Saint Madalvé (Mauvé)

Évêque de Verdun et Confesseur

Fête : 5 octobre 8ᵉ siècle • saint

Résumé

Évêque de Verdun au VIIIe siècle, Madalvé restaura son diocèse dévasté par les guerres et les usurpations. Après un pèlerinage à Jérusalem d'où il rapporta de précieuses reliques, il réforma le clergé et rebâtit sa cathédrale. Il mourut en 777 lors d'une visite pastorale, laissant l'image d'un pasteur zélé et d'un grand réformateur de la vie commune.

Biographie

SAINT MADALVÉ OU MAUVÉ

ÉVÊQUE DE VERDUN ET CONFESSEUR

Vere episcopalem vitam sequeris si per zelum linguamque tuam hos qui a fidei veritate dissentiant in Ecclesiam unitatem reduseris.

Vous mènerez une vie vraiment épiscopale si, par votre zèle et par vos discours, vous ramenez au sein de l’Église ceux qui errent dans la foi.

Saint Grégoire le Grand.

Madalvé naquit au commencement du huitième siècle dans la ville de Verdun, de parents qui étaient officiers de l’Église de cette ville, ou qui en possédaient des terres. Ils confièrent l’éducation de leur jeune fils à des maîtres très-pieux et très-savants, sous lesquels il apprit les premiers principes de la religion et de la piété chrétienne, avec les sciences, dans lesquels il fit en peu de temps un progrès merveilleux. Il était naturellement porté aux exercices de dévotion, et avait un respect singulier pour les lieux saints, et pour les personnes consacrées à Dieu. Son plus grand plaisir était de les servir à l’autel, d’assister aux offices divins et autres instructions chrétiennes ; et il avait plus de goût pour la lecture et l’étude de l’Écriture sainte, et des livres des Pères de l’Église, qui en donnaient l’intelligence, que pour les sciences humaines, dans lesquelles il avait néanmoins excellé et surpassé ses condisciples. Hugues de Flavigny dit qu’il se rendit très-habile dans tous les arts libéraux, et en faisait un saint usage pour régler ses mœurs et acquérir la vraie sagesse, qui le rendait agréable à Dieu et aux hommes ; qu’il s’appliqua ensuite totalement à l’étude des divines Écritures, et qu’en lisant cette maxime de l’Apôtre, « qu’il faut vivre chastement pour devenir le temple du Saint-Esprit », il résolut d’embrasser le célibat, et de faire vœu de virginité. Cette vertu, qu’il conserva pendant toute sa vie, fut l’ornement principal de la pureté et de l’innocence de ses mœurs ; elle était accompagnée d’une humilité et d’une modestie singulières. Il macérait son corps et mortifiait ses sens par des abstinences et des austérités, qui l’aidèrent à se rendre le maître de ses passions. Son obéissance envers ses parents l’engagea, contre son inclination, à suivre pendant quelque temps la cour de Pépin d’Héristal, qui loua sa modestie et admira sa sagesse dans un âge si peu avancé : mais les caresses et les plaisirs du monde faisaient peu d’impression sur son cœur. Il était plus puissamment attiré par la grâce qui l’appelait à un ministère plus saint, et il s’y préparait par la prière et l’étude, qu’il ne discontinua point au milieu des agitations de la cour. La Providence divine lui fournit une occasion de s’en retirer ; alors Madalvé revint à Verdun et demanda instamment d’entrer dans la communauté des Clercs de l’église de Saint-Vannes.

La pureté de ses mœurs et sa ferveur dans les exercices de piété firent

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bientôt connaître qu'il arriverait en peu de temps à une haute perfection de l'état clérical. Il se priva de toutes les compagnies séculières, vivant dans une retraite même plus exacte que celle qui était prescrite par la Règle, et prenant de grandes précautions pour empêcher ses sens et ses passions de corrompre son âme. Il était toujours attentif à réprimer les désirs de sa chair, et nourrissait son esprit par la lecture et la méditation des vérités chrétiennes, ne s'occupant qu'à la prière, à l'étude des saintes Écritures et aux autres exercices de sa communauté. Il distribuait aux pauvres son riche patrimoine, en leur procurant tous les secours spirituels et temporels que sa charité pouvait inventer, et la bonne odeur de sa vie très-sainte s'étant répandue, non-seulement dans cette ville, mais encore dans toute la province, et jusqu'à la cour, on demanda qu'il fût ordonné prêtre, quoiqu'il n'eût pas l'âge prescrit par les saints Canons, et, peu de temps après, il fut choisi pour être prévôt ou abbé des clercs de l'église de Saint-Vannes. Cette communauté était alors comme le séminaire de ce diocèse où on formait les jeunes clercs aux exercices de leur état et aux sciences qu'on y enseignait. Les règlements que saint Vannes, et plusieurs autres évêques y avaient établis, souffrirent de temps en temps quelques relâchements pendant les troubles des guerres, qui en ruinèrent une partie des revenus : la sagesse de Madalvé rendit à cette communauté son premier lustre, il en augmenta beaucoup les revenus temporels, pendant même que ceux de la cathédrale déperissaient par les usurpations du comte Anselin, et des autres officiers de Charles Martel ; et il y rétablit la régularité ancienne autant par son exemple et son exactitude édifiante que par ses discours touchants. Il fit en même temps refleurir avec tant d'éclat les études qu'il y dirigeait, qu'on n'en parlait dans cette ville, dans la province et à la cour, qu'en faisant l'éloge de ses vertus et de la sagesse de son gouvernement. Ce fut ce qui lui attira tous les suffrages du clergé et des gens de bien pour l'élever sur le siège épiscopal, qui était resté vacant pendant quelques années après la mort d'Agronius, à cause des vexations du comte Anselin.

Ce Seigneur, après avoir usurpé tous les revenus de l'évêché, entreprit de s'en rendre titulaire ; il se fit ordonner prêtre pour se faire élire évêque : mais le clergé lui résista toujours vigoureusement, et informa Charles Martel de la triste situation où était alors l'Église de Verdun. Ce prince, étant venu en Austrasie vers l'an 735, après avoir chassé les Sarrasins de l'Aquitaine, chargea Guérin le Lorrain, gouverneur et duc de Metz, de venir à Verdun pour réprimer les violences d'Anselin, et faire procéder à l'élection canonique d'un évêque, lui déclarant en même temps que Madalvé, qui était de son sang, et qu'on lui avait proposé pour cette prélature, lui serait très-agréable. Guérin exécuta fidèlement sa commission, et Madalvé fut élu canoniquement par les suffrages unanimes de tout le clergé et du peuple de Verdun, qui ne purent vaincre sa résistance qu'en employant l'autorité des évêques de la province. Il fut sacré par celui de Metz, qui exerçait la fonction de métropolitain, le siège de Trèves étant alors occupé par un clerc nommé Milon, très-décréé par la dissipation et le mauvais usage qu'il faisait des biens des deux métropoles de Trèves et de Reims, qu'il administrait en même temps.

L'Église de Verdun était aussi alors dans un état déplorable ; on n'y voyait partout que des restes du ravage des gens de guerre : les églises brûlées et souillées, les clercs tués ou chassés, et le petit nombre qui restait était tombé dans le relâchement et négligeait l'office divin, cherchant à subsister dans des emplois séculiers. Aussitôt que saint Madalvé se vit

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obligé d'accepter la charge pastorale de cette Église désolée, il ne songea qu'aux moyens de la rétablir dans son ancienne splendeur. Il convoqua une assemblée générale de son clergé et de son peuple dans la cathédrale, et leur fit un discours touchant pour les exhorter à la pénitence, en leur montrant la justice des jugements de Dieu, qui avait permis les calamités qu'ils souffraient, la profanation des lieux saints, les mauvais traitements faits aux ministres des autels, parce qu'ils avaient négligé les devoirs de la religion, et qu'ils n'avaient point fidèlement observé ses commandements. « Humilions-nous », disait-il, « devant le Seigneur qui nous frappe. Il n'y a qu'une pénitence sincère qui soit capable de le fléchir ». Le saint pasteur attira les larmes et la componction de son troupeau encore plus efficacement par les marques humiliantes de pénitence dont il se revêtit. Il ordonna un jeûne de plusieurs jours et des prières dans les églises. Le peuple y courut en foule pour se confesser, et implorer la miséricorde de Dieu par les soupirs de leurs cœurs contrits et humiliés. Pendant que ce pieux évêque travaillait à la réconciliation de son peuple, il n'était pas moins appliqué à réformer les désordres communs des églises ruinées ou abandonnées par les vexations qu'elles avaient souffertes, et par le relâchement et la tiédeur des clercs qui avaient cessé de les desservir, pour chercher à subsister dans des emplois séculiers. Il commença à rappeler ceux de la cathédrale, et leur fournit les choses nécessaires pour leur nourriture et leur entretien, les obligeant de s'acquitter avec exactitude de l'office divin, le jour et la nuit. Il fit ensuite la même chose dans les autres églises de la ville et de la campagne ; il pourvut aux besoins des prêtres chargés de les desservir, employant à ces dépenses les revenus de son patrimoine et les oblations des personnes pieuses, qui l'aidèrent à réparer la plupart de ces églises, ruinées ou brûlées par les ennemis, ou même par les soldats de Charles Martel.

Carloman, son fils et son successeur dans le gouvernement de l'Austrasie, eut beaucoup d'estime et d'affection pour saint Madalvé ; il prenait ses conseils, et lui accorda quelques sommes d'argent pour l'aider à réparer les églises ruinées dans son diocèse, lui faisant espérer un plus grand dédommagement lorsque les affaires de l'État le permettraient ; mais ce prince, ayant fini la guerre contre les Bavarois et les Saxons, qu'il vainquit, se fit religieux et remit, en 747, le gouvernement de l'Austrasie à Pépin le Bref, son frère, qui fut sacré roi de tous les royaumes de France, réunis en une seule monarchie, dans une assemblée générale des États, tenue à Soissons en 752. Saint Madalvé assista à cette assemblée ; le nouveau roi, qui est le premier de ceux de la seconde race des rois de France, lui promit de protéger l'Église de Verdun, et étant venu dans cette ville vers l'an 755, avec le pape Étienne III, il lui fit restituer les terres usurpées sous Charles Martel, son père, et la dédommagea des pertes qu'elle avait souffertes, en lui donnant les seigneuries de Varnoncourt, de Wanau et de Rembercourt (Varnonci curtem, Vasnaum, Ramisbatum). Le roi accorda en même temps plusieurs grâces et immunités au clergé et au peuple de Verdun, tant pour reconnaître les services importants qu'il avait reçus des évêques Pepon et Volchise, que pour honorer les mérites et la piété édifiante de Madalvé, uniquement attaché à Jésus-Christ, très-éclairé dans toutes les matières de la religion, et toujours préparé à en développer les difficultés qu'on lui proposait.

Ce très-pieux et vigilant évêque visitait continuellement toutes les églises de son diocèse : non-seulement il fit réparer toutes celles qui avaient été

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ruinées, il en fit encore bâtir un grand nombre de nouvelles dans tous les lieux où il n'y en avait point auparavant ; il les orna le plus magnifiquement qu'il put, et les pourvut de bons ouvriers évangéliques. Il y régla l'office divin, qu'il fit célébrer décemment, y édifiant les peuples par son exemple, par ses instructions, et en leur administrant les sacrements, lorsque ses autres occupations nécessaires le lui permettaient. Il était principalement appliqué à réformer le relâchement de son clergé qui avait quitté la vie commune, et à guérir les plaies que les ravages des gens de guerre avaient causés à la discipline de son Église. Après qu'il eut rassemblé les clercs dispersés, il pourvut à leur nourriture et à leur entretien dans leur cloître, où il les fit rentrer, et leur ordonna de vivre canoniquement. La liaison d'une amitié très-étroite entre saint Madalvé et saint Chrodegand, qui fut ordonné évêque de Metz l'an 743, fait présumer que celui-ci composa la règle de la vie commune pour les clercs de son Église en partie sur le modèle de celle que saint Vannes avait donnée au clergé de Verdun, que saint Paul, son successeur, perfectionna, et que saint Madalvé proportionna au temps fâcheux dans lequel il la remit en vigueur, en obligeant plus particulièrement ses clercs à l'observance des articles qui concernaient la pureté des mœurs et la célébration de l'office divin. Ils n'étaient astreints aux autres exercices de la communauté qu'autant qu'ils étaient jugés nécessaires pour y maintenir l'ordre, la paix et l'union. Le clergé de la cathédrale de Verdun, charmé de la douceur de son évêque, ne fit aucune difficulté de se soumettre à ces règlements ; mais la plupart des chanoines de Metz refusèrent de recevoir celle de saint Chrodegand, qui y avait ajouté quelques pratiques tirées de la règle des moines. La communauté des clercs de Saint-Vannes, qui était gouvernée par saint Madalvé pendant les grands troubles des guerres de Charles Martel, ne s'était point relâchée de son ancienne discipline, ni de sa ferveur dans l'observance de sa règle ; elle la conserva par la sagesse de son saint prévôt ou abbé. En effet, il l'aimait si tendrement, que, depuis même qu'il fut évêque, il ne voulut pas quitter cette charge, prenant le même soin de l'instruction des jeunes clercs. Quelque fatigantes que fussent ces fonctions, il ne cessa pas les austérités ni les exercices de pénitence, qu'il avait coutume de faire dans cette communauté. Il y allait le plus souvent qu'il pouvait, tant pour sa sanctification, que pour animer, par son exemple et ses discours, la ferveur des jeunes clercs. Il augmenta considérablement les commodités et les revenus temporels de cette maison. Il lui donna en vue de sa sépulture la terre de Rarécourt (Raherei curtem) et plusieurs autres fonds de son patrimoine, qui sont marqués dans les chartes de la même église. Le zèle de saint Madalvé n'était pas renfermé dans son diocèse ; il édifia aussi les peuples de l'Aquitaine par la sainteté de sa vie et de sa doctrine pendant plusieurs voyages qu'il y fit pour aller visiter l'abbaye de Saint-Amant, proche Rodez, et plusieurs terres voisines, appelées Maderniacus et Pulliniacus, qui appartenaient à l'Église de Verdun.

Après l'incendie de son église cathédrale, il prit des mesures pour la rétablir, et aussitôt que la réparation en fut commencée, il prit la résolution de partir pour la Terre-Sainte après en avoir demandé, comme l'ordonnent les Conciles, la permission à son métropolitain et à ses comprovinciaux, auxquels il recommanda son diocèse pendant son absence. Le clergé et le peuple de Verdun firent leur possible pour détourner leur saint pasteur de ce voyage périlleux ; mais leurs prières et leurs larmes ne purent en différer l'exécution. Étant parti vers l'an 757, il passa par les

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Alpes, et arriva à Rome, où il visita le tombeau des saints Apôtres et les cimetières des martyrs. Il continua son voyage par le mont Gargan, où il s'arrêta quelques jours pour satisfaire sa dévotion : il y passa les nuits en prières dans l'église de Saint-Michel ; et, après y avoir offert le saint sacrifice et communié tous les pèlerins qui l'accompagnaient en grand nombre, il s'embarqua sur la mer : les nautoniers furent édifiés en voyant l'austérité de ses jeûnes et son assiduité à la prière. Une grande tempête ayant mis le vaisseau en danger de périr, ils conjurèrent le saint évêque d'invoquer le ciel, et au même instant le calme fut rétabli. Il aborda à Joppé, et après avoir couru de grands risques sur les chemins, il arriva à Jérusalem avec sa troupe. Le patriarche donna l'hospitalité à notre saint évêque, en lui rendant tous les honneurs qui lui étaient dus, et lui fit présent de plusieurs reliques et d'un calice de cristal, qui était un ouvrage merveilleux, que l'on conservait encore dans le trésor de l'église de Verdun, du temps de Bertaire. Il visita avec une foi vive tous les lieux saints, où se sont accomplis les mystères de notre rédemption, arrosant de ses larmes le saint sépulcre, et y adorant le Sauveur ressuscité. Aussitôt qu'il eut satisfait sa dévotion, il partit pour retourner à son église, où il fut reçu avec une joie incroyable de son clergé et de son peuple : il fut très-content de la diligence des ouvriers, qui avaient achevé la construction de son église cathédrale, et les gratifia d'une grosse somme d'argent. Il fit la dédicace de cette nouvelle église avec toute la magnificence possible, plaça dans la principale abside les reliques qu'il avait apportées de Jérusalem, et une des deux dents de sainte Madeleine, qu'on lui avait données à Éphèse, et mit les anciennes reliques, qui étaient avant l'incendie dans la crypte ou chapelle souterraine, au côté droit de l'autel de la sainte Vierge. Saint Madalvé mit l'autre dent et les cheveux de sainte Madeleine dans l'église qu'il avait fait bâtir, et qu'il dédia sous l'invocation de cette Sainte, dans laquelle il établit un monastère de religieuses, qui subsistèrent pendant environ deux cents ans. Les revenus de ce monastère ayant été perdus pendant les guerres, et l'église tombant en ruines, elle fut rebâtie plus belle et plus spacieuse, l'an 1018, par le vénérable Hermenfroy, archidiacre de la Woëvre, qui y fonda le collège des chanoines de Sainte-Madeleine. On y expose encore à présent tous les jours sur le grand autel, pendant la célébration de la messe canoniale, les mêmes reliques que saint Madalvé y déposa dans la première dédicace de cette église.

La sainteté de saint Madalvé parut avec beaucoup plus d'éclat depuis son voyage de la Terre-Sainte : il redoubla ses jeûnes et les mortifications de sa chair, vivant comme un ange dans un corps mortel, et faisant de plus grands efforts pour arriver à la perfection d'un détachement général de toutes les choses de la terre, et d'une union continue avec Dieu. Les exhortations ordinaires qu'il faisait à son clergé et à son peuple étaient remplies d'une onction nouvelle, avec des expressions plus vives, lorsqu'il parlait des mystères de notre rédemption, et surtout de la Passion de Jésus-Christ. Bien loin de chercher le repos dans un âge avancé, il devint plus infatigable dans le travail, et le continua avec plus d'édification jusqu'à sa mort. Dieu donna aussi un nouvel éclat à sa sainteté, par les guérisons miraculeuses qu'il opéra, et par la délivrance de plusieurs personnes possédées du démon. Il fut appelé, en 761, par le roi Pépin, à la dédicace de l'église de Gorze. Son nom se trouve parmi ceux des évêques qui souscrivirent au concile d'Attigny, tenu en 765. Saint Madalvé fut attaqué la même année de la maladie dont il mourut dans le cours de la dernière

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visite de son diocèse; il se fit transporter au village de Neuville, qui était peu éloigné, pour y consacrer l'église: il connut, pendant la cérémonie de cette dédicace, que Dieu l'appelait à une autre vie. La joie qui parut alors sur son visage marquait celle de son âme. Brûlant du désir d'être avec Jésus-Christ, il le reçut comme viatique dans ce dernier sacrifice, et expira peu après: c'était le quatrième jour d'octobre, vers l'an 777.

## CULTE ET RELIQUES.

La bonne odeur de la vie de saint Madalvé, et les signes qui firent connaître après sa mort que son âme jouissait du bonheur des Saints, attirèrent aussitôt sur son tombeau la vénération des peuples, qui y étaient exaucés par ses mérites. Bertaire et Hugues de Flavigny assurent que ce tombeau ayant été découvert environ quarante ans après la mort de ce Saint, on y trouva son corps sans aucune corruption, comme s'il y eût été vivant: ce fut l'évêque Austranne qui fit cette première découverte. Dans le IXe siècle, Bérard, qui gouvernait cette église en 870, ayant assemblé son clergé et son peuple pour lever ce saint corps de terre, il fut encore trouvé dans le même état, paraissant comme celui d'un homme endormi, blanc, vermeil et sans aucune tache ni signe de mort, répondant une odeur agréable, qui rendit la santé à plusieurs malades et la vue même à des aveugles. On transféra ce corps dans une châsse pour l'exposer à la vénération publique. L'ancienne église de Saint-Vannes, qui conservait ce précieux dépôt, honorait saint Madalvé comme celui d'entre ses patrons ou tutélaires qui l'a le plus enrichie par les grandes donations qu'il y fit pendant sa vie, et qu'il lui procura par ses mérites après sa mort. Mathieu, abbé de ce monastère, fit faire, en 1477, une nouvelle châsse ornée de lames d'argent doré avec des figures qui représentaient la vie et les miracles de saint Madalvé. Cette châsse et les précieuses reliques qu'elle renfermait ont disparu pendant la Révolution. L'église de Verdun célèbre la fête de saint Madalvé le 5 octobre.

Extrait de l'Histoire de Verdun, par Roussel, et de celle de M. l'abbé Clonet. — Cf. Acta Sanctorum, no 4 octobre.

## SAINT SIMON DE CRESPY-EN-VALOIS,

## MOINE DE SAINT-OYEND ET CONFESSEUR

SAINT SIMON DE CRESPI-EN-VALOIS, MOINE ET CONFESSEUR.

Le roi Philippe Ier, craignant de trouver en lui un adversaire non moins dangereux que Raoul, le combla d'honneurs, et lui fit prendre place parmi les barons de son conseil; mais la mort de Raoul vint changer tout à coup ses sentiments envers Simon. L'espoir de vaincre facilement un jeune homme de vingt ans, privé des conseils et de l'appui de son père, le détermina à lui déclarer la guerre. Pour rendre plus certaines ses chances de succès, il lui suscita un ennemi puissant, dans Bardoul, seigneur de Broyes, beau-frère de Simon.

Pendant trois années, le fils de Raoul tint tête à l'orage. Aux dévastations exercées dans le Valois par les troupes de Philippe, il répondit en mettant tout à feu et à sang, dans les pays soumis au pouvoir royal. Cependant, Dieu qui afflige le corps de ceux qu'il aime, pour arriver à la conquête de leur âme, permit que, dans un combat, Simon reçût une grave blessure. Mettant sa confiance dans la Vierge que nous invoquons sous le titre de Salut des infirmes, le courageux guerrier l'implora, et en obtint sa guérison. Le danger auquel il venait d'échapper lui fit tourner ses pensées vers le ciel : convaincu de la vanité de la gloire et de la fragilité des biens de la terre, il résolut de ne poursuivre désormais que des honneurs et des richesses d'une éternelle durée. La touche de la grâce avait remué les fibres de son âme; elle en avait séparé les affections mondaines, pour n'y laisser que les saintes aspirations de la vertu.

Simon renonça donc à toute entreprise guerrière, et ne pensa plus qu'à opérer son salut avec crainte et tremblement. Il eut pour guide, dans la voie nouvelle où il venait d'entrer, la main ferme et sûre du grand Pontife Grégoire VII. Suivant, avec une docilité d'enfant, les sages conseils de cet immortel défenseur de la faiblesse et de la justice, il s'empressa de réparer les torts dont Raoul s'était rendu coupable. Les terres et les domaines usurpés retournèrent à leurs maîtres légitimes. Les pauvres, les veuves et les orphelins reçurent d'abondantes aumônes. Le jeune comte n'oublia point de travailler au soulagement de l'âme de son coupable père, qui avait eu le malheur de mourir en dehors de la communion des fidèles. Espérant que l'ineffable miséricorde du Seigneur avait pardonné au repentir manifesté par Raoul avant sa mort, il fonda un grand nombre de messes, pour lui faciliter l'entrée du séjour de rafraîchissement, de lumière et de paix.

La translation des restes de Raoul du château de Montdidier à Crespy, donna lieu au saint pénitent de faire de nouvelles réflexions sur le néant de la vie et la vanité des espérances humaines. À la vue des traits de son père qu'il avait voulu contempler une dernière fois, et sur lesquels la mort avait opéré de grands ravages, il ne put s'empêcher de s'écrier: « Est-ce donc bien ici le corps de Raoul, de ce guerrier si redouté dans l'art des sièges? Voilà donc où aboutit la gloire des grands du monde!» Ému de ce douloureux spectacle, Simon voulut se dérober aussitôt aux honneurs qui l'entouraient, et aller travailler dans la solitude à l'acquisition d'une gloire et d'une félicité solides et durables. Les plus nobles seigneurs de ses États cherchèrent à le détourner de son projet, en l'engageant dans les liens du mariage; mais cette tentative ne servit qu'à accélérer la rupture de Simon avec le monde.

Guillaume le Conquérant lui offrait une de ses filles; Alphonse, roi d'Espagne, lui proposait une illustre princesse, et Robert Guiscard, duc de la Pouille, une noble dame de sa maison. Simon préféra la main de la vertueuse fille d'Hildebert, comte d'Auvergne. Dieu l'avait guidé lui-même

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Dans ce choix, car, la nuit même de leurs noces, ces deux saintes âmes se rencontrèrent dans la pieuse pensée de garder la continence, et de se retirer dans un cloître. La chaste épouse de Simon se consacra pour toujours au Seigneur, et le comte alla édifier par sa pénitence et ses vertus les religieux de Saint-Oyend.

Comme le nautonier qui, rentré au port après la tempête, coule sa barque, pour ne plus être tenté de s'exposer aux périls de la mer, Simon se défit de ses richesses et de ses domaines. Il en abandonna une partie à la comtesse de Vermandois, sa sœur, et employa l'autre à bâtir et à doter des monastères. Le nouveau religieux fit oublier à ses frères le rang dont il sortait, ne leur laissant voir que son humilité et sa soumission aux moindres prescriptions de la règle. Il avança si rapidement dans la perfection de son saint état, qu'en peu de temps il fut trouvé digne de recevoir l'onction sacerdotale.

Dans son monastère, Simon portait un tendre et vif intérêt à sa patrie. Plusieurs fois, il alla revoir ses anciens sujets, non pour les défendre, comme autrefois, contre les violences d'un puissant voisin, mais pour les préserver contre les attaques mille fois plus redoutables de l'ennemi du salut. L'ardeur de son zèle, et le haut ascendant de ses exemples furent couronnés des plus heureux succès. En un seul jour, il ravit au siècle soixante jeunes gentilshommes qu'il dispersa dans les monastères récemment élevés par ses soins. On raconte que sa présence au château de Compiègne frappa le roi et ses courtisans d'une religieuse admiration. Philippe ne reconnut pas d'abord, sous l'habit d'un pauvre religieux, l'intrépide et fastueux comte de Crespy. Un changement de vie si prompt et si extraordinaire lui fit concevoir une grande vénération pour l'humble serviteur de Jésus-Christ.

Désirant mener une vie plus solitaire, Simon quitta l'abbaye de Saint-Oyend, et se retira dans les abruptes montagnes de Mouthe, au diocèse de Besançon. Il n'y fut pas longtemps seul : la bonne odeur de ses vertus attira autour de lui un grand nombre de religieux. Ces lieux arides et sauvages ne tardèrent pas à changer d'aspect sous la vigoureuse main de ces infatigables travailleurs, et retentirent, le jour et la nuit, du chant des saints cantiques et des sublimes accents de la prière. Pour expier l'orgueil que la première place avait autrefois allumé dans son cœur, le Bienheureux se mettait volontiers à la dernière. Il s'adonnait de préférence aux exercices du cloître les plus humiliants et les plus bas. Il se plaisait à visiter, au fond des forêts, les charbonniers et les bûcherons, auxquels il demandait de l'emploi. Comme ceux-ci, ne le connaissant pas, le chargeaient des plus pénibles travaux, Simon acceptait tout et obéissait à ces ouvriers comme à ses maîtres.

Le Saint possédait, à un degré éminent, le don d'éclairer et de pacifier les esprits. Chargé par le pape saint Grégoire VII de missions importantes auprès des souverains de France et d'Angleterre, il s'en acquitta d'une manière aussi profitable à l'Église qu'aux peuples. Ses avis étaient toujours accueillis avec une respectueuse déférence. Plusieurs fois, à Londres surtout, des courtisans, frappés de ses austérités et de ses miracles, se jetèrent à ses pieds, résolus d'effacer leurs fautes dans les larmes de la pénitence.

L'abbaye de Saint-Oyend fut fondée au viie siècle, par saint Romain, au pied du mont Jura. On l'appelle aussi Condat. Vers 435, saint Claude s'étant dénué de son évêché de Besançon, s'y retira et en devint abbé. Elle commença à porter son nom au XIIIe siècle. Elle jouissait de grands privilèges.

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Les œuvres merveilleuses dont Simon était l'instrument entre les mains de Dieu, ne firent qu'augmenter son humilité, et le portèrent à marcher avec plus de ferveur et d'amour dans la voie de la mortification. Afin de s'associer plus étroitement encore aux douleurs que Jésus-Christ a endurées pour notre salut, et de retracer sa vie souffrante avec une fidélité plus parfaite, il fit le pèlerinage de la Terre-Sainte. Arrivé à Jérusalem, il se présenta, en habit de religieux, à l'hospice du monastère de Josaphat, gouverné alors par le bienheureux Hugues, ancien profès de l'abbaye de Saint-Arnoult-de-Crespy. En exerçant envers le pieux pèlerin les devoirs de l'hospitalité, Hugues était loin de penser qu'il avait affaire au comte Simon, en la présence duquel il s'était pourtant trouvé plus d'une fois, pendant son séjour à Crespy. Lorsqu'il eut appris son nom, il bénit l'inépuisable bonté de Dieu à l'égard du noble guerrier. Il voulait le retenir quelque temps dans son monastère; mais Simon, ayant visité les lieux illustrés par la présence et les douleurs de l'Homme-Dieu, regagna la France, le cœur rempli d'une sainte componction, et riche des précieuses reliques que l'abbé Hugues lui avait données pour le monastère de Saint-Arnoult. À son retour, Grégoire VII l'appela de nouveau auprès de sa personne, et le chargea de négocier la paix entre lui et Robert Guiscard, duc de la Pouille. La mission de Simon réussit au-delà des espérances du Pontife. L'union fut rétablie entre Grégoire et Robert, et, grâce aux prières du Saint, une peste qui décimait l'armée du Chef de l'Église, cessa ses ravages.

Depuis le jour où Simon avait incliné son oreille à la voix du Seigneur, il avait acquis un immense poids de mérites; aussi, le trouvant mûr pour le ciel, Dieu l'appela-t-il bientôt à lui. Comme, pendant une nuit, le Bienheureux priait avec ferveur dans la Confession de Saint-Pierre, il ressentit les premières atteintes d'une grave maladie. Peu de temps après, il reçut les sacrements de l'Église, avec une tendre dévotion, des mains de Grégoire VII, et mourut en odeur de sainteté, le 30 septembre 1082, à l'âge de trente ans. Le jour même où il expirait, un autre saint, Arnoul, évêque de Soissons, recevait du ciel la révélation de sa mort.

## CULTE ET RELIQUES.

Par l'ordre du Pape, on fit à l'humble religieux des funérailles magnifiques. Trente confréries y assistèrent, sans compter les personnages de distinction qui se trouvaient à Rome. Son corps fut inhumé dans le caveau des souverains Pontifes, honneur extraordinaire dont il y avait peu d'exemples. Mathilde, reine d'Angleterre, lui érigea dans la ville de Rome un splendide monument : commencé par les soins de Grégoire VII, il fut achevé par le pape Urbain II. Ce dernier Pontife composa, et y fit graver les quatre dystiques suivants :

Simon habens nomen, majorum sanguine claro, Francorum procerum pars ego magna fui. Paupertatis amoris, patriam mundumque reliqui Christum divit, in omnibus anteferens. Post ad apostolicam sedis principis aulam, Eximius tanti me patris egit amor. Quo duce promerear tandem super astra levari. Hospitor hic, sacras conditus ante fores.

* Simon était mon nom : l'illustre sang de mes ancêtres m'avait donné rang parmi les principaux seigneurs de la France; mais, par amour pour la pauvreté, j'ai quitté mon pays et le monde entier, préférant Jésus-Christ à toutes les richesses. Plus tard, poussé par un ardent et louable amour pour le père des Pontifes, je me rendis à la cour du prince des Apôtres; et c'est pour

5 OCTOBRE.

mériter, par sa protection, d'habiter les éternelles demeures, que mes cendres reposent ici, devant ces portes sacrées ».

Plus tard on transporta son corps à Bar-sur-Aube, et on le déposa dans l'église Saint-Pierre, dans une chapelle collatérale à droite, où un parquet, qui date de quelques années seulement, dérobe ainsi la vue de sa tombe.

A l'entrée d'une ancienne chapelle de Crespy, dédiée à sainte Marguerite, et ruinée pendant les derniers sièges de cette ville, on voyait autrefois un mausolée destiné à rappeler ses vertus, et à honorer sa mémoire.

Les miracles opérés au tombeau de Simon portèrent Grégoire VII à insérer son nom au catalogue des Saints. Son culte se répandit, en peu de temps, dans plusieurs diocèses de France : ceux de Beauvais, de Troyes, de Saint-Claude et de Besançon le comptent encore au nombre de leurs puissants intercesseurs. La paroisse de Montbo, située dans ce dernier, conserve une partie de ses reliques, visitées tous les ans par un grand nombre de fidèles. Elles sont enfermées dans un magnifique reliquaire en vermeil, en forme de bras, et orné de brillants.

Extrait des Saints de Beauvais, par M. l'Abbé Sabatier; des Saints de Troyes, par M. l'Abbé Defer; des Saints de Franche-Comté, par les professeurs de Saint-François-Xavier de Besançon.

Événements marquants

  • Naissance à Verdun au début du VIIIe siècle
  • Séjour à la cour de Pépin d'Héristal
  • Entrée à la communauté des Clercs de Saint-Vannes
  • Élection au siège épiscopal de Verdun vers 735
  • Assistance à l'assemblée de Soissons en 752
  • Voyage en Terre-Sainte vers 757
  • Participation au concile d'Attigny en 765
  • Mort au village de Neuville en 777

Miracles

  • Apaisement d'une tempête en mer lors du voyage vers Joppé
  • Guérisons de malades et d'aveugles lors de l'élévation de son corps
  • Incorruptibilité du corps constatée 40 et 100 ans après sa mort

Citations

Humilions-nous devant le Seigneur qui nous frappe. Il n'y a qu'une pénitence sincère qui soit capable de le fléchir.

— Discours à la cathédrale de Verdun

Date de fête

5 octobre

Époque

8ᵉ siècle

Décès

4 octobre, vers l'an 777 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

guérison des malades, recouvrement de la vue, délivrance des possédés

Autres formes du nom

  • Mauvé (fr)
  • Madalveus (la)

Prénoms dérivés

Madalvé, Mauvé

Famille

  • Charles Martel (parent (de son sang))