Saint Fidèle de Sigmaringen
Capucin et Martyr
Résumé
Ancien avocat surnommé le 'philosophe chrétien', Marc Rey devint capucin sous le nom de Fidèle en 1612. Envoyé en mission dans les Grisons pour contrer l'hérésie, il fut assassiné par des Calvinistes en 1622. Il est le premier martyr des missions de la Propagande.
Biographie
SAINT FIDÈLE, CAPUCIN ET MARTYR
Roi de France : Louis XIII, le Juste.
« Soyez fidèle jusqu'à la mort et je vous donnerai la couronne de vie. » Paroles du Père gardien de Fribourg, adressées à notre Saint le jour où il reçut l'habit de novice.
Marc Rey, — c'était le nom de notre Saint avant son entrée en religion — naquit en 1577, à Sigmaringen, petite ville de la principauté de Hohenzollern; son père, Jean Rey, et sa mère Geneviève de Rosenberg, nobles et catholiques, lui donnèrent une éducation digne de ces deux titres. Il fit ses premières études à l'université de Fribourg, en Brisgau, qu'il édifia par sa sagesse, si bien qu'il mérita le surnom de philosophe chrétien: il ne se distingua pas moins dans l'étude de la jurisprudence, et fut reçu docteur en l'un et l'autre droit. Prié d'accompagner trois jeunes gentilshommes des premières familles du pays, qui se proposaient de visiter les différents royaumes de l'Europe, il y consentit et se montra pour eux, dans ce voyage, le plus tendre des amis, le plus zélé des pères, ne perdant aucune occasion de former leur esprit par de sages maximes. Ses principales étaient : « Qu'un jeune homme doit mépriser les vaines parures; que si l'on s'ajuste comme une femme, on est indigne de la gloire, qui ne se peut conquérir qu'en souffrant les peines et en foulant aux pieds les plaisirs... Qu'avant de commander aux autres il faut se vaincre soi-même; se rappeler que nos sujets sont nos semblables, que nous devons les soulager, étant d'une nature exposée à la douleur et aux misères comme eux. »
« Faites au moins une exception pour les ingrats, lui dit un des jeunes seigneurs; comment se résoudre à leur faire du bien? »
— « Comment, répliqua le Saint? Ne devez-vous pas, d'un côté, vous attendre à trouver plus ou moins d'ingratitude dans tous les hommes, et d'un autre, ne verrez-vous plus en chacun d'eux la personne même de Jésus-Christ, à qui s'adresse votre bienfait et qui ne l'oubliera pas, lui? »
En formant les autres à la vertu, il ne se négligeait point lui-même. Il s'approchait souvent des saints mystères, exhortait, soulageait les malades dans les hôpitaux, visitait les églises, demeurait des heures entières au pied des autels dans la douce conversation de Notre-Seigneur, et le recherchait encore dans les pauvres, auxquels il donnait tout, jusqu'à ses habits.
Au retour de ce voyage, il se sépara de ses trois disciples, malgré leurs prières et leurs regrets: son adieu fut qu'ils devaient ne jamais perdre de vue la crainte du Seigneur, commencement de la sagesse, et ne plus faire consister leurs titres de noblesse que dans la vertu. Pour lui, s'étant perfectionné dans la science des lois, il exerça à Colmar, en Alsace, la profession d'avocat, avec beaucoup de distinction et d'intégrité. Il préférait souvent la cause du pauvre à celle du riche : jamais de médisance dans ses plaidoyers, jamais rien de ce qui eût pu nuire à l'honneur de la partie adverse ; mais ses raisons étaient si solides, ses conclusions si sages, qu'il avait la plus grande influence sur la décision des juges. Il vit bientôt pourtant qu'il est difficile d'être en même temps un riche avocat et un bon chrétien. Cédant à cette crainte et aux impulsions divines, il quitta le monde et se retira chez les Capucins de Fribourg, où il prit l'habit en 1612, et reçut le nom de Fidèle.
Bientôt le nouveau religieux marcha à pas de géant dans la voie de la perfection. Il ne fut pourtant pas inaccessible à la tentation. Il éprouva que pour être hors des occasions du monde, on n'est pas à l'abri des suggestions de l'ennemi du salut, que les solitudes les plus reculées, les autres les plus horribles, les rochers les plus escarpés ne sont pas toujours de sûrs remparts à la vertu ; que l'homme porte partout avec lui un fond de passions qu'on ne peut détruire que par une attention continue sur soi-même, une fidèle correspondance à la grâce, avec laquelle on est toujours victorieux, quand on le veut sincèrement. L'ennemi du salut entreprit donc de s'emparer de son esprit : il lui fit naître des doutes sur le bien qu'il aurait pu faire en restant dans le monde ; il lui représenta qu'il aurait continué d'être le zélé défenseur des lois, le protecteur de la veuve et de l'orphelin, le père des pauvres, et qu'il aurait ainsi donné plus de secours à son prochain qu'il ne pourrait faire en menant une vie privée et cachée dans la solitude ; et que son salut aurait été aussi bien assuré dans le siècle que dans la religion. Cette tentation si habile ne laissa pas d'ébranler un moment la fermeté du Saint. Ses passions enchaînées depuis longtemps commencèrent à vouloir se licencier. Ses talents, ses commodités, ses aises, la perte de sa fortune, sa réputation, tous ces avantages ensevelis sous l'habit religieux le faisaient pencher tantôt vers la religion et tantôt vers le monde. Il alla trouver le Père maître des novices, qui lui fit comprendre que ses doutes venaient de l'esprit de ténèbres, et qu'il fallait s'adresser au Seigneur pour connaître sa volonté. « O mon adorable Sauveur ! s'écria le zélé novice, rendez-moi cette joie salutaire et cette sérénité d'esprit dont je goûtais les douceurs dans les heureux commencements de ma vocation ; faites, ô mon Dieu ! en me découvrant votre volonté, que je triomphe de mon ennemi et de mes passions ». Cette prière fut si agréable à Dieu, qu'il rendit à son serviteur la paix et la force. Il vit clairement la source de ses incertitudes, et cette vue lui redonna un nouveau courage, une nouvelle ardeur pour ses exercices spirituels, un nouvel attachement pour Dieu. Il voulut rompre à jamais avec le monde. Avec la permission du supérieur, il envoya chercher un notaire, fit de ses biens une fondation au séminaire, en faveur de plusieurs jeunes ecclésiastiques, afin de leur faciliter les moyens de continuer leurs études ; il leur légua en commun sa bibliothèque, afin qu'ils pussent en profiter tous ensemble, et ainsi dépouillé, il se disposa à entrer à jamais dans l'heureuse pauvreté des enfants de saint François.
« Pour me conformer », dit-il dans l'acte testamentaire qu'il fit avant sa profession, « à la parfaite résignation, à la charité, par laquelle Jésus-Christ, notre rédempteur, suant le sang et l'eau dans le Jardin des Oliviers, et enfin mourant sur l'arbre de la croix, s'est résigné, recommandé et offert à son père ; de même j'offre et consacre, par cette mienne dernière volonté et disposition, mon corps et mon âme, comme un sacrifice vivant éternel, d'un cœur contrit, au service perpétuel de la divine Majesté et de la Très-Sainte Vierge Immaculée, du séraphique père saint François; et comme je suis sorti tout nu du sein de ma mère, de même, dépouillé de toutes les choses de la terre, je m'abandonne entre les bras de mon Sauveur ». Il se félicitait souvent depuis de l'heureux échange qu'il avait fait avec Dieu : « Il rendait à Dieu les biens de la terre, et Dieu lui donnait en retour le royaume du ciel! » Il disait encore que Dieu, ne nous ayant rendus à la vie qu'en endurant la mort, nous ne pouvions conserver cette vie que par le même moyen, en mourant à nous-mêmes; et que, puisque notre récompense sera de nous réjouir toujours dans le ciel, il ne faut pas craindre de toujours souffrir sur la terre. Aussi souffrait-il toujours, ajoutant aux mortifications de la règle, toutes les mortifications volontaires que l'obéissance lui permettait. Les meubles les plus pauvres, les habits les plus usés étaient un des grands objets de son ambition : les haires, les cilices, les ceintures armées de pointes de fer, les disciplines suppléaient au martyre après lequel il soupirait; l'Avent, le Carême et les Vigiles, il ne vivait que de pain, d'eau et de fruits secs : « Quel malheur », disait-il, « si je combattais mollement, soldat sous un chef couronné d'épines! » Que dirons-nous de ses prières où on l'eût pris pour un ange parlant à Dieu dans le ciel; de ses méditations dans lesquelles détournant tout à fait son regard de la créature, il contemplait les perfections de Dieu et ses propres misères; de son humilité qui lui faisait disputer aux jeunes religieux les emplois les plus vils; de sa dévotion envers la sainte Vierge, sa plus ferme espérance après Dieu, et à laquelle il se croyait redevable de toutes les grâces qu'il obtenait?
Ses supérieurs avaient hâte de rendre tant de vertus utiles au prochain. Lorsqu'il eut fini son cours de théologie, et qu'il eut été élevé au sacerdoce, il fut chargé d'annoncer la parole de Dieu et d'entendre les confessions: il remplit ce ministère avec le plus grand succès, surtout à Weltkirchen, où on l'envoya en qualité de supérieur du couvent, et où il opéra des conversions qui tenaient du prodige, entre autres celles de plusieurs calvinistes. Une maladie contagieuse s'étant mise parmi la garnison, et ensuite parmi les habitants de Weltkirchen, Fidèle se voua tout entier au service des pestiférés: on le trouvait à toute heure et partout, dans les hôpitaux, dans les maisons et les places, soignant le corps, soignant l'âme, et plus d'une fois guérissant les deux à la fois par des miracles. Sa réputation devint telle, que la Congrégation de la Propagande, établie par Grégoire XV, ayant demandé au provincial des Capucins des missionnaires zélés et redoutables à l'erreur, pour arrêter le torrent de l'hérésie qui envahissait la Suisse et surtout le canton des Grisons, on le mit à la tête de cette mission. Il accepta avec d'autant plus de joie, qu'il espérait avoir beaucoup à souffrir chez ces peuples grossiers, chez ces hérétiques violents et irrités. Il comptait même sur le martyre. Chacun de ses pas fut marqué par des conversions; dans les premières conférences qu'il eut avec les Calvinistes, il ramena à la vérité deux gentilshommes. Qui n'eût été convaincu en entendant cet Apôtre défier les ministres protestants, et renverser toutes leurs raisons; en le voyant marcher pieds nus, catéchiser les enfants, chercher les brebis égarées à travers les glaces, les rochers escarpés et les précipices? Ses adversaires ne trouvant pas d'autre moyen de répondre à la puissance de sa parole et de ses exemples, résolurent sa mort, sous prétexte qu'ils voulaient affranchir leur pays du joug de l'Autriche, et que ce moine leur prêchait la servitude; il leur prêchait au contraire la liberté des enfants de Dieu, les invitant à secouer la servitude du démon. Quant à l'Autriche, il leur fit remarquer en ami qu'elle pourrait réprimer durement les révoltés, envahir la Suisse et la ruiner par le fer et le feu. Informé qu'on cherchait l'occasion de verser son sang, il ne prit d'autre précaution que celle de se confesser, et continua ses travaux apostoliques, voulant mourir les armes à la main. Il signait ses lettres, à cette époque : Frère Fidèle qui doit bientôt être la pâture des vers. Il se rendit le 24 avril 1622, de Grusch à Sévis, où il exhorta fortement les Catholiques à rester inviolablement attachés à la foi. Pendant qu'il prêchait, un Calviniste lui tira un coup de mousquet qui ne l'atteignit pas ; et comme on le priait de mettre sa vie en sûreté, il répondit qu'il ne craignait pas la mort et qu'il était prêt à verser son sang pour la cause de Dieu. Etant parti le même jour pour retourner à Grusch, il tomba entre les mains d'une troupe de Calvinistes qui avaient un ministre à leur tête. Il le traitèrent de séducteur, et voulaient le forcer à embrasser la prétendue réforme : « Je suis venu pour refuter vos erreurs, et non pour les embrasser, leur répondit-il, et je n'ai garde de renoncer à la doctrine catholique, qui est la doctrine de tous les siècles. Au reste, sachez que je ne crains pas la mort. » Un de la troupe l'ayant renversé par terre d'un coup d'estramaçon, il se releva sur les genoux et fit cette prière : « Seigneur Jésus, ayez pitié de moi ; sainte Marie, mère de Dieu, assistez-moi ». Il reçut ensuite un second coup, qui le renversa de nouveau par terre, baigné dans son sang ; on le perça ensuite de plusieurs coups de poignard : c'est ainsi qu'il mourut martyr, à l'âge de quarante-cinq ans. Quelque temps après, les Calvinistes furent défaits par les impériaux, comme le Saint le leur avait prédit, et le ministre qui les commandait fut si frappé de cette prédiction, qu'il se convertit et abjura publiquement l'hérésie. Le corps de saint Fidèle fut porté à Weltkirchen, à l'exception de sa tête et de sa jambe gauche qui en avaient été séparées par ses meurtriers, et qui furent placées dans la cathédrale de Coire. De nombreux miracles s'étant opérés par son intercession, Benoît XIII le béatifia en 1729, et Benoît XIV le canonisa en 1745.
Son attribut est la massue ou estramaçon, espèce de lourde épée à large tranchant, instrument avec lequel il fut assommé. On le représente avec un crucifix à la main, portant une large blessure à la tête. Saint Fidèle est le premier martyr d'entre les missionnaires envoyés par la Propagande.
Voir la Vie de saint Fidèle, publiée, en 1745, par Théodore de Paris, Capucin.
Événements marquants
- Naissance à Sigmaringen en 1577
- Études à l'université de Fribourg-en-Brisgau
- Voyage en Europe avec trois jeunes gentilshommes
- Exercice de la profession d'avocat à Colmar
- Entrée chez les Capucins de Fribourg en 1612
- Missionnaire de la Propagande dans le canton des Grisons
- Martyre à Sévis par une troupe de Calvinistes
Miracles
- Guérisons de pestiférés à Weltkirchen
- Conversion d'un ministre calviniste après sa mort
- Nombreux miracles posthumes ayant mené à sa canonisation
Citations
Soyez fidèle jusqu'à la mort et je vous donnerai la couronne de vie.
Je suis venu pour refuter vos erreurs, et non pour les embrasser.