Saint Jean Gualbert

Fondateur de la Congrégation de Vallombrose

Fête : 12 juillet 11ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble florentin du XIe siècle, Jean Gualbert renonce à la vengeance après avoir pardonné à l'assassin de son frère devant un crucifix. Il fonde la congrégation de Vallombrose sous la règle de Saint-Benoît, prônant une austérité rigoureuse et luttant activement contre la simonie dans l'Église.

Biographie

SAINT JEAN GUALBERT,

FONDATEUR DE LA CONGRÉGATION DE VALLOMBROSE, EN ITALIE

Non putet aliquis futuram in se esse misericordiam Dei, si est in se immisericors.

Nul ne doit espérer d'obtenir la miséricorde de Dieu, s'il est lui-même sans miséricorde. Saint Augustin.

L'Ordre de Saint-Benoît est cette vigne dont parle le Prophète ; plantée des mains de Dieu même, non-seulement elle s'élève sur les plus hautes montagnes et sur les cèdres les plus forts et les plus puissants ; mais elle a aussi étendu ses branches jusqu'au bord de la mer et aux dernières extrémités de la terre. En effet, ce saint Ordre, ayant été établi par l'inspiration et le secours de Dieu, s'est acquis une si haute estime dans le monde, qu'on l'a vu occuper les premières dignités du siècle et de l'Église, et qu'il s'est répandu, en peu de temps, dans tous les lieux habitables de la terre ; mais ce qui nous fait voir plus clairement sa bienheureuse fécondité, c'est que, non-seulement il est composé d'une infinité de maisons et d'abbayes, qui ont été, durant plusieurs siècles, les asiles de la piété, les séminaires des saints évêques et les écoles publiques où se sont conservées les lettres divines et humaines ; mais qu'il renferme aussi plusieurs Ordres et plusieurs Congrégations différentes, qui, par la variété de leurs institutions, servent merveilleusement à l'ornement de l'Église militante, dont il est écrit « qu'elle est revêtue de drap d'or et environnée de diversité ». Entre ces Ordres ou Congrégations, celui de Vallombrose, dont il y a plusieurs maisons en Italie, n'est pas des moins illustres, et il mérite bien que nous donnions ici la vie de son saint Fondateur, une des plus riches en vertus et des plus édifiantes que l'on puisse proposer aux fidèles.

Ce vertueux disciple de saint Benoît, appelé Jean Gualbert, naquit à Florence, vers le commencement du XIe siècle. Ses parents étaient nobles et des plus considérables du pays. Son père se nommait Gualbert, et faisait profession des armes ; pour sa mère, nous n'en avons pas le nom. Soit que notre Saint n'eût pas été élevé dans les vraies maximes de la piété, soit qu'il les eût laissées de côté à l'âge des passions, il se lança dans la dissipation et le faste. Il s'était déjà exercé au maniement des armes, lorsqu'un de ses parents, peut-être Hugues, son propre frère, ayant été tué, son père l'engagea à en tirer vengeance et à chercher comme lui toutes les occasions de perdre l'auteur de cet homicide. Un jour que notre Saint allait à Florence, rêvant dans son esprit comment il pourrait trouver son ennemi et s'en défaire, il l'aperçut qui venait à sa rencontre, dans un lieu si étroit, qu'ils ne pouvaient se détourner ni l'un ni l'autre. La vue de son ennemi ne fait qu'augmenter sa soif de vengeance ; il saisit son épée et s'apprête à la lui passer au travers du corps ; l'autre, qui n'était pas préparé à cette rencontre, se jette aux pieds de Gualbert, et les bras étendus en forme de

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croix, il le conjure par la passion de Jésus-Christ dont on célébrait la mémoire en ce jour, de ne pas lui ôter la vie. Jean Gualbert fut singulièrement frappé de ce qu'il voyait et entendait. L'exemple du Sauveur priant pour ses propres bourreaux amollit la dureté de son cœur ; il tend la main au gentilhomme, puis lui dit avec douceur : « Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non-seulement la vie, mais même mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché ». S'étant ensuite embrassés l'un l'autre, ils se séparèrent.

Jean continua sa route jusqu'à l'abbaye de Saint-Miniat, qui appartenait à l'Ordre de Saint-Benoît. Étant entré dans l'église du monastère, il pria devant un crucifix avec une ferveur extraordinaire ; le crucifix devant lequel il priait baissa la tête et s'inclina vers lui, comme pour le remercier du pardon qu'il avait si généreusement accordé pour son amour. On garde encore ce crucifix dans cette église. Dès lors, Gualbert conçut pour le monde un tel dégoût et un si grand amour pour Dieu, que, soit au sortir de l'église, soit quelque temps après, il alla trouver l'abbé du monastère, se prosterna à ses pieds et lui demanda l'habit monastique. On lui refusa cette grâce par crainte de son père. On lui permit seulement de suivre en habit séculier les exercices de la communauté. Son père, en effet, fit les plus grandes menaces aux religieux. Aussi, personne n'osa entreprendre de donner la tonsure monacale ni l'habit religieux au saint postulant. Alors, étant animé d'un esprit extraordinaire de ferveur, il se coupa lui-même les cheveux, et, ayant prié un des frères de lui prêter un de ses habits, il le mit premièrement sur l'autel, puis il s'en revêtit en présence de toute la communauté, qui ne put s'empêcher de l'applaudir et de l'aider dans une action si courageuse. Son père, informé de la démarche qu'il venait de faire, accourut au monastère, où il éclata en invectives et en menaces contre les religieux. A la fin, touché de la piété et de la constance de son fils, il revint à des sentiments plus doux, approuva sa résolution, et fut des premiers à l'exhorter à la persévérance.

Jean Gualbert, se voyant donc religieux, mit aussitôt la main à l'œuvre pour déraciner les vices de son cœur et pour acquérir les plus solides vertus. Il était le plus tempérant, le plus humble, le plus débonnaire et le plus dévot de tout le couvent. L'abstinence, les jeûnes, les veilles et les autres macérations corporelles étaient ses délices. Il ne se regardait que comme le dernier des frères. On ne l'offensait jamais, parce qu'il croyait qu'on le traitait toujours avec plus d'honneur et de charité qu'on ne devait. Sa conversation était si douce, ses réponses si respectueuses et toutes ses manières si pleines de circonspection, qu'il ne donnait jamais sujet à personne de s'attrister. Dans les contradictions et les maladies, il faisait paraître une patience invincible ; il obéissait en aveugle à ses supérieurs, et leur volonté était pour lui une loi inviolable. Enfin, toute sa vie était d'être avec Dieu, de chanter ses louanges, de l'avoir toujours devant les yeux, de s'élever à lui par l'oraison, et de s'entretenir avec lui dans le secret de son cœur. C'est ainsi que ce grand homme passa son noviciat et les premières années de sa profession. Cependant l'abbé de Saint-Miniat étant mort, Gualbert fut élu son successeur par les suffrages de toute la communauté. Mais le Serviteur de Dieu, qui préférait la sûreté de l'obéissance à l'éclat de la prélature, refusa cette charge, et pria instamment les religieux de procéder à une nouvelle élection. Quelque temps après, notre Saint quitta le monastère de Saint-Miniat avec un autre religieux et alla chercher une solitude plus complète. Il visita l'ermitage de Camaldoli, pour s'y édifier avec ceux qui

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l'habitaient; puis il gagna une vallée fort agréable nommée Vallombrose (Vallis Umbrosa), à cause de la multitude de saules qui la couvrent de leur ombre. Elle est dans le diocèse de Fiesole, éloignée de Florence d'une demi-journée de chemin. Deux religieux, qui étaient déjà dans un petit ermitage, le reçurent, lui et son compagnon, avec beaucoup de joie. Sa réputation y attira aussi beaucoup d'autres personnes, qui crurent que ce leur serait un grand bonheur de vivre en la compagnie d'un si saint homme; ainsi, la troupe, se grossissant de jour en jour, il bâtit un petit monastère en bois et en terre, sur un emplacement que lui donna l'abbesse de Saint-Hilaire.

Ces nouveaux religieux, considérant sa prudence et sa sainteté, l'élurent unanimement pour leur abbé. Il y résista comme il avait fait à Saint-Miniat; mais sa résistance n'eut pas le même succès; il fut enfin obligé de se rendre et de se charger de la conduite spirituelle et temporelle de cette communauté naissante. Le premier soin qu'il prit fut d'y faire observer la Règle de Saint-Benoît, selon l'esprit et selon la lettre. C'est quelque chose de si grand, que cela demande une adresse et une force d'esprit merveilleuses en un supérieur. Il voulait que ses religieux n'eussent que des habits de vile étoffe qu'il faisait faire de la laine de ses troupeaux; il les exhortait même à porter continuellement le cilice pour dompter leur chair et la rendre sujette à l'esprit; il ne leur permettait de sortir que pour des nécessités indispensables, sachant bien que le religieux perd facilement, dehors, l'esprit d'oraison et de dévotion qu'il s'est acquis dans le silence et la retraite. Il ordonna qu'il y aurait toujours une lampe allumée la nuit dans le dortoir: ce qui a aussi été établi fort sagement par d'autres instituteurs de Congrégations, et ordonné par le pape Clément VIII, pour toutes les maisons régulières.

Ce qui donnait une force invincible à sa parole, c'était qu'il ne commandait rien sans donner d'abord l'exemple, et il pratiquait tout lui-même avec plus d'exactitude et de rigueur qu'il n'en exigeait de ses religieux. Il avait une charité universelle, une humilité sincère, une patience invincible et une ferveur qu'on ne voyait jamais se ralentir. S'il était sévère dans la correction du vice, nul n'était plus doux que lui envers ceux qui reconnaissaient leurs fautes et promettaient de s'en corriger. La tempérance lui était si chère qu'il ne mangeait que ce qui lui était nécessaire pour ne pas mourir. Bien loin d'avoir des mets plus délicats que les religieux de sa communauté, il voulait, au contraire, être le plus mal partagé de tous, afin de garder l'abstinence avec plus de perfection. Cette mortification lui donna un mal d'estomac et un asthme qui lui durèrent tout le reste de sa vie; ses souffrances étaient si violentes, que, sans le soin qu'avaient ses enfants de lui faire prendre souvent un peu d'aliment, il fût tombé plusieurs fois le jour en des défaillances dangereuses. On crut que Dieu lui envoya cette incommodité, afin que l'expérience du mal le rendît un peu plus indulgent envers ses disciples, et qu'il diminuât quelque chose de cette austérité extraordinaire, qui empêchait beaucoup de personnes d'embrasser son institut. Il reçut plusieurs frères convers pour les ministères extérieurs, afin que les religieux du chœur, n'étant point obligés aux travaux de la campagne, puissent s'appliquer plus tranquillement, et avec moins de dissipation, à la prière et aux autres fonctions de l'esprit.

Pendant qu'il gouvernait son abbaye avec cette admirable sagesse, l'empereur Henri III vint à Florence; informé de ses vertus, il conçut une bienveillance particulière pour lui, et lui envoya un évêque pour faire la consé-

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cration du grand autel de son église, qui fut depuis dédiée tout entière par le cardinal Hubert. Sa réputation s'augmentant toujours de plus en plus, plusieurs riches lui offrirent des fonds et des revenus pour bâtir de nouveaux monastères de sa Congrégation, et on le pria d'en réformer quelques anciens sur le modèle de l'observance qu'il avait établie dans Vallombrose. Son zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes lui fit embrasser ce grand travail, et il s'y appliqua avec tant de succès, qu'il eut bientôt la consolation de voir la Règle de Saint-Benoît, avec les constitutions qu'il y avait ajoutées, s'observer très-exactement dans huit ou dix maisons différentes. Il avait soin de les visiter souvent pour y maintenir l'esprit de pauvreté, de silence, d'oraison et de mortification qu'il y avait introduit, et pour y corriger ce qu'il y trouverait digne de correction. Un jour, visitant celle de Moscetta, qui était de fondation nouvelle, il trouva que l'abbé, nommé Rodolphe, y avait fait des bâtiments plus splendides et plus ornés qu'il n'était convenable à la pauvreté religieuse. Il en eut une douleur sensible, et, regardant cet abbé avec indignation : « Vous avez », lui dit-il, « employé à votre édifice de grandes sommes dont on aurait pu nourrir plusieurs pauvres, et vous vous êtes bâti des palais pour vous loger comme des seigneurs ; il n'en ira pas ainsi ». Puis, se tournant vers un petit ruisseau qui arrosait les murailles du couvent, il pria Dieu, qui emploie les moindres choses pour renverser les plus hautes, de se servir de cette eau pour ruiner ce superbe bâtiment qui n'était que l'ouvrage du faste et de l'ambition humaine. Sa prière fut aussitôt exaucée : car il ne fut pas plus tôt sorti de ce lieu, où on ne put jamais l'arrêter un moment, que ce ruisseau, qui n'avait presque point de force, grossit si démesurément et devint si violent, que, roulant du haut de la montagne des arbres, des rochers et des masses de terre et de sable, il renversa entièrement tout le couvent, sans y laisser aucune marque de magnificence. L'abbé et les religieux, effrayés de cet accident, voulaient transférer leur demeure ailleurs ; mais le Saint les en empêcha, leur mandant que cette inondation n'était que pour cette fois seulement, et que, dans la suite, la petite rivière ne déborderait plus.

Dans un autre monastère, Gualbert apprit qu'en recevant un novice on lui avait fait faire une donation générale de tous ses biens en faveur de la communauté, sans rien laisser à ses héritiers : il demanda d'en voir le contrat ; on le lui apporta aussitôt ; mais lorsqu'il l'eut entre ses mains, il le déchira et en jeta les morceaux au vent, en disant « qu'il était bien plus convenable d'avoir peu de biens que de s'enrichir par des voies si peu charitables ». Il ne se contenta pas de cela ; mais, sortant du couvent en colère, il pria Dieu de lui faire sentir sur-le-champ le poids de son indignation. En effet, il n'en était pas à cent pas, que le feu y prit subitement, sans qu'on pût savoir qui l'avait allumé : la plus grande partie de l'édifice fut consumée. Le religieux qui l'accompagnait, ayant aperçu de loin l'incendie, le pria de retourner sur ses pas pour y apporter remède ; mais il ne voulut pas même tourner la tête pour le voir, et, dans l'ardeur de ce zèle, il se rendit promptement à son monastère de Vallombrose.

Sa charité envers les pauvres était extrême, et il leur eût volontiers donné, dans la nécessité, toutes les provisions de ses monastères : en diverses occasions il leur fit distribuer très-libéralement le blé de ses greniers et la chair de ses troupeaux. Dieu le doua, en récompense, de plusieurs grâces gratuites, comme du don des miracles, de celui de prophétie et de la grâce du discernement des esprits. Sa biographie, rapportée par Surius,

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cite quelques guérisons surnaturelles qu'il opéra par l'efficacité de son intercession. Il lisait dans le fond des cœurs et y voyait les pensées et les inclinations les plus cachées. Un jeune homme, nommé Gérard, se préparait à recevoir l'habit, fit sa confession selon la coutume ; mais il y céla ses péchés les plus graves. Le Saint l'en avertit et lui marqua si distinctement les circonstances de ses fautes, qu'il fut obligé de l'avouer avec le sacrilège qu'il avait commis en confession, et qu'il en demanda la pénitence.

Tant de dons extraordinaires acquirent à saint Jean Gualbert une si haute estime dans le monde, que les Papes mêmes souhaitèrent de le voir et de converser avec lui. Saint Léon IX, sachant qu'il était en son couvent de Passignano, y vint avec toute sa cour pour prendre un repas. Il n'y avait point alors de poisson dans le monastère pour présenter à Sa Sainteté, et chacun assurait qu'on n'en trouvait point dans le lac qui était auprès. Mais notre Bienheureux ne laissa pas d'y envoyer pêcher, et, par un miracle de la divine Providence, qui voulait témoigner son amour pour ces deux saints personnages, le Pape et l'Abbé, l'on y pêcha deux gros poissons qui servirent pour recevoir un hôte si illustre. Étienne IX, étant dans une ville assez proche de Vallombrose, envoya chercher le serviteur de Dieu. Le Saint, qui aimait mieux le silence de sa pauvre solitude que le bruit de la cour pontificale, pria Dieu avec instance de le délivrer de cet embarras, sans qu'il se rendît coupable de désobéissance : il fut exaucé ; un furieux orage, avec un vent impétueux, s'étant subitement levé lorsqu'il était déjà en chemin, les députés reconnurent bien que Notre-Seigneur ne voulait pas qu'il fît ce voyage, et, en effet, ils le firent reconduire en son monastère. Le Pape, averti de ce qui s'était passé, ne montra aucun mécontentement.

Gualbert avait la plus grande horreur pour le crime détestable de la simonie, qui était aussi le sujet des larmes et des gémissements des plus grands hommes de son temps, comme on le peut voir par les Lettres du Bienheureux cardinal Pierre-Damien ; il poursuivit constamment, au risque de sa vie, Pierre, archevêque de Florence, qu'il accusait d'avoir acheté son évêché. Ce faux évêque s'en vengea par les mauvais traitements qu'il fit subir aux religieux de la Congrégation de Vallombrose. Un jour ses satellites vinrent au couvent de Saint-Salvi, le pillèrent, y mirent le feu, et ayant indignement dépouillé la plupart des religieux, les battirent avec beaucoup de cruauté et les couvrirent de plaies. Gualbert félicita ces religieux : « Vous êtes maintenant de vrais religieux », leur dit-il, « oh ! que n'ai-je eu le bonheur d'être ici lorsque ces bourreaux y sont venus, pour avoir part à la gloire de vos couronnes ! » Il remporta enfin une glorieuse victoire par ce grand événement, dont toute l'histoire ecclésiastique rend témoignage. Ses religieux s'étant offerts de prouver, par le feu, l'iniquité de l'évêque de Florence, un d'eux, nommé Pierre, et qui fut depuis, pour cela, surnommé Igné (Igneus, de feu), et fut élevé à la dignité de cardinal, entra généreusement dans un brasier ardent et y demeura longtemps en présence de toute la ville de Florence, sans en recevoir aucun dommage : alors le Pape, à la prière du clergé et du peuple de cette ville, déposa solennellement l'archevêque et rendit, par ce moyen, la paix à cette Église, que la malice de ce tyran avait désolée.

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Ce triomphe couronna toutes les actions de notre bienheureux Abbé. Ainsi, peu de temps après, ayant reçu dévotement les sacrements de l'Église et exhorté les abbés de sa Congrégation, qu'il avait fait appeler, à maintenir partout l'observance régulière, il rendit son âme à Dieu, plus chargée de mérites que d'années, quoiqu'il eût soixante-quatorze ans. Ce fut le 12 juillet 1073. Les anges accompagnèrent son trépas d'une musique céleste. On mit dans son tombeau un billet qu'il avait dicté avant sa mort, contenant ces paroles : « Moi, Jean, je crois et je confesse la foi que les saints Apôtres ont prêchée et que les saints Pères ont confirmée par quatre Conciles ». Comme il décéda à Passignano, il y fut aussi enterré. Il se fit aussitôt, à son tombeau, beaucoup de miracles qui engagèrent, dans la suite, le pape Célestin III de le mettre au nombre des Saints (1193). On n'en faisait que mémoire dans le Bréviaire romain ; mais le pape Clément X permit d'en faire l'office semi-double. Il est maintenant double et de précepte, par un décret d'Innocent XI.

On le représente souvent au moment qui décida de sa conversion, c'est-à-dire l'épée à la main et prêt à percer un homme qui lui demande grâce ; d'autres fois portant sur sa main une église ou un ermitage, parce qu'il établit la Congrégation bénédictine de Vallombrose.

Acta Sanctorum, tom. III juill.

Événements marquants

  • Pardon accordé à l'assassin de son frère un Vendredi Saint
  • Miracle du crucifix de Saint-Miniat qui incline la tête
  • Entrée au monastère de Saint-Miniat malgré l'opposition paternelle
  • Retraite à Camaldoli puis fondation de Vallombrose
  • Lutte contre la simonie et l'archevêque Pierre de Florence
  • Canonisation par le pape Célestin III en 1193

Miracles

  • Le crucifix de Saint-Miniat s'incline pour le remercier de son pardon
  • Inondation miraculeuse détruisant le monastère trop luxueux de Moscetta
  • Pêche miraculeuse de deux gros poissons pour le pape Léon IX
  • Orage providentiel empêchant un voyage non souhaité
  • Don de prophétie et de lecture des cœurs

Citations

Je ne puis vous refuser ce que vous me demandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non-seulement la vie, mais même mon amitié.

— Paroles de Jean Gualbert à son ennemi

Moi, Jean, je crois et je confesse la foi que les saints Apôtres ont prêchée et que les saints Pères ont confirmée par quatre Conciles

— Billet dicté avant sa mort