Saint Émilien (Émiland)

Évêque de Nantes, Héros et Martyr

Fête : 27 juin 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Nantes au VIIIe siècle, Émilien prit les armes pour défendre la France contre l'invasion sarrasine. Après avoir libéré Sens et secouru Autun, il fut tué au combat en 725 à Saint-Jean de Luze. Son culte, centré en Bourgogne, célèbre un prélat guerrier ayant allié la foi du martyr à l'héroïsme militaire.

Biographie

SAINT ÉMILIEN OU ÉMILAND, ÉVÊQUE DE NANTES,

HÉROS ET MARTYR

27 JUIN.

Et opulente cité, la ville sainte, aux nombreuses abbayes, aux superbes basiliques, ne pouvait être oubliée ni épargnée. Il avait même sans doute été désigné d'avance comme un des points importants sur lesquels on frapperait les plus grands coups. Après la ruine de Châlon, les Barbares divisèrent leur armée en deux corps. L'un se porta sur Dijon et sur Langres qu'il saccagea ; l'autre, sur Autun et Sens pour en faire le siège. Puis vraisemblablement, les deux corps devaient se réunir sous les murs de Lutèce et s'en emparer, pendant que Charles-Martel, retenu en Bavière par une guerre importante, ne pouvait venir à son secours. C'en était fait du royaume catholique des Francs, si un héros ne se fût trouvé là pour arrêter l'impétuosité du torrent et le refouler vers sa source. Mais voilà que les populations se sont armées, et la France chrétienne prélude par des actes héroïques à tant de hauts faits qui l'ont illustrée depuis dans ses guerres mémorables contre les Musulmans. La généreuse Bretagne s'est émue la première à la nouvelle des invasions et à la voix sympathique d'un de ses enfants. L'âme de l'entreprise est un illustre rejeton d'une famille gallo-romaine de Nantes ; c'est l'évêque de cette cité. Le plus noble sang de la noble Armorique coule dans ses veines. Dans son âme, Dieu a mis avec la bravoure et le sentiment vif de l'honneur et du patriotisme qui font le héros, avec la magnanimité, la largeur des vues, la rapidité du coup d'œil, l'élévation du caractère, la hauteur des idées et le génie qui font le grand homme, la foi courageuse qui fait les martyrs et un zèle vaste et brûlant pour les intérêts de l'Église. Dans son cœur, une tendre piété envers Dieu est jointe à une compatissante charité pour toutes les misères, pour toutes les douleurs du prochain.

A la nouvelle de la marche rapide, toujours progressive, de ces Barbares vers le centre de la France, saisi de douleur et d'indignation, l'héroïque évêque crut devoir joindre à la pacifique houlette du pasteur l'épée du guerrier. Émilien, avec son génie inspiré par la foi, a jugé la situation et compris la nécessité des temps ; il a vu qu'il fallait être guerrier ou périr et voir périr avec soi ce qu'il y a de plus cher et de plus sacré, la France et le christianisme, la patrie et la religion de la patrie. Aussitôt une grande idée lui suggère une grande résolution, une généreuse entreprise. Il convoque son peuple dans sa cathédrale, et, faisant à tous les braves un chaleureux appel, il leur dit :

« Ô vous tous, hommes forts dans la guerre et plus forts encore dans la foi, armez vos mains du bouclier de cette foi divine, vos fronts du signe de la croix, votre tête du casque du salut, et couvrez votre poitrine de la cuirasse du Seigneur. Puis, quand vous serez revêtus de cette armure religieuse, soldats de Jésus-Christ, faites plus encore, prenez vos meilleures armes de guerre, vos armes d'acier les mieux forgées, les mieux trempées, et allons ensemble combattre, allons écraser ces misérables ennemis qui, comme des chiens furieux, dévorent les chrétiens nos frères. Nous pouvons succomber dans la lutte ; mais c'est le cas de dire avec Judas Machabée : « Mieux vaut mourir les armes à la main pour sa patrie que d'en voir le désastre sans essayer d'y mettre un terme, que de supporter la profanation des choses les plus sacrées, l'opprobre du peuple de Dieu et de la loi sainte que nous a donnée le Seigneur tout-puissant ». »

Aussitôt, poussés par un mouvement de l'Esprit-Saint et transportés hors d'eux-mêmes par ce discours laconique, vrai modèle de harangue militaire et sacerdotale, tous font entendre cette acclamation unanime : « Seigneur vénérable et bon pasteur, ordonnez, commandez, et partout où vous irez nous vous suivrons ». C'est ainsi qu'Émilien a eu l'honneur de prêcher la première croisade et d'y entraîner l'élite des guerriers nantais.

Profitant alors de l'ardeur dont son auditoire est animé, il fixe sans plus tarder le jour du départ et le lieu du rendez-vous. C'est encore dans la cathédrale de Nantes qu'on doit se réunir. « Ici même », dit-il, « nous nous retrouverons ; d'ici, du pied de cet autel, nous partirons tous ; et j'aurai l'honneur de marcher à la tête des soldats de Jésus-Christ ». À ces mots, l'assemblée a tressailli une seconde fois, et chacun court faire ses préparatifs de départ.

Nul ne manque au mot d'ordre. Armés de toutes pièces, ils accourent à l'église avec un belliqueux transport, surnaturalisé par les grandes pensées et le sublime dévouement qu'inspire la religion. Montant donc à l'autel revêtu des ornements sacrés, le saint pontife offre le divin sacrifice pour ses chers compagnons d'armes dont il est le compatriote par le sang, le père par la grâce, le chef par dévouement, appelle sur eux, pendant la célébration des augustes mystères, les bénédictions du ciel et leur distribue le corps et le sang de Jésus-Christ, aliment céleste qui enivre, exalte et fortifie les âmes ; qui donne, quand il le faut, même aux faibles et timides brebis, le courage et la force du lion contre les ennemis de Dieu. Il était beau de voir tous ces braves, couverts d'acier, s'ébranler et venir courber le genou devant la table sainte, pour recevoir le pain des forts, et de là voler, sans peur comme sans reproches, à la défense de la foi et de la patrie. Après la communion, dans ce moment solennel où Dieu, ayant incliné les cieux pour descendre sur la terre au milieu des guerriers bretons, reposait sur leur cœur, dans ces mâles poitrines cuirassées de foi et de fer, le pontife, debout sur les marches de l'autel, au milieu de toutes les pompes du culte, entouré d'un clergé nombreux, fait entendre ces paroles, où son âme, qui surabondait d'une joie céleste, s'épanche tout entière :

« Mes enfants, votre évêque est heureux de n'avoir pas parlé en vain, car vous voilà réunis en grand nombre : c'est bien. Mais rendons grâces à Dieu ; car c'est lui qui vous a inspiré cette magnanime, cette pieuse résolution, et vous avez été dociles à son appel. C'est lui encore qui vient d'affermir vos courages et de purifier vos âmes. Prions-le de vouloir bien achever son œuvre en accomplissant par nous sa sainte volonté pour notre salut et celui de nos frères. Oui, sa sainte volonté ! car, instruits par ses préceptes salutaires et formés à sa divine école, vous et moi nous osons lui dire chaque jour : « Notre Père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ». Enfants ! ces grandes paroles que le Christ nous a apprises, l'occasion est venue de les traduire par nos actes. Supplions-le avec ferveur de faire de nous des soldats dignes de lui et d'accepter le secours de nos bras armés pour la glorification de son nom, l'avènement de son règne, l'accomplissement de sa volonté, l'observation de sa loi sainte et le soutien de sa cause ». »

Bien n'arrête les intrépides soldats de la croix : ni le présent avec ses chagrins et ses déchirantes scènes, ni l'avenir avec ses fatigues, ses dangers, ses perspectives incertaines et effrayantes, ses menaces de mort. Ils ont l'espoir pour flambeau, les Sacrements pour nourriture, leur évêque pour chef, et partent emportant dans leur cœur avec leur Dieu un courage surhumain. Aussi marchent-ils jour et nuit, afin d'égaler, s'il est possible, la rapidité des progrès de l'ennemi et prévenir de nouveaux désastres.

Chemin faisant, Émilien, qui se dirige vers Paris, apprend que les infidèles se sont divisés, que déjà une partie de leur armée est allée attaquer Sens. Aussitôt, afin de pouvoir arriver à temps encore et les combattre ainsi séparément, il se dirige vers la ville assiégée. Là, tandis que le saint évêque

27 JUIN.

Ebbon, redevenu comme lui forcément guerrier, soutient l'assaut dans l'enceinte des remparts, il manœuvre si bien au dehors que l'ennemi est surpris et mis complètement en déroute. Ebbon se contenta de chasser l'ennemi de son diocèse. Mais Émilien a des vues plus étendues : c'est l'invasion elle-même qu'il veut anéantir. Comme le premier corps d'armée dont il vient de commencer la défaite s'est concentré sur Autun assiégé, c'est à Autun qu'il faut encore aller le combattre, avant que l'autre corps ait pu se replier vers lui pour le soutenir. Les Bretons, pleins de la nouvelle ardeur qu'un premier succès ajoute à leur bravoure, se portent donc rapidement sur la cité éduenne, afin que le secours puisse devancer l'attaque d'un ennemi aussi prompt que le vautour à fondre sur sa proie.

Cependant les Sarrasins, ayant appris qu'une armée auxiliaire venait pour sauver la ville et frémissant à la pensée qu'une si riche proie allait peut-être leur échapper, se hâtèrent d'envoyer contre elle un fort détachement pour prévenir sa jonction avec les Autunois : ce qui donna lieu à un premier et brillant combat à Saint-Forgeot. Les Bretons ont pu voir de loin l'ennemi venir à eux, et se préparer à le recevoir vigoureusement. Bientôt en effet ils fondent sur lui, le rejettent dans la plaine par cette attaque énergique, le poursuivent jusque dans son camp, aidés des assiégeants sortis à propos de leurs murs, et « entrent triomphants dans la ville, où ils sont reçus avec d'unanimes cris d'allégresse ».

On consacra sans doute la nuit à donner aux troupes bretonnes le repos dont elles avaient besoin, et à tout disposer pour la sortie que les chefs avaient résolu de faire. Cette attaque ne pouvait être différée. Nul doute que dans cette circonstance Émilien, habile dans le conseil autant qu'intrépide dans l'action, ne fit admirer la sagesse qui dirigeait son courage, car on ne se sépara point, dit la légende, sans lui avoir remis la direction de l'entreprise, le commandement général des troupes éduennes et bretonnes réunies. Avant de conduire ses guerriers à l'ennemi, il les réunit dans la cathédrale d'Autun, comme il l'avait fait dans celle de Nantes, rendit grâces à Dieu et les exhorta de nouveau à faire bravement leur devoir, en promettant la palme de la victoire ou celle du martyre. Maintenant le voilà qui sort avec eux de l'église plein d'une ardeur céleste, se met à leur tête et vole à l'attaque du camp des Barbares. Les Éduens, familiarisés avec le pays, vont prendre des chemins détournés pour se précipiter inopinément, quand il en sera temps, sur les deux ailes de l'ennemi. Émilien se dirige contre le centre avec les Bretons. Arrivé près de la porte Saint-André, il leur montre le rempart du haut duquel Augusta exhortait au martyre Symphonien son fils, et leur jette lui-même en passant une parole brûlante. Ce lieu, cet exemple, ce souvenir et ce mot enflammé sorti du cœur du saint pontife, redoublent leur ardeur. Tout à coup, au signal de son chef qui lui indique le plateau de Saint-Pierre l'Étier, la valeureuse phalange, prenant un rapide essor, franchit la vallée comme d'un seul bond, culbute les postes avancés, aborde le camp, y pénètre, y porte le désordre et la mort. En même temps les Éduens ont attaqué à droite et à gauche les deux ailes. L'ennemi, pressé ainsi de toutes parts, s'enfuit en pleine déroute et se précipite pêle-mêle vers la Creuse-d'Auxy, gorge longue, étroite et profonde dans laquelle s'engagent les rampes de la route de Châlon.

Autun est sauvé : on l'espère, on le croit. Déjà dans la ville retentissent des cris de joie et des chants de victoire ; déjà les louanges d'Émilien et de ses héroïques guerriers éclatent dans des hymnes de triomphe et de reconnaissance. Cependant les Barbares se rallèrent au bourg de Saint-Jean de

SAINT ÉMILIEN OU ÉMILAND, ÉVÊQUE DE NANTES.

Luze, à trois lieues environ de la Creuse-d'Auxy théâtre de leur défaite, et y préparèrent une vigoureuse résistance. De son côté, dès que le saint évêque se vit entouré de forces suffisantes, il commanda la marche et l'attaque : la victoire lui fut encore fidèle. Les Sarrasins mis de nouveau en pleine déroute fuyaient, vivement poursuivis dans la plaine. Encore quelques heures, et leur armée n'existera plus, et la cité éduenne pourra en toute sécurité entonner des chants de victoire.

Mais ici la scène change : voilà que tout à coup on dit que de Châlon, saccagé et détruit, est arrivé, sous les ordres du cruel Nymphéus, un corps d'armée tout entier pour soutenir celui qui était occupé au siège d'Autun. A cette nouvelle, la petite troupe des soldats chrétiens ne tremble ni ne recule. Le nouveau Machabée, dont la grande âme s'exalte à la vue du péril, fait sonner de la trompette pour réunir autour de lui ses soldats tout palpitants encore de leur nouvelle victoire et acharnés à la poursuite des fuyards ; puis il les anime en ces termes par sa parole inspirée : « Chers et braves compagnons, je vous félicite de la valeur que vous a inspirée votre foi. Vous le savez déjà : la victoire est indépendante du nombre des combattants ; elle vient du ciel ». Comme le Saint parlait encore, un éclaireur accourt à toute bride et lui dit : « Seigneur, hâtez-vous ; les infidèles sont là. Déjà ils tombent sur nos avant-postes et les attaquent avec fureur ; déjà leurs nombreux bataillons commencent à nous envelopper ». Aussitôt Émilien fait sur lui le signe de la croix et dit : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ». Puis il s'élance au combat en criant à ses généreux compagnons : « Ici, soldats : courage ! recommandez-vous à Dieu, et suivez-moi ». Or, il arriva par la permission divine, dit la légende, que Nymphéus, homme d'une force et d'une taille extraordinaires, s'offrit des premiers à sa rencontre. L'héroïque et saint évêque, le voyant massacrer les chrétiens, les accabler de cruautés et d'outrages, lui porte des coups terribles, le couvre de blessures.

Mais accablé en ce moment sous une masse d'infidèles qui se précipitent comme des enragés pour relever leur général, le vainqueur tombe lui-même criblé de coups. Aussitôt ses compagnons s'élancent, se pressent et combattent autour de lui, comme des lions. Sa main ne peut plus tenir la lance, mais sa bouche leur parle encore : « Généreux soldats de Jésus-Christ », s'écrie-t-il, en retrouvant un reste de force et de voix, « soyez constants dans votre foi de chrétiens et dans votre courage de guerriers, redoublez de valeur et d'audace contre ces cruels païens. Celui qui vous a inspiré votre magnanime résolution est prêt à la récompenser. Déjà je vois le ciel ouvert ; déjà les anges bénissent le Seigneur de votre triomphante arrivée au milieu d'eux ; ils s'en réjouissent avec lui et les saints ; ils vous appellent, ils vous attendent ». Puis il ajoute, en citant les paroles de la mère de saint Symphonien que lui a rappelées, le matin même, la porte Saint-André : « Ne craignez donc point une mort qui conduit à la vie ». Les derniers accents qui viennent d'expirer sur ses lèvres sont aussi son dernier soupir ; et on entend les concerts des anges qui descendent pour recevoir sa sainte âme, l'accompagner au ciel et l'introduire dans les joies éternelles. Émilien quitta la terre un mercredi 22 août de l'an 725. Sur l'ordre de l'impie Nymphéus, qui n'était point mort du coup qu'il venait de recevoir, le corps du Bienheureux est décapité. Les chrétiens le recueillirent soigneusement, pour eux et pour la postérité reconnaissante.

On peut fort bien représenter saint Émilien avec un drapeau à la main, animant ses soldats au combat.

27 JUIN.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Les reliques de saint Émilien sont conservées avec un soin pieux dans le village de Saint-Jean de Luzé, de temps immémorial, et son culte y a toujours été en grand honneur. À une époque inconnue, on éleva au milieu du cimetière, sur le tombeau vénéré, un petit oratoire qui devint bientôt un lieu de pèlerinage très fréquenté et célèbre par les miracles qui s'y opérèrent. Au XIe siècle, le saint corps fut levé de terre, en vertu de l'autorisation épiscopale, transféré solennellement dans l'église paroissiale et exalté derrière l'autel majeur. Tout porte à croire que ce fut à dater de cette époque que le village où périt la légion nautique changea son nom de Saint-Jean de Luzé pour celui de Saint-Émilien (par corruption, Saint-Émiland), qu'il porte aujourd'hui. Cette translation eut lieu le samedi vers l'octave de la Saint-Jean ; et sa fête, que l'on célèbre encore chaque année le dimanche après la Nativité du saint Précurseur de Jésus-Christ, est un anniversaire commémoratif de la solennité primitive.

Le culte de saint Émilien est encore dans le pays, comme il l'a été de temps immémorial, un culte tout à fait populaire, et son église, un lieu de pèlerinage : tant étaient profondes les impressions qu'avaient laissées dans l'esprit des Éduens sa charité et son courageux dévouement ; tant était grande la reconnaissance des populations pour l'héroïque évêque qui était venu de si loin se sacrifier pour les défendre. Son nom a toujours été donné à une infinité d'enfants de l'un et de l'autre sexe, par les parents qui aiment à les placer sous un patronage puissant et cher. Le pèlerinage de Saint-Émiland devenant de plus en plus célèbre, il se forma dans l'église de cette paroisse une confrérie qui fut régulièrement approuvée et constituée dans la première moitié du XVIe siècle par Jacques Burault, évêque d'Autun. Enfin, soumis à l'approbation de la cour de Rome avec le Propre autunois, en 1856, le culte du saint pontife fut confirmé par décret de Sa Sainteté Pie IX et, sur la demande de Monseigneur l'évêque d'Autun, étendu à tout le diocèse. La fête du Saint, célébrée de tout temps le dimanche dans l'octave de la Saint-Jean, ne cesse encore d'attirer un grand nombre de pèlerins, désireux de vénérer ses précieuses reliques ; car les habitants de la paroisse ont été assez heureux, malgré le protestantisme et la terreur, pour les conserver jusqu'à ce jour presque intactes. Le chef du Saint attire particulièrement l'attention, à cause des traces d'un coup violent qu'on y remarque et qui fut probablement le coup mortel. Les précieuses reliques furent tirées de leur premier tombeau au XIe siècle, comme il a été dit, et placées avec une grande solennité derrière le maître-autel de l'église paroissiale, dans un petit sarcophage en pierre qui tint lieu de premier reliquaire et qu'on voit encore. On conserve aussi un second reliquaire, en forme de buste d'évêque, que l'on substitua au premier, probablement vers le XVe siècle, et dont on se servit longtemps pour porter les saintes reliques en procession. Enfin, cette forme de reliquaire tomba en démodé et l'on adopta la chasse actuelle qui est maintenant, non plus comme autrefois derrière l'autel majeur, mais dans la chapelle du côté gauche honorée du nom de Saint-Émilien. Une sorte de grotte, creusée dans le mur à environ deux mètres au-dessus du sol et formée d'une double porte, l'une en bois, l'autre en fer, garde cette chasse qui contient le dépôt sacré. Les titres authentiques qui le constatent sont trois procès-verbaux d'enquêtes canoniques faites à ce sujet : la première, en 1736, à l'occasion de la translation des précieux ossements du buste dans le reliquaire actuel ; la seconde, en 1855, pour constater leur identité après les mauvais jours de la Révolution ; et la troisième, en 1858, lorsqu'il fut question d'en distraire une partie concédée au diocèse de Nantes. La fête de saint Émilien est encore aujourd'hui, il est vrai, entourée de pompe et attire un assez grand concours de fidèles ; cependant, elle a perdu un peu de son ancienne splendeur. Toutefois le pèlerinage, bien qu'ayant perdu de son importance, est encore très fréquenté. Il n'y a pas de semaines où le pasteur de la paroisse ne soit appelé à l'église pour bénir l'eau de la fontaine ou des linges destinés aux malades, et pour réciter sur les pèlerins les prières d'usage. La procession de la fête et les Vêpres en plein air sur l'estrade du cimetière ont toujours lieu avec un grand concours de fidèles.

Saint Émiland était honoré même au loin ; on voyait encore au siècle dernier, près du hameau de Vaumoly, paroisse de Poussignol-Blimes (diocèse de Nevers), une chapelle dédiée sous son invocation et connue sous le nom de Chapelle-du-Lac. Il existe, à un kilomètre de Tanlay, non loin de Tonnerre, une chapelle dédiée à saint Émilien. Fondée en 1528 par M. de Corcelles, seigneur de Tanlay, détruite en 1793, rebâtie ensuite par l'acquéreur, sous la pression de l'opinion publique qui réclamait ce sanctuaire vénéré et le culte du Saint auquel il était consacré, elle a été reconstruite de nouveau par M. le marquis de Tanlay, qui en est le propriétaire actuel et qui a obtenu la permission d'y annexer un caveau pour la sépulture de sa famille. Cette chapelle figure sur la carte de Cassini sous le nom de Saint-Unillien, dérivée évidemment d'Émilianus. Il n'existe pas d'écrit concernant l'origine de la dévotion à saint Émilien en ce lieu ; mais la tradition orale la fait remonter très-haut. D'après elle, le Saint, venant de Sens et se rendant à Autun, serait arrivé à Moïssme, où l'on montre une fontaine qui porte son nom et aurait jailli de terre pour le désaltérer lui et ses soldats. Il y aurait eu un combat entre Moïssme, Saint-Martin et Tanlay ; et, arrivé dans cette dernière localité, Émilien y aurait campé et s'y serait reposé. C'est pour cela,

SAINT LADISLAS, ROI DE HONGRIE.

disent les anciens, qu'une antique statue, conservée dans la chapelle et représentant le saint évêque en crosse et en mitre, a les yeux presque fermés et comme apaisés par le sommeil. Meloume porte le surnom de Lafosse, ce qui s'accorderait parfaitement avec le souvenir d'une bataille et d'une inhumation des morts en ce lieu.

Nous avons abrégé cette vie de celle qu'en donne M. Febbé Dinet, chanoine de la cathédrale d'Autun, dans son ouvrage intitulé : Saint Symphorien et son culte.

Événements marquants

  • Épiscopat à Nantes
  • Appel à la croisade contre les Sarrasins dans la cathédrale de Nantes
  • Libération de Sens aux côtés de l'évêque Ebbon
  • Victoire au combat de Saint-Forgeot
  • Bataille d'Autun et poursuite des Sarrasins jusqu'à Saint-Jean de Luze
  • Mort au combat contre les troupes de Nymphéus
  • Décapitation après sa mort sur ordre de Nymphéus

Miracles

  • Jaillissement d'une fontaine à Moïssme pour désaltérer ses troupes

Citations

Mieux vaut mourir les armes à la main pour sa patrie que d'en voir le désastre sans essayer d'y mettre un terme

— Discours à la cathédrale de Nantes

Ne craignez donc point une mort qui conduit à la vie

— Dernières paroles citant la mère de saint Symphorien

Date de fête

27 juin

Époque

8ᵉ siècle

Décès

mercredi 22 août 725 (martyre)

Catégories

Invoqué(e) pour

protection contre les invasions, guérison des malades (linges bénis), bénédiction de l'eau

Autres formes du nom

  • Émiland (fr)
  • Émilianus (la)
  • Saint-Unillien (fr)

Prénoms dérivés

Émilien, Émiland

Famille

  • Famille gallo-romaine de Nantes (ancêtres)