Saint Léonard de Noblac
Solitaire en Limousin et Patron des prisonniers
Résumé
Noble franc baptisé par saint Remi, Léonard refuse les honneurs de la cour de Clovis pour se retirer en ermite dans le Limousin. Célèbre pour avoir obtenu du roi le privilège de libérer les prisonniers qu'il visitait, il fonde le monastère de Noblac après avoir sauvé la reine lors d'un accouchement. Son culte comme patron des captifs s'est étendu à toute l'Europe, marqué par le symbole des chaînes brisées.
Biographie
SAINT LÉONARD, SOLITAIRE EN LIMOUSIN,
ET PATRON DES PRISONNIERS
Seconde moitié du VIe siècle.
Les dons de Dieu ne s'achètent pas à prix d'argent : c'est la foi qui les mérite, et le Seigneur les distribue aux fidèles suivant la mesure de leur foi.
Maxime du Saint.
Après saint Martial, l'apôtre de l'Aquitaine, que la dignité de l'apostolat place au premier rang, le Saint qui a jeté le plus d'éclat sur le diocèse de Limoges est sans contredit saint Léonard, le patron des prisonniers. Il naquit de parents illustres dans la province des Gaules, et dans cette partie des Gaules qui commençait à s'appeler la France, du temps de l'empereur Anastase, c'est-à-dire vers la fin du Ve siècle. L'auteur anonyme qui a raconté sa vie n'indique pas d'une manière plus précise le lieu qui le vit naître ; mais plusieurs écrivains du moyen âge le font originaire de l'Orléanais, et quelques historiens de cette province vont jusqu'à désigner pour lieu de sa naissance le village de Corroy, dans la paroisse d'Ormes, près d'Orléans. Il était de la nation des Francs, et ses parents, qui résidaient à la cour de Clovis, possédaient les plus hautes dignités dans le palais du roi, et occupaient le premier rang parmi les officiers de son armée. Quand Clovis, abjurant les erreurs du paganisme, courba la tête, à la voix de saint Remi, pour adorer ce qu'il avait brûlé, et brûler ce qu'il avait adoré, ce prince, à cause de la tendre amitié qu'il avait pour les nobles parents de Léonard, voulut retirer leur enfant de la fontaine sacrée du baptême.
Parvenu à l'âge de l'adolescence, Léonard aurait pu, fidèle à ses traditions de famille, figurer avec honneur, selon la coutume de ses parents, dans les armées d'un roi de la terre : il aima mieux s'enrôler dans la milice du roi du ciel. La pauvreté et l'humilité de Jésus-Christ ne sont-elles pas un trésor préférable aux richesses et aux dignités de ce monde ? Touché de l'esprit de Dieu, il s'appliqua à marcher sur les traces de saint Remi, le Samuel de la monarchie française. C'est cet illustre apôtre des Francs qu'il eut pour premier maître dans les voies du salut. Ce qu'il fit de progrès dans cette étude, sa sainteté le déclara plus tard. Disciple fervent, il prêtait une oreille attentive à l'enseignement de son maître, recueillait ses salutaires conseils, et gardait précieusement dans le secret de son cœur ces trésors de doctrine qu'il devait lui-même dispenser à d'autres. Cette vertu naissante présageait déjà la sainteté; car on connaît aux goûts d'un enfant ce que doivent un jour être ses œuvres, et il est écrit que le jeune homme suivra pendant sa vie la voie qu'il aura prise dans sa jeunesse, et que même, devenu vieux, il ne s'en écartera pas. Aussi le saint évêque de Reims, témoin des vertus de son disciple, n'hésita pas à lui ouvrir les rangs de la milice sacrée, et à lui conférer la tonsure cléricale.
D'après le témoignage de l'auteur anonyme qui a écrit l'ancienne Vie de saint Léonard, saint Remi, usant de l'influence que lui donnait sa sainteté, aurait persuadé aux rois de France de porter, en l'honneur de Dieu, un édit royal en vertu duquel, toutes les fois qu'ils entreraient dans la ville de Reims, ou qu'ils passeraient dans le voisinage, tous ceux qui seraient alors détenus dans les prisons ou chargés de chaînes seraient rendus à la liberté. A l'imitation de son maître, Léonard, fidèle disciple de saint Remi, demanda humblement au roi que tous ceux qui seraient enfermés dans des cachots seraient remis en liberté si, quand il les visiterait, il les jugeait dignes de cette grâce. Le roi lui accorda avec bienveillance cette insigne faveur. Heureux de ce privilège, dès que Léonard apprenait qu'il y avait quelque part de malheureux prisonniers, il y accourait aussitôt, et s'appliquait de toutes ses forces à procurer leur délivrance.
Déjà la renommée de sa bonté faisait de tels progrès dans toute la Gaule qu'un grand nombre de malades, attirés vers lui par l'espoir de la guérison, venaient le trouver pour qu'il leur procurât la santé par ses prières. Et il les guérissait en effet en invoquant sur eux le nom du Seigneur. Non-seulement il leur distribuait des aumônes pour entretenir la vie du corps; mais, sachant que l'homme ne vit pas seulement de pain, et que la parole divine est pour son âme un aliment nécessaire, d'ailleurs se souvenant du proverbe sacré, qu'une bonne parole est meilleure qu'une aumône, il montrait à ces pauvres affligés les avantages de la patience chrétienne, et procurait à leur âme ces consolations ineffables que donne la parole divine quand elle est annoncée par un homme de Dieu. Fidèle et véritable dans ses promesses, libéral et magnifique dans ses aumônes, modeste quand il rendait compte de ses œuvres, loin de se prévaloir de sa haute naissance, il se faisait petit avec les pauvres; il s'abaissait volontiers pour les secourir; et, à voir son maintien si humble et sa tête inclinée, on aurait dit, non pas qu'il descendait d'une noble famille, mais qu'il était sorti de la plus obscure condition. L'humilité de son extérieur, de sa démarche, de son regard, rappelait ce que saint Paul, dans son divin langage, nomme « la modestie de Jésus-Christ ».
Pendant que Léonard, à l'école de saint Remi, méditait jour et nuit sur la loi de Dieu, et alimentait par cette méditation le feu sacré qui brûlait dans son âme, la bonne odeur de ses vertus se répandait au loin, et les peuples publiaient à l'envi ses louanges. Le roi de France lui envoya des députés pour le prier de venir à sa cour; et, quand il fut en sa présence : « Léonard, homme de Dieu », lui dit-il, « je vous prie de considérer toujours mon palais comme votre demeure; je veux que vous restiez ici, près de moi, jusqu'à ce que je vous procure les dignités de l'Église et les honneurs de l'épiscopat, jusqu'à ce que je puisse ceindre votre front de la mitre pontificale, dont vous êtes digne ». Léonard, qui n'était alors que simple clerc, humble et pieux, se garda bien d'accueillir ces flatteuses promesses, et d'accepter ce brillant fardeau ; il répondit au prince : « Si j'avais voulu, selon la coutume de mes parents, servir dans l'armée des rois de France, je sais très-bien, ô mon roi, que je n'aurais pas occupé le dernier rang à votre cour ; mais j'ai mieux aimé servir mon Dieu dans une condition obscure que de servir un roi de la terre en m'élevant aux dignités, et en vivant au milieu des honneurs. Donnez, prince, à ceux qui la désirent, la mitre pontificale : pour moi, je me contenterai de louer le nom du Seigneur en menant la vie solitaire. Ce n'est pas, ô grand roi, que je veuille blâmer ceux qui acceptent la charge de l'épiscopat ; mais je vous répète ce que j'ai déjà dit : j'aime mieux vivre ignoré dans la maison de Dieu que d'habiter dans le palais des princes de ce monde ».
Après avoir refusé les dignités et tous les honneurs temporels que lui promettait le roi, il partit. Le long de sa route, agriculteur céleste, il semait la parole de Dieu. C'est en exerçant cette fonction sacrée qu'il arriva à Orléans. Non loin de cette cité, un homme vénérable, nommé Maximin, dirigeait le monastère de Micy, où florissaient alors, sous sa conduite, plusieurs religieux que l'Église a placés depuis sur les autels. Léonard resta quelque temps dans ce monastère ; et l'on comprend que, à cette école de piété, il dut s'élever de vertus en vertus, et se former aux pratiques les plus saintes de la vie monastique.
L'ancienne Vie de saint Léonard n'entre dans aucun détail sur ce qu'il fit pendant son séjour à Micy ; mais une autre légende du moyen âge, conservée autrefois au monastère de Meung, rapporte à ce sujet quelques faits que nous ne pouvons passer sous silence. Cette légende raconte que l'abbé de Micy, saint Maximin, voyant les vertus et les progrès spirituels de son disciple, le conduisit à Orléans et le présenta à Eusèbe, évêque de cette ville, afin qu'il reçût des mains de ce pontife l'ordre sacré du diaconat. « Reçois l'Esprit-Saint », lui dit l'évêque en imposant la main droite sur sa tête, « reçois le don de force, pour résister au démon et à tous ses assauts, au nom du Seigneur ! » Léonard accepta, par obéissance, ce degré inférieur du ministère ecclésiastique ; mais il ne voulut pas monter plus haut dans la hiérarchie sacrée, lui qui avait dit à un roi que toute son ambition était de vivre ignoré dans la maison du Seigneur. D'anciens écrivains sont garants de cette tradition : Bernard Guidenis, qui écrivait dans les premières années du XIVe siècle, dit que saint Léonard fut diacre, et non pas prêtre. Cette légende du monastère de Meung dit encore que, un jour de Noël, Léonard, chargé d'assister saint Maximin au saint sacrifice, se rendait à l'église pour remplir ses fonctions de diacre, portant à la main, dans un petit vase, le vin qui devait être offert à l'autel. Un pauvre se présente à lui, fatigué, haletant, et lui demande ce vin au nom de Jésus-Christ. Léonard se rappelle la parole du Sauveur : « J'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire » ; et, sans hésiter, il donne au pauvre le vin qu'il portait. Le pauvre lui dit de puiser de l'eau dans une fontaine qui était proche, et le Sauveur, voulant récompenser la foi et la piété de Léonard, renouvelle en sa faveur le premier miracle qu'il opéra dans sa vie apostolique ; et l'eau que le saint jeune homme avait puisée fut changée en un vin exquis qui fut offert à l'autel.
Léonard ayant connu, par une révélation de l'Esprit-Saint, qu'il ne devait pas rester dans ce monastère, mais qu'il devait diriger ses pas vers la contrée de l'Aquitaine, sortit du monastère. En traversant la province de Bourges, où se trouvaient encore des païens, il ne se cachait nullement par crainte de la mort ; mais, comme un soldat intrépide, ceint des armes de la foi, il exaltait le nom du Seigneur, autant qu'il le pouvait, par ses paroles et par ses œuvres ; et le Seigneur, qui glorifie par le don des prodiges ceux qui le glorifient par leur sainteté, confirmait sa prédication par d'éclatants miracles. Il mettait les démons en fuite, il rendait l'ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, la marche aux boiteux, la santé à tous les infirmes qui avaient recours à lui. Mais ce n'était pas encore là que Dieu l'appelait. Après avoir opéré de tels prodiges, l'athlète du Christ, armé du casque du salut et du bouclier de la foi, continua sa route, et, quittant la province de Bourges, il dirigea ses pas vers les montagnes du Limousin. Il cherchait un ermitage où il pût vivre complètement séparé du monde, et se donner tout entier à Dieu.
A cette époque, la province du Limousin était en grande partie inculte et couverte de forêts ; abandonnée des hommes, elle était éminemment propre à la vie solitaire : aussi était-elle un point de ralliement pour quelques âmes d'élite que l'Esprit de Dieu poussait à se séparer du monde. A une distance de dix milles, ou quatre lieues environ, de Limoges, du côté du soleil levant, on trouve, en remontant les rives escarpées de la Vienne, une montagne qui était autrefois couverte d'une forêt épaisse et remplie de bêtes fauves, appelée la forêt de Pauvain (Pavum). En arrivant dans ce site à l'aspect sauvage, le bienheureux Léonard trouva ce lieu favorable à son pieux dessein : « C'est là que j'habiterai », dit-il avec le Prophète, « c'est là le lieu que je choisis pour ma demeure ! » Il se construisit une cellule avec des branchages entrelacés ; et, plus riche dans sa pauvreté que les potentats de ce monde, en possédant Dieu il possédait l'univers. Là, vivant de racines et de fruits sauvages, il s'adonnait librement à la prière, à la méditation, à la mortification ; et il charmait son exil en chantant les douceurs de cette loi qui sanctifie les âmes. Au milieu de cette nature silencieuse et recueillie, rien n'empêchait l'ascension de son cœur vers Dieu : tout au contraire élevait sa pensée vers le ciel. Autant le tumulte et les bruits du monde avaient inspiré à son âme un profond dégoût, autant la solitude de cette montagne remplissait son cœur d'une joie pure et profonde. Il avait lu dans les saints livres qu'il faut prévenir le soleil pour bénir Dieu, et les premières lueurs de l'aube le trouvaient agenouillé dans la prière. La nuit, il pensait à la beauté de Dieu en contemplant les étoiles, et il s'écriait avec le prophète-roi : « Je verrai vos cieux, l'ouvrage de vos mains ; la lune et les étoiles, que vous avez créées ! Qu'est-ce que l'homme pour que vous vous souveniez de lui ? Qu'est-ce que le fils de l'homme que vous ayez daigné le visiter ? » Et quel charme, quelle suavité dans ces entretiens prolongés avec Dieu et dans ces nuits passées dans la prière !
En face de l'ermitage de Pauvain, de l'autre côté de la Vienne, un château dont on voit encore les vestiges s'élevait sur le sommet d'une montagne escarpée, et dominait les vallées profondes que la rivière a creusées, et où elle dessine son cours sinueux. Comme les anciens rois du pays et les ducs d'Aquitaine avaient coutume d'aller chasser dans la forêt de Pauvain, on avait bâti autrefois sur cette montagne, qui domine la forêt, une maison royale qui leur servait de résidence. Le roi venait chaque année dans ce château avec les officiers de sa suite, et son épouse l'accompagnait souvent. Dans un de ces voyages, et pendant le séjour qu'elle faisait dans la résidence royale, la reine fut tout à coup surprise par les douleurs de l'enfantement. Leur violence excessive fit craindre pour ses jours, et bientôt l'on désespéra de la sauver. Le roi, triste et justement inquiet, eut promptement recours aux médecins les plus habiles; mais ils épuisèrent toutes les ressources de l'art sans pouvoir procurer de soulagement à l'auguste malade. Tous les amis du prince étaient dans la plus grande tristesse en voyant que la reine allait mourir si misérablement. Les nombreux serviteurs, à l'intérieur et en dehors du palais, laissaient éclater leur douleur par des clameurs plaintives; et la montagne et les vallées voisines retentirent de cris lugubres et de longs gémissements. Pendant que ces cris de douleur s'élevaient vers le ciel, Léonard, sorti de son ermitage, traversait en priant les sentiers de la forêt. Il s'arrête, il prête l'oreille, il entend ces gémissements de deuil, et, touché de compassion, il veut en connaître la cause. Il se détourne donc de sa route, et, traversant la Vienne, il dirige ses pas vers la résidence royale, située sur la montagne d'où partaient ces clameurs et ces cris plaintifs. Aussitôt que les courtisans l'aperçurent, ils allèrent sans délai l'annoncer au prince : le roi sortit aussitôt pour aller à sa rencontre, et il l'introduisit dans le château. En voyant le visage du pieux ermite transfiguré par la sainteté et la pénitence, il crut aussitôt à la puissance de sa prière, et il eut pleine confiance en sa bonté. Il se jeta à ses pieds, et lui demanda son appui au milieu de l'immense tristesse qui l'accablait. Le spectacle de cette douleur royale, de ces soupirs et de ces sanglots, émut le cœur de Léonard, si enclin de lui-même à la pitié : il releva le prince, et, suivis de quelques officiers du palais, ils entrèrent ensemble dans l'appartement de la reine. Alors, élevant les yeux au ciel, Léonard adressa à Celui qui tient en ses mains les clefs de la vie et de la mort, une prière fervente qui fut aussitôt exaucée.
Pénétré de gratitude, le roi fit apporter des vases d'or et des coupes d'argent, des vêtements de pourpre tissus d'or, d'autres ornements en grand nombre, et les fit offrir au saint ermite comme un don de sa reconnaissance. Mais le vaillant soldat du Christ, pour qui le monde avec toutes ses pompes était crucifié, méprisait trop les richesses du siècle pour accepter ce présent royal. Il demanda seulement au roi une partie de la forêt, et le prince confirma aussitôt cette donation par un décret royal.
Au milieu de cette forêt solitaire que le roi lui avait donnée, Léonard construisit un oratoire en l'honneur de la vierge Marie. Au côté gauche de cet oratoire il plaça un autel, dédié à saint Remi, son bienfaiteur et son père dans la foi, qui, depuis quelques années, avait reçu dans le ciel la palme due à ses mérites. Ainsi ce sanctuaire était consacré à l'amour filial et à la reconnaissance.
Le bienheureux Léonard vécut longtemps dans cette forêt, ne donnant à son corps que la nourriture qu'il ne pouvait lui refuser, se macérant de jeûnes, et passant sa vie dans les veilles et les prières. Il s'associa deux religieux de vie édifiante et de mœurs exemplaires, afin que, lorsqu'il s'absentait de son ermitage pour aller prier au tombeau des Saints, les divins mystères fussent célébrés sans interruption dans l'oratoire dédié à la vierge Marie. Il avait en effet la louable habitude d'aller souvent en pèlerinage à la basilique du saint pontife Martial, et il ne voulait pas que son église restât solitaire lorsque lui-même se rendait quelque part pour prier.
Comme l'oratoire de saint Léonard était éloigné d'un mille environ de la rivière de Vienne, les deux religieux compagnons de sa solitude trouvaient de la difficulté à y descendre chaque jour pour y puiser de l'eau. Cette rivière roule ses flots rapides au bas de la vallée, tandis que l'oratoire était situé au sommet de la colline. C'est pourquoi ils prièrent un jour saint Léonard de leur procurer, près de leur église, une source où ils pourraient puiser plus facilement l'eau dont ils avaient besoin. Ils avaient confiance en la sainteté de leur maître, ils croyaient à sa puissance auprès de Dieu, et ils savaient que le Seigneur ne dédaigne pas d'opérer en faveur de ses enfants des miracles qui font éclater sa bonté. Touché de leur prière, l'homme de Dieu fit creuser, non loin de l'oratoire, une fosse en forme de puits, et, debout en face de la citerne vide, il invoqua le nom du Seigneur, et sa prière fut aussitôt exaucée. Léonard changea le nom de Pauvain, que portait cette forêt. En mémoire de la donation royale, il voulut que ce lieu s'appelât désormais Noblac, parce que, dit l'auteur de la légende, c'était le présent d'un très-noble roi.
Quoique le saint ermite aimât à mener une vie retirée et solitaire; quoiqu'il eût pour règle de s'éloigner de la foule, et d'éviter le concours du peuple, toutefois Dieu, qui veut être glorifié dans ses Saints, et qui se plaît à opérer par leurs mains des merveilles au milieu des nations, attirait les peuples vers son pieux serviteur. Par l'influence secrète du ciel, on voyait accourir vers lui des foules nombreuses de malades, que la grâce du Dieu tout-puissant guérissait par sa main. La réputation de sa sainteté se répandait dans toute l'Aquitaine; elle s'étendait au loin dans la Bretagne, et pénétrait même jusque dans la Germanie. Dieu glorifiait tellement son pieux serviteur que si quelqu'un, détenu en prison, invoquait le nom de Léonard, aussitôt il voyait ses chaînes se rompre, il était libre, et personne n'osait mettre d'entraves à sa liberté. Un grand nombre de ces prisonniers, partis de pays lointains, et délivrés par lui du cachot ou des fers, venaient en Aquitaine, et demandaient en quel lieu demeurait le bienheureux Léonard. Bien plus, ils apportaient avec eux leurs fers et leurs chaînes pesantes, et, tombant à ses pieds, les lui présentaient pour lui en faire hommage. La plupart voulaient demeurer auprès de lui, s'offrant à être ses serviteurs, et lui promettant d'en remplir fidèlement tous les devoirs. Mais l'homme de Dieu, qui se regardait comme le serviteur de tous, leur distribua une partie de sa vaste forêt, afin que, en la défrichant, et en s'adonnant aux travaux de l'agriculture, ils ne fussent plus exposés à se livrer, comme autrefois, à des habitudes de rapine, et à être enfermés de nouveau dans d'obscurs cachots.
A l'exemple du divin Maître, plein de compassion et de bonté, saint Léonard accueillait avec mansuétude tous ces malheureux captifs. Il les encourageait dans le bien par ses prédications évangéliques; et tous ceux qui venaient à lui, accablés de diverses infirmités, il les guérissait par ses saintes prières, et les nourrissait chaque jour de sa parole pleine de suavité. Il se plaisait au milieu d'eux comme un père au milieu de ses enfants, donnant des vêtements à ceux qui étaient nus, des aliments à ceux qui avaient faim, leur procurant avec libéralité tout ce qui leur était nécessaire. Auprès de leur pieux libérateur, tous ces anciens prisonniers, désormais affranchis de la servitude du péché, plus triste mille fois que la captivité corporelle, recouvraient une liberté infiniment plus précieuse, la liberté des enfants de Dieu. C'est qu'il leur faisait comprendre cette grande parole du Sauveur : « Si le Fils de Dieu vous rachète de la servitude du péché, vous serez vraiment libres ». Ainsi le pieux solitaire réhabilitait par la religion ces hommes que la justice humaine avait flétris ; il les transformait par le travail et la prière.
Comme le bruit de tant de merveilles opérées par l'homme de Dieu ne cessait d'être porté en France par les voix de la renommée, plusieurs membres de sa famille et de sa parenté, quelques-uns de ses anciens serviteurs, vendirent leurs domaines et leurs autres possessions, et vinrent, avec leurs femmes et leurs enfants, jusque dans la forêt où était la cabane du saint ermite. Celui-ci les ayant regardés avec étonnement, et les ayant reconnus : « Comment ! » leur dit-il, « je me suis éloigné de vous, et vous m'avez suivi !... Ah ! puissiez-vous me suivre ainsi dans la gloire du paradis ! » Dès qu'ils reconnurent sa voix, ils se prosternèrent devant lui, la face contre terre : « Père vénérable », lui dirent-ils, « nous sommes à vous, et, si vous le permettez, nous ne nous séparerons jamais de vous. Montrez-nous vos voies, enseignez-nous vos sentiers ». « Fils bien-aimés », leur répondit-il, « je vous redirai ces paroles du prophète David, et je vous engage à les graver profondément dans votre cœur : J'ai été jeune, et je suis devenu vieux ; et jamais je n'ai vu le juste abandonné, et ses enfants réduits à mendier leur pain. Craignez donc le Seigneur, et honorez ses Saints : car l'indigence n'atteindra jamais ceux qui le craignent. Les riches sont tombés dans l'indigence, et ont ressenti la faim ; mais ceux qui recherchent le Seigneur ne manqueront jamais d'aucun bien. Ecoutez-moi donc, ô mes enfants, et je vous apprendrai la crainte du Seigneur. Dieu vous a retirés loin du tumulte des foules et du tourbillon du siècle, afin que, demeurant avec moi dans cette solitude, vous y viviez saintement dans la justice et la paix. Car il est écrit : La médiocrité vaut mieux pour l'homme juste que les grandes richesses des pécheurs ; et encore : Une bouchée de pain sec mangée dans la joie d'une conscience pure vaut mieux qu'une maison pleine d'abondance où règnent les querelles et les divisions ».
Après ces paroles de salut et cette douce prédication, il leur distribua sept portions de sa forêt, car il y avait sept familles. Et il leur disait encore : « L'homme naît pour travailler, comme l'oiseau pour voler. Travaillez donc de vos propres mains comme ont fait les saints Apôtres, afin de vous procurer ce qui est nécessaire à votre subsistance, et de pouvoir par surcroît secourir les indigents, et faire des largesses aux pauvres au nom de Jésus-Christ. Retenez bien ceci, et n'oubliez jamais cette recommandation suprême : vivez toujours dans une parfaite tranquillité. Si quelqu'un osait vous contrister sans cause, vous ou vos successeurs, j'ai obtenu du Seigneur qu'il soit arraché avec les siens de la terre des vivants ». La multitude des fidèles, venus des contrées voisines ou des régions lointaines, n'avait d'autre désir que de rester toujours auprès de lui ; et saint Léonard, avec sa piété pleine de charmes, avec sa charité digne de tout éloge, les environnait de son affection, les protégeait, les encourageait. Il était l'appui des faibles, le médecin des infirmes ; et, par ses vertus et sa sainteté éminente, il brillait dans le temple de Dieu comme l'étoile du matin. C'est ainsi que cette colonie chrétienne, dirigée par un pieux solitaire, formait déjà, au milieu des bois, une bourgade naissante. Plus tard cette bourgade prendra de l'accroissement, et, s'environnant d'une enceinte de murailles, deviendra une cité industrieuse, qui, reconnaissante, se glorifiera de porter le nom de son père bien-aimé.
Saint Léonard passa tous les jours de sa vie dans la crainte de Dieu et dans l'exercice des vertus évangéliques. Il marcha sans tache dans les voies du Seigneur; il s'avança de vertus en vertus, et servit son Créateur sans mériter un reproche. Il combattit vaillamment, le noble athlète du Christ! et, dans cette lutte, il remporta de glorieuses victoires. Il resta fidèle jusqu'à la mort, et mérita ainsi la couronne de vie. Enfin l'heure arriva où celui qui avait été le libérateur de tant de captifs allait être délivré de sa prison terrestre. La mortification et les jeûnes fréquentes l'avaient accoutumé à voir la mort de près : il la vit venir en lui disant comme saint André à la croix : « Ô mort si longtemps désirée, je te salue ! » Sentant approcher son heure, il se fit porter dans l'oratoire dédié à Marie, afin de mourir entre les bras de sa mère. Couché sur cette terre sacrée, il levait les yeux vers le ciel. Son visage vénérable, amaigri par les veilles et les privations, rayonnait de cette auréole de joie qu'on voit briller sur le front des Saints. Ses disciples, versant des larmes de piété filiale, se penchaient près de lui pour recueillir ses dernières paroles. Enfin, il exhala sa belle âme le 8 des ides de novembre (6 novembre), dans la seconde moitié du VIe siècle.
Après que son âme sainte eut été portée dans le ciel par les anges, son corps vénéré fut enseveli par la troupe des fidèles dans la petite église qu'il avait bâtie lui-même en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie. Le Seigneur, qui lui avait accordé le don des miracles pendant sa vie, lui continua ce pouvoir après son trépas. Nous allons en rapporter quelques-uns : Le 6 mai 1611, Vincent Aubrousse, né dans le diocèse d'Autun, se trouvant à Ostie, en Italie, fut pris par les Turcs. Ces farouches ennemis le conduisaient déjà à leurs vaisseaux avec quatorze autres prisonniers, dont ils comptaient faire autant de forçats. Chemin faisant, Aubrousse se recommandait à Dieu, à la sainte Vierge et à saint Léonard, duquel il avait entendu raconter mille prodiges en faveur des captifs. Comme il se souvint d'avoir passé quelquefois, en revenant de Limoges, par la ville qui porte le nom de ce Saint, et où on vénère ses reliques, il se mit à genoux, le conjura d'intercéder pour lui auprès de Dieu, et de le délivrer des mains de ces ennemis du nom chrétien. Sa foi fut aussitôt récompensée. Il devint tellement immobile qu'il fut impossible aux Turcs de le déplacer du lieu où il était ; et, après bien des efforts inutiles, ils furent obligés de l'abandonner.
Dès qu'ils furent partis, il se leva avec la plus grande facilité, et s'en alla à Rome faire au pape Paul V le récit de ce qui venait de lui arriver. Le souverain Pontife l'écouta avec bonté, et lui fit expédier un bref d'indulgences, qu'il lui enjoignit de porter à Saint-Léonard. Aubrousse exécuta les ordres du Pape le 22 février de l'année suivante (1612), et il lui en fut donné acte à l'hôtel de ville par-devant les consuls et les principaux habitants.
Louise de Lorraine, princesse de Ligne, étant attaquée d'une espèce de paralysie, se voua à saint Léonard, et fut aussitôt guérie. En reconnaissance de cette faveur, elle fit présent à la chapelle du Saint, à Raches, d'une belle table d'autel qu'on y voyait encore avant la Révolution.
Louise de Mauville et Marguerite de Maulde, religieuses de l'abbaye de Marquette, près de Lille, paralytiques l'une et l'autre, et percluses de tous leurs membres, y obtinrent la même faveur : la première, le 24 avril 1606 ; la seconde, le 22 janvier 1607.
En 1653, Isabelle-Sabine Bullart, religieuse augustine d'Arras, dont la jambe gauche, par une violente contraction de nerfs, s'était repliée jusqu'à l'épaule, se fit appliquer pendant six mois tous les remèdes imaginables sans éprouver aucun soulagement. Enfin elle ordonna qu'on la portât à cette chapelle de Saint-Léonard, où elle entendait dire que s'opéraient tous les jours tant de guérisons miraculeuses. Elle y trouva une guérison si prompte et si parfaite qu'elle retourna à pied dans son couvent.
En 1659, il survint à un jeune homme de Lille, nommé Barthélemy Caulié, un accident qui le rendit tellement boiteux qu'il ne pouvait plus marcher qu'à l'aide de deux béquilles. Il s'adressa d'abord aux chirurgiens les plus habiles du pays ; mais, n'en ayant reçu aucun secours, il mit toute sa confiance en saint Léonard, bien persuadé que son intercession serait bien plus efficace que les remèdes humains. Sa foi fut récompensée par un miracle : il obtint ce qu'il avait espéré.
Anne de Marez, âgée de dix ans, fille de Charles de Marez et de Marie Rieulin, fut attaquée d'une maladie étrange, qui de temps en temps l'empêchait de respirer, et qui lui causa une telle rétraction de nerfs que ses jambes s'étaient repliées sur elles-mêmes. Alarmés d'une situation si fâcheuse, ses parents ne négligeaient rien pour l'en tirer. Ils la firent traiter pendant longtemps par les médecins les plus expérimentés et les plus habiles, mais toujours sans succès. Enfin ils eurent recours aux remèdes surnaturels. La malade fut portée à Raches, à la chapelle de Saint-Léonard. Elle y entendit la messe, qui fut célébrée en l'honneur du Saint. Puis, ayant senti une douleur extraordinaire dans les jambes, elle commença à les étendre, et annonça à son père et à sa mère, qui étaient présents, qu'elle en avait recouvré le libre usage.
La ville de Liège fut témoin d'un prodige célèbre, opéré par l'intercession de saint Léonard le 25 février 1605. Sur la paroisse de Sainte-Marguerite, située dans un des faubourgs, demeuraient Erasme Augustin et Léonarde de Lewe, son épouse, qui avaient un fils, âgé d'environ dix ans, tellement affaibli, depuis six ou sept mois, par un flux de sang, qu'il ne pouvait ni marcher ni même se remuer qu'à l'aide de deux potences. Abandonné des médecins et des chirurgiens les plus habiles, qui avaient déclaré son mal incurable, cet enfant dit un jour à sa mère qu'il voulait aller en pèlerinage à l'église de Saint-Léonard. Surprise de ce propos, sa mère commença par lui représenter l'éloignement de l'église et la rigueur de la saison comme des obstacles qui s'opposaient à son pieux désir ; puis elle lui demanda quelle raison il avait de faire un voyage si difficile, lui qui n'avait jamais entendu parler de ce Saint ni de ses miracles. Il répondit qu'il croyait y recouvrer certainement la santé. Ses parents regardèrent ce dessein comme une inspiration du ciel, et lui permirent de l'exécuter. Sa sœur, âgée de douze ans, fut chargée de l'accompagner dans ce pèlerinage.
Appuyé sur ses potences, cet enfant se met en chemin, et il arrive avec bien de la peine à l'église de Saint-Léonard. Lorsqu'il y fut entré, et que sa sœur lui eut montré l'image du Saint, il alla en faire le tour, suivant la coutume observée par les pèlerins, en disant de tout son cœur : « Seigneur, rendez-moi l'usage de mes jambes. Bon saint Léonard, intercédez pour moi ! » Puis, s'étant mis à genoux, et répétant plusieurs fois la même prière, il tomba dans une si grande faiblesse que sa sœur fut obligée d'appeler du secours pour le relever. Il ouvrit alors des yeux baignés de larmes, et, les portant sur un crucifix, il demanda qu'on le conduisit près de l'image du Sauveur. A peine s'y fut-il mis à genoux en prononçant sa prière accoutumée qu'il sentit revenir ses forces, et ses jambes se consolider. Enfin, ayant été mené de nouveau par sa sœur autour de l'image de saint Léonard, il s'écria qu'il n'avait plus besoin de potences, et il les fit suspendre en ce lieu. Et il s'en retourna sans aide et parfaitement guéri dans sa maison, au grand étonnement de ses parents et de ses voisins, qui connaissaient sa situation précédente.
Ce miracle, si propre à confondre les iconoclastes et les hérétiques des derniers temps, fit grand bruit dans la ville de Liège. On en fit une information juridique, et, comme tout concourait à en constater la vérité, il fut reconnu authentique par les supérieurs, qui ordonnèrent qu'on en rendrait à Dieu d'éclatantes actions de grâces, tant dans l'église de Saint-Léonard que dans celle de Sainte-Marguerite, par la célébration de l'office divin et une procession solennelle, à laquelle cet enfant assista nu-pieds, revêtu d'un surplus et un cierge à la main.
Les peintres et les sculpteurs, fidèles interprètes de la tradition, ont continué de le représenter revêtu d'une dalmatique de diacre. — Dans l'église de Saint-Léonard, il est représenté en diacre, tenant à la main des ceps, symbole de la protection qu'il accorde aux prisonniers. Dans d'autres églises, il est représenté en abbé, parce que, au moyen âge, plusieurs écrivains, le regardant comme fondateur du monastère de Noblac, lui ont donné ce titre. — Dans l'église Saint-Pierre, à Limoges, il est représenté en diacre, tenant des ceps de la main droite, et de la gauche un livre. Dans l'église de Saint-Michel, au même lieu, le Saint est représenté en moine, avec une barbe blanche. Couvert d'une double tunique semée d'ornements d'or, il tient de la main droite un bâton, et de l'autre un livre ouvert. A son bras gauche est suspendue une chaîne terminée par des ceps. Au-dessus de l'autel, des peintures murales rappellent des miracles de saint Léonard. Un captif à genoux lui fait hommage de ses chaînes, et une reine, accompagnée de son époux, le remercie de lui avoir obtenu sa délivrance et d'avoir sauvé son enfant. Dans cette même église, saint Léonard est figuré dans un vitrail du XVe siècle qui occupe une fenêtre placée à l'est, à l'extrémité du collatéral du nord. Il est vêtu d'une aube blanche que recouvre une dalmatique verte à orfrois jaunes. Son nimbe est de cette dernière couleur. Il tient des ceps de la main droite, et de la gauche un livre relié en violet. La draperie de damas rouge placée derrière le Saint, au lieu d'être simplement attachée au dais de la niche, est supportée par un ange. L'image de saint Léonard se voit encore sur les vitraux de l'église d'Eymoutiers, dans une des fenêtres de l'abside centrale. Il tient un livre et des ceps ; sa dalmatique bleue est semée de fleurs de lis d'or. Ces vitraux datent de la fin de XVe siècle (1480).
Au musée de Limoges, un panneau sur bois montre d'un côté saint Léonard, et de l'autre sainte Catherine. Le Saint est représenté en abbé. Vêtu d'une robe noire, il tient dans la main droite une longue chaîne, et, dans la gauche, une crosse dorée. Nous n'entreprendrons pas de faire l'énumération des peintures sur émail, des tableaux, des statues de saint Léonard qu'on trouve en Limousin. Presque toujours il est représenté en diacre, avec ses attributs ordinaires. Souvent sa dalmatique est semée de fleurs de lis, en souvenir de sa noble origine. Dans deux émaux du musée de Limoges, un ou deux prisonniers sont à genoux devant lui.
Dans l'église de Bacqueville, au diocèse de Rouen, saint Léonard est représenté en diacre; mais sa dalmatique n'est pas semée de fleurs de lis. — Dans l'église de Saint-Léonard, près Fécamp, on voit une statue et une bannière qui le représentent sans étole, mais avec la dalmatique et le manipule; il tient une chaîne à la main: un prisonnier est à genoux à ses pieds. — Avant la Révolution, on voyait dans une chapelle située au hameau de Fresne, paroisse de Biville-la-Baignarde, une image de saint Léonard tenant trois captifs. Cette image a été transportée à Beaunay, paroisse voisine. Dans l'église de Croissy, au diocèse de Versailles, on voyait au fond de l'église, avant la Révolution, une statue de saint Léonard, dont la sculpture annonçait le XIVe siècle. Il était vêtu d'une dalmatique dont les orfrois étaient ornés de figures en forme d'entraves ou de chaînes. Sur un reliquaire qui se conserve dans la même église, le Saint est représenté en diacre, ayant à ses pieds, à droite et à gauche, deux prisonniers agenouillés qui lui font hommage de leurs chaînes. Il est vêtu d'une dalmatique verte, ample et à franges d'or. — Dans la chapelle de Saint-Léonard, à Corbeil, le Saint est représenté entouré de ses religieux, et présentant à genoux un placet à Clovis, assis sur un trône, pour l'élargissement et la grâce des prisonniers.
L'église d'Obernai (Haut-Rhin) possède une statue du Saint de grandeur naturelle. Il porte une tunique noire à larges manches, avec une sorte de pèlerine sur les épaules; il tient dans la main droite une crosse d'abbé; une chaîne en bois sculpté, de grosseur ordinaire, et d'un mètre de longueur, est suspendue au pouce de la main gauche. La tête du Saint est rasée; seulement une touffe noire est conservée au sommet de la tête. Aux pieds du Saint est agenouillé un homme en posture de suppliant, vêtu d'une courte tunique de couleur rouge: c'est sans doute un prisonnier qui implore la protection du patron des captifs.
A l'église Saint-Marc, de Venise, on voit diverses représentations de saint Léonard. Sur la façade latérale, du côté du nord, se trouve une image sculptée, de grandeur naturelle, représentant saint Léonard, tenant une croix sur sa poitrine. La tête est entourée d'un diadème sans fleurons, sans doute à cause de la qualité princière du Saint. Tout le croisillon de l'est, dans la chapelle du sud, lui est consacré. Il est représenté sur un fond d'or; ses longs cheveux blonds ne sont plus retenus par un diadème. Il tient une petite croix sur la poitrine, mais sa main droite est recouverte, à la mode byzantine, d'une draperie d'or. Sa robe blanche et son manteau bleu sombre sont richement brodés. L'histoire et les principaux miracles du Saint sont représentés dans six grands tableaux en mosaïque, conçus et dessinés dans le style pompeux des maîtres vénitiens de la renaissance. On y voit: 1° Un roi, qui n'est autre que Clovis, tenant un enfant sur la cuve baptismale; 2° Une princesse au lit, entourée de huit ou dix autres femmes très-empressées. Deux hommes, l'un en costume civil et en tunique rouge, l'autre, en moine, robe blanche et manteau gris à capuchon, tendent la main vers la mourante. Au-dessus du moine, une inscription, illisible d'en bas, indique sans doute saint Léonard amené au secours de la reine en couches; 3° le solitaire guérit un homme à jambe de bois; 4° le Saint à genoux, accompagné de deux autres religieux debout. A côté, un homme tenant une bêche, et d'autres personnages dont l'un est accroupi pour regarder dans une fosse; 5° le Saint, suivi d'un autre religieux, reçoit les hommages de cinq prisonniers, délivrés par son intercession, qui lui présentent les fers dont leurs jambes viennent d'être débarrassées; 6° un homme âgé et demi nu, assis, les fers aux pieds. Le Saint, entouré d'une brillante auréole, se penche vers lui dans les airs, et le prend par la main. En même temps la prison s'écroule, et ses portes se renversent sur les soldats de garde. Ce n'est pas tout. A l'entrée de l'académie ou du musée, ancienne scuola ou association de charité, une ancienne statue de saint Léonard se dresse dans une niche en ogive trilobée. Cette fois le Saint est en moine, barbe longue et cheveux ras; de la main droite il tient toujours une croix, mais une croix à double et même à triple traverse; de la main gauche il tient les fers d'un prisonnier. A ses pieds, deux confrères, la discipline à la main, sont agenouillés.
## CULTE ET RELIQUES. — MONUMENTS.
## CONFRÉRIES DE SAINT-LÉONARD.
Au commencement du XXe siècle, le bourg de Noblac s'augmentant peu à peu, et l'église devenant trop petite pour contenir les habitants et les nombreux pèlerins qui s'y rendaient, on en construisit une autre aux proportions plus amples, et le corps du saint confesseur, qui reposait dans la chapelle de Notre-Dame-de-sous-les-Arbres, fut transporté dans cette nouvelle basilique. Cette translation eut lieu le 17 octobre, sous le règne de Louis le Pieux, et, tous les ans, à pareil jour, on en célébrait la mémoire par une fête solennelle.
Vers l'an 832, les reliques de saint Léonard furent portées à Limoges où elles furent reçues avec des honneurs extraordinaires. L'évêque vint au-devant d'elles avec tout son clergé; il les conduisit d'abord à la basilique de Saint-Etienne, de là sur le tombeau de l'apôtre de l'Aquitaine, saint Martial, et à peine les y eut-on déposées qu'elles commencèrent à faire divers miracles. Elles furent ensuite reportées à Noblac, au chant des hymnes et des cantiques. Vers l'an 1010, les reliques furent transférées avec grande pompe à Saint-Jean-d'Angely: des miracles éclatants furent opérés à cette occasion. Il y eut vraisemblablement d'autres translations des reliques du Saint, quoique nous n'ayons pas de documents à l'appui du fait, par exemple en 994, en 1027 et en 1094, quand on porta à Limoges, auprès du corps de saint Martial, les reliques des Saints les plus illustres du Limousin.
Dans l'église romane de Saint-Léonard, il y avait une crypte, ou chapelle souterraine, au fond de laquelle se trouvait le sépulcre du Saint. Au XIe et au XIIe siècle, ce lieu, appelé le sépulcre, était fréquenté par un grand nombre de pèlerins. En 1191, il fut décidé, entre l'évêque de Limoges et le prieur du chapitre de Noblac, que ce lieu serait détruit, et qu'on en muerait avec soin toutes les avenues; ce qui a été si bien exécuté, qu'aujourd'hui il n'est plus possible de savoir seulement où il était situé. En fermant cette crypte, on y laissa les reliques de Saint-Léonard dans un sarcophage de pierre, et le tombeau sculpté qui recouvrait ce sarcophage fut transporté au milieu de la chapelle de Notre-Dame-de-sous-les-Arbres, où on le voyait encore avant la Révolution. — L'emplacement de Notre-Dame-de-sous-les-Arbres est occupé aujourd'hui par une maison avec terrasse, à l'angle de la place publique, presque en face du clocher. Il ne reste du tombeau qui s'y trouvait que le couvercle, en marbre noir, à deux pentes, et revêtu d'imbrications. Ce fragment mutilé paraît du XIe siècle. Il est déposé dans une des chapelles latérales de la nef, où on le voit encore.
Au milieu des bouleversements politiques et des craintes continuelles, la dévotion à saint Léonard diminuait; et, depuis l'époque où on avait caché les saintes reliques pour les dérober aux profanations, on avait perdu de vue l'endroit où elles avaient été déposées. Même dans le corps des chanoines, la tradition sur ce point n'existait plus; de sorte que, au commencement du XXe siècle, lorsqu'on voulut rendre aux reliques sacrées l'honneur qui leur était dû, on ne savait en quel lieu on pourrait les retrouver. Les fouilles que l'on fit près de l'autel amenèrent la découverte d'un sarcophage en pierre. On enleva le couvercle à deux pentes qui le fermait, et on trouva trois chasses recouvertes d'inscriptions: l'une en plomb, et en forme de tombeau, renfermait les cendres précieuses du corps de saint Léonard; l'autre, d'une espèce de terre cuite, contenait son chef et ses ossements; la troisième était en bois, et presque toute en pièces, de sorte que ce qu'elle avait pu renfermer s'était confondu avec la poussière du cercueil. Lorsqu'on tira du sarcophage ces précieuses reliques, il s'en exhala un parfum suave qui émerveilla les assistants. On porta ces reliques dans un lieu convenable jusqu'à ce qu'on pût les offrir à la vénération publique avec plus d'éclat et d'honneur.
C'était le 17 février 1403. Tous les ans, depuis cette époque, on célébrait par une fête particulière la mémoire de cette glorieuse invention. L'évêque de Limoges se rendit à Noblac le lundi de Pâques suivant, 10 avril, tira de sa châsse le chef de saint Léonard ; puis, l'ayant mis dans une coupe de vermeil, il ordonna que ce chef sacré serait exposé à la vénération de tous depuis le mardi de Pâques jusqu'au dimanche de la Sainte-Trinité. Ainsi commençait cette solennité de l'Ostension, qui devait plus tard, par un retour périodique, être célébrée régulièrement tous les sept ans. Les reliques furent dès lors placées dans l'endroit où on les voit aujourd'hui, c'est-à-dire au-dessus du maître-autel, dans une espèce d'armoire en grillage de fer, dont la porte est masquée par un rétable, et dont la base est une petite construction ogivale placée derrière l'autel.
Le roi de France Charles VII fit présent à la ville de Noblac d'un reliquaire magnifique pour y placer les ossements de saint Léonard : c'était une châsse représentant le château de la Bastille, la prison la plus célèbre de France, afin d'honorer le patron des prisonniers ; il y ajouta une coupe et un petit coffre, le tout en vermeil. La dédicace de cette châsse et la translation de ces ossements sacrés fut faite le 10 septembre 1449 par l'évêque de Limoges, Pierre de Montbrun, assisté du prieur et des chanoines réguliers de Saint-Léonard et d'une foule innombrable de fidèles. Outre les beaux reliquaires donnés par Charles VII, l'église de Noblac possédait une grande châsse en vermeil, dans laquelle les ossements sacrés du Saint furent déposés, en 1503, par Jean Barton de Montbas, évêque de Limoges. Vers la fin du XVIe siècle, la richesse de ces reliquaires tenta la cupidité sacrilège des Calvinistes, qui tenaient garnison à Saint-Léonard : ils formèrent le coupable projet de s'emparer de ces trésors, et de ruiner la ville après en avoir massacré les habitants ; mais leur projet échoua, grâce aux mesures prises par les habitants. A la demande de l'infante d'Espagne, Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, le 20 avril 1628, le prieur de Saint-Léonard et les députés de la ville allèrent présenter à la reine une relique du Saint : c'était une partie de mâchoires, placée dans une boîte d'argent, scellée et cachetée du sceau de l'évêque et de la ville de Saint-Léonard.
Nous avons vu que, en 1403, après l'invention des reliques de Saint-Léonard, on en fit l'ostension au peuple. A partir de cette époque jusqu'au XVIe siècle, les Ostensions avaient lieu de temps en temps ; mais le retour de cette pieuse solennité n'avait rien de régulier ni de périodique. Ce n'est qu'en 1519 que le retour septennal des Ostensions s'est établi régulièrement dans le diocèse de Limoges. Aujourd'hui, c'est une coutume à laquelle on ne saurait déroger. Tous les sept ans, pendant sept semaines, depuis le dimanche de Quasimodo jusqu'au dimanche de la Trinité, on montre les reliques des Saints, on les expose à la vénération des fidèles. A Saint-Léonard, pendant le cours de cette solennité, on voit, chaque dimanche, des paroisses voisines, au nombre de dix, venir tour à tour en procession pour vénérer les reliques sacrées. Le clergé va recevoir le pieux cortège à l'entrée de la ville. En dehors des temps d'Ostension, on ouvre quelquefois les saintes reliques. C'est surtout dans les années calamiteuses, lorsqu'une extrême sécheresse ou une pluie persistante menace les récoltes, qu'on fait de publiques supplications devant les reliques du Saint. Quelquefois même on les a portées en procession pour exciter davantage la piété des fidèles et pour obtenir plus efficacement l'intercession de saint Léonard.
Dans l'armoire en grillage de fer dont nous avons déjà parlé, et qui est placée au-dessus du maître-autel, on trouve : 1° dans une grande châsse sculptée, en bois doré, une coupe en cuivre jaune qui renferme le précieux chef de saint Léonard ; 2° une autre châsse, en bois doré, de même grandeur que la précédente, contient un coffre en plomb qui renferme les ossements du Saint, au nombre de vingt-neuf, ainsi que des fragments ; 3° dans cette même châsse on trouve aussi un petit pot en terre cuite, tout perforé, qui contient un petit sachet de taffetas cramoisi, et une petite boîte en bois, peinte extérieurement, contenant une dent enveloppée de papier, de la cendre, et quelques fragments d'os ; 4° on voit encore dans l'armoire des reliques un coffre en plomb, en forme de châsse ou de tombeau, renfermant des cendres du Saint ; 5° deux reliquaires dorés, en forme de bras, terminés par une main argentée, renferment des fragments d'ossements de saint Léonard.
Son culte s'est répandu non-seulement dans les diverses provinces de France, mais encore dans les diverses contrées de l'Europe. Il est très-populaire en Limousin, où un grand nombre de fidèles reçoivent son nom sur les fonts du baptême. Nous allons passer en revue quelques-unes des églises qui ont été dédiées sous son invocation. Parmi les églises du diocèse de Limoges, nous pouvons citer celle de Marcille, aujourd'hui annexe de Sous-Parsat, canton de Saint-Sulpice-les-Champs (Creuse), et celle de Barsanges, annexe d'Ambrogesc, aujourd'hui du diocèse de Tulle, canton de Meymac (Corrèze). L'église de Saint-Pierre, à Limoges, possède un autel de Saint-Léonard. Avant la Révolution, il occupait la chapelle actuelle des pénitents rouges : aujourd'hui il est adossé à un pilier du collatéral sud, en face de l'autel de Saint-Vincent de Paul. — Dans l'église de Saint-Michel, au même lieu, il y a aussi un autel : c'est le premier à droite quand on entre dans l'église par la porte de l'ouest.
Dans le diocèse de Cambrai (Nord), il y avait à Raches, près Douai, la chapelle de Saint-Léonard qui, à cause de son exiguïté et de sa vétusté, a fait place à une grande et belle église dédiée en l'honneur du Saint et consacrée par Mgr Régnier, archevêque de Cambrai, le 26 juin 1860. Cette église possède une relique de saint Léonard envoyée par Mgr Desprez, archevêque de Toulouse, ancien évêque de Limoges. Il y a dans cette église un pèlerinage qui est toujours très-suivi.
Dans le diocèse de Rouen (Seine-Inférieure), on voit, à Bacqueville, une chapelle dédiée au Saint : elle occupe, dans l'église, le croisillon du midi. Le culte de saint Léonard est très-ancien à Bacqueville et très-populaire dans la contrée. Les femmes enceintes l'invoquent pour obtenir une heureuse délivrance ; les mères de famille le prient pour que leurs enfants marchent plus tôt. Pendant l'été, et surtout au printemps, on voit chaque jour des mères qui portent leurs petits enfants devant l'image de saint Léonard, et qui, après avoir baisé pieusement l'image, la leur font baiser à leur tour, et font dire des évangiles pour se mettre sous sa protection. Les jeunes conscrits invoquent aussi saint Léonard depuis le jour du tirage jusqu'au jour de la révision : il y en a qui font plusieurs lieues, les pieds nus, et pendant la nuit, pour aller se prosterner devant la croix de saint Léonard, dite Croix Mangea-là ; et ils attendent le jour pour se rendre à l'église et faire leurs dévotions devant l'image du Saint. Le 6 novembre, de temps immémorial, on chante une messe en l'honneur du Saint, et, à cette messe, on bénit de petits pains très-cuits, que l'on conserve pieusement dans les familles. Le troisième dimanche d'octobre, il y a une procession, avec une grande affluence de peuple, à la Croix de Saint-Léonard. — A Saint-Léonard, près Fécamp, ainsi que dans les environs, on a une grande dévotion à notre Saint. On vient fréquemment dans son église pour l'invoquer, surtout en faveur des agonisants. — A Beaunay, canton de Totes, arrondissement de Dieppe, il y a un pèlerinage tous les premiers mardis du mois. On y porte les enfants âgés d'un an à quinze mois qui sont encore trop faibles pour marcher, et on demande à Dieu, par l'intercession du Saint, la force qui leur est nécessaire. Les mères assistent à la messe, font dire un évangile, et font brûler un petit cierge devant l'image du Saint. — A Doudeville, arrondissement d'Yvetot, il y a une nouvelle église sous le vocable de Saint-Léonard.
Dans le diocèse de Bayeux (Calvados), on voit, à Honfleur, une église de Saint-Léonard. Elle a tous les caractères de l'architecture du XIIIe siècle ; brûlée par les Calvinistes en 1562, il ne reste de l'ancien édifice que le portail et la première travée. La fête patronale y est célébrée le troisième dimanche de novembre. A Courcy, près Yvort, il existe un pèlerinage très-fréquenté. Plusieurs guérisons y ont été opérées par l'intercession de saint Léonard. La paroisse de Saint-Léonard de Honfleur dépendait, en 1741, du prieuré de Beaumont-en-Auge, Ordre de Saint-Benoît, diocèse de Lisieux (aujourd'hui canton de Pont-l'Évêque, Calvados). — A Courcy (canton de Coulibœuf), un grand nombre de pèlerins viennent chaque année se prosterner devant la statue de saint Léonard, vénérer une relique du Saint, et poser sur leurs membres malades une chaîne, qu'on appelle dans le pays choine de saint Léonard. Le dimanche de la Trinité est surtout le jour du pèlerinage : on y voit beaucoup de petits enfants.
Au diocèse de Sées (Orne), à Alençon, l'église est dédiée à saint Léonard qu'elle reconnaît pour patron. Dans la muraille de l'une des chapelles de cette église, on voit les restes très-visibles d'une cheminée basse, étroite et sans ornements, que la bienheureuse Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, y avait fait pratiquer pour se pouvoir chauffer pendant ses longues dévotions du matin. — Saint Léonard est aussi honoré à Martrée et à Bailleul (canton de Trun). Dans cette dernière église il y a un pèlerinage assez fréquenté.
Au diocèse d'Evreux (Eure), le prieuré de Saint-Léonard, des Andelys, est entièrement détruit aujourd'hui : il était situé au pied de la colline de Château-Gaillard.
Au diocèse de Coutances et Avranches (Manche), on trouve dans la paroisse de Vains (canton d'Avranches) un hameau qui porte le nom de Saint-Léonard.
Au diocèse de Paris (Seine), on voit une chapelle dédiée à notre Saint dans l'église de Saint-Méry, à Paris. C'est la première en entrant dans l'abside du côté du midi. Il y en avait une également à Saint-Jean en Grève, fondée en 1260 ; une autre à Saint-Sauveur ; une autre à Saint-Jacques la Boucherie. Il y avait dans l'église de Saint-Eustache une chapelle de Saint-Léonard connue avant 1336 : cette chapelle n'existe plus. Il y avait encore dans l'église de Notre-Dame une chapelle de Saint-Léonard, dotée en 1221. — La paroisse de Lay (canton de Villejuif, arrondissement de Sceaux), reconnaît aussi saint Léonard pour patron. Il y avait encore une chapelle de Saint-Léonard près le Pont-de-Saint-Maur (canton de Charenton-le-Pont), érigée en bénéfice à la pleine collation de l'archevêque de Paris.
Au diocèse de Versailles (Seine-et-Oise), l'église de Croissy (canton de Saint-Germain), sur les bords de la Seine, à quinze kilomètres de Paris, reconnaît pour patron saint Léonard. Cette église était anciennement dédiée sous le titre de Saint-Martin ; mais le culte de saint Léonard, qui s'y introduisit au XIIIe siècle, y a entièrement éclipsé celui du premier patron. On l'invoquait surtout pour les enfants en chartre (maladie qui fait tomber en longueur et dépérir insensiblement). On conserve aujourd'hui à Croissy, dans la sacristie, un beau reliquaire du Saint. Il y avait en cette église un pèlerinage très-suivi jusque vers 1830. On voit de loin en loin quelques familles qui y portent en dévotion leurs enfants qui ne parlent pas ou qui ne peuvent marcher. — L'église de Saint-Léonard, à Corbeil, n'est plus, depuis 1791, qu'une simple chapelle, où, chaque dimanche, une messe basse est dite pour la facilité des personnes âgées ou infirmes du quartier. Cet édifice, qui se compose d'une seule nef et d'un bas-côté au midi, a été convenablement restauré en 1844. La fête du Saint est célébrée le dimanche qui suit le 6 novembre ; et ce jour-là, tout l'office paroissial a lieu à Saint-Léonard. — La paroisse de Videlle (canton de La Ferté-Alais) célèbre sa fête patronale le 15 octobre, jour consacré à la mémoire de saint Léonard de Vendouvre ; cependant les statues et les tableaux de l'église prouvent que le véritable patron est saint Léonard du Limousin. Le jour où on la célèbre, des mères y vont porter leurs petits enfants trop tardifs à marcher, invoquent saint Léonard, et font dire des évangiles. Plusieurs miracles y ont été opérés de 1710 à 1722. — L'église de Granges-le-Roi (canton de Dourdan) est aussi dédiée sous l'invocation de saint Léonard.
Au diocèse de Meaux (Seine-et-Marne), on trouve, sur la paroisse de Jossigny (canton de Lagny) une chapelle de Saint-Léonard très-fréquentée. Elle est située au lieu de Mauny, à un kilomètre et demi du bourg. Tous les ans, le lundi de la Pentecôte, la paroisse de Jossigny va en procession solennelle et avec une grande dévotion à la chapelle de Saint-Léonard. On y chante la messe, au milieu d'une affluence considérable de pèlerins. On y invoque le Saint pour obtenir la parole aux enfants frappés de mutisme. — L'abbé Le Bœuf, dans son Histoire du diocèse de Paris, mentionne une ancienne chapelle de Saint-Léonard, située près de Champeaux (canton de Mormant), où le concours des fidèles était considérable au commencement du XIIIe siècle. Il parle aussi de la chapelle de Saint-Léonard de Quiers (canton de Mormant) qui fut unie, vers la fin du XVIe siècle, à la messe du chapitre de Champeaux, pour l'entretien des enfants de chœur.
Au diocèse de Beauvais (Oise), l'église de la paroisse de Saint-Léonard (canton de Senlis, a été construite à la fin du XIXe siècle. On y fait la solennité de la fête patronale le premier dimanche qui suit le 6 novembre.
Au diocèse de Rennes (Ille-et-Vilaine), à Fougères, il y a l'église de Saint-Léonard. Une partie de cette église est de la première moitié du XIIe siècle ; l'autre partie est en style du XVe siècle. On s'y rend à saint Léonard que le culte général dont on honore les saints patrons. On trouve encore dans le même diocèse la paroisse de Saint-Léonard (canton de Dol, arrondissement de Saint-Malo). On y célèbre la fête patronale le 6 septembre.
On voit à Guingamp, au diocèse de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord), une chapelle de Saint-Léonard, fort ancienne, qui, pendant le mois de mai surtout, est fréquentée par un concours extraordinaire de peuple.
Au diocèse de Vannes (Morbihan), l'église de Larré (canton de Questembert) est sous le titre de Saint-Léonard.
La ville de Nantes (Loire-Inférieure), dans le diocèse du même nom, a possédé avant la Révolution une église sous l'invocation de saint Léonard. Elle fut érigée en paroisse et dédiée sous le nom du Saint en 1628. A l'époque de la Révolution, cette paroisse fut supprimée et réunie à la cathédrale. L'église fut saccagée par les révolutionnaires, et ensuite vendue par eux. Elle sert aujourd'hui de magasin à un commerçant, qui en a détruit la façade, et l'a remplacée par une maison où il fait sa demeure. Le peuple ne donne pas d'autre nom que celui de Saint-Léonard aux restes de cette église, à la petite place qui l'avoisine, au puits qui s'y trouve, et à la rue qui y conduit. Dans cette rue, on voit une maison très-ancienne, dans la façade de laquelle est pratiquée une petite niche, où des mains pieuses et fidèles prennent soin de conserver, et, à certains jours, d'orner de fleurs la statue de ce grand Saint. Le jour de la Fête-Dieu, un magnifique reposoir est dressé par les fidèles sur la place de la vieille église, et la procession de la cathédrale y vient avec toute sa pompe y faire une station ; on appelle ce pieux monument le reposoir de Saint-Léonard. C'est tout ce qui y reste maintenant de ce culte si antique et si vénérable.
Au diocèse d'Angers (Maine-et-Loire), le culte du Saint est aussi en honneur. Dans un des faubourgs d'Angers, il y a une paroisse de Saint-Léonard où les pèlerins viennent en tout temps, mais, en plus grand nombre, le lundi de la Pentecôte. La dévotion populaire consiste à prendre une chasse qui pend de chaque côté des bras de la statue du Saint, et à l'appliquer sur les membres malades. — A Chemillé, autre ville du diocèse, il y avait une église collégiale sous l'invocation du Saint : située à l'extrémité de la ville, sur la route de Cholet, elle n'est plus aujourd'hui qu'une ruine. Elle a été incendiée en 1793. — Dans le même diocèse, à Durtal, on voit encore une chapelle de Saint-Léonard. Avant la Révolution, c'était un prieuré à la présentation de l'abbé de Saint-Serge-lès-Angers.
Au diocèse de Laval (Mayenne), le prieuré de Saint-Léonard de Bourg-Philippe est maintenant une chapelle située sur la paroisse de Chemazé, canton de Château-Gontier.
Au diocèse de Tours (Indre-et-Loire), le prieuré de l'Île Bouchard était sous l'invocation de saint Léonard. Ce prieuré n'est plus qu'une ruine : l'église a été détruite en 1792 par les Protestants, et par la Révolution. Les arcades du sanctuaire, les piliers qui les supportent, le mur du transept, la nef du chevet et les chapelles absidales ont seuls échappé à la destruction.
Le diocèse de Poitiers possédait, avant la Révolution, l'abbaye de Saint-Léonard de Ferrières, située à une lieue de Thouars. On ne trouve aujourd'hui sur l'emplacement de l'antique abbaye, que le hameau de Ferrières, paroisse de Bouillet-Lauret : c'est un nom de plus à ajouter à la liste déjà si longue des ruines qu'a faites la Révolution. Les anciens Pouillés du diocèse ne marquent que deux chapelles, sous le vocable de Saint-Léonard : celle de Crissé, paroisse de Fayel-Vineuse près Richelieu (aujourd'hui diocèse de Tours), et une autre du nom même de Saint-Léonard, paroisse de Brioux, près La Mothe-Saint-Heraye (département des Deux-Sèvres).
Au diocèse de La Rochelle (Charente-Inférieure), on voyait, avant la Révolution, l'abbaye de Saint-Léonard de Chaumes, possédée par des religieux de Cîteaux : elle était située à une lieue de La Rochelle. Au XVIIe siècle, ce monastère fut détruit par la fureur des Calvinistes, précurseurs des Vandales de 93 ; il ne resta debout que deux travées du réfectoire, qui furent plus tard converties en chapelle. On voyait encore, au siècle dernier, dans le jardin du couvent, une haute colonne de l'ancienne église, triste monument des désastres causés par les guerres de religion. — Un hameau de quelques maisons, sur le territoire occupé autrefois par l'abbaye, porte le nom de Saint-Léonard, et fait partie de la paroisse de Dompierre-sur-Mer (canton est de La Rochelle). — Trois églises de l'ancien diocèse de Saintes étaient sous le vocable de saint Léonard : 1° un prieuré à la collation du prieur de Saint-Gemme, qui est aujourd'hui la paroisse de Pisany (canton de Saintes, arrondissement de Saintes) ; 2° dans l'archiprêtre de Chalais, l'église paroissiale de Saint-Léonard de Cressac (aujourd'hui canton de Blanzac, diocèse d'Angoulême) ; et l'église paroissiale de Saint-Léonard de la Garde, à la collation de l'abbé de Saint-Etienne de Baigne : cette paroisse, aujourd'hui supprimée, est réunie à la paroisse voisine de La Garde, près de Barret, canton de Barbezieux, diocèse d'Angoulême.
Au diocèse d'Orléans (Loiret), l'église de Meung, fondée par saint Liphard, a toujours rendu un culte particulier et solennel, le 6 novembre, à saint Léonard, qu'elle regardait comme le frère de saint Liphard, son patron.
Au diocèse de Chartres (Eure-et-Loir), l'église de Meaucé (canton de La Loupe), reconnaît pour patron saint Léonard du Limousin. — On trouve deux hameaux du nom de Saint-Léonard, dans les paroisses de Germignonville (canton de Voves) et de Saint-Maixme-Haute-Rive.
Au diocèse d'Arras (Pas-de-Calais), il y avait une abbaye de religieuses bénédictines, nommée l'abbaye de Saint-Léonard : elle fut fondée au XIIe siècle, à Guines (arrondissement de Boulogne), sous le titre de la Sainte-Trinité et l'invocation de ce Saint. Cette abbaye fut détruite sous la domination anglaise en 1346. — Il y a dans le canton de Samer (arrondissement de Boulogne) une paroisse qui porte le nom de Saint-Léonard-et-Echinghen.
Au diocèse de Strasbourg (Bas-Rhin), on voyait, avant la Révolution, deux monastères du nom de Saint-Léonard. Le premier, près Boersch, à deux kilomètres d'Obernai (Haut-Rhin), était un couvent de Bénédictins fondé en 1169 et converti en collégiale en 1215. A l'époque de la Révolution, la collégiale et les maisons capitulaires furent vendues, ainsi que les biens qui en dépendaient. L'église de Saint-Léonard n'existe plus, et les ruines que la Révolution avait laissées ont entièrement disparu. Les trois autels qui se trouvaient dans l'église collégiale sont aujourd'hui dans l'église du collège d'Obernai, appelée aussi l'église des Capucins. Saint Léonard n'est pas oublié dans la paroisse de Boersch. Il existe encore, dans le hameau qui porte son nom, et où se trouvait autrefois la collégiale, une petite chapelle dédiée à la Vierge ; et tous les ans, le 6 novembre, on y chante une messe en l'honneur de saint Léonard. — Outre la collégiale de Boersch, il y avait encore un couvent de religieuses près de Pfaffenheim, canton de Rouffach (Haut-Rhin). Près de là gisent encore les ruines de la chapelle de Saint-Léonard, qui a été démolie en 1793. Le couvent avait été brûlé par le feu du ciel en 1186. Rebâti plus tard, il fut pillé et détruit pendant les guerres des Paysans. — Il n'y a aujourd'hui dans le diocèse que deux églises dédiées sous l'invocation de saint Léonard : celle de Dannemarie (Haut-Rhin) et celle de Dossenheim, canton de La Petite-Pierre (Bas-Rhin).
A Lyon, on a placé sous le patronage de saint Léonard une maison de refuge, fondée en faveur des libérés repentants.
Nous passons sous silence un grand nombre d'églises dédiées sous l'invocation du Saint dans d'autres diocèses de France.
En Belgique, l'église de Saint-Léonard, près Brecht, province d'Anvers, remonte à l'année 1419. Trois fois par an, c'est-à-dire le lundi de la Pentecôte, le dimanche de juillet qui suit la fête de saint Jacques, et le 6 novembre, il y a un grand concours de peuple ; mais c'est surtout le lundi de la Pentecôte qu'on voit affluer les pèlerins. Il y a un nombre considérable d'ex-voto. L'église, érigée en paroisse depuis 1843, a été séparée, en 1846, de la commune de Brecht. — L'église de Saint-Léonard, à Léau (Sud-Brabant), a été bâtie dans la première moitié du XIIIe siècle. Elle est dans le beau style ogival de cette époque. On y conserve des reliques du Saint renfermées dans une tourelle d'argent. Cette église était desservie autrefois par un chapitre de douze chanoines réguliers, dont le prieur était un des douze prélats du Brabant. Le lundi de la Pentecôte, il y a une procession solennelle en l'honneur du Saint. Ce jour-là, dès une heure de la nuit, il arrive des milliers de pèlerins. Le Saint reste exposé au milieu de l'église, dans un espace fermé, jusqu'au dimanche après l'octave du Saint-Sacrement ; chaque jour on chante une messe solennelle où l'on remarque des étrangers ; il n'est pas même de jour dans l'année où il ne vienne quelque pèlerin. Quand quelqu'un est grièvement malade, neuf personnes du voisinage viennent en direction à l'église, et font, en priant, le tour de la statue. Autrefois, dans les églises dédiées à saint Léonard, il y avait au-dessus du porche ou de la sacristie, une chambre où les pèlerins étaient hébergés. Cette chambre existe encore à Léau, avec cheminée, coffre, siège, cave et grenier. Le même fait existe encore dans deux églises très-remarquables du diocèse de Malines. — On voyait à Liège, avant la Révolution, une église dédiée à saint Léonard ; elle avait été bâtie vers l'an 1093. Elle n'existe plus aujourd'hui : on a construit sur son emplacement une fonderie de canons. Mais en face de cette fonderie s'élève l'église de Sainte-Foy, où l'on trouve une statue de saint Léonard qui est en grande vénération. Le 6 novembre, la fête du Saint est célébrée à Liège avec une dévotion toute particulière. Les ouvriers houillers qui travaillent dans les puits, aux environs de la ville, se rendent en pèlerinage dans cette église, depuis le jour de la fête jusqu'au mois de décembre suivant. Là ne se borne pas leur piété. Chaque fois qu'ils descendent dans le puits, ils invoquent saint Léonard, et lui adressent leurs prières, qu'ils appellent litanies de saint Léonard, et qu'ils chantent en descendant dans le puits des mines.
Saint Léonard a été en grand honneur en Angleterre, où l'on compte encore aujourd'hui cent cinquante-deux églises dédiées en son nom, ainsi qu'un grand nombre de prieurés, d'abbayes, de couvents, d'hôpitaux et d'ermitages. Ce qui montre l'antiquité de son culte dans cette contrée, c'est que sa fête se trouve dans les calendriers runiques, en usage au temps des rois Danois : Canut et ses deux successeurs (XIVe siècle). Ce sont de petites pièces de bois carrées, dont les quatre surfaces sont marquées d'entailles qui correspondent aux jours de chaque mois, et où les fêtes des Saints sont indiquées par divers symboles ou figures. Le symbole qui désigne la fête de saint Léonard est une sorte de hache d'armes.
En Italie, le culte de saint Léonard est très-célèbre, ainsi qu'on peut le voir par un grand nombre d'églises dédiées sous son invocation. On célébrait sa fête en Sicile dès l'an 1185. A Milan, à Venise, on pour mieux dire, dans toute l'Italie, elle a été et est encore universellement observée. On la chômait dans le diocèse de Gaète en 1356. On voit à Rome, dans le quartier de Transtevere et dans la rue Longara, une église de Saint-Léonard et un hospice des Ermites Camaldules de Monte-Corona. On célèbre la fête du Saint sous le rite semi-double dans l'église du Vatican. — Saint Léonard avait à Venise son église particulière. Elle avait été rebâtie dans ces derniers siècles, mais elle n'est plus consacrée au culte ; cependant elle existe encore, presque intacte, à côté de la gare du chemin de fer. Ses plafonds, peints et dorés, abritent un magasin de charbon. On voit dans l'église Saint-Marc une chapelle qui lui est dédiée : il est en quelque sorte le patron de la basilique vénitienne, à en juger par la place éminente accordée à son autel. — La ville de Lucques possède une ancienne église de Saint-Léonard, fondée en 1188. — Outre ces églises, il y en a encore un grand nombre d'autres, en Italie, dédiées sous l'invocation du Saint ; on y voit aussi des abbayes, des monastères, des hôpitaux, dont l'énumération nous mènerait trop loin.
En Allemagne, en Pologne, en Suisse, en Espagne, on trouve des églises et des monastères placés sous l'invocation de saint Léonard. On voit par les détails qui précèdent, qu'il y a peu de Saints dont le culte ait été aussi répandu et aussi populaire ; et qu'un écrivain du XIIIe siècle, Geoffroy de Vigenis, avait raison de dire que « l'univers presque tout entier célébrait ses louanges ».
Il existe à Saint-Léonard, au diocèse de Limoges, une confrérie du Saint. Si cette association n'est pas aussi fidèle qu'autrefois aux pratiques religieuses, elle a du moins conservé un usage qui rappelle le bon vieux temps : c'est le jeu de la Quintaine.
Tous les ans, un dimanche après le 6 novembre, les confrères de Saint-Léonard, montés sur des chevaux ornés de rubans, s'exercent à courir à la Quintaine. La foule curieuse se porte sur un coin des boulevards où s'élève un poteau, au sommet duquel pivote un château-fort en bois peint, flanqué d'élégantes tourelles. Ce château-fort, qui figure les prisons dont saint Léonard ouvrait les portes aux malheureux captifs, est le but désigné à l'adresse des coureurs. Armés de bâtons massifs, les confrères lancent leurs chevaux, et frappent d'un bras vigoureux la prison symbolique. C'est à qui signalera sa force et son habileté. Ceux qui enlèvent les tourelles d'un coup victorieux, ceux dont la main nerveuse enfonce la porte ou brise les parois de la prison, sont salués par les applaudissements de l'assistance. Quand le château-fort est en pièces, la foule s'en dispute les précieux débris, et les confrères quittent le théâtre de leurs exploits au son d'une musique populaire qui répète avec entrain un air traditionnel. Ce jeu symbolique, reste des coutumes naïves du moyen âge, attire toujours à Saint-Léonard un grand concours d'étrangers.
À Saint-Léonard, près Fécamp, au diocèse de Rouen, est établie une confrérie de Saint-Léonard, dont l'acte de fondation est daté du jeudi 24 octobre 1413. Cette confrérie, à laquelle un grand nombre d'habitants sont associés, est représentée par sept membres, qui portent le surplis et le chaperon au chœur, et qui se font un devoir de porter les morts en terre pendant l'espace de deux ans, et cela sans aucune rétribution. Les deux ans écoulés, ces sept membres (dont le premier a le titre de maire, et les autres, celui de frère), sont remplacés, le jour même de la fête de saint Léonard, par sept autres personnes qui se présentent volontairement pour leur succéder, et remplir le même office également pour deux ans, de sorte que presque tous les habitants font ainsi deux ans de confrérie : il en est même un grand nombre qui font quatre ans ; car, pour être maire, il faut auparavant avoir été frère.
En tête des statuts de cette confrérie, on voit qu'un abbé de Fécamp avait présidé à son érection.
A Saint-Omer, au diocèse d'Arras, il y a une confrérie dite de Saint-Léonard. Cette confrérie s'occupe des prisonniers, accompagne les condamnés à mort, et jouit d'une certaine considération.
Nous avons extrait cette biographie du remarquable ouvrage de M. l'abbé Arbellot, curé-archiprêtre de Rochechouart, intitulé : Vie de saint Léonard, solitaire en Limousin.
Événements marquants
- Naissance à la fin du Ve siècle sous l'empereur Anastase
- Baptême par saint Remi avec Clovis pour parrain
- Refus des dignités épiscopales offertes par le roi
- Séjour au monastère de Micy et ordination au diaconat
- Retraite solitaire dans la forêt de Pauvain (Limousin)
- Guérison miraculeuse de la reine lors d'un accouchement difficile
- Fondation de l'oratoire de Notre-Dame-de-sous-les-Arbres et du lieu de Noblac
- Libération miraculeuse de nombreux prisonniers
Miracles
- Changement de l'eau en vin à Micy
- Jaillissement d'une source à Noblac par la prière
- Rupture spontanée des chaînes des prisonniers invoquant son nom
- Guérison de la reine de France en couches
- Immobilité miraculeuse de Vincent Aubrousse face aux Turcs en 1611
Citations
Les dons de Dieu ne s'achètent pas à prix d'argent : c'est la foi qui les mérite.
J'aime mieux vivre ignoré dans la maison de Dieu que d'habiter dans le palais des princes de ce monde.