Saint Lifard
Abbé
Résumé
Ancien magistrat d'Orléans réputé pour son intégrité, Lifard quitte ses fonctions à quarante ans pour devenir clerc puis ermite à Meung-sur-Loire. Fondateur d'une communauté religieuse, il est célèbre pour avoir terrassé un serpent monstrueux par la prière. Il meurt au milieu du VIe siècle après une vie d'austérité et de miracles.
Biographie
SAINT LIFARD, ABBÉ
VIe siècle.
*In dilectione Cujusque lingua, mens et vita requiritur.* *On doit consacrer à l'amour du Créateur ses paroles, ses pensées, sa vie.* *Saint Bonaventure.*
Ce grand Saint, qui était d'une des meilleures familles d'Orléans, d'autres disent du Mans, se rendit, dès sa jeunesse, très-habile dans l'étude de la jurisprudence. Étant en âge de posséder un office de judicature, il fut élevé à une des premières magistratures de la ville ; sa sagesse, sa douceur et son intégrité l'y firent singulièrement admirer ; et il s'acquit une telle réputation de bon juge, que c'était assez qu'on sût qu'une sentence avait été prononcée par Lifard pour être persuadé qu'elle était juste. Ses grandes occupations dans cet emploi ne l'empêchaient pas de rendre à Dieu tous les devoirs d'un véritable chrétien. Il aimait l'oraison, assistait aux divins offices, fréquentait les Sacrements, s'occupait de la présence de Notre-Seigneur, et avait grand soin de faire toutes choses pour son amour et dans la vue de sa gloire ; en un mot, l'ancien auteur de sa vie assure qu'il ne vivait pas dans le monde avec moins de perfection et de sainteté que s'il eût été déjà appliqué, par la cléricature, aux fonctions du saint ministère.
À l'âge de quarante ans, il fut touché d'un mouvement si puissant de l'esprit de Dieu, qu'il résolut de quitter tout ce grand embarras d'affaires, où son office l'engageait, et d'embrasser l'état ecclésiastique. L'évêque d'Orléans, qui connaissait sa dévotion et sa ferveur, en eut beaucoup de joie ; il le fit clerc, et l'éleva ensuite, par degrés, jusqu'à l'ordre de diacre. On ne peut s'imaginer avec quelle révérence et quelle piété il s'acquittait de ses fonctions. Il était comme un ange autour des autels. Il n'y portait presque point son corps, ou, s'il l'y portait, c'était un corps si purifié par le jeûne et par les autres mortifications de la pénitence, qu'il semblait être déjà spirituel. Il se retira bientôt dans le monastère de Micy, sous la conduite de saint Maximin qui en était alors abbé. Au bout de quelque temps, l'amour de l'austérité et de la contemplation croissant de jour en jour en son cœur, il résolut d'embrasser la vie solitaire. Il se retira et s'établit sur les ruines d'un vieux château détruit par les Vandales, où est aujourd'hui la ville de Mehun (sur la Loire, à dix-sept kil. S.-O. d'Orléans).
Urbice, son disciple, l'y accompagna, et ils bâtirent ensemble une cellule de branches d'arbres et de roseaux. La vie de notre Saint dans cet ermitage fut tout à fait pénitente : pour nourriture, il mangeait un peu de pain d'orge, ne buvait que de l'eau, et seulement tous les trois jours. Un sac et un cilice, qu'il portait sur sa chair nue, faisaient tout son vêtement ; et s'il avait un lit, il était si dur, que c'était plutôt pour se tourmenter qu'il s'y couchait, que pour y trouver du repos. Il passait les jours et les nuits entières en oraison, et son esprit était tellement élevé en Dieu, qu'on pouvait dire qu'il n'était plus que de corps sur la terre. En un mot, comme dans la magistrature il avait été le modèle des bons juges, et dans le clergé celui des saints ecclésiastiques ; ainsi, dans le désert, il était l'exemple des plus parfaits religieux.
Dieu honora sa sainteté par plusieurs miracles : un des plus considérables fut la mort d'un effroyable serpent, qui jetait l'épouvante dans tout le pays. Il commanda seulement à son disciple d'aller planter une baguette qu'il lui donna, auprès du lieu où était ce monstre. Le disciple obéit, bien qu'avec crainte, et ficha cette baguette en terre à la vue de cet horrible animal. À peine se fut-il retiré, qu'il le vit se jeter sur la baguette pour l'arracher, la rompre et la mettre en pièces ; mais, quelque violence qu'il put faire, il n'en vint jamais à bout ; et dans les efforts qu'il fit, il se creva et mourut sur place. Alors, les démons qui étaient dans son corps, et qui s'en voulaient servir comme d'un instrument pour perdre le serviteur de Dieu, en sortirent avec de grands hurlements, criant dans l'air : « Lifard ! Lifard ! » Les habitants des villages voisins reconnurent ainsi que c'était aux prières et aux larmes du Saint qu'ils étaient redevables de la délivrance de ce monstre, qui les remplissait tous d'effroi et de terreur.
En ce temps, Marc, évêque d'Orléans, qui était à Notre-Dame-de-Cléry, ayant été informé de la manière de vivre et des prodiges du saint solitaire, le vint trouver dans sa retraite et l'ordonna prêtre ; il lui fit aussi bâtir une chapelle, ainsi qu'un ermitage plus grand que celui où il était, et lui donna permission d'assembler une communauté de religieux sous sa conduite. Le bruit s'en étant répandu, beaucoup de jeunes hommes voulurent avoir part à ce bonheur, et reçurent l'habit de ses mains ; Lifard put ainsi faire paraître la prudence singulière dont Dieu l'avait doué pour le gouvernement des autres. Il était très-charitable : un jour qu'il faisait extrêmement froid, un pauvre cacha ses habits dans un bois voisin, et vint presque tout nu, à la porte de son monastère, lui demander de quoi se couvrir. Le Saint connut par révélation sa fourberie, et, l'ayant fait entrer, il lui donna bonne espérance de recevoir un habit. Cependant, il envoya un de ses religieux chercher ceux qu'il avait cachés, lui indiquant le lieu où ils étaient, selon que Dieu le lui avait fait connaître. Lorsqu'ils furent apportés, il les rendit au pauvre qui était tout confus, et lui fit une très-sévère réprimande pour sa malice et pour l'injustice qu'il commettait, en voulant dérober aux vrais pauvres l'aumône dont il n'avait pas besoin : « N'étais-je pas présent en esprit », lui dit-il, « lorsque tu les cachais sur la montagne, et que tu formais le dessein de nous tromper et de te moquer de nous ? »
Vers ce même temps, il guérit une jeune paralytique en l'oignant d'une huile bénite.
Lorsque saint Théodomir, abbé de Micy, fut près de mourir, saint Lifard en fut averti en songe : s'étant mis en chemin pour lui rendre les derniers devoirs, il vit, en approchant de son monastère, une troupe d'esprits bienheureux qui, étant venus recevoir son âme, l'emportaient glorieusement dans le ciel, en chantant ce verset du psaume LXIV : « Bienheureux, Seigneur, celui que vous avez choisi, et que vous avez appelé à vous ; il demeurera
3 JUIN.
éternellement dans votre palais ». Étant entré dans le monastère, il le trouva mort, et fit les cérémonies de ses obsèques. Il fit ensuite élire saint Maximin ou Mesmin le jeune, neveu du défunt, abbé en sa place, et s'en retourna dans sa solitude, où il tomba bientôt malade. Étant assuré de sa mort, il fit venir ses disciples, et les exhorta, avec des paroles pleines de tendresse et de zèle, à s'abstenir de tous les désirs de la chair et de tous les plaisirs du monde, à garder fidèlement les préceptes et les conseils évangéliques, à s'efforcer d'entrer par la voie et par la porte étroite du ciel, de résister au démon et aux artifices dont il se sert pour perdre les âmes, et de ne céder jamais aux tentations ; mais d'avoir toujours devant les yeux ces paroles de saint Jacques : « Heureux celui qui souffre tentation, parce qu'après qu'il aura été éprouvé, il recevra la couronne que Dieu a promise à ceux qui l'aiment ». Après ce discours, il désigna saint Urbice pour son successeur, et rendit sa belle âme à son Créateur. Cette mort précieuse arriva vers le milieu du VIe siècle.
Son corps fut enterré au même lieu par l'évêque d'Orléans. Saint Urbice y fit bâtir ensuite une plus belle église, devenue depuis la collégiale de Melun, où il n'y avait pas moins de huit dignités avec vingt chanoines et plusieurs chapelains. Il y a aussi, au diocèse d'Orléans, d'autres églises bâties en l'honneur de saint Lifard : une dans la ville, les autres à Bucy, à Terminier, à Trainon et à Oynville.
L'église de Meung, au diocèse d'Orléans, possède encore maintenant les reliques de saint Lifard, patron de la paroisse.
L'attribut de saint Lifard est un bâton planté en terre et mordu au sommet par un serpent : on l'invoque contre les serpents. La vie du Saint donne l'intelligence de ce symbole.
Cf. Acta Sanctorum ; Histoire de l'Église du Mans, par Dom Piolin.
Événements marquants
- Études de jurisprudence et carrière de magistrat à Orléans
- Entrée dans la cléricature à l'âge de quarante ans
- Retraite au monastère de Micy sous saint Maximin
- Établissement d'un ermitage sur les ruines d'un château à Mehun
- Ordination sacerdotale par l'évêque Marc
- Fondation d'une communauté religieuse
- Désignation d'Urbice comme successeur avant sa mort
Miracles
- Mort d'un serpent monstrueux après la plantation d'une baguette
- Révélation de la fourberie d'un faux pauvre ayant caché ses habits
- Guérison d'une jeune paralytique par l'onction d'huile bénite
- Vision de l'âme de saint Théodomir emportée par des anges
Citations
N'étais-je pas présent en esprit lorsque tu les cachais sur la montagne, et que tu formais le dessein de nous tromper ?