Saint Jacques le Mineur (Apôtre)

Apôtre et Évêque de Jérusalem

Fête : 4 mai 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Apôtre et premier évêque de Jérusalem, Jacques le Mineur est l'auteur d'une épître canonique majeure. Identifié comme le 'frère du Seigneur' (son cousin), il fut martyrisé à Jérusalem par un coup de battoir de foulon. Ses reliques furent dispersées entre Rome, Toulouse et plusieurs autres cités européennes.

Biographie

RELIGUES, ÉCRITS, LITURGIE DE SAINT JACQUES LE MINEUR;

— LES TROIS SAINTS JACQUES.

Son saint corps fut enseveli auprès du temple, au lieu même de son martyre; depuis, ses ossements ont été apportés, pour la plus grande partie, à Rome, avec ceux de saint Philippe, et, de là, les principaux ont été transférés à Toulouse, par le zèle de l'empereur saint Charlemagne, et déposés en l'église Saint-Savin. Il y a d'autres églises qui prétendent en posséder des parties considérables : comme celle de Saint-Zolie, à Compostelle, un morceau du chef; celle des Jésuites, à Anvers, un autre morceau; celle de Saint-Étienne, à Forlì, une mâchoire; la cathédrale de Langres, un bras, que l'on dit y être depuis sept cents ans; Saint-Corneille, de Compiègne, une grande partie de son crâne, où s'est conservée la trace du coup de levier qui fut déchargé sur la tête du Saint; l'église de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, à Paris, dédiée sous les noms de Saint-Jacques et de Saint-Philippe, quelques ossements, qui disparaissent pendant la Révolution française. La chaire épiscopale de saint Jacques se voyait encore à Jérusalem au IVe siècle.

Mais la plus avantageuse relique, qui nous reste de lui, est, sans doute, l'excellente épître qu'il a écrite, et qui est la première des sept canoniques; il y donne des leçons admirables à tous les fidèles; il leur apprend surtout à recevoir les afflictions avec joie, et à considérer la croix comme le plus puissant instrument de leur salut; à prier avec foi et avec persévérance; à mépriser les richesses et la gloire du monde, comme des choses qui passent en un moment; à se délier de leur convoitise, qui est la source de toutes leurs tentations; à ne se pas contenter d'entendre la parole de Dieu, mais à la mettre fidèlement en pratique en joignant les œuvres avec la foi; à réprimer leur langue, dont la trop grande liberté produit une infinité de maux; et à ne point faire exception des personnes, mais à estimer les pauvres autant que les riches. Il y prescrit aussi la forme d'administrer le sacrement de l'Extrême-Onction, ce que, sans son épître, nous n'aurions su que par la tradition non écrite. Dans la rédaction du symbole, on lui attribue l'article : « Je crois au Saint-Esprit ». Son attribut constant est le battoir de foulon avec lequel il fut assommé, qu'il tient à la main.

On croit généralement que saint Jacques adressa son épître aux Judéo-Chrétiens du nord de l'Afrique, qui faisaient consister tout leur christianisme dans une foi théorique au Messie sans pratiquer les préceptes et les conseils de Jésus-Christ : saint Jacques leur fait voir que la foi sans les œuvres est une foi morte, qui ne suffira pas pour les justifier. Il n'y a donc pas opposition véritable entre lui et saint Paul qui fait dépendre la justification de la foi et non des œuvres de la foi mosaïque. Tous deux combattent chez les Judéo-Chrétiens le pharisaïsme qui faisait consister la perfection dans des pratiques extérieures, dans les œuvres légales : tous deux enseignent la foi et les œuvres chrétiennes, animées par cette foi.

Il y a aussi une liturgie orientale qui porte le nom de saint Jacques, et dont parle saint Proclus, patriarche de Constantinople, ainsi que le concile in Trullo. Quel qu'en soit l'auteur, elle est, au moins, d'une très-haute antiquité. (Voir le Père Le Brun.) Peut-être saint Jacques aura-t-il donné seulement la direction générale de cette liturgie; on aura ensuite travaillé sur le même plan, et on y aura fait des additions. Clément d'Alexandrie, ap. Euseb., l. II, c. 1, et saint Jérôme, I, contra Jovinianum, louent la grande habileté du même Apôtre dans les matières qui ont la religion pour objet.

Durant les premiers temps, on n'écrivait que quelques parties de la liturgie. Jusqu'au IVe siècle, on ne sait que par tradition les paroles de l'Invocation sacrée ou de la consécration du pain et du vin, et l'on en agissait de la sorte par un motif de respect. Voir saint Basile, I. de Spir. Sancto, c. 27. Saint Jérôme dit « qu'on priait dans la liturgie pour les empereurs, pour les différents États, etc. » Saint Cyrille a donné une explication assez étendue de celle que l'on suivait en son église.

Les monuments les plus authentiques prouvent que, dès la naissance du christianisme, il y avait une liturgie, et que les premières formules de prières dont elle était composée furent établies par les Apôtres. C'est ainsi que saint Jacques fut le premier auteur de celle de Jérusalem. On y ajoute, depuis, quelques nouvelles prières, mais on ne toucha point au point essentiel; de là vient que les liturgies des églises fondées par les Apôtres ont toujours porté leurs noms. Encore, de nos jours, les chrétiens de Syrie suivent, comme venant de saint Jacques, la liturgie qui porte son nom.

Les continuateurs de Hollandius ont renouvelé l'opinion déjà si longtemps tenue des trois saints Jacques, et distingué saint Jacques, fils d'Alphée, l'un des deux Apôtres, de saint Jacques, frère du Seigneur, dont seuls venons de parler, qu'ils tiennent n'avoir pas été de ce nombre; ils disent que saint Jacques, fils d'Alphée, était de Galilée, de la tribu de Zabulon ou de Nephtali, et frère de saint Matthieu; dans la division des royaumes, il alla prêcher la foi à Gaza et à Tyr, et fut ainsi martyrisé à Ostracine. Mais quelques efforts qu'ils fassent pour établir cette opinion, que plusieurs savants auteurs ont réfutée, lorsqu'elle a été proposée par Érasme, je ne crois pas qu'elle soit vue de bon œil par ceux qui ont quelque déférence pour les sentiments de l'Église romaine,

SAINT JACQUES LE MINEUR, APÔTRE. 163

laquelle ne reconnaît que deux saints Jacques dans le nombre des Disciples, et tient, dans son office ecclésiastique et dans son martyrologe, que celui qui est appelé frère du Seigneur, qui a écrit une épître canonique, et qui fut ordonné évêque de Jérusalem, est un des Apôtres que Notre-Seigneur choisit, étant encore sur la terre, pour composer son collège, et le même que saint Jacques, fils d'Alphée. Ces nouveaux auteurs citent pour eux un très-petit nombre d'écrivains ; il y en a un grand nombre, surtout parmi les Latins, qui leur sont contraires : les autorités et les raisons dont ils s'appuient ont plus d'apparence que de solidité, et quelques-unes même favorisent plus l'opinion commune que la leur. Saint Jérôme, bien loin d'entrer dans leur sentiment, leur est directement contraire, non-seulement dans son Traité contre Helvidius, qu'il a fait étant jeune, mais aussi dans son Commentaire sur le chapitre 17 d'Isaïe. Car il ne reconnaît en ce lieu que quatorze Apôtres, à savoir : les onze que Notre-Seigneur avait choisis, saint Mathias, qui remplit la place de Judas, et saint Paul et saint Barnabé, qui leur furent ajoutés par l'ordre exprès du Saint-Esprit. Or, cela ne serait pas véritable si saint Jacques le Mineur, que saint Paul appelle si solennellement Apôtre, n'avait pas été du nombre des douze, puisqu'alors il y en aurait eu quinze. C'est donc le sentiment de saint Jérôme, que saint Jacques le Mineur, frère du Seigneur, est le même que l'apôtre saint Jacques. Les auteurs dont nous parlons, qui citent pour eux le même saint Docteur sur ce chapitre, n'ont pas considéré qu'il l'a interprété deux fois de suite ; dans le premier commentaire, il met, il est vrai, saint Jacques, frère du Seigneur, hors du nombre des douze Apôtres, selon l'opinion de quelques interprètes qu'il ne suit pas ; mais, dans le second, où il parle selon son sentiment, il dit ce que nous venons de rapporter. Au livre des Écrivains ecclésiastiques, il suppose encore, comme véritable, que saint Jacques a bu, dans la dernière cène, le calice du Seigneur : or, il n'y a que les douze Apôtres qui aient participé à ce grand bonheur. Il a donc reconnu que saint Jacques était de ce nombre, et n'en a pas reconnu trois.

Ajoutons quelques considérations à ce qui précède :

1° Il est vrai que saint Jacques le Mineur et frère du Seigneur, était fils de Marie, femme de Cléophas ; mais cela n'empêche pas qu'il ne fût fils d'Alphée, soit qu'Alphée et Cléophas fussent une même personne, soit qu'Alphée étant mort, Marie ait épousé Cléophas. Telle était la manière dont le Père Giry résolvait la difficulté généalogique. Aujourd'hui, grâce aux progrès de la philologie, il n'y a plus de difficulté de ce chef ; car les deux noms Cléophas et Alphée, ne sont qu'un seul et même nom, sont de la même forme ; la prononciation seule est différente (Ἕπῆς). La mère de saint Jacques le Mineur se nommait bien Marie (Matth., XXVII, 56 ; Marc, XV, 40 ; saint Jean, XIX, 25). Ce dernier nous montre en elle la femme de Cléophas et la sœur, ou la cousine de la Mère de Jésus-Christ ; Jacques était, par conséquent, le cousin — *Consobrinus* — de Jésus : c'est pourquoi il est, en cette qualité, appelé le frère du Seigneur *frater* (Galat., I, 19). Quelque étonnant que cela puisse paraître à un Occidental moderne, il est constant qu'en hébreu l'oncle nomme le neveu et le neveu comme l'oncle *frater*, frère, et qu'ainsi ce mot désigne en général un cousin-germain. Le latin *germanus* lui-même ne désigne-t-il pas également le cousin et le frère, mais plutôt le cousin que le frère ? Ainsi donc Jacques le Mineur, l'Apôtre, et Jacques, le frère du Seigneur, ne sont qu'une même personne, et les efforts des savants protestants ou autres pour démontrer que les deux désignations supposent deux personnes échouent devant ce fait que le Nouveau Testament ne connaît pas trois Jacques, qu'il n'en cite que deux, qu'il les distingue l'un de l'autre tant qu'ils vivent tous deux, tandis que, après la mort de Jacques le Majeur, il n'est plus question que de Jacques, fils d'Alphée (Marc, XV, 40 ; Act., I, 13 ; XII, 2 ; XII, 17 ; XV, 13 ; XXI, 18 ; Gal., II, 12 ; I Cor., XV, 7).

2° Il est encore vrai que saint Jacques le Mineur fut ordonné évêque ; mais il ne faut pas conclure de là qu'il ne soit pas Apôtre ; car, bien que les Apôtres eussent reçu, le jour de la cène, le caractère sacerdotal, ou même la puissance épiscopale, on pouvait néanmoins exercer encore sur eux les cérémonies de l'Onction; ce que fit saint Pierre, à l'égard de saint Jacques, pour le préparer au gouvernement de l'église de Jérusalem.

Telle est encore la réponse du Père Giry : on peut y ajouter que rien ne prouve une consécration directe de saint Jacques par les Apôtres. La seule chose certaine, c'est que, jusqu'à la dispersion, ils gouvernèrent en commun l'église de Jérusalem, et qu'à leur départ, alors qu'ils se partagèrent le monde, cette même église de Jérusalem échut en partage à Jacques, fils d'Alphée.

Pour nous résumer : il n'y a eu que deux saints Jacques : saint Jacques le Majeur, fils de Zébédée, et saint Jacques le Mineur, fils d'Alphée, tous deux apôtres du Seigneur. Si on nous demande pourquoi le Saint dont nous venons de donner la vie fut appelé Mineur, nous répondrons que ce nom paraît lui avoir été donné ou parce qu'il fut appelé à l'apostolat après saint Jacques le Majeur, ou parce qu'il était de petite taille.

Cf. Jean Sanctarum ; Maistre, les Soixante-deux disciples ; Goschler, Dictionnaire de théologie. — Voir au Supplément de ce volume quelques détails sur l'Insertion des corps des apôtres saint Philippe et saint Jacques, en 1575.

4 MAI.

Événements marquants

  • Appel à l'apostolat par Jésus-Christ
  • Participation à la dernière Cène
  • Ordination comme premier évêque de Jérusalem
  • Rédaction d'une épître canonique
  • Martyre par coup de levier ou battoir de foulon

Citations

La foi sans les œuvres est une foi morte

— Épître de saint Jacques

Je crois au Saint-Esprit

— Symbole des Apôtres (attribution)

Date de fête

4 mai

Époque

1ᵉʳ siècle

Décès

Ier siècle (martyre)

Catégories

Autres formes du nom

  • Jacques, fils d'Alphée (fr)
  • Frère du Seigneur (fr)
  • Cléophas (he)
  • Consobrinus (la)

Prénoms dérivés

Jacques

Famille

  • Alphée (père)
  • Marie (femme de Cléophas) (mère)
  • Jésus-Christ (cousin (appelé frère))
  • Saint Matthieu (frère (selon certaines opinions citées))