Saint Félix de Nantes

Évêque de Nantes

Fête : 7 juillet 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Né à Bourges au VIe siècle, Saint Félix devint évêque de Nantes en 550. Prélat bâtisseur et diplomate influent, il acheva la cathédrale, réalisa d'importants travaux d'urbanisme comme le port de la Fosse et servit de médiateur lors des guerres civiles mérovingiennes. Il mourut en 582 après un épiscopat marqué par sa charité envers les pauvres et son zèle pour la discipline ecclésiastique.

Biographie

SAINT FÉLIX, ÉVÊQUE DE NANTES

Virtutum bonum quoddam et stabile fundamentum humilitas est; si nutet, illa virtutum aggregatio non nisi ruina est.

L'humilité est le seul bon et solide fondement des vertus ; si elle chancelle, tout l'édifice des vertus n'est bientôt qu'une ruine.

Saint Bernard.

Saint Félix naquit dans la ville de Bourges, en Berry. Son père s'appelait aussi Félix, et était fils d'un autre Félix qui fut élevé au consulat, avec Secondinus, en l'année 541. Sa mère était d'une race très-illustre au pays d'Aquitaine : de sorte qu'il n'y avait guère de noblesse en cette province, avec laquelle notre Saint n'eût quelque alliance, et même saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, dans les vers qu'il a composés en son honneur, lui fait tirer son origine des anciens rois de ce pays.

Lorsqu'il fut sorti des premières années de l'enfance, ses parents eurent soin de son éducation. Il se livra à l'étude avec beaucoup d'ardeur ; et comme il avait le naturel docile, l'esprit excellent et la mémoire si heureuse, qu'il n'oubliait rien de ce qu'on lui avait appris, il y fit beaucoup de progrès. Il était d'ailleurs doux, modeste, sérieux et si porté à la vertu, qu'il ne se plaisait à aucun de ces jeux et divertissements que les autres enfants recherchent avec tant de passion. Ses études étant achevées, comme il se sentit appelé à l'état ecclésiastique, il entra dans les saints Ordres,

SAINT FÉLIX, ÉVÊQUE DE NANTES.

selon les règles établies par les canons, et célébra sa première messe l'an de grâce 540, le vingt-septième de son âge. Il vécut en cet état plusieurs années, avec une intégrité de mœurs et une piété si exemplaires, que la réputation de sa sainteté se répandit bientôt dans toute la France, et même jusque dans la Bretagne Armorique, qui n'était pas alors sous la domination de nos rois. Evemer, autrement dit Eumerius, évêque de Nantes, étant mort, le peuple et le clergé choisirent d'une commune voix Félix pour remplir sa place et pour être leur pasteur. Tout le diocèse conçut une grande joie de cette élection ; on lui envoya aussitôt des députés qui l'amenèrent à Nantes ; il y fut reçu avec tous les honneurs dus à sa dignité et à ses grands mérites (550).

L'odeur de ses vertus et de sa doctrine ne fut pas resserrée dans les bornes de la Gaule, elle s'étendit aussi par toute l'Europe ; mais les louanges qu'il recevait de la part des hommes ne lui donnaient aucun sentiment de vanité : il en prenait, au contraire, occasion de s'humilier davantage et de rapporter à Dieu seul tout le bien qu'on lui voulait attribuer. Ce digne prélat gouverna le troupeau qui lui était confié avec une grande douceur, une sagesse merveilleuse, un zèle ardent du salut des âmes et une charité incomparable. Il eut toujours beaucoup de soin des religieux et des ermites de son diocèse, particulièrement de saint Friard, qui s'était retiré dans une île de la rivière de la Loire, vis-à-vis de la paroisse de Benais. Il l'honorait souvent de ses visites, et lui fournissait les choses nécessaires à la vie. Il faisait assembler dans son palais épiscopal un certain nombre de jeunes clercs qu'il dressait et instruisait lui-même pour les rendre capables de le servir dans la réforme de son diocèse, et de porter même le flambeau de la foi aux infidèles et aux hérétiques. C'est de ce séminaire de doctrine et de sainteté que sortit le glorieux Martin de Vertou, que saint Félix fit archidiacre de Nantes. Il l'envoya à Herbauges pour y prêcher l'Évangile aux habitants qui étaient encore plongés dans les ténèbres du paganisme ; mais ces détestables idolâtres ayant traité avec outrage un si saint missionnaire, ils en furent punis dans toute la rigueur de la justice de Dieu : car leur ville s'abîma, et elle n'est plus à présent qu'un lac nommé Grand-Lieu.

L'application de ce saint pasteur aux fonctions spirituelles de sa charge ne l'empêcha pas d'étendre aussi ses soins sur les temporelles ; il pensa donc à achever son église cathédrale, que son prédécesseur avait laissée imparfaite. Il employa à ce dessein, non-seulement les revenus de son évêché, mais aussi les biens de son patrimoine, avec beaucoup d'aumônes qu'il recevait pour ce sujet ; mais comme les guerres qui survinrent firent souvent interrompre cet ouvrage, il ne put être fait qu'au bout de sept ans. La plus sanglante fut celle que Clotaire Ier, roi de France, fit en Bretagne, contre son fils Chramne, qui, bien que révolté pour la seconde ou la troisième fois contre son autorité royale et paternelle, avait néanmoins trouvé un asile et une protection auprès de Conobert, comte de Rennes et de Nantes. On sait que ce monarque, n'ayant pu obliger le comte ni par ses prières, ni par ses menaces, à lui remettre son fils entre les mains, se mit enfin à la tête d'une puissante armée qu'il conduisit lui-même devant Nantes : Conobert et Chramne étant sortis au-devant de lui, près de la mer, y furent entièrement défaits : le premier y demeura sur la place, et le second y fut fait prisonnier dans sa fuite ; ce malheureux prince fut brûlé tout vif dans une chaumière avec sa femme et ses enfants, par le commandement du roi son père (560).

Cette victoire ayant mis le pays hors d'état de résister à Clotaire, la

7 JUILLET.

ville de Nantes fut obligée de lui ouvrir ses portes et de se mettre à sa discrétion ; mais saint Félix, qui le reçut à son entrée, toucha par ses prières et par ses larmes cet esprit inhumain, et obtint que son peuple serait traité avec toute sorte de douceur. Il entra même depuis si avant dans les bonnes grâces de ce prince, que, quand il voulut s'en retourner en France, il laissa au saint prélat le gouvernement de la ville et du comté de Nantes. C'était pour lui une charge bien pesante, et dont il avait une extrême aversion ; mais, comme il vit que c'était aussi un moyen favorable que la divine Providence lui présentait pour le soulagement de ses diocésains, réduits par la guerre à la dernière misère, il l'accepta pour un temps. Ce fut alors que sa prudence et sa force d'esprit parurent dans tout leur éclat ; car, sans rien diminuer des soins qu'il devait à sa charge pastorale, il s'acquitta si dignement de tous les devoirs d'un bon gouverneur de ville et de province, qu'on fut obligé d'avouer que le roi n'aurait jamais pu faire un meilleur choix.

Il était en une telle estime par toute la Bretagne, que les plus grands seigneurs s'en remettaient à son jugement des différends qui naissaient entre eux. Par le crédit que sa vertu lui donnait, il détourna Conon (Canao), comte de Vannes, qui avait déjà fait mourir trois de ses frères pour n'avoir point de compétiteur en son État, de faire le même traitement à Macliau son quatrième frère. Cependant, Macliau donna bien de la peine à notre Saint, car, d'abord, pour ôter tout soupçon au comte, son frère, et pour éviter sa fureur qui pouvait se rallumer, il mit sa femme dans un monastère, embrassa l'état ecclésiastique, et fut même consacré évêque de Vannes ; mais son frère étant venu à mourir, il reprit l'esprit du monde, et, poussé par une ambition plus que diabolique, il abandonna les autels, foula aux pieds le sacerdoce, et, par une apostasie scandaleuse, renonça à l'auguste qualité de prélat dans l'Église de Jésus-Christ pour se remettre avec sa femme et se rendre le maître de la souveraineté. Saint Félix fit tout son possible, par ses prières et par ses remontrances, premièrement pour l'empêcher d'en venir à ce point, ensuite pour le porter à la pénitence et le retirer d'un abîme si funeste ; mais cet apostat demeura obstiné dans son péché et résista toujours à la grâce de Jésus-Christ, qui parlait par son serviteur : il en fut puni, car il fut tué par Théodoric, fils de Budik, comte de Cornouailles.

Toutes ces choses se passaient hors du ressort de Nantes ; mais ce comté, que Clotaire avait uni à sa couronne, et où il avait laissé garnison, ne demeura pas longtemps en paix ; car Dunalic, fils de Conobert, voulant rentrer dans les États de son père, y amena une forte armée avec l'aide des autres princes de Bretagne, et y fit de grands ravages, et celle que le roi Chilpéric, fils de Clotaire, y envoya contre lui, n'y fit pas un moindre dégât : de sorte que le saint évêque eut la douleur de voir son diocèse exposé au pillage de deux puissants adversaires. Il allait sans cesse trouver les chefs de l'un et de l'autre parti pour ménager entre eux une paix qui remit la province en repos ; mais, comme ni les uns ni les autres ne voulurent point céder de leurs prétentions sur Rennes et sur Nantes, tout ce qu'il put gagner sur eux fut qu'ils épargneraient en sa considération le pays que la divine Providence avait commis à sa charge : ce qui lui donna un peu de soulagement et de relâche. Cet excellent prélat fit faire de beaux travaux publics pour la commodité de ses diocésains. Il donna un nouveau lit à la Loire et lui fit environner les murailles de la ville ; il creusa et approfondit celui de l'Erdre pour la rendre plus propre au commerce ; il fit construire le port de la Fosse, un des plus beaux de toute l'Europe. Le soin du temporel

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ne ralentissait en rien sa sollicitude pour les affaires ecclésiastiques.

L'an 567, sous le pape Jean III, fut assemblé un concile national à Tours, pour divers besoins de l'Église. L'archevêque Euphrone y présida, et notre Saint, qui était de sa province, ne manqua pas de s'y trouver. On y fit de très-beaux canons pour la réformation des mœurs et pour l'utilité des diocèses. Le troisième ordonne qu'on conserve le corps de Jésus-Christ sur l'autel, non pas au rang des images, mais sous la croix. Le cinquième, que chaque ville nourrisse ses pauvres et que les ecclésiastiques, aussi bien que les bourgeois qui en auraient le moyen, nourrissent chacun le leur, afin d'empêcher la mendicité et le vagabondage. Le vingt-deuxième, que les curés et les prêtres ne manquent point de corriger par les censures ecclésiastiques ceux qui, retenant encore des restes du paganisme, offriraient des sacrifices à Janus au premier janvier, ou présenteraient des viandes au jour de la chaire de saint Pierre, ou feraient des cérémonies inconnues à l'Église auprès de certaines pierres, arbres ou fontaines. Saint Félix souscrivit à ces canons en ces termes : « Félix, pécheur, évêque de l'Église de Nantes, j'ai consenti et j'ai souscrit ». Étant retourné dans son diocèse, il en fit la visite en commençant par sa métropole, pour les faire observer plus exactement. Il eut un soin particulier que le saint Sacrement fût placé sur tous les maîtres-autels avec beaucoup de décence et d'honneur. Désirant que personne ne se dispensât de secourir les pauvres, il en donna l'exemple le premier. Il choisit un bon nombre des plus misérables qu'il se chargea de faire subsister, et à qui il faisait donner tous les jours ce qui leur était nécessaire pour un honnête entretien. On s'empressa d'imiter une action si édifiante : l'ecclésiastique et le laïque, le gentilhomme et le bourgeois, le magistrat et l'homme privé, chacun, selon ses moyens, prit un ou plusieurs pauvres et contribua selon son pouvoir à les tirer de leurs pressantes nécessités, de sorte qu'en peu de temps on ne vit plus de mendiants dans les rues de Nantes.

Il n'eut pas grande peine à établir le même ordre dans les autres lieux de son diocèse ; mais ce qu'il trouva plus difficile, ce fut de faire observer le vingt-deuxième canon, surtout en certains villages, où les paysans, en embrassant le Christianisme, avaient néanmoins encore retenu beaucoup de superstitions du paganisme. Cependant, il s'appliqua avec tant de prudence et de vigueur à réformer cet abus, qu'il en vint heureusement à bout et qu'on se défit partout, au moins en public, de toutes les observances et des cérémonies que l'idolâtrie y avait introduites.

Sa charité, qui était sans bornes, ne put être renfermée dans l'enceinte de son diocèse ; il la répandit au dehors, en envoyant de l'argent pour racheter des prisonniers qui étaient entre les mains des Saxons. L'édifice de sa cathédrale étant achevé avec une magnificence et une beauté qui n'avaient point leur semblable dans aucune autre église de France, il en fit la dédicace en présence de plusieurs prélats. Saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, était du nombre : et c'est ce qui lui donna l'occasion de faire la description en vers des ouvrages d'architecture, des riches tableaux, des vases sacrés d'or et d'argent, et des autres ornements qu'il vit dans ce superbe temple. Lorsqu'il fut dédié, saint Félix eut soin d'y faire célébrer avec beaucoup de solennité et de révérence les divins offices et le sacrifice auguste de la messe, et d'y assembler souvent tout le peuple pour lui distribuer le pain de la parole de Dieu. Voici un autre trait du zèle que ce bienheureux prélat avait pour la sainteté de la maison de Dieu. Un jeune libertin, capitaine de la garnison française, lui ayant souvent demandé et fait demander sa nièce en mariage sans pouvoir rien obtenir, eut l'effronterie de l'enlever à la faveur de ses soldats, afin de l'épouser malgré lui ; et, pour éviter les poursuites de la justice, il se réfugia avec elle dans l'église de Saint-Alban. Le Saint n'ignorait pas la sainteté des asiles, pour qui les empereurs et les rois et surtout les pontifes et les évêques avaient toujours eu une souveraine vénération ; mais, sachant bien qu'ils étaient pour les criminels et non pour les crimes, et qu'ils ne devaient pas servir de retraite aux impies, pour commettre plus librement leurs sacrilèges, il entra lui-même courageusement dans cette église et lui arracha cette proie qu'il voulait immoler à sa passion au pied du sanctuaire.

Il serait à souhaiter que les auteurs qui vivaient de son temps nous eussent marqué plus en particulier les autres actes héroïques de vertu qu'il a pratiqués durant sa vie ; nous y verrions sans doute un exercice continuel de la foi, de l'espérance et de la charité, de l'humilité, de la pénitence, de l'austérité chrétienne et de toutes les autres vertus, qui composent l'homme parfaitement spirituel. Il eut sur la fin un démêlé avec saint Grégoire de Tours, qui aussitôt après sa promotion à ce siège archiépiscopal, s'offensa d'un service rendu par Félix à Riculphe, qui avait été son compétiteur, et lui écrivit à ce sujet des lettres fort aigres. Le zèle de saint Grégoire fut sans doute en cette circonstance un peu précipité. Il faut admirer la douceur et la patience de Félix qui, malgré ces reproches, conserva toujours à son égard le respect et l'amour qu'il devait à sa dignité et à son mérite.

Enfin, dans une maladie contagieuse qui dépeupla presque toute la Bretagne, il fut lui-même cruellement attaqué ; il lui en demeura une fièvre et une langueur qui lui causèrent des douleurs extrêmement aiguës, et l'enlevèrent enfin de ce monde vers l'an 582, dans la soixantième année de son âge. Son corps fut enterré avec de grands honneurs dans la superbe cathédrale qu'il avait fait bâtir, et plusieurs miracles firent dès lors connaître son mérite. Le nombre des guérisons qui se firent dans la suite à son tombeau, engagea un de ses successeurs à le lever de terre, et à le faire enfermer dans une chasse d'argent doré. Sa tête néanmoins fut séparée du reste du corps et mise dans un chef d'argent. On l'invoque particulièrement contre la peste, contre la guerre et contre la dislocation des membres.

La ville de Nantes ne conserve plus aucune relique de saint Félix depuis la révolution française. Aucune chapelle de la cathédrale n'est dédiée à ce saint évêque. Depuis 1857, la fête se fait double mineur, le 7 juillet, jour de la translation de ses reliques ; avant le XVIIe siècle, la fête de saint Félix était célébrée le 8 janvier, jour de sa bienheureuse mort.

Nous avons tiré cette vie, principalement des vers que le savant évêque de Poitiers, saint Venance Fortunat, a composés en son honneur, et de Notes locales fournies par M. J. Richard, vicaire général. — Cf. Vers des Saints de Bretagne, par Dom Lubincon.

LE BIENHEUREUX BENOIT XI, PAPE. 111

Événements marquants

  • Naissance à Bourges
  • Célébration de sa première messe en 540
  • Élection au siège épiscopal de Nantes en 550
  • Médiation entre le roi Clotaire Ier et son fils Chramne en 560
  • Participation au concile national de Tours en 567
  • Achèvement et dédicace de la cathédrale de Nantes
  • Grands travaux publics (lit de la Loire, port de la Fosse)

Miracles

  • Guérisons nombreuses à son tombeau après sa mort

Citations

Virtutum bonum quoddam et stabile fundamentum humilitas est

— Saint Bernard (en exergue du texte)

Félix, pécheur, évêque de l'Église de Nantes, j'ai consenti et j'ai souscrit

— Souscription aux canons du concile de Tours