Saint Léonard de Dunois

Moine de Micy, ermite dans la forêt de Marchenoir

Fête : 8 decembre 6ᵉ siècle • saint

Résumé

Noble de naissance, Léonard renonce à ses biens pour entrer au monastère de Micy avant de se retirer comme ermite dans la forêt de Marchenoir au VIe siècle. Sa sainteté et ses miracles attirent une foule de pèlerins, donnant naissance au bourg de Saint-Léonard. Ses reliques, transférées solennellement en 1226, font toujours l'objet d'une grande dévotion locale.

Biographie

SAINT LÉONARD DE DUNOIS,

MOINE DE MICY, ERMITE DANS LA FORÊT DE MARCHENOIR.

VIe siècle.

*Tranquillitatis mater cremus est.* La solitude est la mère de la paix. Saint Jean Chrysostome, Homélies.

Saint Léonard de Dunois, qu’il ne faut pas confondre avec les autres Saints de ce nom, naquit vers la fin du Ve siècle, de parents nobles et pieux. Fidèle à la voix de la grâce, qui l’appelait à une haute perfection, il comprit de bonne heure le néant des choses humaines, et pour se soustraire aux dangers des grandeurs que semblait lui assurer la distinction de ses talents et de sa naissance, il prit la résolution de renoncer à tous ses biens et d’aller s’enfermer dans le célèbre monastère de Micy, près Orléans, où il avait sans doute fait ses premières études.

Après avoir vécu plusieurs années sous la direction de saint Mesmin, abbé de Micy, saint Léonard obtint la permission de son saint abbé de quitter la communauté et de se retirer dans la solitude, afin de s’y livrer plus parfaitement à l’exercice continu de la pénitence et de l’oraison. Beaucoup de religieux agissaient ainsi dans ces temps de ferveur et de foi : pour ne plus penser qu’au ciel, ils abandonnaient avec plaisir le commerce des hommes.

Saint Léonard, parti de Micy, suivit d’abord le cours de la Loire, puis, tournant un peu à droite, il vint se fixer au milieu d’une épaisse forêt, près de l’endroit où Thibaut Ier, comte de Dunois, fit élever, au VIe siècle, le célèbre fort de Marchenoir. Cette forêt appelée *Silvalonie* ou *Forêt-Longue*, et désignée aujourd’hui sous le nom de *Forêt de Marchenoir*, s’étendait alors beaucoup plus au midi, par-delà le lieu où a été bâti depuis le bourg de Saint-Léonard, près l’ancien chemin de Blois à Châteaudun. C’est là que notre Saint vint fixer son séjour, pour ne plus s’occuper que du salut de son âme. Son ermitage était situé sur un terrain à peu près triangulaire, ayant 36 mètres de l’est à l’ouest, et 33 du nord au sud, à l’endroit compris aujourd’hui entre la maison de Bel-Air et l’habitation du régisseur de la forêt de Marchenoir appartenant à la très-honorable famille de Luynes.

À l’aide de quelques offrandes qui lui furent faites, le saint ermite avait construit, près de sa cellule, une petite chapelle dédiée à saint Étienne, où les fidèles des environs venaient prier avec lui et écouter ses salutaires instructions. C’est dans ce lieu alors sauvage et ombragé par des chênes séculaires que le vertueux solitaire vécut dans la pauvreté et la pénitence.

Tout occupé de son salut éternel, saint Léonard laissait entièrement de côté le soin de son corps. Son habit était simple et grossier : il marchait nu-pieds et couchait sur un lit composé de branches d'arbres et d'un peu de mousse ; il se nourrissait de racines et de quelques fruits sauvages qu'il ramassait dans la forêt. Comme on doit bien le penser, la sainteté de sa vie ne tarda pas à se répandre aux environs. Bientôt son humble cellule devint le pieux rendez-vous d'une foule de personnes qui venaient de tous côtés se recommander à ses prières et recevoir ses charitables avis. Le voyageur égaré trouvait près du Saint un asile et un bon conseil ; l'affligé puisait dans ses discours d'abondantes consolations ; les malades amenés des environs, près de lui, s'en retournaient guéris et bénissaient Dieu d'avoir accordé un si grand saint à la contrée. De nombreux pécheurs surtout venaient lui ouvrir leur cœur et, encouragés par ses paroles pleines de foi, ils s'en allaient aussitôt confesser leurs fautes, pour retrouver la paix de la conscience dans le sacrement de la réconciliation.

L'empressement des chrétiens à se rendre à la chapelle où saint Léonard priait avec eux engagea plusieurs personnes à fixer leur demeure près de la cellule du vertueux anachorète ; quelques maisons y furent bâties pour recevoir les pèlerins dont le nombre augmentait de jour en jour ; on commença à défricher tout autour pour semer du grain et planter des légumes, et en peu d'années on vit se former une agglomération de bâtiments qui formèrent le bourg actuel.

Pendant ce temps-là, saint Léonard, dont la réputation s'était accrue en proportion de ses nombreux mérites, était jugé digne par Dieu d'être admis au nombre des bienheureux dans le ciel. Désirant lui-même de posséder celui qu'il avait tant aimé sur la terre, il bénit une dernière fois ceux qui étaient venus implorer le secours de ses prières, et il rendit sa belle âme à Dieu, le 8 décembre, dans la seconde moitié du VIe siècle.

Son corps fut inhumé dans la chapelle de Saint-Étienne, qu'il avait si longtemps sanctifiée par ses prières et dans laquelle il avait opéré tant de miracles.

Tous les habitants des environs accoururent de très-loin à ses funérailles, et sa sépulture fut inondée des douces larmes de la reconnaissance. À ce moment solennel où le cercueil fut descendu dans la tombe, toutes les pensées se portèrent vers le ciel, où venait de monter l'âme d'un père si tendre et d'un si puissant intercesseur.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

La chapelle de Saint-Étienne, devenue le tombeau de saint Léonard, continua comme auparavant à être de plus en plus fréquentée par les pèlerins. Les pauvres, les malades, les affligés, éprouvaient un grand soulagement chaque fois qu'ils venaient se prosterner sur la tombe vénérée, qu'on ne quittait plus qu'avec le désir d'y revenir encore, et chaque jour, la réputation de sainteté du vertueux défunt était confirmée par d'éclatants miracles attribués à son intercession.

Ces miracles avaient continué, durant plusieurs siècles, à se multiplier sur la tombe du bienheureux solitaire, et la confiance des fidèles ne s'était pas ralentie un seul instant. Alors Gaultier, évêque de Chartres, qui, à cette époque, avait juridiction sur le pays dunois, fit prendre de scrupuleuses informations sur les faits miraculeux attribués à la protection de saint Léonard. Le résultat fut présenté à un conseil spécial, et il fut résolu que les reliques du serviteur de Dieu seraient tirées du tombeau et exposées à la vénération publique.

À cet effet, au mois de mai 1226, Gaultier se rendit au bourg de Saint-Léonard, accompagné de l'évêque du Mans et des abbés de Preuilly, en Touraine, de Bonneval, en Dunois, de Notre-Dame de Bourg-Moyen, de Blois, de Saint-Mesmin, près Orléans, de Saint-Calais, au Maine, et de l'Étoile, près Château-Renaud. Le 19 du même mois, cette illustre assemblée partit processionnellement de l'église paroissiale, dès longtemps dédiée sous l'invocation de saint Léonard. Une foule immense de fidèles suivaient le cortège religieux, qui arriva à la chapelle, où reposait le

VIES DES SAINTS. — TOME XIV.

8 DÉCEMBRE.

corps du bienheureux depuis environ sept cents ans. Le tombeau fut ouvert en présence de tous les assistants recueillis ; l'évêque de Chartres en tira les précieux ossements, les enveloppa avec soin dans un linge, et les déposa respectivement dans une magnifique châsse.

A la fin de la cérémonie, il décréta que tous les ans, à perpétuité, l'anniversaire de cette translation serait célébré dans l'église de Saint-Léonard, et il déposa dans la châsse un acte authentique constatant l'identité et l'exaltation des reliques. Cet acte, signé par le prélat et par les principaux assistants, est daté du 6 des ides de mai (10 mai 1226). Il accorda en même temps trente jours d'indulgences aux fidèles qui visiteraient l'église dans l'année courante, et sept jours d'indulgences, à perpétuité, aux personnes qui viendraient en pèlerinage le jour anniversaire de cette translation, fixé maintenant au quatrième dimanche après Pâques, d'après une permission spéciale de Rome.

Les reliques de saint Léonard étant ainsi transportées dans l'église paroissiale, les fidèles y allèrent de préférence déposer leurs dons et leurs offrandes, en même temps qu'ils s'y rendaient pour invoquer le Saint, de sorte que la petite chapelle de Saint-Étienne cessa d'être entretenue et tomba bientôt en ruines. On en enleva les matériaux et on construisit, sur le lieu de la sépulture du saint anachorète, un socle de pierres de taille, surmonté d'une croix appelée la Croix de Saint-Étienne. Ce monument, successivement renouvelé quand sa vétusté l'exige, rappelle sans interruption les souvenirs les plus touchants et inspire les plus salutaires réflexions. En l'année 1818, on découvrit autour de cette croix les fondations de l'ancienne chapelle qui avait reçu le corps de saint Léonard. Ces fondations, reconnues encore une fois avant leur complète destruction, au mois d'avril 1845, avaient un mètre d'épaisseur et décrivaient le plan d'une petite église de quatorze mètres sur six, dans œuvre. En fixant le point où est située la croix, on reconnaît que le tombeau se trouvait à l'entrée du sanctuaire de la chapelle. Le terrain environnant ces vestiges fut probablement le jardin de l'ermitage. Il devint un cimetière après la mort du Saint, lorsque le bourg fut formé ; et longtemps après la translation des reliques, il conservait encore cette destination, simultanément avec l'espace compris autour de l'église actuelle.

Les reliques de saint Léonard furent visitées en 1353, 1394, 1634, 1733, 1772 et 1778. La châsse fut renouvelée en 1394 et en 1772. C'est cette dernière qui existe encore ; elle est de forme quadrangulaire, en bois doré et sculpté. Restaurée en 1872, elle est actuellement renfermée dans une armoire supportée par quatre colonnes en bois, et décore l'autel de Saint-Léonard, placé à droite du chœur, à côté de l'autel de la Sainte-Vierge.

Les reliques du Saint furent profanées en 1794 ; sauvées en partie (on conserve encore un fémur, quatre vertèbres et divers ossements rompus et déformés), elles furent rendues à la vénération des fidèles en 1797, et approuvées définitivement, le 15 mai 1824, par M. l'abbé Guilluis, vicaire général, délégué à cet effet par Mgr de Sauzin, évêque de Blois.

Tous les ans, la veille du quatrième dimanche après Pâques, on expose la châsse au milieu du chœur, sur une estrade décemment ornée, où elle reste ainsi exposée pendant plusieurs semaines. Le lendemain, jour de grande fête pour toute la contrée, le clergé et le peuple, précédés de la châsse, vont processionnellement faire une pieuse station à la Croix de Saint-Étienne. Cette cérémonie est des plus édifiantes : dès le matin, les cloches proclament au loin la solennité ; l'église se remplit de nombreux pèlerins qui se pressent autour des reliques et prient avec ferveur. Vers neuf heures, la procession sort de l'église à travers une multitude extraordinaire d'étrangers de tout âge et de toute condition. La marche est ouverte par l'étendard de la croix et par les bannières paroissiales suivies des confréries. Quatre jeunes gens revêtus d'aubes portent sur leurs épaules les restes vénérés du saint patron de la contrée, pendant que les chantres répètent alternativement les hymnes de leurs ancêtres, concert pieux et touchant qu'accompagne le son grave et solennel des cloches. Arrivé à la Croix de Saint-Étienne, le cortège se déploie autour du lieu où vécut et mourut le bienheureux Léonard. D'autres chants se font entendre, et lorsque le célébrant récite la dernière oraison sur le peuple, mille prières ferventes s'élèvent de tous les cœurs vers le ciel. La procession rentre dans le même ordre. Alors la chaire chrétienne retentit des merveilles du Tout-Puissant, et le panégyrique du glorieux patron de la paroisse dispose l'auditoire à saluer, dans une profonde adoration, le Maître de l'univers qui va descendre sur l'autel pour le saint des hommes. Après la messe, on se presse encore autour des reliques ; une foule remplace une autre foule. Chacun passe dévotement sous la châsse, en priant et en se recommandant à la protection du Saint. La même dévotion continue jusqu'au soir, et le lendemain, jour de la foire habituelle, il est bien peu de personnes qui ne fassent un instant diversion à leurs affaires, pour venir à l'église invoquer la protection du Saint.

Extrait de la Vie de saint Léonard de Danois, par M. l'abbé Mousé, curé de Saint-Léonard (Bar-le-Duc, chez Louis Guerin, 1572).

Événements marquants

  • Naissance vers la fin du Ve siècle de parents nobles
  • Entrée au monastère de Micy près d'Orléans
  • Retraite érémitique dans la forêt de Marchenoir (Silvalonie)
  • Construction d'une chapelle dédiée à saint Étienne
  • Formation d'un bourg autour de son ermitage
  • Mort le 8 décembre au VIe siècle
  • Translation des reliques le 19 mai 1226 par l'évêque Gaultier

Miracles

  • Guérisons de nombreux malades venus à son ermitage
  • Multiples miracles posthumes constatés sur son tombeau par l'évêque de Chartres

Citations

Tranquillitatis mater cremus est. (La solitude est la mère de la paix.)

— Saint Jean Chrysostome (en exergue du texte)

Date de fête

8 decembre

Époque

6ᵉ siècle

Décès

8 décembre, dans la seconde moitié du VIe siècle (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison des malades, consolation des affligés, réconciliation des pécheurs

Autres formes du nom

  • Léonard de Dunois (fr)

Prénoms dérivés

Léonard