Saint Vannes (Venne)
Troisième évêque de Verdun
Résumé
Troisième évêque de Verdun au VIe siècle, saint Vannes succéda à saint Firmin sous le règne de Clovis. Il est célèbre pour avoir extirpé l'idolâtrie de son diocèse et, selon la légende, pour avoir dompté un dragon terrifiant qu'il précipita dans la Meuse. Son nom reste attaché à une illustre abbaye bénédictine réformée au XVIIe siècle.
Biographie
SAINT VENNE OU VANNES,
TROISIÈME ÉVÊQUE DE VERDUN (vers 529).
Le roi Clovis, s'étant rendu maître de la ville de Verdun, ne crut pas prudent, malgré la soumission et le bon accueil des Verdonois, de laisser à leurs suffrages le choix de l'évêque qui devait remplacer saint Firmin ; et il déclara qu'Euspice était l'homme qu'il voulait voir appelé à ce poste éminent, dès lors le premier de la cité. Cet Euspice était un vieillard vénérable que les habitants de Verdun avaient député au roi des Francs pour implorer sa clémence en faveur de la cité assiégée. Il fut donc élu par acclamation ; mais il s'excusa d'accepter, à cause de son grand âge, qui ne lui laissait d'autre désir que celui de terminer ses jours dans la paix du cloître ; puis, présentant saint Vannes, l'un de ses deux neveux, il attesta qu'il était digne de la charge à laquelle on avait voulu l'élever lui-même : Vannes fut élu.
L'histoire de ce saint pontife est encore à demi légendaire, et, du temps de Bertaire (IXe siècle), il ne se trouvait plus d'écrit ancien à son sujet. De ce que l'on sait d'une manière générale, il résulte que saint Vannes fut l'un des grands personnages de son époque ; qu'il extirpa chez les Verdonois les restes de l'idolâtrie ; que, sous son administration, et grâce sans doute à la faveur de Clovis, l'évêché commença à devenir le pouvoir prépondérant à Verdun ; enfin, que son épiscopat dura environ vingt-cinq ans.
Vannes mourut en telle odeur de sainteté que l'ancienne basilique où il reposait, à côté de la plupart de ses prédécesseurs, ne fut bientôt plus connue que sous son nom, à cause de l'affluence du peuple qui venait de loin prier à son tombeau. Cette église conserva, jusqu'en 1790, les reliques de son patron, dans une châsse d'argent où les avait transférées, en 1147, le pape Eugène III en personne, lorsqu'il vint faire la dédicace de la cathédrale, reconstruite par l'évêque Albéron de Chiny. On nous a décrit cette châsse comme un coffret d'argent doré, orné à l'extérieur de figurines et de joyaux simulant des pierreries. Ce reliquaire avait la forme d'une petite église, et portait une inscription en vers latins mentionnant la translation dont nous venons de parler. À l'époque de la Révolution, on put cacher heureusement les reliques de notre saint évêque : elles enrichissent encore le trésor de la cathédrale de Verdun.
L'histoire légendaire attribue à saint Vannes d'avoir délivré le pays d'un dragon ou grand serpent, qui avait établi son repaire dans les rochers sur lesquels s'élève aujourd'hui la citadelle, s'élançant de là sur les hommes et les animaux, et répandant au loin la mort par son souffle
SAINT SÉRAPION, RELIGIEUX DE LA MERCI, MARTYR À ALGER. 409
empesté. On essaya vainement de le détruire ; on chanta des messes et des prières ; enfin saint Vannes, prenant avec lui quelques fidèles, marcha hardiment à la caverne du monstre. Le peuple le regardait de loin et priait Dieu. On le vit pénétrer seul dans le lieu d'horreur, et, quelque temps s'étant écoulé dans une anxiété générale, on craignait déjà qu'il ne sortît plus de cet antre, lorsque enfin il reparut, tirant par son écharpe le hideux reptile, qu'une puissance invisible semblait dompter à ses pieds ; et il le traîna ainsi jusqu'à la Meuse, où l'effroyable bête se jeta et disparut pour toujours. En mémoire de ce fameux miracle, on représentait dans les tableaux saint Vannes avec un dragon ailé, qu'il tenait par une chaîne ; et une figure de l'animal fantastique était portée, chaque année, aux processions des Rogations.
Disons un mot, en terminant, de la célèbre abbaye de Saint-Vannes. Elle était située hors de l'enceinte de Verdun, du côté de l'ouest, sur une hauteur qui relie la ville à la colline de Saint-Barthélemy. Elle se composait d'un ensemble de bâtiments et de jardins entourés de murs, au centre desquels s'élevait sa belle église. Celle-ci, dédiée d'abord sous l'invocation des apôtres Pierre et Paul, remontait à l'origine même de la chrétienté verdunoise ; elle fut le siège des quatre premiers évêques de Verdun, et leurs successeurs y choisirent pour l'ordinaire leur sépulture. Quand le siège épiscopal fut transféré dans la ville, saint Vannes y établit une communauté de clercs qui fut gouvernée pendant plus de quatre siècles par des personnages d'une piété et d'une science éminente, et souvent par des évêques, en qualité de prévôts et abbés, qui donnèrent beaucoup d'éclat et de splendeur à la religion dans ce diocèse. En 952, Bérenger, vingt-troisième évêque de Verdun, mit dans cette église des religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, et y annexa des biens réguliers qui devinrent ainsi le premier monastère de la ville. Humbert de Verdun en fut le premier abbé.
Charles, cardinal de Lorraine et archevêque de Reims, fut abbé de Saint-Vannes de 1548 à 1574 ; avec l'autorisation du pape Grégoire XIII, il fit unir le monastère à la mense épiscopale de Verdun. À dater de cette époque, l'abbaye, qui commençait à dégénérer, se rétablit dans la régularité, suivant la Règle de Saint-Benoît, par le zèle, la piété et la sagesse des prieurs qui la gouvernèrent. Le plus célèbre fut Dom Didier de La Cour, qui y commença la Réforme en 1600, en vertu d'un bref du Saint-Siège, obtenu par le duc Henri de Lorraine, évêque de Verdun et abbé de Saint-Vannes. Ce monastère célèbre devint alors le chef de l'illustre Congrégation de toutes les abbayes de son Ordre dans la Lorraine, la Champagne et la Bourgogne, qui embrassèrent la même Réforme. Il la communiqua aussi, par le moyen de ses religieux, à tous les autres monastères de la France, qui l'embrassèrent sous le titre de Congrégation de Saint-Maur. Celle de Saint-Vannes fut érigée par un bref du pape Clément VIII, daté du 7 avril 1604, sur le modèle des statuts du Mont-Cassin, donnant pouvoir aux présidents et visiteurs d'agréger à leur Congrégation tous les monastères qui voudraient accepter la Réforme.
À la Révolution, l'abbaye de Saint-Vannes fut supprimée et les bâtiments remis à l'autorité militaire. Presque tous ces bâtiments ont été conservés, mais non sans avoir subi bien des modifications dans leur distribution et bien des mutilations dans leur architecture. Quant à l'église (l'église gothique moderne datait de 1520), comme elle n'avait pu, par la nature de sa construction, être utilisée, elle fut laissée dans un état d'abandon qui amena de promptes dégradations : elle fut complètement démolie dans les années 1831-1832.
Propre de Verdun ; Histoire ecclésiastique et civile de Verdun, par Roussel (édition de Bar-le-Duc, 1864) ; Histoire de Verdun et du pays verdunois, par M. l'abbé Clouët (Verdun, 1867).
---
SAINT SÉRAPION, RELIGIEUX DE LA MERCI,
MARTYR À ALGER (1240).
Sérapion, anglais de nation, d'une illustre famille, naquit vers la fin du XIIe siècle, fut élevé à la cour du duc d'Autriche et embrassa d'abord la profession des armes. Étant parti pour l'Espagne avec le duc qui portait secours au roi de Castille contre les Maures, il s'engagea au service
14 NOVEMBRE.
d'Alphonse IX, et demeura dans la Péninsule, voulant consacrer sa vie à combattre les ennemis du nom chrétien. Il porta les armes durant quelques années; mais, un jour, ayant rencontré des religieux de l'Ordre récemment fondé de Sainte-Marie de la Merci, qui venaient du pays occupé par les infidèles, avec de nombreux captifs qu'ils avaient rachetés, son cœur fut touché à cette vue, et il commença à sentir naître en lui le désir d'embrasser cette sainte milice.
Reçu dans l'Ordre par saint Pierre Nolasque, à Barcelone, il se livra dès lors avec beaucoup d'ardeur à la pratique de toutes les vertus; il s'exerça sans relâche à l'oraison, à l'humilité, à la mortification et à la chasteté. Zélé pour le salut des âmes, il en retira plusieurs de la corruption du vice pour les rendre à la vertu; il convertit en particulier beaucoup de femmes perdues. Il mérita d'être choisi plusieurs fois par ses supérieurs pour aller chez les infidèles traiter du rachat des captifs, et chacun de ses voyages fut couronné d'un plein succès. Le saint fondateur de son Ordre, Pierre Nolasque, lui confia la direction des novices, parmi lesquels se trouvait saint Raymond Nonnat; mais le désir d'établir le nouvel Ordre dans sa patrie le fit repasser en Angleterre. Pendant la traversée, il fut pris par des corsaires qui le dépouillèrent et l'accablèrent de mauvais traitements. Son zèle pour le salut des âmes l'ayant porté à faire des remontrances à ces brigands sur les blasphèmes qu'ils proféraient, et sur les désordres auxquels ils se livraient sans retenue, ils furent tellement irrités, qu'après l'avoir battu au point de le laisser pour mort, ils le jetèrent à la mer. Il parvint, avec le secours de Dieu, à gagner la côte, et il se rendit à Londres, d'où il passa en Irlande et en Écosse. Il fut persécuté dans ce dernier royaume, et retourna en Espagne.
Saint Pierre Nolasque l'envoya presque aussitôt après à Alger avec un autre religieux nommé Bérenger. Il délivra quatre-vingt-sept captifs espagnols qu'il se proposait de ramener dans leur patrie. Mais ceux des autres nations, voyant que leur délivrance était ajournée, vont trouver Sérapion, lui exposent leur condition misérable, et le danger où ils sont de perdre la foi, par suite des mauvais traitements qu'on leur inflige pour les contraindre à l'apostasie. Le saint religieux forme alors la résolution de laisser partir son confrère avec les captifs rachetés, et de rester lui-même parmi ces malheureux pour les soutenir et les consoler, tandis que l'on recueillerait l'argent nécessaire à leur délivrance. Cependant, comme il annonçait librement la vraie foi aux infidèles, et qu'il opérait des conversions parmi eux, le chef des Maures le fit charger de fers, jeter dans un cachot et battre cruellement. Bientôt après, une sentence de mort fut portée contre lui: il fut mis en croix, et tous les membres de son corps furent coupés, articulation par articulation; pendant son supplice il répétait cette prière: « Seigneur, ne livrez pas aux bêtes les âmes de vos confesseurs: sauvez les âmes que vous avez rachetées de votre précieux sang ». Enfin il eut la tête tranchée, et s'envola au ciel pour recevoir la couronne du martyre, l'an 1240. Benoît XIII a approuvé son culte le 14 juillet 1728.
On le représente: 1° attaché par les Maures sur une croix de saint André, où on lui ouvre le ventre pour en extraire les entrailles que l'on dévide sur un treuil (un des tableaux de la galerie espagnole du Louvre, sous Louis-Philippe, retraçait ce supplice); 2° lié sur une croix en sautoir, avec les quatre membres tranchés au-dessus des coudes et des cuisses.
Il est un des patrons de Barcelone et de l'Ordre de Notre-Dame de la Merci.
Propre d'Alger.
---
LE BIENHEUREUX GABRIEL FERRETTI D'ANCONE,
FRÈRE MINEUR DE L'OBSERVANCE (1436).
Le bienheureux Gabriel naquit à Ancône, de l'illustre famille des comtes Ferretti, à laquelle appartient notre Saint-Père le pape Pie IX, glorieusement régnant (1873). Ses parents, doués d'une piété profonde, mirent tous leurs soins à lui inculquer dès l'enfance les vertus chrétiennes. Docile à leurs leçons, il montra, jeune encore, un grand éloignement pour les vanités du monde; aussi
cessation des Rogations se maintenait encore à Verdun au milieu du siècle dernier, comme le prouve un cérémonial liturgique écrit à cette époque; mais, peu après, on supprima ce singulier emblème, qui ne fut regretté de personne, sauf peut-être du porteur qui recevait, devant chaque boulangerie, un petit pain dans la gueule béante de son monstre. — L'abbé Clouët, Histoire de Verdun.
quitta-t-il de bonne heure la maison paternelle, pour échanger contre l'humilité franciscaine la gloire et les avantages humains que l'illustration de sa famille lui promettait. Dès qu'il eut revêtu le saint habit, la pratique de cette humilité semble devenir l'objet de sa principale étude. Il paraissait n'avoir d'autre désir que celui d'être le serviteur de tous ses frères ; il embrassait avec un joyeux et constant empressement les offices les plus vils du monastère, et se complaisait dans la plus entière abnégation de soi-même. Mais, malgré l'attention qu'il mettait à cacher ses talents, il ne réussit pas à être ignoré de ses supérieurs, dont la volonté vint lui imposer d'abord la charge de gardien du couvent d'Ancône, et plus tard celle de premier supérieur de la province. Il ne considéra ces charges que comme une occasion de servir ses Frères avec plus de dévouement et d'humilité que par le passé.
Il était vicaire provincial, lorsque, se rendant à Assise, afin d'y gagner l'indulgence de la Portioncule, il traversa Foligno et entra dans une église afin d'y faire sa prière. Le sacristain, l'apercevant, le prit pour un pauvre Frère et l'invita avec un certain ton d'autorité à servir une messe. Le Père Gabriel, heureux de pratiquer l'obéissance, se soumit à cet ordre du sacristain. Peu après, le Père gardien d'un couvent voisin, entrant aussi dans l'église, fut fort étonné de le voir servir la messe, et se mit à reprocher au sacristain le sans-façon avec lequel il avait employé à cet humble office un prélat si respectable ; mais le Bienheureux prit le parti du sacristain. « Servir la messe », dit-il, « est une fonction sublime que les anges tiendraient à honneur de remplir ; dès lors, je ne puis qu'être fort heureux de m'entendre charger d'un ministère si élevé ».
Pendant de longues années, le bienheureux Gabriel se livra avec un zèle tout apostolique au ministère de la prédication, et de nombreuses âmes lui durent leur salut. Il possédait à un éminent degré le don de l'oraison ; la contemplation des vérités célestes n'était interrompue chez lui par aucun des travaux dans lesquels sa vie s'écoulait ; souvent on le vit, dans de suaves extases, conférer familièrement avec Notre-Seigneur Jésus-Christ et avec sa sainte Mère. Enfin, Dieu le favorisa du don de prophétie et de celui des miracles.
Dans sa dernière maladie, il eut le bonheur d'être assisté par saint Jacques de la Marche et par frère George d'Albe ; en récompense de la tendre charité avec laquelle il le servirent, il leur annonça, de la part de Dieu, à l'un et à l'autre, que leurs noms se trouvaient inscrits déjà parmi ceux des habitants du ciel.
Il rendit le dernier soupir le 12 novembre de l'an 1456. Les habitants d'Ancône rendirent de grands honneurs à sa dépouille mortelle, et Dieu se plut à l'illustrer par d'éclatants et nombreux miracles. Ses compatriotes sollicitèrent du pape Calixte III sa béatification ; le Saint-Père nomma saint Jacques de la Marche commissaire apostolique pour l'information de la cause ; mais le procès ne fut pas terminé en cour de Rome. Innocent VIII permit que l'on exhumât son corps afin de lui donner une place telle qu'il convenait à la dépouille d'un Saint. La famille du Bienheureux fit construire pour cela une chapelle de marbre, et lorsqu'on retira son corps de terre pour le déposer dans ce monument, on vit avec admiration que la corruption du tombeau ne l'avait point atteint.
Benoît XIV autorisa le culte du bienheureux Gabriel, et Clément XIII approuva les leçons de son office.
Extrait des Annales Franciscaines.
Événements marquants
- Élection à l'épiscopat sur présentation de son oncle Euspice
- Extirpation de l'idolâtrie chez les Verdonois
- Épiscopat d'environ vingt-cinq ans
- Lutte légendaire contre un dragon dans les rochers de la citadelle
- Translation des reliques en 1147 par le pape Eugène III
Miracles
- Domptage d'un dragon avec son écharpe et précipitation du monstre dans la Meuse