Saint Félix de Valois

Fondateur de l'Ordre de la Très-Sainte Trinité pour la Rédemption des Captifs

Fête : 20 novembre 12ᵉ siècle • saint

Résumé

Prince de la maison de Valois, Félix renonce à ses titres pour devenir ermite puis moine à Clairvaux. Avec saint Jean de Matha, il fonde l'Ordre de la Sainte-Trinité à Cerfroid, dédié au rachat des chrétiens captifs des Maures. Sa vie est marquée par une charité héroïque envers les pauvres et une vision mystique d'un cerf portant une croix.

Biographie

SAINT FÉLIX DE VALOIS,

FONDATEUR DE L'ORDRE DE LA TRÈS-SAINTE TRINITÉ POUR LA RÉDEMPTION DES CAPTIFS

20 NOVEMBRE.

Cet aimable enfant avançait en vertus à mesure qu'il avançait en âge. Il n'avait des soins et des pensées que pour secourir les pauvres; il se privait de tout ce qu'on lui donnait pour leur en faire part; il leur portait les douceurs qu'on lui présentait; étant à table, il amassait sur son assiette tous les morceaux qu'il pouvait avoir, et, quittant la compagnie, sans avoir aucune vue humaine, il allait causer avec les pauvres et leur distribuer, avec une grande prudence et une grande bonté, tous les bons mets qu'il leur avait apportés. Il disait qu'il fallait préférer à tous ses devoirs ceux qu'on est obligé de rendre à Jésus-Christ dans la personne des pauvres.

Le pieux jeune homme, dans un âge plus avancé, ayant reconnu que son oncle, le comte Thibaud, aimait aussi à faire du bien à ceux qui étaient dans la nécessité, savait sagement tirer de lui de grosses sommes pour les assister : ce qui fit dire un jour à cet oncle qu'il croyait que le comte de Valois, son neveu, avait formé le dessein de le rendre pauvre pour rendre les pauvres riches. Il donnait souvent ses habits à ceux qu'il voyait dans le besoin, et il répondait à ceux qui lui disaient qu'il fallait user d'un peu de discrétion, que c'était le propre de la prudence de la chair de prendre toutes ces mesures, mais que la sagesse de l'esprit évangélique n'avait point toutes ces vues. Plus les pauvres étaient méprisables et dégoûtants, chargés d'ulcères et de plaies, plus il approchait d'eux et plus il les estimait. Un jour, un pauvre, couvert d'ulcères, vint implorer sa charité. Félix se déroba aux regards des gens de sa suite, conduisit le mendiant à l'écart et le revêtit de ses propres habits; mais Dieu permit que ces mêmes vêtements se trouvassent miraculeusement, le lendemain, sous le chevet du lit du jeune comte : ce qui le remplit d'étonnement et de reconnaissance envers la bonté divine, qui lui faisait connaître par là qu'on ne perd pas ce qu'on donne aux pauvres pour l'amour de Jésus-Christ.

Sa charité ne se bornait pas seulement à secourir ceux qui étaient privés des biens temporels; elle s'étendait aussi sur toutes les autres personnes affligées, qu'il tâchait de consoler par tous les moyens qui lui étaient possibles; il avait tant de compassion pour les criminels, qu'il lui semblait être lui-même chargé des chaînes dont il les voyait accablés, et l'on eût dit, à le voir gémir avec eux, qu'il en ressentait la pesanteur. Il travaillait avec de grands soins à obtenir leur grâce; il se rendait même leur caution. Il en délivra un d'une manière admirable, que l'Église raconte en son office. N'ayant encore que dix ans, il sut qu'on allait condamner un criminel à la mort pour des assassinats et des meurtres. Il se sentit intérieurement poussé à demander sa grâce, connaissant, par une lumière secrète, qu'il ferait pénitence et qu'il deviendrait un Saint. Il alla visiter ce malheureux dans son cachot et le convertit. Ensuite, il se mit en oraison, versa une très-grande abondance de larmes, et promit à Dieu de satisfaire autant qu'il le pourrait pour les crimes de celui en faveur duquel il priait. Cette action fut si agréable à Dieu, que le jeune comte mérita de recevoir une révélation dans laquelle il connut clairement que ce grand pécheur deviendrait un grand Saint. Plein de confiance en Dieu, il fit toutes sortes de démarches auprès des juges et de Thibaud, son oncle, dont le condamné était sujet; il fit tant qu'il obtint sa grâce. Ce pécheur se retira dans une affreuse solitude; il y fit une pénitence très-austère et y termina enfin heureusement ses jours.

Cependant, la réputation que ces vertus et ces prodiges firent à saint Félix le décida à s'éloigner pour chercher le calme et la solitude. Le divorce qui arriva entre Raoul, son père, et la comtesse Éléonore, sa mère, qu'il répudia pour épouser à son préjudice la princesse Alix-Pétronille, seconde fille du duc d'Aquitaine, ne fut pas un petit motif pour le confirmer dans son dessein; cette action injuste de Raoul, qui causa tant de douleur à Éléonore, attira les foudres de l'excommunication sur la personne du comte, son époux, obligea les légats envoyés exprès de Rome de soumettre à l'interdit toutes ses terres et tous ses domaines, et fit naître des guerres, cruelles dans l'État. Ces tristes événements, ces troubles, ces divisions et tant d'intérêts humains de tous côtés, ne contribuèrent pas peu à faire résoudre le saint jeune homme à abandonner le siècle et tout ce qu'il y pouvait prétendre pour aller chercher un lieu d'asile où il ne pensait uniquement qu'à l'affaire de son salut; il abandonna donc à Thibaud, comte de Champagne, son oncle et frère d'Éléonore, le soin de la réunion qu'il fallait ménager entre son père et sa mère, et quitta, suivant le conseil du Saint-Esprit, son peuple, sa patrie et la maison de son père pour se mettre dans le chemin du ciel.

Se souvenant qu'on lui avait dit plusieurs fois qu'il avait été offert à Dieu à Clairvaux, par les mains de saint Bernard, il alla en cette abbaye pour y renouveler et ratifier cette première consécration. Dès qu'il fut dans cette sainte communauté, il oublia en un moment toutes les affaires du monde; il croyait être dans le ciel en se voyant dans une maison où l'on vivait comme des anges. Rien ne lui parut difficile; il copiait facilement tout ce qu'il voyait d'édifiant dans les autres: les austérités, les jeûnes, les pénitences, les veilles, le travail, tout lui semblait facile; le pain de millet et d'avoine qu'on lui présentait, les feuilles de hêtre bouillies qu'on lui donnait pour ragoût, les légumes, les racines sauvages et toutes les autres choses semblables étaient pour lui des mets délicieux. Il y trouva Henri, fils de Louis le Gros et d'Alix de Savoie, qui devait un jour gouverner l'Église de Beauvais et plus tard celle de Reims. Les exemples de ce prince, comme ceux de saint Bernard, excitèrent son admiration et alimentèrent son zèle.

Quand Félix s'aperçut de l'estime dont il était l'objet, il voulut échapper aux tentations de l'amour-propre et se retirer dans une solitude inaccessible à la louange, où sa vie, son nom, sa mémoire resteraient ensevelis dans un éternel oubli. Il s'ouvrit de ses projets à saint Bernard, qui les approuva.

Pour mieux cacher son dessein, Félix se rendit à la cour de son oncle Thibaud, comte de Champagne. Il y fut reçu avec les honneurs qu'on devait à son rang, et, après un court séjour, il manifesta le dessein de visiter l'Italie. Thibaud ne vit là qu'un moyen de perfectionner l'éducation de son neveu, et lui fournit une escorte pour accomplir son excursion.

Dès que Félix eut traversé les Alpes, il songea à réaliser le projet qui avait guidé ses pas. Partout il s'enquérait du genre de vie qu'on menait dans les monastères, de la régularité qui y florissait, des saints personnages qui les édifiaient par leurs vertus. Ayant appris qu'un pieux anachorète avait confiné son existence au milieu des Alpes et pratiquait dans cette solitude une perfection surhumaine, il sentit soudain dans son âme un attrait mystérieux pour ce genre de vie, et résolut de se faire le disciple du saint anachorète, sans qu'on pût soupçonner le lieu de son exil volontaire. Il profita d'une excursion pour se dérober aux regards de sa suite et s'enfoncer dans la forêt. Lorsque ses serviteurs eurent remarqué son absence, ils se mirent à sa recherche; leurs tentatives prolongées restant infructueuses, ils crurent que leur maître avait péri dans quelque ravin et publièrent le bruit de sa mort.

20 NOVEMBRE.

Le jeune comte de Valois étant parvenu à trouver la grotte du solitaire, lui exposa son dessein d'ensevelir dans l'oubli son nom et son existence. Encouragé par le saint homme à réaliser ses humbles projets, le fils de Raoul et d'Éléonore changea son nom d'Hugues en celui de Félix, qu'il choisit pour exprimer le bonheur qu'il ressentait de se consacrer désormais tout entier au service du Seigneur.

A l'exemple du modèle qu'il s'était choisi, Félix prolongeait pendant la nuit ses prières et ses méditations, et s'adonnait à des austérités qui faisaient revivre en lui les traditions de la Thébaïde; il mortifiait son esprit encore plus que sa chair et soumettait toutes ses inclinations à la volonté divine. Il obéissait avec la docilité d'un enfant à son compagnon qui l'éprouvait parfois par des ordres inexécutables. Rien ne pouvait altérer la patience et la douceur de Félix; une paix délicieuse devenait le prix de son abnégation et de son immolation perpétuelle.

De si grandes vertus, soutenues avec tant de fidélité, engagèrent le vénérable solitaire à faire prendre les ordres sacrés à son disciple. Lorsque Félix eut reçu le caractère du sacerdoce, il recommença à affliger son corps par de nouvelles mortifications; il ne prenait presque point de nourriture; son obéissance à son supérieur était si grande que celui-ci, plein d'admiration, traitait Félix comme son frère et lui demandait souvent des conseils touchant la vie intérieure. Ce saint vieillard, sachant qu'il allait mourir, fit part de cette nouvelle à son cher disciple, et lui donna ses derniers avis pour suivre avec fidélité sa vocation; il lui laissa pour héritage sa cellule et son désert, et enfin il expira entre ses bras.

Quelque temps après, suivant l'attrait de la grâce, notre Saint revint en France, où sa longue absence, l'altération de ses traits, le changement d'habits l'empêchèrent d'être reconnu. Il se bâtit une petite cellule dans le diocèse de Meaux, au milieu d'une forêt qui était alors affreuse et impraticable, remplie de bêtes féroces et presque inaccessible aux hommes par sa situation; il y construisit un petit oratoire. Ce lieu, qu'on appela depuis Cerfroid, était fort incommode, il fallait aller chercher de l'eau à une demi-lieue de là; cette difficulté n'étonna point ce pieux solitaire accoutumé au travail, et ce repaire des bêtes féroces devint pour lui un paradis; il y mena une vie tout angélique; il semblait ne vivre que par miracle; il passait quelquefois les semaines sans rien prendre; quelques racines sauvages ou quelques morceaux de pain bis qu'on lui apportait des villages, faisaient toute sa nourriture. Il passait les nuits et les jours en oraison et dans la contemplation de nos plus saints mystères.

Ce fut dans le secret du profond silence de cette aimable solitude que Dieu donna à Félix les premières idées de l'Ordre de la Rédemption des Captifs, dont il voulait le faire fondateur avec saint Jean de Matha; il eut, à cette occasion, une vision qui le prépara à ce grand dessein. Étant près de la fontaine où il allait prendre tous les jours sa petite réfection, il aperçut un cerf qui venait se rafraîchir dans le courant de ses eaux et qui portait entre ses branches une croix rouge et bleue; il ne put pénétrer ce mystère dans ce moment, et il n'en connut le secret que dans la suite.

Lorsque Dieu commençait à découvrir ses desseins à Félix dans sa solitude, il en instruisit aussi Jean de Matha, lequel, obéissant à une voix secrète, vint chercher Félix dans son désert. Comme ils avaient reçu du ciel les mêmes impressions sur l'institution de l'Ordre de la Rédemption des Captifs, ils ne doutèrent plus que Dieu ne fût l'auteur de ce dessein et qu'ils ne dussent demeurer ensemble pour jeter les premiers fondements de cet institut.

Ils jugèrent d'abord à propos de se tracer par écrit des Règles qu'ils pussent suivre avec fidélité : ils chantaient ensemble l'office divin avec une modestie angélique ; ils ne prenaient presque point de repos pendant la nuit ; ils ne faisaient qu'un repas le jour ; leur nourriture était un morceau de pain qu'ils allaient manger sur le bord de la fontaine dont nous avons parlé. Ils demeurèrent trois années en ce lieu dans l'exercice des vertus les plus héroïques et les plus austères, guérissant miraculeusement tous les malades d'alentour ; ils prièrent néanmoins Notre-Seigneur, avec une grande abondance de larmes, de transporter à d'autres ce don insigne qui leur attirait trop de monde et de réputation : ils préféraient la vie inconnue et cachée à ces grandes actions d'éclat. C'était une chose digne d'admiration et d'une grande édification, que de voir ces deux saints anachorètes se rapporter l'un à l'autre ce grand pouvoir de guérir les malades.

La divine Providence leur adressa plusieurs disciples qui, abandonnant généreusement biens, parents, patrie, plaisirs, honneurs, fortune, vinrent se ranger sous la discipline de ces vénérables maîtres dans la voie du salut. Ils reconnurent si bien la vanité des grandeurs et des délices du monde, en les comparant à la solidité et aux véritables plaisirs qu'ils trouvaient par leur propre expérience dans le silence des forêts, qu'ils s'affermirent en très-peu de temps dans leur sainte vocation. Les règles et l'exemple que leur donnèrent les deux saints anachorètes furent les deux plus puissants moyens qui les conduisirent à la perfection à laquelle ils aspiraient.

Dieu inspira à ces deux célèbres solitaires d'aller à Rome pour consulter le souverain Pontife sur leur dessein. Dociles à la voix du ciel, ils abandonnèrent leurs disciples aux soins de la divine Sagesse, et partirent, quoique la saison commençât à être fâcheuse. Quelques jours après leur arrivée à Rome, le Pape approuva leur institut, ainsi que nous l'avons dit dans la vie de saint Jean de Matha, au 8 février.

Après de si heureux succès, ils revinrent en France et allèrent consoler les chers disciples qu'ils avaient laissés à Cerfroid, aux soins de la seule Providence. Ils travaillèrent aussitôt à perfectionner les règles et les constitutions qu'ils avaient déjà commencées. Jean de Matha retourna peu de temps après à Rome pour faire confirmer la Règle, après l'avoir entièrement perfectionnée, de sorte que Félix de Valois demeura seul supérieur de Cerfroid ; ce fut alors qu'il travailla à donner un grand accroissement à l'Ordre, dont il avait été déclaré Patriarche par le vicaire de Jésus-Christ. Un grand nombre de bons sujets vinrent se présenter pour être sous sa sage conduite ; plusieurs personnes de qualité et de ses proches parents lui donnaient tout ce dont il avait besoin pour la construction des bâtiments nécessaires. Il était le conseil de tout le pays et le médecin corporel et spirituel de tous les affligés ; il guérissait miraculeusement tous les malades et donnait des avis consolants et salutaires à tous ceux qui le consultaient sur leurs peines.

Tout l'enfer s'éleva contre cet Ordre naissant. Les démons attaquèrent d'abord le saint Patriarche par une infinité d'assauts qu'ils lui livrèrent; tantôt en lui inspirant des sentiments de vaine gloire et de complaisance sur les grands progrès qu'il faisait dans son Ordre; et d'autres fois, ils le voulaient surmonter à force ouverte, en le chargeant, même extérieurement, d'une infinité de coups, et en inquiétant ses disciples et ses nouveaux religieux par une infinité de mauvaises impressions et de suggestions malicieuses et diaboliques qui tendaient toutes à faire quitter le désert à ces innocents solitaires, et à leur persuader de retourner dans le monde; mais Félix, toujours heureux dans les assauts, et toujours victorieux dans les rudes combats, ne perdit aucun de ceux que le ciel lui avait confiés, et se conserva toujours lui-même jusqu'à la mort le plus humble de tous les hommes.

Quoique ce saint Patriarche fût obligé de se jeter par nécessité, et contre toutes ses inclinations, dans une infinité de soins et de travaux extérieurs auxquels les bâtiments de ses monastères l'engageaient tous les jours, c'était néanmoins un spectacle digne de grande admiration, de voir la modestie continuelle et le recueillement tout angélique dans lequel il savait se conserver. Il suffisait de le voir pour être touché de dévotion, et plusieurs ont avoué que son seul maintien extérieur et le regard seul de sa face vénérable avaient opéré en eux de grands sentiments de conversion. Rien ne pouvait lui faire perdre ses heures d'oraison; et si la nécessité mettait pendant le jour de l'interruption à ce doux exercice qui faisait toutes ses délices, il savait se dédommager amplement pendant la nuit; il passait assez souvent le temps, depuis le soir jusqu'à Matines, à adorer, à prier et à gémir devant le Christ au pied du grand autel de l'église où le saint Sacrement reposait, et, après les Matines, il se retirait dans une chapelle de la sainte Vierge, pour y passer le reste de la nuit dans d'autres semblables exercices de piété et de pénitence.

Il avait une dévotion très-singulière pour la Mère de Dieu; il la faisait honorer sous le titre de Notre-Dame du Remède, pour indiquer que nous devons nous adresser à elle pour obtenir la guérison de nos maux: on érigea, depuis, sous ce nom, une Confrérie de Notre-Dame qui a été unie à celle de la Sainte-Trinité.

Saint Félix ayant appris par révélation que sa mort approchait, en fit part à ses disciples. Il avait un seul désir sur la terre: c'était de voir encore une fois, avant de mourir, le Père Jean de Matha. Dieu ne désapprouva pas cet innocent souhait; il lui fit même connaître qu'il le verrait, et Félix déclara par avance, à ses disciples, que le Père Jean de Matha allait bientôt arriver: l'événement prouva sa prédiction: le Père de Matha, contre toute apparence, arriva et apporta une joie indicible aux maisons de l'Ordre déjà établies en France. Félix conféra avec lui pour la dernière fois de toutes les affaires de l'Ordre. Jean de Matha lui fit le récit de toutes les bénédictions que Dieu avait données sur les maisons qu'il avait établies en Espagne, en Italie, et il lui raconta avec quels heureux succès il avait fait plusieurs rédemptions sur les côtes de Barbarie, à Tunis, à Alger et dans le royaume de Valence. Félix, de son côté, fit part à Jean de Matha des progrès de l'Ordre en France, des monastères qui avaient été fondés, des dispositions prochaines qu'il y avait pour en établir d'autres nouveaux, et des aumônes qu'il avait en dépôt pour aller faire des rédemptions aux pays des infidèles, de l'observance régulière et des autres choses nécessaires pour maintenir l'Ordre et lui donner de l'accroissement.

Son saint ami étant reparti pour l'Italie, Félix fut attaqué d'une fièvre qui fit juger que son heure n'était pas loin, étant aussi âgé et aussi consumé de travaux et d'austérités qu'il l'était. Il fut favorisé de plusieurs extases pendant sa maladie; il reçut le saint Viatique et l'Extrême-Onction avec des sentiments d'une dévotion tout angélique, et il entra dans un ravissement après avoir reçu ces derniers secours de l'Église; en étant revenu, il prononça encore quelques paroles animées du feu d'un amour tout séraphique, qui faisaient voir l'ardeur dont son cœur venait d'être embrasé; enfin, sa voix s'éteignit, et, en levant les yeux au ciel, où était déjà son cœur, il rendit son esprit à Dieu en donnant un baiser d'amour à l'image de Jésus-Christ en croix. C'était le 4 novembre de l'année 1212. Son visage parut aussitôt tout environné de lumière. Son corps exhala une odeur si suave, qu'elle surpassait celle des parfums les plus exquis. La mort de ce grand serviteur de Dieu ne fut pas inconnue à saint Jean de Matha : Félix de Valois ne fut pas plus tôt décédé, qu'il lui apparut tout environné de gloire et de lumière.

On représente saint Félix de Valois un crucifix à la main, pour rappeler son attachement à la mortification et aussi peut-être la dernière circonstance de sa vie. On lui donne encore pour attribut une bourse et un cerf crucifère.

Giacinto Calendrucio l'a peint tenant un étendard aux armes de Valois et ayant à ses côtés un captif délivré de ses chaînes.

Une médaille octogone, frappée à Rome au XVIIe siècle, représente, d'un côté, saint Félix de Valois et saint Jean de Matha auxquels apparaît un ange entouré de deux esclaves, et de l'autre, la Vierge se montrant à saint Félix, revêtue des habits de son Ordre, chantant l'office avec lui et une foule d'anges qui s'étaient placés dans les stalles de l'église de Cerfroid.

Les Trinitaires avaient pour armes l'ancien écu de France aux fleurs de lis sans nombre, avec la croix rouge et bleue en abyme. Deux cerfs servaient de support. On voit que ces armoiries rappelaient tout à la fois la naissance princière de saint Félix et l'origine miraculeuse de l'Ordre.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Félix fut inhumé dans l'église de Cerfroid, localité qui faisait partie du diocèse de Meaux, et qui, depuis le Concordat, appartient à l'Église de Soissons. Son tombeau devint un lieu de pèlerinage très fréquenté. On l'invoquait surtout pour les enfants atteints de langueur; il était spécialement honoré par l'Église de Meaux dès l'an 1219.

Sauf cette exception, le culte de saint Félix de Valois ne fut longtemps qu'une prérogative de l'Ordre des Trinitaires. Ce n'est qu'au 1er mai 1262 que les honneurs de la canonisation solennelle lui furent rendus par Urbain IV, dont la bulle originale, datée du 4 octobre 1263, fut égarée dans le cours des âges suivants. Aussi, quand les Trinitaires, au XVIIe siècle, sollicitèrent l'inscription du nom de leurs fondateurs dans le Bréviaire romain, ils ne purent que produire des preuves équivalentes, en montrant que Jean de Matha et Félix de Valois jouissaient de temps immémorial des honneurs du culte, et qu'ils avaient été qualifiés de saints par plusieurs papes, notamment dans une bulle d'Urbain VIII. Louis XIV fit intervenir sa puissante sollicitation, et la sacrée Congrégation des Rites, en 1671, inscrivit le nom de saint Félix au 4 novembre dans le martyrologe romain.

Plus tard, on s'aperçut que la fête de saint Félix de Valois était toujours primée par celle de saint Charles Borromée, qui coïncidait avec elle; et en 1679, elle fut rejetée au 29 novembre.

On a fait de vaines recherches à Cerfroid en 1705 pour retrouver la sépulture de saint Félix de Valois. Une petite relique est conservée dans le monastère actuel.

Les Trinitaires de Saint-Quentin quittèrent cette ville au milieu du XIIIe siècle, pour s'établir à Templeux-la-Fosse, dans le doyenné actuel de Boisel. Leur charte de fondation, donnée par Vermand, évêque de Noyon, est datée du 29 janvier 1254. Ce furent ces religieux qui, en 1665, prirent la direction du collège de Péronne.

En 1866, M. l'abbé Capella, curé d'Authie, vicaire général de Mgr Massais, vicaire apostolique

20 NOVEMBRE.

des Gallas (Abyssinie du sud), a fondé, dans le diocèse d'Amiens, l'œuvre du rachat des esclaves, qui est annexée à l'Ordre de la Sainte-Trinité et adoptée par celui de Notre-Dame de la Merci.

Nous nous sommes servi, pour composer cette biographie, de la Vie des Saints Jean de Matha et Félix de Valois, par le R. P. Ignace Dilloud ; et de l'Hagiographie du diocèse d'Amiens, par M. l'abbé Corblot.

Événements marquants

  • Offert à Dieu à Clairvaux par saint Bernard
  • Retrait à l'abbaye de Clairvaux
  • Exil volontaire dans les Alpes et vie d'anachorète
  • Changement de nom de Hugues en Félix
  • Installation au désert de Cerfroid
  • Vision du cerf crucifère près d'une fontaine
  • Rencontre avec saint Jean de Matha
  • Voyage à Rome pour l'approbation de l'Ordre
  • Fondation de l'Ordre de la Très-Sainte Trinité

Miracles

  • Vêtements donnés à un pauvre retrouvés sous son chevet
  • Guérisons miraculeuses de malades à Cerfroid
  • Vision d'un cerf portant une croix rouge et bleue
  • Apparition de la Vierge et des anges chantant l'office à Cerfroid
  • Apparition posthume à saint Jean de Matha

Citations

Il fallait préférer à tous ses devoirs ceux qu'on est obligé de rendre à Jésus-Christ dans la personne des pauvres.

— Texte source

Date de fête

20 novembre

Époque

12ᵉ siècle

Décès

4 novembre 1212 (naturelle)

Invoqué(e) pour

enfants atteints de langueur, rachat des esclaves, secours des pauvres

Autres formes du nom

  • Hugues (fr)

Prénoms dérivés

Félix, Hugues

Famille

  • Raoul (père)
  • Éléonore (mère)
  • Thibaud, comte de Champagne (oncle)
  • Alix-Pétronille (belle-mère)