Saint Félix IV
Pape
Résumé
Pape au VIe siècle, Félix IV succéda à Jean Ier dans un contexte politique tendu sous le règne de Théodoric. Il est connu pour avoir transformé des temples païens en la basilique des saints Côme et Damien et pour avoir soutenu saint Césaire d'Arles contre le semi-pélagianisme. Son pontificat coïncide avec la création du Code Justinien et l'instauration de l'ère chrétienne par Denys le Petit.
Biographie
SAINT FÉLIX, PAPE
« Félix, né au pays des Samnites, était fils de Castorius...
« Il éleva la basilique des saints Côme et Damien sur la voie Sacrée, non loin de l'ancien temple de Romulus. Un incendie ayant détruit la basilique du saint martyr Saturnin sur la voie Salaria, il la fit entièrement reconstruire.
« L'élection de Félix put s'accomplir sans trouble...
« En deux ordinations faites à Rome, au mois de février et au mois de mars, il consacra cinquante-cinq prêtres, quatre diacres et trente-neuf évêques destinés à diverses églises ».
Complétons ces extraits du Liber pontificalis :
Félix succédait au pape saint Jean Ier, que le roi d'Italie, Théodoric, devenu cruel sur la fin de ses jours, avait fait incarcérer et laissé mourir dans sa prison. L'impression d'horreur produite à Rome et dans toute l'Italie par le supplice de Boèce et de Symmaque, les manifestations populaires causées par la mort de saint Jean Ier, à Ravenne, agirent sur l'esprit de Théodoric. La main qui venait de signer la confiscation de toutes les églises catholiques, se sentit impuissante à faire exécuter une telle mesure. Les sénateurs romains durent être fort surpris de recevoir une lettre royale ordonnant de procéder, sans crainte, à l'élection d'un nouveau Pontife, et recommandant à leurs suffrages un nom également cher au clergé et au peuple de la ville, celui du saint prêtre Félix. Certes, la liberté et la dignité de l'Église eussent exigé que Théodoric n'intervînt nullement ; mais le roi goth nourrissait des sentiments si hostiles au catholicisme, qu'on dut se féliciter de n'avoir pas
L'Église Saint-Côme-et-Damien est aujourd'hui titre cardinalice. On y lisait une inscription dont voici le dernier distique :
Obtuit hoc Domino Felix antistite dignum Munus, ut etherem virut in arcepsii.
de plus grands malheurs à subir. Cependant la justice divine, qui ne laisse jamais impunis en ce monde les attentats contre le Saint-Siège, allait frapper ce prince dont les mains étaient chargées du sang innocent. Trois mois s'étaient écoulés depuis son dernier forfait, la captivité et la mort du pape Jean. L'Italie était redevenue tranquille, mais son roi ne l'était plus. Le 26 août 526, Théodoric étant à table, on lui servit un énorme poisson. À cette vue, il frissonna d'une manière étrange; il avait cru voir se dresser devant lui la tête ensanglantée de l'une de ses victimes, celle de Symmaque, qu'il avait fait massacrer sous ses yeux. La victime ne quitta plus son bourreau. En quelques heures le frisson du malade devint une inflammation interne qui lui dévorait les entrailles et détermina les plus funestes accidents. Trois jours après il était mort. Son règne avait été glorieux aux yeux des hommes; mais deux années de crimes sur la fin de sa vie le désignèrent à la vengeance divine. Saint Grégoire le Grand raconte qu'un solitaire de l'île Lipari aperçut l'âme de Théodoric enchaîné, marchant pieds nus, comme un captif et un criminel, entre le pape Jean et le patrice Symmaque. Ils le conduisirent au cratère d'un volcan et là le précipitèrent dans le gouffre ardent. — Plaise à Dieu que ce gouffre soit celui du purgatoire et que Dieu ait fait miséricorde à cet ennemi de ses Christs !
Le pontificat de saint Félix IV vit naître deux œuvres immortelles : le Code Justinien et les travaux de Denys le Petit sur l'ère vulgaire ou chrétienne. Par le Code Justinien le Christianisme triomphait définitivement dans les lois; car cette création n'était pas la découverte fortuite de quelque esprit supérieur à son siècle; c'était une œuvre chrétienne préparée depuis deux cents ans par le travail incessant du Christianisme et éclose à une époque où le Christianisme était tout.
En introduisant l'usage de compter les années à partir de la naissance de Jésus-Christ, le moine Denys le Petit a fait resplendir à travers les siècles la divine origine de nos espérances et a, pour toujours, assuré au catholicisme la suprématie de la science.
Pendant que le Christianisme pénétrait les mœurs et la législation de l'empire, le soleil de l'Évangile se levait parmi les peuples barbares. Les Hérules établis sur les bords du Danube, les Tzades, peuplade à demi sauvage du Mont-Taurus, le roi des Huns, Gorda, se convertissaient successivement à la foi.
En Italie, le successeur de Théodoric, Athalaric, tenant compte, quoique arien, de la dignité du Siège apostolique, confirma par un décret les privilèges du clergé. Aux termes de ce décret, quiconque avait une action à intenter contre un clerc de l'Église de Rome, devait premièrement s'adresser au Pape qui jugerait lui-même ou déléguerait des juges. Quiconque s'adressait aux tribunaux civils sans s'être d'abord présenté au Saint-Siège, devait perdre sa caution et payer une amende de 40 livres d'or applicable aux pauvres par les mains du Pape. De cette façon, le clergé n'était pas mêlé aux disputes du barreau et profané par le contact des affaires séculières.
Plusieurs conciles furent tenus sous ce pontificat, qui dressèrent les règlements les plus sages. Celui de Vaison, en Provence (7 novembre 529), créa les écoles presbytérales dans chaque village, sur le plan des écoles épiscopales dont jouissaient déjà les villes.
Terminons par un trait d'humilité du saint Pontife :
L'erreur des semi-pélagiens ayant pris racine dans les Gaules, saint Césaire, évêque d'Arles, demanda des conseils et des lumières à Félix. Celui-ci ne trouva rien de plus à propos, pour préserver les fidèles de la séduction, que d'extraire des Œuvres de saint Augustin les passages les plus lumineux sur la grâce et le libre arbitre, et de les transmettre à Césaire, comme contenant avec précision et sans équivoque la doctrine traditionnelle de l'Église.
Charitable envers les pauvres, consolateur généreux de toutes les misères, il échangea cette vie misérable contre une plus heureuse et fut enseveli dans la basilique du bienheureux apôtre Pierre, le 12 octobre 530. Il avait augmenté la puissance du Saint-Siège.
Événements marquants
- Élection sous l'influence de Théodoric
- Consécration de cinquante-cinq prêtres, quatre diacres et trente-neuf évêques
- Élévation de la basilique des saints Côme et Damien
- Reconstruction de la basilique de saint Saturnin
- Lutte contre le semi-pélagianisme via saint Césaire d'Arles
Citations
Obtuit hoc Domino Felix antistite dignum Munus, ut etherem virut in arcepsii.