à leurs pères, reçurent ses reliques avec des sentiments de gratitude, de vénération et de confiance. Durant l'espace d'environ cinquante ans, elles reposèrent, soit dans une chapelle de la cité, soit dans l'église de Saint-Étienne, qui, jusqu'au XVIIIe siècle, porta son nom, en même temps que celui du premier martyr. Leur présence à Beauvais fut signalée par plusieurs miracles.
Après les invasions des Normands, les religieux du monastère de Saint-Vaast d'Arras vinrent redemander le corps de leur saint patron. « Quoique Renovat, évêque de Beauvais », dit Godefroy Hermant, « ne pût sans peine se priver des saintes reliques qui faisaient l'ornement de la ville, il les rendit néanmoins à ceux qui les avaient confiées à l'un de ses prédécesseurs. Sa piété le porta à accompagner le pieux cortège, une très-grande partie du chemin, suivi d'une multitude de fidèles, mêlant leurs hymnes et leurs louanges aux cantiques du clergé ».
En témoignage de leur reconnaissance pour l'hospitalité que le corps de saint Vaast avait reçue à Beauvais, les religieux d'Arras y laissèrent quelques-unes de ses précieuses reliques. Depuis cette époque, le culte du Bienheureux fut très-populaire dans cette contrée. Plusieurs paroisses l'adoptèrent pour leur patron ; des pèlerinages s'établirent en son honneur ; et, partout où son nom fut invoqué avec confiance, saint Vaast se plut à donner des preuves de son crédit auprès de Dieu.
Dans le nord de la France, un grand nombre d'églises ont été dédiées à saint Vaast. On compte dans le diocèse actuel de Cambrai vingt-huit paroisses qui ont Saint-Vaast pour patron, huit dans le diocèse de Tournai : on en trouve plus encore dans celui d'Arras. Il y a encore aujourd'hui à Soissons une église portant son nom.
Les Anglais avaient autrefois une grande dévotion à saint Vaast, sous le nom de Foster. Camden prétend même que c'est de ce Saint que la famille de Foster tira son nom.
Saint Vaast avait à Toul, non loin de la cathédrale, son habitation, dont plus tard on fit une église, qui a subsisté jusqu'à la Révolution, et que l'évêque Pihon avait érigée en paroisse au XIe siècle. À certains jours de l'année, le chapitre de Toul y allait processionnellement faire la station.
Une partie des reliques du Saint était restée dans la cathédrale, car cette église ayant été brûlée en 1539 et rebâtie ensuite, on trouva, vers l'an 1640, sous un autel qu'on avait détruit, un bras de saint Vaast, avec une partie considérable de sa tête, et quelques ossements du reste du corps.
SAINT VAAST, ÉVÊQUE DE CAMBRAI ET D'ARRAS.
Un document conservé aux archives générales du département du Pas-de-Calais nous montre les religieux de Saint-Vaast, procédant, au siècle dernier, à la reconnaissance des reliques de leur patron. L'ouverture de la chasse se fit en présence des supérieurs de l'abbaye, revêtus de surplis et d'autres insignes de leur dignité. On alluma des cierges qui brûlèrent aussi longtemps que durèrent l'examen des ossements et la lecture des titres authentiques ; enfin, un acte de reconnaissance fut dressé, celui-là même que nous venons de mentionner.
En 1802, le 13 décembre, Mgr de La Tour-d'Auvergne, évêque d'Arras, constata qu'on possédait encore le même nombre d'ossements qui avaient été reconnus devant lui par les religieux de l'ancienne abbaye de Saint-Vaast d'Arras, et que le tout était conforme aux anciens authentiques. — Le 31 octobre 1804 et le 10 juin 1805, une partie des reliques furent données au curé de Bailleul et à Notre-Dame de Saint-Omer. Aujourd'hui une belle chasse, faite sur le modèle de celle des grandes reliques d'Aix-la-Chapelle, renferme la plus grande partie des ossements du saint évêque d'Arras.
Saint Vaast, étant le principal fondateur de la religion chrétienne dans l'Artois, on lui a donné pour cortège d'honneur les images des saints évêques les plus illustres du diocèse actuel d'Arras. C'est à ce titre qu'on a placé d'abord sur cette chasse saint Diogène, avec son costume d'évêque grec, son geste de bénédiction à la manière orientale, et son nom écrit en lettres grecques sur une même ligne verticale. Puis viennent saint Maxime, l'évêque voyageur, le bâton de pèlerin à la main, le patron spécial de Boulogne ; saint Omer, de Thérouanne, avec l'emblème de l'Église spirituelle qu'il fonda et l'enfant auquel il rendit la vue ; saint Aubert, d'Arras, avec saint Landelin, son disciple ; saint Géry, de Cambrai, foulant aux pieds le monstre de l'idolâtrie qu'il terrassa ; saint Folquin, de Thérouanne, avec la couronne impériale et la pourpre déposées près de lui, indices de sa parenté avec Charlemagne et des honneurs qu'il méprisa pour le service de Jésus-Christ. Enfin, saint Buntfride ou Buntfrey, de Thérouanne, tient le vaisseau allégorique dont lui parla le grand pape Nicolas quand il l'exhortait à tenir ferme au milieu des invasions des hommes du Nord et des ruines de son église désolée, et saint Vindicien nous rappelle d'autres temps de luttes et la fondation définitive de l'abbaye de Saint-Vaast, qu'il tient à la main. Toutes ces images ornent les deux longs côtés de la chasse. Sur les petits côtés on voit, en sculpture, l'image de saint Vaast lui-même, et celle de la Sainte Vierge, patronne, depuis toujours, de la cathédrale d'Arras, le cierge mystérieux à la main.
La chasse de saint Vaast est tout entière construite d'après le système du XIIIe siècle, et même un peu du XIIe siècle, avec pierreries, cimaux, crêtes ornées, pommes de pin, etc. C'est un gracieux monument.
Les autres églises particulières qui possèdent des ossements sacrés de saint Vaast sont Annexin, près Béthune, Wrogies, Vergies, au diocèse d'Amiens, Fouquières-les-Lens, Lattre-Saint-Quentin, l'hospice civil de la ville d'Aire, Morenil, au diocèse d'Amiens, le Saint-Sépulcre à Saint-Omer, le Pas, Bienvillers-au-Bois, le séminaire d'Arras, Laventie, Gonnehem, Fruges, Saint-Vaast-la-Mongue, au diocèse de Coutances ; les Bénédictines du Saint Sacrement d'Arras, Armentières, au diocèse de Cambrai ; Saint-Nicolas d'Arras, Saint-Pol, Notre-Dame de Saint-Omer.
Les objets dignes de vénération, que possède la ville d'Arras, constituent un des trésors sacrés les plus importants de la France. Outre le chef de saint Jacques le Majeur, le chef de saint Nicaise de Reims ; le corps de saint Vindicien, évêque d'Arras ; le chef de saint Léger, le rochet dont était revêtu saint Thomas de Cantorbéry, au moment de son martyre, le corps de saint Banulphe et celui de son fils, évêque d'Arras ; les reliques de plusieurs martyrs de la Légion thébéenne, les reliques insignes de saint Willibrord, un voile de la Sainte Vierge, toutes grandes et insignes reliques, dont nous parlons en leur lieu, la ville d'Arras possède en ce moment (mars 1872) diverses reliques dont voici la nomenclature :
1° Dans la sacristie de la Cathédrale, sont déposées les reliques suivantes : Deux reliques de la vraie croix ; — deux os de saint Bertin, abbé de Sithiu ; — un os de saint Vaast. — 2° De saint François de Sales, ex carne ; de saint Charles Borromée, ex praecordiis et tela humore imbuto : de saint André, apôtre, ex ossibus ; enfin de petites reliques de saint Pierre et de saint Paul. — 3° À la chapelle de Saint-Louis : un os de saint Folquin, évêque de Thérouanne, et deux os de saint Aubert, évêque d'Arras. — 4° À la chapelle de Saint-Charles : une relique de saint Charles, un os de saint Firmin, évêque d'Amiens, une relique de saint Vincent de Paul. — 5° À la chapelle de Saint-Vaast : une relique de saint Vaast, une relique de saint Omer, une de saint Maxime. Ce sont, on le voit, les trois patrons des trois diocèses dont est formé principalement le diocèse actuel d'Arras. — 6° À la chapelle de Saint-Jérôme : un os de saint Isbergue ou Giselle, sœur de Charlemagne ; deux fragments de la tête de sainte Christine, vierge et martyre. — 7° À la chapelle du Calvaire : un os de saint Roch. C'est là aussi que l'on expose la relique insigne (partie notable) du chef du bienheureux Benoît-Joseph Labre. — 8° À la chapelle de la Bonne-Mort : un os de saint Flour, martyr ; un os de saint Vulgan, évêque. — 9° À la chapelle du Sacré-Cœur : un os de saint Kilion, évêque ; un os de saint Josse, abbé. — 10° Dans la chapelle du Cloître du Grand-Séminaire, deux reliquaires semblables aux précédents renferment : un os de saint Silvio, évêque ; un os de saint Adrien. — 11° Dans la chasse nouvelle, dite des Reliques diverses, chapelle de l'Évêché, il y a les reliques suivantes :
6 FÉVRIER.
Sancti Tranquilli Martyris ; Sancti Caudidi Martyris ; SS. Xisti et Aliorum ; Pars unius ossis Sancti Stephani Protomartyris ; Sancti Wulfranesi Episcopi ; Sanctæ Apolloniæ Virginis ; Sancti Diemni Apostoli ; Sanctæ Berthæ Virginis ; Sancti Jacobi-Majoris Apostoli, pars unius ossis magni ; Sancti Kitiani Episcopi ; Sancti Richerii Abbatis ; Sancti Luglii ; Sancti Eulogii Abbatis ; Sancti Francisci Salesii ; Sancti Audomari ; Sancti Faustini ; Sanctæ Austrobertiae ; SS. Felicis et Naboris ; SS. Cassieni et Hippolyti ; Sancti Coroli ; Sancti Clementis Papa Martyris ; SS. Cornelii et Cypriani Mart. ; SS. Crispici et Crispiniani ; Sancti Longini ; Sancti Jacobi Martyris ; Sancti Mauri Martyris ; Sancti Marculli Abbatis ; Sanctæ Berthæ ; Sancti Judoci ; Sancti Martiani Mart. ; Sancti Petri Mart. ; Sancti Antonii Abb. ; Sancti Philippi de Neri ; Sancti Camilli ; Sanctæ Felicissimæ Virg. et Mart. ; os parvum Sancti Joannis-Baptistæ ; Sancti Simeonis Abb. ; Sancti Laurentii Diac. Mart. ; Sancti Maximi Episc. ; Sancti Rochi ; Sancti Rochi (bis) ; Sancti Vulgani ; Sancti Adalrici ; Sancti Martini Tarancisis ; Sancti Jacobi-Majoris (bis) ; de capite Sanctæ Claræ Virg. et Mart. ; de Sancto Francisco Xavieris ; Sancti Vincentii Mart. ; Sanctæ Restitutæ Mart. ; Sancti Andreæ Apostoli. — Il y a aussi quelques reliques provenant de l'ancienne abbaye d'Eaucourt. — 12° Enfin, dans les deux grandes châsses, se trouvent dans la chapelle du Grand-Séminaire, il y a les reliques suivantes :
PREMIER RELIQUAIRE. — *Reliquiae Sanctorum et Sanctorum : Pii martyris, Victoris martyris, Vedesti episcopi Atrebatensis, Barnabæ apostoli, Vincentii a Paulo, Capit. unius Virginis e numero XI. M. Virgin., Adriani martyris, Martyr. Gorcom. et aliorum.*
SECONDE RELIQUAIRE. — *Reliquiae Sanctorum et Sanctorum : Martyrum Legionis Thebaæ, Jucundi martyris, Theodora martyris, Maximi episcopi Boloniæ patroni, Caroli Borromæ, XI. M. Virgin., martyr., Liberati martyris, et aliorum.*
Il reste, en outre, dans le dépôt du Secrétariat, un très-grand nombre de reliques, qui n'ont point encore été déposées dans des châsses. Elles proviennent d'anciennes abbayes, entre autres celle d'Erne, et elles sont revêtues d'authentiques, de cachets, de soie antique, d'inscriptions sur parchemins, selon les usages divers des siècles où on les a visitées et reconnues. Ce dépôt est à lui seul un véritable trésor.
Signalons en terminant un morceau considérable de la Sainte-Chandelle d'Arras, qui a été sauvé de la Révolution, et l'étui qui le renferme.
La vie de saint Vaast a été écrite au long par Alcuin ; Surius l'a insérée en son premier tome ; Dellandus la rapporte aussi avec plusieurs autres. C'est de là et des auteurs qui ont écrit sur l'Histoire de France, comme aussi des Annales de l'Église du cardinal Barnabus que nous avons tiré ces détails. Mais, outre des historiens, saint Vaast a eu des poètes pour le chanter. Toussaint Sailly lui a consacré une sorte d'épopée : Antoine Moyer, un poème intitulé : *Ursus seu de rebus sancti Vedesti* (16-12, Paris, 1560). — Nous avons tiré grand profit d'une excellente brochure de M. Van Drival, intitulée : *Le Trésor sauvé d'Arras*.
---
Événements marquants
- Évangélisation du Beauvaisis
- Épiscopat à Arras et Cambrai
- Construction d'une cathédrale en l'honneur de Notre-Dame
- Translation des reliques par saint Aubert en 666
- Transfert des reliques à Beauvais au IXe siècle pour fuir les Normands
- Reconnaissance solennelle des reliques en 1802
Miracles
- Apparition à saint Aubert pour désigner l'emplacement d'une basilique
- Miracles signalés durant le repos des reliques à Beauvais
Citations
Ursus seu de rebus sancti Vedesti