Saint Gilduin (Gildouin)
Chanoine de Dol
Résumé
Né en 1052, Gilduin était un chanoine de Dol issu d'une noble lignée bretonne. Élu évêque contre son gré, il se rendit à Rome pour supplier le pape Grégoire VII de le décharger de ce fardeau au profit de l'abbé Even. Il mourut prématurément à Chartres en 1077 lors de son voyage de retour.
Biographie
SAINT GILDUIN, CHANOINE DE DOL (1077).
Saint Gilduin ou Gildouin, chanoine de l'église cathédrale de Saint-Samson de Dol, fut fils de Rieuxlem ou Rudalen, surnommé Chèvre-Chenne, seigneur de Dol et de Combour ; sa mère était de la noble maison de Puysel dans la Beauce, diocèse d'Orléans. Il vint au monde l'an 1052, sous le pontificat de saint Léon IX ; il fut baptisé dans l'église de Saint-Samson par son oncle paternel Junkeneus, archevêque de Dol. Ses parents s'occupèrent soigneusement de son éducation, et, autant qu'ils purent, ils le formèrent à la piété et aux bonnes mœurs, et l'instruisirent dans la religion et dans les belles-lettres.
Après qu'il eut achevé le cours de ses études, ses père et mère le voulurent marier, et lui chercher un parti qui fût bon et avantageux ; mais le saint jeune homme n'y voulut rien entendre, et leur fit savoir son intention, qui était d'embrasser l'état ecclésiastique, ou, selon l'ancienne manière de dire, de se faire d'église. Les parents y consentirent volontiers, et dès lors, ils le vêtirent de long, le consacrant à Dieu entre les mains de son oncle Junkeneus.
Gilduin, avec la tonsure cléricale, reçut un esprit tout nouveau et fut entièrement changé en un autre homme. Sa vie sainte et exemplaire permit à l'archevêque de lui conférer, nonobstant sa jeunesse, un canonicat dans sa cathédrale. Il fut ordonné diacre au grand contentement du clergé et du peuple dolois, qui se promettaient quelque chose de grand de ce jeune homme. Cependant l'église de Dol, florissante et heureuse sous Junkeneus, eut le malheur de tomber entre les mains d'un mauvais pasteur, qui, selon les actes de saint Gilduin, méritait plutôt d'être appelé archiloup qu'archevêque. C'était un de ces évêques simoniaques qui donnèrent tant de peine à Grégoire VII, la plaie de l'Église en ce temps-là et qui l'auraient perdue, si elle pouvait l'être. Ce loup fut sept ans dans la bergerie de Jésus-Christ ; enfin, à bout de patience, le clergé et le peuple de Dol le chassèrent de la ville, et s'étant assemblés pour élire un autre évêque, réunirent tous leurs suffrages sur le jeune diacre Gilduin.
Celui-ci ne voulant pas d'une charge qui le forçait à renoncer à la vie humble et retirée qu'il affectionnait par-dessus tout, d'une charge qui lui semblait d'ailleurs beaucoup trop lourde pour ses épaules de jeune homme, fit tout ce qu'il put pour obtenir que ses concitoyens revinssent sur leur décision ; mais, ses efforts étant inutiles, il en appela au souverain Pontife, qui était alors saint Grégoire VII. Il se disposa donc à partir pour Rome, et pria Even, ou Ivon, abbé de Saint-Melaine-les-Reunes, de lui tenir compagnie en ce voyage. Le chapitre de Dol envoya aussi ses députés pour supplier Sa Sainteté de confirmer l'élection qui avait été faite.
Arrivés à Rome, ils comparurent tous à l'audience du Pape. Les députés représentaient à Sa Sainteté les belles qualités dont leur élu était doué, les nécessités de l'église de Dol, auxquelles nul ne pouvait mieux remédier que lui, non-seulement à cause de la sainteté de sa vie, mais aussi de la noblesse de son extraction, et ils concluaient qu'il pût à Sa Sainteté, sans avoir égard aux excuses de Gilduin, de confirmer l'élection qu'ils avaient faite de lui. De son côté, Gilduin supplia le Saint-Père de ne vouloir pas mettre une charge si pesante sur ses faibles épaules, fit valoir son âge peu avancé, son incapacité et les autres raisons que son humilité lui fournissait.
Admirant cette humilité, Grégoire VII en fit compliment à Gilduin : « Mon fils », lui dit-il, « votre conduite est sage, parce qu'elle est conforme aux saints canons. Loin de vous ingérer imprudemment, vous vous excusez par des raisons prudentes. Sachez donc que je ferai volontiers ce que vous me demandez, pour ne pas vous accabler d'un fardeau supérieur à votre âge ». Puis le Saint-Père le pria de lui nommer celui de sa compagnie qu'il jugerait le plus capable d'occuper le siège épiscopal. Gilduin l'ayant remercié, s'en retourna vers les députés et leur déclara l'intention du Pape, suivant laquelle ils consentirent qu'il renonçait à son élection et qu'il nommait tel qu'il jugerait à propos. Lui, bien aise de cette résolution, alla trouver Sa Sainteté et la pria de consacrer Even, abbé de Saint-Melaine-les-Rennes, homme d'une vertu, d'une doctrine et d'une sainteté signalées. Le Pape approuva cette nomination et sacra Even archevêque de Dol, dans l'église de Latran, en présence des cardinaux et des prélats qui se trouvaient alors en cour romaine, l'an 1076. Le Saint-Père, en congédiant Even et sa compagnie, lui donna une lettre de recommandation pour tous les évêques de Bretagne, dont voici quelques passages :
« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les évêques de Bretagne, salut et bénédiction apostolique. Nous croyons que vous n'ignorez pas comment le clergé et le peuple de Dol nous ont adressé un jeune homme d'une naissance assez illustre, selon ce qu'on nous a dit, demandant qu'il fût ordonné par Nous pour être leur évêque. La cause étant examinée comme il convenait, Nous avons reconnu en lui les mœurs honnêtes, en égard à son âge, mais non encore assez mûries et affermies pour soutenir le poids de l'épiscopat. C'est pourquoi Nous avons décidé qu'il ne serait prudent, ni pour lui-même, ni pour vous, de le charger d'un fardeau si lourd. Mais avec l'aide de Dieu, Nous avons trouvé parmi ceux qui l'accompagnent une personne beaucoup plus en rapport avec cette dignité par son âge, par sa science et par la gravité de sa conduite : c'est Yvon, abbé de Saint-Melaine, que Nous avons ordonné, bien que malgré lui et quelque astreint à l'obéissance, sur la demande, sur le choix du jeune homme et des autres. Nous lui avons aussi accordé l'honneur et l'usage du *patrium* pour votre direction et pour celle de toute la province, à la condition toutefois qu'il ne refusera pas de se présenter en temps opportun pour discuter la plainte que notre confrère Rodolphe, archevêque de Tours, fait depuis longtemps à l'audience de nos prédécesseurs et à la nôtre, touchant la soumission de ce siège de Dol à celui de Tours, et touchant le refus d'obéissance, etc... »
Avec ces lettres et plusieurs belles reliques dont le Pape leur fit présent, nos Bretons sortirent de Rome et s'en retournèrent en France. Lorsqu'ils eurent passé les Alpes, Gilduin se sépara de l'archevêque et se dirigea vers l'Océanie pour visiter ses parents maternels. Il tomba malade à Puyseaux. Sentant sa fin approcher, il se fit porter à Chartres, pour faire la prière à Notre-Dame. De là, il alla loger au monastère de Saint-Pierre-en-Vallée, situé au faubourg de Chartres ; il fut soigné par les religieux bénédictins pendant sa maladie, et Dieu l'appela à lui le 27 de janvier, l'an de grâce 1077. Il fut enterré au milieu du chœur de l'église du monastère.
Des miracles s'étant opérés à son tombeau, ses ossements furent levés de terre quatre-vingt-dix ans après sa mort, transférés en une chapelle et renfermés dans une châsse par l'abbé Foulcher, quatorzième abbé de Saint-Pierre-en-Vallée. Une seconde translation des saintes reliques eut lieu en 1666 ; elles furent déposées très-solennellement dans la cathédrale de Chartres, où elles demeurèrent jusqu'à la Révolution. À cette époque désastreuse, les reliques de saint Gilduin ont disparu.
L'ancien diocèse de Dol en célébrait autrefois la fête le 27 janvier du rite double majeur, et le Bréviaire de Chartres en fait mention au 15 novembre, parmi les Saints de ce diocèse.
MARTYROLOGES. 63
Événements marquants
- Naissance en 1052
- Baptême par son oncle Junkeneus
- Refus du mariage pour entrer dans l'état ecclésiastique
- Nomination comme chanoine et ordonné diacre à Dol
- Élection comme évêque de Dol par le peuple et le clergé
- Voyage à Rome pour refuser l'épiscopat auprès de Grégoire VII
- Nomination d'Even comme archevêque à sa place
- Mort à Chartres au retour de Rome
Miracles
- Miracles opérés à son tombeau après sa mort ayant entraîné l'élévation de ses ossements
Citations
Mon fils, votre conduite est sage, parce qu'elle est conforme aux saints canons.