Saint Henri II (le Pieux, le Boiteux)

Roi de Germanie, Empereur des Romains et Confesseur

Fête : 15 juillet 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Empereur du Saint-Empire au XIe siècle, Henri II se distingua par sa piété profonde et son sens de la justice. Marié à sainte Cunégonde avec qui il vécut dans la continence, il fut un grand bâtisseur d'églises, notamment à Bamberg et Strasbourg. Il est célèbre pour avoir favorisé la conversion de la Hongrie et pour sa soumission humble à l'autorité de l'Église.

Biographie

SAINT HENRI II, ROI DE GERMANIE,

EMPEREUR DES ROMAINS ET CONFESSEUR

Summum in regibus bonum est justitiam colere, ac sua ex quaque jura servare, et subjectis non sinere quod potentatis est fieri, sed quod æquum est custodire.

La perfection souveraine des rois, c'est de pratiquer la justice, de faire respecter les droits de chacun, et, au lieu d'autoriser les sujets à abuser de la force, de les astreindre à observer les lois de l'équité.

S. Greg. Mag., lib. VII in Rep.

Saint Henri, surnommé le Pieux et le Boiteux, naquit l'an de grâce 972, non pas à Ratisbonne ou Regensberg, comme quelques-uns l'ont écrit, mais dans un château appelé Abaudi, sur le Danube. Son père fut Henri, duc de Bavière, prince de Norique et de Carinthie, et sa mère Giselle, fille de Conrad, roi de Bourgogne. Il fut tenu sur les fonts sacrés du baptême par saint Wolfgang, évêque de Ratisbonne, qui depuis prit le soin de l'élever dans les pratiques de la vraie piété et les vertus les plus dignes d'un grand roi; dès ce temps-là, par un esprit prophétique, il lui en donnait souvent le nom. Ce pieux prélat eut la consolation de voir son élève faire de rapides progrès dans les sciences et la vertu. Henri, de son côté, était tendrement attaché à son maître et profita autant de ses exemples que de ses leçons.

En 993 il perdit son père et lui succéda dans le duché de Bavière. Connaissant les devoirs d'un souverain, il gouverna son peuple d'après les préceptes de notre sainte religion et les lois de la justice. C'est à cette époque qu'il faut placer son mariage avec Cunégonde, fille de Sigefroi, comte de la Moselle. Les deux époux observèrent la continence pendant toute la durée de leur union, et se donnèrent mutuellement les plus beaux exemples des vertus chrétiennes. Ne cherchant en tout que la gloire de Dieu et le bonheur de leurs sujets, le duc et son épouse semblèrent rivaliser entre eux de zèle et d'amour pour les peuples. Jamais gouvernement ne fut plus paternel et plus heureux : les sujets bénissaient le ciel de leur avoir donné un chef si vertueux et si juste, et le duc, de son côté, remerciait la Providence des grâces qu'elle répandait sur ses États et de l'union qui régnait entre ses sujets.

Quelques années avant qu'il fût élu empereur, saint Wolfgang, qui était déjà décédé, lui apparut la nuit en songe, comme s'il eût été dans l'église de Saint-Emmeramme, évêque et martyr, et lui dit de lire ce qui était écrit sur la muraille. Il le fit, et n'y vit rien autre chose que ces deux mots : Après six. Lorsqu'il fut éveillé, il repassa dans son esprit ce que pouvaient signifier ces paroles, et crut qu'elles voulaient dire qu'il ne vivrait plus que six jours. Il fit aussitôt de grandes aumônes, et, voyant au bout de ce temps qu'il se portait bien, il pensa que cela se devait entendre de six mois; c'est pourquoi il continua à faire de bonnes œuvres, et lorsque les six mois furent passés sans qu'il sentît aucune altération à sa santé, il crut enfin que ces paroles se devaient entendre de six années. Ainsi, il se disposa à mourir au bout de ce temps. Mais quand les six années furent écoulées, il fut, le premier jour de l'an 1002, élevé à la dignité impériale : car Othon III étant mort à Rome, en l'année 1001, les princes d'Allemagne laissant au peuple romain le soin des devoirs funèbres de l'empereur qu'ils avaient perdu, s'occupèrent de l'élection d'un successeur, qui fut saint Henri, duc de Bavière et comte de Bamberg. Ce prince connut alors ce que sa vision signifiait, et rendit grâces à Dieu et à saint Wolfgang de la révélation qu'il avait eue.

Henri, apprenant son élection, partit accompagné d'un grand nombre d'hommes choisis, et sortit de la Bavière pour passer le Rhin, près de Worms, et de là se rendre à Mayence et se faire sacrer empereur; mais Hermann, duc d'Alsace et de Souabe, qui avait espéré lui-même se placer sur le trône impérial, ayant connu le dessein de Henri, s'avança avec des troupes pour lui disputer le passage du Rhin : alors Henri, feignant de craindre une action sur les bords de ce fleuve, leva son camp comme s'il eût voulu retourner en Bavière. Cette contre-marche donna le change à Hermann, qui se retira, tandis que Henri tourna sans bruit du côté de Laurisheim et s'avança jusqu'à Mayence, où il fut couronné roi de Germanie. Ce fut l'archevêque Willégise qui le sacra, le 8 juillet 1002, en présence d'un grand nombre d'évêques et de seigneurs de l'Empire. La réputation de piété, de justice, de douceur et de modération, dont il jouissait, avait engagé les chefs du corps germanique à le placer à leur tête. Par un mouvement de générosité, Henri céda à son beau-frère, surnommé Henri l'Ancien, son duché de Bavière.

Dès lors, occupé constamment à procurer le bonheur de ses sujets, Henri s'appliqua avec zèle à connaître la situation de son empire et les besoins de ses peuples. Par la sagesse de son gouvernement, il justifia la haute idée qu'on avait conçue de lui, et par l'heureux assemblage des vertus chrétiennes, royales et militaires, il prouva qu'un bon roi est un vrai don du ciel. Il priait souvent, méditait sans cesse la loi de Dieu, pratiquait dans toutes les circonstances l'humilité, afin de se prémunir contre l'orgueil et ne point se laisser éblouir par le faste des grandeurs de la terre.

Cependant son compétiteur Hermann, furieux d'avoir perdu ses droits à la couronne, fit répandre le bruit qu'il allait chercher Henri et lui livrer un combat singulier partout où il le rencontrerait. Ce monarque s'était alors avancé en Souabe dans l'intention de séjourner quelque temps dans l'abbaye de Reichenau, située dans une île du lac de Constance. Ayant appris que Hermann devait venir le combattre, il se retira dans une grande plaine pour l'y attendre : mais celui-ci ne parut pas; alors les courtisans pressèrent Henri d'investir Constance, comme Hermann avait fait à Strasbourg, que ses troupes avaient pris et livré au pillage en mettant même le feu à la cathédrale : mais le saint empereur repoussa ce conseil et, ne doutant pas que Constance ne dût se soumettre plus tard, il répondit que Dieu ne lui avait pas mis la couronne sur la tête pour faire du mal, mais pour punir, au contraire, ceux qui en faisaient, et qu'en ruinant Constance, comme Strasbourg l'avait été, ce serait doubler ses pertes.

Hermann, voyant Henri s'affermir de plus en plus sur son trône, se désista de son projet et laissa à ce monarque le loisir de faire le bonheur de son vaste empire.

Henri résolut dès lors de s'employer tout entier au service du Roi du ciel et de la terre : il prit un extrême soin de faire fleurir la religion catholique. Il donna de grands biens aux églises et les embellit extraordinairement. Il répara celles d'Hildesheim, de Magdebourg, de Strasbourg, de Meissen, de Bâle et de Mersebourg, églises épiscopales, que les ravages des Esclavons avaient presque entièrement détruites : il fit les mêmes libéralités à tous les évêchés de son empire, et, par une révélation de Dieu, il donna saint Godard pour évêque à la ville d'Hildesheim, où il avait été élevé et instruit dans les sciences.

Ce qu'il fit pour l'église de Mersebourg demande d'être raconté plus au long. Cet évêché avait été ravagé et pour ainsi dire détruit par les incursions des idolâtres qui habitaient la Pologne et l'Esclavonie. Notre Saint résolut de combattre ces barbares. Il prit, en passant à Walbech, l'épée de saint Adrien, martyr, que l'on y conservait depuis fort longtemps comme une relique. Après l'avoir mise à son côté, il dit à Dieu de tout son cœur : « Jugez, Seigneur, mes ennemis, terrassez ceux qui m'attaquent; prenez l'épée et le bouclier, et déployez votre bras en ma faveur ». Il s'avança ensuite, et fit camper son armée au lieu où l'église de Mersebourg est assise. Lorsqu'il la vit ainsi ruinée, il jeta un profond soupir, et s'adressant à saint Laurent, patron de cette église, il lui dit : « Grand Saint, martyr illustre de Jésus-Christ, si je puis, par votre assistance, soumettre ces nations barbares à la religion chrétienne, je rétablirai, avec l'aide de Dieu, dans sa première dignité, cette église consacrée à votre honneur ».

Quand il fut près de l'armée innombrable des Barbares, il eut recours à ses armes ordinaires, nous voulons dire à la prière; et, après avoir imploré le secours de Dieu, il mit son armée et sa personne sous la protection des bienheureux martyrs saint Laurent, saint Georges et saint Adrien; puis il fit communier tout le monde, mit ses troupes en bataille, les harangua pour les exciter à combattre généreusement, et, voyant cette multitude d'ennemis, il adressa à Dieu cette prière : « Seigneur, qui êtes le Dieu des batailles, levez votre bras contre ces nations qui veulent détruire vos serviteurs. Dissipez-les par votre puissance; ruinez-les, vous, mon Dieu, qui êtes notre protecteur, et faites qu'elles soient comme la paille que le vent emporte ». Lorsqu'il proférait ces paroles, il vit à la tête de son armée les glorieux Martyrs qu'il avait invoqués et pris pour protecteurs, et l'ange exterminateur, qui mettait en fuite les bataillons ennemis; ainsi, comme il arriva autrefois à l'armée de Sennachérib, ce nombre incalculable de Barbares fut dissipé : ils jetèrent leurs armes, et cherchèrent leur salut dans la fuite, sans que cette victoire coûtât aux chrétiens une seule goutte de sang.

Alors ce très-saint empereur leva les mains et les yeux au ciel, et remercia Dieu en ces termes : « Je vous bénis, Roi du ciel et de la terre, qui résistez aux superbes, qui répandez vos grâces sur les humbles et protégez ceux qui vous aiment. Vous serez glorifié dans toutes les nations, à cause de cette victoire que nous ne tenons que de vous seul ».

Après un si heureux et si grand succès, le Saint fit un traité avantageux avec ces Barbares. La Pologne, la Bohême et la Moravie lui demeurèrent tributaires; et il accomplit, avec tant de fidélité et de magnificence, le vœu qu'il avait fait à Saint Laurent, touchant l'église et l'évêché de Mersebourg, qu'il les rétablit avec plus d'éclat que jamais dans leur première dignité.

Outre plusieurs autres églises qu'il fit bâtir avec une grande magnificence, il voulut encore ériger celle de Bamberg en cathédrale, et y établir un siège épiscopal, en lui soumettant les abbayes de Schutteren et de Gengenbach, situées à la droite du Rhin et qui étaient alors du diocèse de Strasbourg. Pour cela, il fit tenir une assemblée générale de tous les prélats de l'empire, dans la ville de Francfort (1007); il y fit une action d'humilité qui mérite la réflexion des plus grands princes de la chrétienté. Entrant dans ce Synode sacré, il se prosterna contre terre, devant tous les prélats qui le composaient, comme reconnaissant en leur caractère la majesté du Dieu tout-puissant, au nom duquel ils étaient assemblés, et il ne se fût pas relevé si l'archevêque, qui présidait, n'eût été le prendre par la main, et ne l'eût placé lui-même sur le trône qui lui était préparé. L'assemblée consentit volontiers à son pieux dessein, et régla, avec une joie extrême, toutes les choses nécessaires pour le faire exécuter. On donna le titre des glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, et du bienheureux martyr saint Georges, à la nouvelle église; et l'empereur l'affecta particulièrement à la nomination des Papes, voulant qu'elle relevât absolument et immédiatement du Saint-Siège. Il fit aussi bâtir, dans la même ville, deux beaux monastères pour en être la sauvegarde; l'un de chanoines réguliers de Saint-Augustin, l'autre de religieux de Saint-Benoît : le premier fut dédié à saint Etienne, et le second à saint Michel et au même saint Benoît.

Convaincu que la paix est le premier besoin des peuples, Henri fit tous ses efforts pour la maintenir dans ses États, sans laisser cependant de repousser par les armes les agressions de ses ennemis. Quelques-uns de ses sujets ayant osé se révolter contre lui au commencement de son règne, le monarque, qui voulait leur inspirer une crainte salutaire sans les porter au désespoir, les réduisit par les armes et les vainquit par la clémence.

Les affaires d'Italie n'étaient pas alors en très-bon état, car l'ordre que Charlemagne y avait établi avait été violé par l'artifice des Lombards; et, après la mort d'Othon III, Hartwich s'était saisi des principales places de la Gaule Cisalpine. Ces troubles obligèrent l'empereur d'y marcher en diligence, afin d'en arrêter au plus tôt le cours. Mais, comme Dieu répandait sans cesse ses grâces sur lui, et qu'il était comme l'épée et le bouclier qui le protégeaient contre tous ses ennemis, il ne fut pas longtemps sans défaire Hartwich; mais à peine commençait-il à goûter les fruits de son triomphe qu'il fut rappelé en Allemagne pour prévenir les pernicieux desseins de Boleslas, duc de Pologne, qui voulait se prévaloir de son absence, et jeter le trouble dans ses États, contre la fidélité qu'il devait au traité fait entre eux, après la journée de Mersebourg. Il quitta donc l'Italie, après avoir rendu ses vœux au tombeau de saint Ambroise, pour qui il avait une dévotion particulière, et arriva bientôt aux frontières de la Pologne. Cette guerre ne l'empêcha pas de penser au repos universel de l'empire; il eut soin de faire convoquer des Synodes et des assemblées ecclésiastiques, afin de pourvoir au bon règlement des mœurs et à la sage conduite de l'Église catholique.

Pendant toutes ces affaires, la mort du pape Sergius IV survint, et Benoît VIII fut légitimement élu pour son successeur. Un antipape schismatique, qui prit le nom de Grégoire, traversa son exaltation, et le poursuivit si cruellement, que, ne trouvant pas de sûreté pour lui en Italie, il fut contraint d'avoir recours à l'empereur et de passer en Allemagne. Henri le prit sous sa protection, et marcha aussitôt pour le venir placer lui-même sur le trône de saint Pierre par la force de ses armes. Grégoire, effrayé de cette résolution, céda toutes ses prétentions au Saint-Siège, et chercha son repos dans la retraite. Ainsi Benoît rentra dans Rome, où il fut reçu avec joie et reconnu pour le légitime successeur du Prince des Apôtres. Henri le suivit avec son armée, et Sa Sainteté sortit de la ville au-devant de lui, et lui présenta un globe d'or, enrichi de pierres précieuses et surmonté d'une croix; ce que l'on a, dans la suite, mis entre les mains des empereurs, ses successeurs, comme marque de leur souveraineté.

Le lendemain de leur arrivée, l'empereur et l'impératrice Cunégonde, sortant de leur palais, furent conduits avec grande pompe à l'église du Prince des Apôtres, suivis des douze sénateurs romains qui représentaient la majesté de cet auguste sénat, qui a été autrefois l'arbitre et la terreur de toutes les nations de la terre. Le Pape les reçut à l'entrée de la porte, et, ayant fait jurer à Henri fidélité aux successeurs de saint Pierre, il les introduisit tout à fait dans le temple. Ensuite, il consacra Henri empereur, et mit à l'un et à l'autre la couronne impériale sur la tête. L'empereur, qui n'oublia jamais sa première piété, au milieu des plus grands honneurs, voulut que la couronne, qui avait servi à la pompe de son sacre, fût mise sur l'autel du Prince des Apôtres, pour lui faire hommage de toute sa grandeur et de tout l'éclat de sa majesté impériale. Il confirma et renouvela, par reconnaissance, les donations faites au Saint-Siège par ses prédécesseurs et par Pépin le Bref.

Après quelques jours passés dans la capitale de la chrétienté, il se rendit à Pavie, où il resta jusqu'aux fêtes de Pâques. Comme la Lombardie ne présentait plus de signe de rébellion, l'empereur retourna dans ses États par les Alpes et visita l'abbaye de Cluny. Il donna à cette maison le globe et la couronne d'or enrichis de pierreries, dont le Pape lui avait fait présent. Il visita de même plusieurs autres monastères qui se trouvaient sur sa route, et laissa partout des marques de sa libéralité. Il passa par Liège et Trèves et arriva enfin à Strasbourg. Il convoqua, le 23 juin 1014, une assemblée générale des grands de son vaste empire, et publia plusieurs lois pour maintenir la police dans ses États. Plusieurs de ses lois, dans lesquelles respire une profonde sagesse, sont encore en vigueur en Allemagne.

Le célèbre Werner, évêque de Strasbourg, était alors occupé à réunir les matériaux nécessaires pour bâtir son église cathédrale. Cette église, qui datait encore du sixième siècle, avait été détruite en 1002 par les troupes de Hermann, compétiteur de Henri, comme nous l'avons dit, et par le feu du ciel en 1007. Le chœur que Charlemagne, d'après une tradition constante, avait fait bâtir, étant construit en pierres, résista à la violence des flammes et les chanoines purent y continuer les offices. En 1012, Henri, qui y avait assisté et avait été frappé de la modestie et de la piété avec lesquelles ces derniers célébraient les saints mystères, du bel ordre qui s'y observait et de la majesté qui régnait dans le sanctuaire, demanda à l'évêque à être reçu parmi les chanoines. Werner, qui savait combien était nécessaire à l'empire un homme comme Henri, lui fit de vives remontrances pour le faire revenir de son projet; mais le monarque revint à plusieurs reprises au dessein qu'il nourrissait et pressa vivement l'évêque de le recevoir : alors Werner, feignant d'entrer dans ses vues, lui dit de se présenter le lendemain au grand chœur devant le maître-autel : Henri obéit; l'évêque parut et lui demanda : « Votre majesté est-elle disposée à m'obéir en toutes choses ? » Henri le promit. « Eh bien ! » reprit Werner, « je vous ordonne, en vertu de cette obéissance que vous venez de me promettre, de continuer à gouverner l'empire, comme vous avez fait jusqu'ici; car le Seigneur vous a destiné à être monarque et non pas chanoine ».

À ces paroles Henri fut comme frappé de la foudre : il fallut obéir; et voyant que l'évêque n'était nullement disposé à céder à ses désirs, et voulant cependant avoir quelque part aux prières des chanoines, il fonda une prébende, dotée d'un riche revenu, pour un ecclésiastique qui ferait en son nom le service divin : cette fondation a subsisté jusqu'au moment de la révolution. Lorsqu'au commencement du treizième siècle, les chanoines nobles se séparèrent d'avec ceux qui ne l'étaient pas, et établirent ainsi les premiers la distinction entre le grand chapitre et le grand chœur, le canonicat fondé par saint Henri devint une des prébendes du grand chœur, sous le titre de prébende du roi du chœur. Les empereurs d'Allemagne y nommèrent jusqu'au treizième siècle; mais depuis cette époque le grand prévôt en eut la collation. Celui qui la possédait avait la première place au grand chœur, aux processions et dans les cérémonies publiques; mais dans les assemblées capitulaires il n'avait rang que selon son ancienneté. Il présidait autrefois à la place du doyen, quand celui-ci n'assistait pas aux assemblées, et avait le droit de faire l'office à certains jours de fête. Depuis la canonisation de saint Henri, lorsque cette fête tombait au dimanche, elle était solennisée avec une grande pompe par le roi du chœur : ceci ne s'observait plus depuis la réunion de Strasbourg à la France.

Henri ne borna pas à ce seul acte ses libéralités envers la cathédrale de Strasbourg; il lui assigna en outre de grandes sommes pour mettre l'évêque à même d'en continuer la construction; il augmenta les revenus de tous les chanoines, ce qui le fit nommer, par quelques historiens, le restaurateur de l'évêché de Strasbourg.

Les largesses qu'il fit aux églises provoquèrent des murmures de la part de ses parents, et Brunon, son frère, évêque d'Augsbourg, désapprouva hautement l'usage qu'il faisait de ses revenus. Le duc de Bavière et quelques autres seigneurs prirent les armes contre l'empereur; mais Henri les défit en bataille rangée et pardonna, avec une admirable générosité, aux princes révoltés en leur rendant même leurs domaines, dont il s'était emparé momentanément. Attentif à tout ce qui intéressait le bonheur de ses sujets, il réprimait avec force les désordres et volait au secours de ses peuples lorsqu'ils étaient menacés par quelque ennemi.

Après son sacre, Henri fut appelé empereur et nommé le premier de ce nom, parce que l'autre Henri, qui l'avait précédé, n'avait pas été couronné à Rome; ce qui fait que plusieurs historiens, comme Baronius, ne lui donnent pas le titre d'empereur, et c'est aussi pour cette raison que l'on ne commence à compter l'empire de notre Saint que du jour de son couronnement, quoique, pour ne point confondre l'ordre des temps, les meilleurs Chronologistes l'appellent Henri II, pour le distinguer de ce premier.

Ce grand prince eut pourtant deux soupçons qui troublèrent son repos. Le premier qu'il conçut fut contre Héribert, évêque de Cologne, l'un des plus grands et des plus vertueux personnages de son siècle, et que l'Église reconnaît et honore comme Saint au 16 mars. Comme la vertu a toujours des ennemis, des envieuses qui rendirent à ce prélat de mauvais offices auprès de son prince, elles le décrièrent si fort, qu'Henri, les croyant trop facilement, vint à Cologne pour le maltraiter, ou même le chasser de son siège. Mais Dieu, qui les tenait tous deux sous les ailes de sa protection, comme ses fidèles serviteurs, apporta le remède à ce mal en découvrant à l'empereur et lui faisant connaître, dans une vision, l'innocence du saint évêque et la malice de ses calomniateurs. Henri, confus de sa faute et pressé par les mouvements d'une humilité qui passe toute imagination, alla lui-même, suivi d'un seul valet, le trouver dans son église ; là, se dépouillant de la pourpre impériale et de toutes les marques de grandeur, il se jeta à ses pieds et ne voulut jamais s'en relever avant d'avoir reçu l'absolution de l'offense qu'il croyait avoir commise contre sa personne.

Bientôt le démon lui mit dans l'esprit un autre soupçon sur la fidélité de l'impératrice Cunégonde, son épouse ; mais il en fut aussi délivré par un miracle, et ce soupçon ne servit qu'à faire éclater davantage la pureté de cette incomparable princesse, dont Dieu, qui fait contribuer toutes choses au bien de ses élus, entreprit la défense.

Les mauvais offices que notre Saint recevait de son frère Bruno, évêque d'Augsbourg, devaient encore plus ébranler la tranquillité de son âme, s'il eût été capable de la perdre. Ce mauvais prince, envieux de la gloire d'un si grand empereur, ne cessa jamais d'exciter contre lui tous les troubles qu'il aurait pu appréhender de ses plus cruels ennemis. Il brouillait ses États, sollicitait ses peuples à la révolte, tâchait de porter les étrangers à lui faire la guerre, et par une conduite la plus honteuse et la plus détestable que l'on puisse imaginer, il mettait tout son bonheur à lui susciter du mal. Henri, néanmoins, instruit à l'école du Calvaire, ne perdit rien pour cela de la tendresse qu'il avait pour lui, et, à l'exemple de Jésus-Christ, son Maître, oubliant sa perfidie, il ne manqua jamais de lui rendre tous les devoirs auxquels les lois de la plus juste amitié eussent pu l'obliger envers un bon frère.

Voici un bel exemple de clémence et de bonté qu'il donna dans une occasion mémorable : Les habitants d'une petite ville du royaume de Naples, sommés de rentrer dans le devoir par les officiers de notre Saint et de le reconnaître pour leur prince légitime, le refusèrent avec insolence. Henri, indigné de cette conduite, résolut d'abord de saccager leur ville et de faire passer au fil de l'épée tout ce qui s'y rencontrerait. Épouvantés à la nouvelle d'un si sanglant arrêt, les rebelles eurent recours à une invention admirable pour apaiser leur souverain. Ils firent sortir de leurs murailles un bon ermite portant la croix et suivi de tous les enfants de la ville ; ces suppliants s'avancent vers le quartier de l'empereur ; lorsqu'ils sont près de son pavillon, se prosternant contre terre, ils crient tous ensemble d'une voix pitoyable : *Kyrie eleison*, *Kyrie eleison*. Ils redoublèrent le lendemain les mêmes cris ; et la voix de ces innocents fut si puissante, qu'Henri en étant touché ne put retenir ses larmes, et se trouva forcé d'accorder en leur faveur le pardon à tout le peuple, en prononçant ces paroles du Sauveur : *Miserere super turbam istam* : « J'ai compassion de cette troupe ».

Henri était trop attaché au Saint-Siège pour être indifférent aux maux qui menaçaient l'Église. Les Grecs et les Sarrasins venaient de faire une irruption en Italie et dévastaient ces belles contrées. Le souverain Pontife demanda des secours au monarque d'Allemagne ; aussitôt celui-ci y marcha avec une puissante armée et battit les Sarrasins en diverses rencontres. Pour préserver ce pays de nouveaux malheurs, il mit des troupes dans différentes villes et détruisit de cette manière toute influence de la part des infidèles sur les pays arrachés par sa bravoure aux fléaux de la guerre.

Après de si grands et si pieux exploits, il tomba malade de la pierre, et souffrit avec beaucoup de patience des douleurs extrêmes. Les médecins ne pouvaient le guérir par aucun remède ; il se fit porter au Mont-Cassin, pour implorer l'assistance de saint Benoît et de sainte Scholastique. Ce Saint lui apparut la nuit en songe, et, par un miracle surprenant, il lui tira sa pierre, et la lui donna ; de sorte qu'en se réveillant, il la trouva dans sa main et se sentit entièrement guéri. Cette grâce augmenta si fort la dévotion qu'il avait déjà pour ce saint patriarche des religieux, qu'il donna de grands biens à tout son Ordre.

Ensuite il revint à Rome, où le pape Benoît VIII le reçut avec toutes sortes d'honneurs. Étant allé passer la première nuit, après son entrée, dans l'église de Sainte-Marie-Majeure, il y reçut une faveur du ciel qui ne doit pas être passée sous silence. Durant la plus grande ferveur de ses prières, Jésus-Christ lui apparut visiblement, revêtu d'habits pontificaux et tout éclatant de gloire. Il venait pour célébrer l'adorable mystère de nos autels, accompagné de saint Laurent pour diacre et de saint Vincent pour sous-diacre, et suivi de la bienheureuse vierge Marie, sa mère, et d'une multitude innombrable de Vierges, d'Apôtres, de Martyrs et de Confesseurs. Quand chacun eut pris son rang et que toutes choses furent disposées, les anges commencèrent à entonner avec une admirable symphonie l'Introit de la messe : *Suscepimus, Deus, misericordiam tuam* ; et lorsque le chœur de ces chantres célestes fut arrivé à ces paroles : *justitia plena est dextera tua*, le Sauveur, la sainte Vierge, et toute la cour céleste mirent la main sur l'empereur, qui, par l'excès des délices sacrées qu'une vision si extraordinaire répandait dans son âme, se croyait déjà au milieu du paradis et dans la plénitude du bonheur éternel. Après l'Évangile, un ange s'approcha de la sainte Vierge avec un profond respect et lui offrit le livre à baiser : elle lui fit signe de le présenter aussi à Henri, lui disant ces paroles : « Donnez le baiser de paix à celui dont la virginité me plaît si fort ». Mais, comme il était tout hors de lui-même, par les transports de la joie qui le pénétraient et qu'il ne prenait pas assez garde à tout ce qui se passait, l'ange lui toucha un des nerfs de la cuisse et lui dit : « Ce sera là le signal de l'amour que le Fils de Dieu et sa divine Mère te portent à cause de ta chasteté et de ta justice ». La vision disparut et ensuite le saint empereur, comme un autre Israël, se trouva un peu boiteux, ce qui l'a fait surnommer Henri le boiteux.

Il alla aussitôt trouver le Pape, et lui fit part des bénédictions et des faveurs extraordinaires qu'il venait de recevoir du ciel. Sa Sainteté en fit rendre des actions de grâces publiques, fit prier pour la conservation d'un prince si chéri de Dieu, et se rendit même aux instances que lui fit cet empereur de venir en Allemagne visiter l'église de Bamberg, qu'il avait fondée.

À son retour d'Italie il se rendit dans le duché de Luxembourg, où il eut une entrevue avec Robert, roi de France. Henri montra dans cette circonstance quel empire la religion exerçait sur lui. Comme il prévoyait les contestations qui pouvaient naître sur le droit de prééminence, et quoiqu'on fût convenu que les deux princes se parleraient sur les bords de la Meuse, il sacrifia l'étiquette et alla le premier trouver Robert pour l'embrasser et témoigner son désir de cimenter l'amitié qui l'unissait à lui. Cette démarche est d'autant plus louable dans Henri, qu'il avait vaincu les Français et pouvait élever sur la prééminence des prétentions fondées ; mais il aimait la paix et voulait par tous les moyens possibles la consolider.

Dans ses États. En passant par Verdun, il visita la célèbre abbaye de Saint-Vanne et demanda à être reçu au nombre des religieux : l'abbé de cette maison lui conseilla de renoncer à ce projet.

On pourrait croire qu'une vie si agitée et passée dans le tumulte des affaires et dans les camps même, dut absorber tous les moments du monarque et lui laisser peu de temps pour les exercices religieux, mais on se tromperait ; car Henri savait si bien disposer ses moments, qu'il trouva moyen de satisfaire à la fois à ses devoirs de chrétien et à ceux de père de la patrie. La religion était la base de toutes ses entreprises, le mobile de toutes ses actions et le ressort de sa politique. Il trouva dans l'accomplissement de ses devoirs envers Dieu la force nécessaire pour porter avec tant de gloire et de courage le fardeau d'un vaste empire. La religion lui inspira cette bravoure qu'il fit paraître dans les combats, au point que son nom était devenu la terreur des ennemis, comme ses vertus et sa sainteté faisaient alors l'admiration de l'Europe. Henri fut, sans contredit, le premier monarque de son temps et un des plus grands princes qui aient occupé le trône de l'empire d'Allemagne. Il était l'ennemi du luxe et des dépenses inutiles, et détestait les flatteurs. Lorsque quelque malheur venait affliger ses sujets, il montrait combien il en était touché par l'empressement qu'il mettait à y porter remède. Il n'était jamais plus heureux que quand on lui annonçait que la paix et la tranquillité régnaient partout et que ses peuples étaient exacts à leurs devoirs de religion.

Il peut passer en quelque sorte pour un Apôtre, à l'égard de la Hongrie. Ces peuples avaient été infidèles jusqu'alors ; ce fut lui qui leur fit embrasser la foi catholique. Pour venir plus facilement à bout de ce dessein, il donna pour femme à Étienne, leur roi, la princesse Giselle, sa sœur, afin que, selon le précepte de l'Apôtre, le mari infidèle fût sanctifié par la femme fidèle. Ensuite, ce roi fut baptisé, et tout son royaume, à son exemple, reçut la parole de vie ; et ainsi, par une surprenante nouveauté, ce peuple eut des rois pour apôtres et évangélistes.

L'union de ces deux princes, dans la fonction de l'apostolat, est une grande gloire pour l'Église ; et l'on doit bien révérer leur sainteté, puisque Dieu s'en est servi pour sanctifier tant d'âmes et leur faire gagner le ciel. Ce roi de Hongrie fut si fervent dans la piété, et fit, jusqu'à la fin de sa vie, tant de bonnes œuvres qu'il a mérité de faire de grands miracles durant sa vie et après sa mort, et que l'Église le reconnaît pour un de ses plus glorieux Confesseurs.

Lorsque saint Henri eut fait tant d'actions éclatantes, répandu de tous côtés la réputation de sa vertu, Dieu le voulut appeler à lui pour lui donner une couronne immortelle. Lorsqu'il sentit approcher le jour de sa mort, il fit encore deux choses dignes de remarque : il donna un bon successeur à l'empire, qui fut Conrad, duc de Worms ; il répara avantageusement le soupçon qu'il avait autrefois conçu contre la pureté de l'impératrice Cunégonde. Pour cet effet, il fit appeler les parents de cette bienheureuse princesse et quelques princes de sa cour, et, la prenant par la main, il la leur recommanda par ces paroles : « Voici celle que vous tous, après Jésus-Christ, m'avez donnée pour femme ; sachez que, comme je l'ai reçue vierge, je la remets vierge entre ses mains et entre les vôtres ».

Ce saint empereur mourut le 14 juillet 1024, âgé de cinquante-deux ans, la vingt-quatrième année de son règne et la onzième de son empire. Il fut enterré avec des honneurs extraordinaires à Bamberg, dans l'église des bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, où Dieu fit voir, par plusieurs miracles, quelle était la gloire dont il jouissait dans le ciel.

Bruno, évêque d'Augsbourg, son frère, entreprit de ruiner l'évêché de Bamberg, que notre Saint avait tant aimé. Pour en venir à bout, il promit à Giselle, reine de Hongrie, leur sœur, de donner tout le bien qu'il avait de patrimoine au prince Henri, son fils, si elle voulait l'assister dans ce dessein sacrilège. On convint du jour et du lieu de l'assemblée pour le mettre à exécution; mais la nuit précédente, saint Henri, lui apparaissant avec un visage à moitié défiguré, le remplit de terreur et le fit frémir. Bruno, se remettant un peu, lui demanda qui pouvait avoir été assez hardi pour le traiter de la sorte; il répondit : « C'est vous-même qui l'avez fait, lorsque vous avez entrepris de me dépouiller, moi et les Saints, des biens que j'ai donnés à l'église de Bamberg. Ne soyez pas assez téméraire pour persister dans cette résolution, si vous ne voulez en être châtié avec la dernière sévérité ». Bruno se réveilla à ces paroles avec un grand tremblement de tout son corps, et son cœur fut tellement changé, qu'après avoir confessé son péché publiquement, il se désista de son entreprise.

Il y a tant de miracles de saint Henri, comme des possédés délivrés, des paralytiques guéris et des aveugles qui ont recouvré la vue, qu'il serait trop long d'en faire ici le détail. Un chanoine de l'église de Bamberg, nommé Lupold, ayant douté de ces prodiges, et en même temps de la sainteté du bienheureux Confesseur, devint aveugle à l'instant même. Il eut recours à saint Wolfgang, pour lequel il avait beaucoup de dévotion, afin d'être guéri; mais le Saint, lui apparaissant, lui dit : « Priez Henri, confesseur de Jésus-Christ, et il vous fera recouvrer la vue: car vous ne l'avez perdue que pour avoir douté de sa sainteté ». Lorsqu'il fut éveillé, il conçut un grand regret de son péché et alla au tombeau du Saint, où, prosterné contre terre et fondant en larmes, il demanda pardon de sa faute. Il fut exaucé à l'heure même, et, ses yeux s'étant ouverts, il rendit grâces à Dieu et à saint Henri, empereur.

Notre-Seigneur, faisant voir par des preuves si certaines, et qui augmentaient tous les jours, quelle était la sainteté de ce glorieux Confesseur, des envoyés de l'église de Bamberg allèrent à Rome avec des lettres de l'empereur Conrad et des princes de l'empire, pour informer le pape Eugène et la cour romaine des merveilles que Dieu opérait par son intercession. Le Pape et les cardinaux en conçurent une joie extrême, et s'appliquèrent avec grand soin à l'affaire de sa canonisation. Un cardinal, néanmoins, s'y opposa avec chaleur, et, oubliant toute crainte de Dieu, il n'eut pas même honte de noircir, par ses discours, la réputation du saint Confesseur. Mais il ne tarda guère à sentir l'effet de la vengeance divine; il devint aussitôt aveugle: ce qui l'étonna et l'humilia de telle sorte que, se trouvant bourrelé des remords de sa conscience, il avoua publiquement que, par sa faute, il avait bien mérité un tel châtiment: autant il tâchait auparavant de déchirer ce grand Saint par sa médisance, autant il publiait ensuite ses louanges et son mérite. Ce changement de son cœur et sa pénitence furent promptement suivis du pardon: comme Dieu, par un juste jugement, lui avait fait perdre la vue pour venger l'honneur de saint Henri, il voulut aussi la lui rendre par son intercession. Saint Henri fut canonisé le 14 mars 1152, par le pape Eugène III. On célèbre sa fête le 15 juillet. Il est patron du diocèse de Bâle, où son office est du rit double de première classe avec Octave. Sa mémoire fut en grande vénération dans la cathédrale de Strasbourg, où les chanoines inscrivirent son nom dans le nécrologe, parmi ceux des bienfaiteurs de cette église.

Il est représenté, à Bamberg, avec sainte Cunégonde, portant ensemble le modèle de la cathédrale, parce qu'ils en sont les fondateurs en commun. — On voyait autrefois, à l'entrée du cloître de Saint-Vanne, à Verdun, un tableau où il était représenté quittant le sceptre et la couronne, et demandant l'habit monastique au saint abbé Richard. L'abbé, lui ayant fait promettre obéissance, lui ordonna de reprendre le gouvernement de l'empire; sur quoi on composa un distique dont le sens revint à ceci : « L'empereur est venu ici pour vivre dans l'obéissance, et il pratique cette vertu en régnant ». — On lui donna aussi pour attribut, soit un globe impérial avec une croix; soit un lis, emblème de son amour pour la chasteté; soit une discipline, indiquant ses mortifications; quelquefois une chemise de mailles de fer sur le corps et une palme. — On peut aussi le représenter au moment où il vient visiter l'abbaye du Mont-Cassin. — On le voit encore entouré de personnes à genoux à qui il accorde la vie sauve après le siège d'une ville; quelquefois, assis dans le ciel, tenant une petite église et son sceptre.

Cette vie a été principalement tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du monastère de Windeberg, en Bavière, rapportée par Canisius dans son sixième tome, et par Surius en ce jour; nous l'avons complétée avec l'Histoire des Saints d'Alsace, par l'abbé Hancéler.

Événements marquants

  • Naissance au château d'Abaudi en 972
  • Succession au duché de Bavière en 993
  • Élection impériale en 1002
  • Sacre comme roi de Germanie à Mayence le 8 juillet 1002
  • Fondation de l'évêché de Bamberg en 1007
  • Sacre impérial à Rome par le pape Benoît VIII en 1014
  • Conversion de la Hongrie par l'intermédiaire de sa sœur Giselle
  • Mort à l'âge de 52 ans en 1024
  • Canonisation par Eugène III en 1152

Miracles

  • Guérison miraculeuse de la pierre par saint Benoît au Mont-Cassin
  • Vision de la messe céleste à Sainte-Marie-Majeure
  • Victoire sans effusion de sang contre les Barbares après l'invocation de saint Laurent
  • Apparition posthume à son frère Brunon pour protéger les biens de l'église

Citations

Dieu ne lui avait pas mis la couronne sur la tête pour faire du mal, mais pour punir, au contraire, ceux qui en faisaient

— Réponse aux courtisans concernant Constance

Sachez que, comme je l'ai reçue vierge, je la remets vierge entre ses mains et entre les vôtres

— Paroles à l'agonie concernant Cunégonde

Date de fête

15 juillet

Époque

11ᵉ siècle

Décès

14 juillet 1024 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison de la pierre (calculs), protection des souverains

Autres formes du nom

  • Henri le Pieux (fr)
  • Henri le Boiteux (fr)
  • Henricus (la)

Prénoms dérivés

Henri, Heinrich

Famille

  • Henri, duc de Bavière (père)
  • Giselle de Bourgogne (mère)
  • Sainte Cunégonde (épouse)
  • Giselle (sœur)
  • Brunon, évêque d'Augsbourg (frère)
  • Conrad, roi de Bourgogne (grand-père maternel)