Saint Procope (Néanie)
Martyr en Palestine
Résumé
Officier romain nommé gouverneur d'Alexandrie par Dioclétien, Néanie se convertit après une vision de la croix sur la route. Devenu Procope, il détruit les idoles familiales et subit d'atroces supplices à Césarée sous les préfets Juste et Paulin. Il meurt décapité après avoir converti sa propre mère et de nombreux soldats.
Biographie
SAINT PROCOPE, MARTYR EN PALESTINE
De tous les gains, le martyre est le plus précieux que l'on puisse faire, car on achète le royaume des cieux pour un peu de sang, et, en échange de biens caducs et temporels, on reçoit une éternité de gloire.
*Saint Grég. de Nazianze.*
C'est ici un des plus illustres martyrs qui aient enduré la mort dans la cruelle persécution des empereurs Dioclétien et Maximien. Ses parents étaient des premiers de la ville de Jérusalem, rebâtie par l'empereur Adrien. Son père faisait profession du christianisme, et mourut en paix dans la foi de Jésus-Christ et dans l'espérance de la vie éternelle. Sa mère, au contraire, appelée Théodosie, était païenne, et même extrêmement attachée au culte des idoles. Comme elle demeura veuve, tutrice de notre Saint, que l'on appelait alors Néanie, elle ne manqua pas de l'élever dans le culte des faux dieux. Lorsqu'il fut grand et en état de porter les armes, elle le mena elle-même à Antioche, à l'empereur Dioclétien, pour le prier de le prendre à son service et lui donner un emploi dans ses armées, l'assurant qu'il était plein de zèle pour son prince et pour la religion de l'empire. On ne pouvait faire à cet empereur une proposition plus agréable : il embrassa ce jeune homme, le complimenta de la bonne éducation, disait-il, qu'il avait reçue de sa mère, et lui promit de le considérer et de l'avancer selon ses mérites. En effet, la charge de gouverneur d'Alexandrie étant venue à vaquer, il l'en pourvut, et lui ordonna de s'y transporter au plus tôt, pour en exterminer tous les chrétiens. Et, comme ce nouveau gouverneur lui remontra que cette entreprise était très-difficile et qu'il n'en viendrait jamais à bout, s'il n'était assisté d'un grand nombre de soldats pour empêcher les séditions, il lui donna deux troupes d'hommes d'armes, à qui il commanda d'exécuter fidèlement tous ses ordres.
Procope, environné de cette milice, partit donc d'Antioche, et prit la route d'Alexandrie, dans le même dessein que saint Paul était autrefois sorti de Jérusalem avec des lettres des pontifes pour aller à Damas. Mais celui qui avait arrêté la fureur de cet Apôtre au milieu du chemin, et d'un persécuteur en avait fait un vase d'élection, opéra avec un même succès dans l'âme de ce même capitaine, et avant qu'il arrivât à Alexandrie, l'assujétit au joug de son Évangile. En effet, comme il marchait une nuit avec ses gens, à cause des grandes chaleurs qui n'étaient pas supportables pendant le jour, il se fit subitement un tremblement de terre, et au milieu des foudres et des éclairs qui tombèrent et écartèrent tout son monde, il entendit une voix qui lui dit : « Néanie, où vas-tu, et contre qui marches-tu avec tant d'impétuosité et de fureur ? »
— « Je vais », répondit-il, « de la part de l'empereur, à Alexandrie, pour y faire mourir tous les Galiléens (c'est ainsi que, par mépris, on appelait les chrétiens), s'ils ne veulent renoncer à Jésus-Christ ». — « C'est donc à moi », ajoute la même voix, « que tu vas faire la guerre ». — « Et qui êtes-vous, Seigneur ? » dit ce capitaine ; « car je n'ai pas l'honneur de vous connaître ! »
Au même instant, une croix comme de cristal lui apparut, et Notre-Seigneur lui répliqua du milieu de cette croix : « Je suis Jésus-Christ, Fils de Dieu, crucifié ». Cette parole, qui avait autrefois converti saint Paul, fit aussi un merveilleux effet dans le cœur de ce furieux ; néanmoins, il prit encore la hardiesse de parler à celui dont il voyait le signe, et lui dit : « J'ai appris de l'empereur que le Dieu que les chrétiens adorent n'a point de femme : comment donc pouvez-vous être son Fils ? Et si vous êtes si grand et si noble, d'où vient que vous avez été condamné, fouetté, couronné d'épines et crucifié ? » Il parlait en païen et infidèle ; mais, Notre-Seigneur, l'éclairant subitement sur les mystères de sa génération éternelle, de son incarnation et de sa mort pour les péchés des hommes, lui changea tellement le cœur, qu'il en fit sur-le-champ un véritable chrétien. En effet, s'étant rendu la nuit même à Scythopolis, il fit venir un orfèvre à qui il commanda de lui faire une croix d'or et d'argent, suivant un modèle qu'il lui en traça. L'orfèvre s'en défendit d'abord, parce que la croix étant le signe des chrétiens, l'empereur ne permettait pas qu'on en forgeât ni qu'on en jetât aucune en moule : mais, sur la parole que lui donna le capitaine de ne le jamais déceler, il en coula une, où, par un grand miracle, l'image de Notre-Seigneur se trouva gravée en haut, avec le mot Emmanuel, et aux deux côtés, les images de saint Michel et de saint Gabriel, avec leurs noms.
Procope, fortifié par ce prodige, consolé de porter une croix sur lui, passa à Jérusalem, lieu de sa naissance, où la faveur de l'empereur et sa nouvelle dignité de gouverneur lui firent faire un accueil très-magnifique. Peu de jours après, les habitants se plaignirent à lui de la tyrannie des Arabes, qui venaient continuellement dans les villages et les petites villes voisines pour en enlever les jeunes filles, qu'ils épousaient ou qu'ils faisaient épouser à leurs enfants. Il leur promit de les affranchir de cette servitude; et, prenant sa croix avec lui, il se mit en campagne, alla attaquer ces barbares dans leurs retranchements, et en tua jusqu'à six mille, sans perdre un seul homme de son armée. Il vit bien que cela était un effet miraculeux de la croix, d'autant plus que Notre-Seigneur l'avait assuré, par deux fois, qu'il serait victorieux par ce signe. Cependant sa mère, qui ne savait rien de son changement, l'ayant embrassé après sa victoire, le sollicita d'en rendre grâces aux dieux de l'empire, et de leur offrir, pour cela, des sacrifices. « Ce n'est pas à eux », lui répondit Procope, « que je suis redevable de ce grand bonheur, mais à Jésus-Christ crucifié, dont j'ai reconnu et adoré la divinité ». — « Que dites-vous », lui répliqua sa mère, « avez-vous donc renoncé au culte et à la religion de nos dieux ? » — « Ce ne sont pas des dieux », dit Procope, « mais des statues insensibles qui ne peuvent écouter nos prières, ni nous donner des secours dans nos besoins et nos plus pressantes nécessités ». Entrant alors dans la chambre, où sa mère avait un certain nombre d'idoles, il les renversa, les foula aux pieds, les rompit, et en fit de l'or et de l'argent monnayé, qu'il distribua libéralement aux pauvres.
Cette action jeta Théodosie dans une fureur extraordinaire. Elle renonça à l'heure même à tous les sentiments de la nature; et, sans considérer l'amour qu'elle devait à son fils unique, elle alla le dénoncer elle-même comme chrétien à l'empereur Dioclétien, qui était encore à Antioche. Ce prince la consola, et lui fit espérer qu'il viendrait aisément à bout de ramener son fils dans la religion de ses ancêtres. Il lui donna donc un rescrit, adressé au préfet de la Palestine, nommé Juste : « Ayant appris », disait-il, « que Néanie, gouverneur de la ville d'Alexandrie, avait embrassé la superstition du christianisme, il lui ordonnait de l'arrêter, d'employer toute sorte de moyens pour le faire rentrer dans son devoir, et, s'il demeurait opiniâtre dans sa résolution, de le priver de ses dignités, et même de la ceinture militaire, et de le faire passer par les plus cruels supplices ». Juste, ayant reçu cet ordre, vint trouver Procope, lui en donna communication, le pria d'en faire la lecture, et, lui témoignant la douleur qu'il aurait s'il était contraint d'en exécuter la teneur, il le conjura d'y déférer de lui-même, sans le mettre dans la nécessité, ou de lui ravir sa fortune, s'il désobéissait à l'empereur, ou de le maltraiter malgré tout le respect et toute l'amitié qu'il avait pour lui. Procope, sans s'étonner, prit le papier qu'il lui présenta; mais, y ayant vu des blasphèmes exécrables contre Jésus-Christ, il le mit en pièces, et en jeta les morceaux au vent. Ensuite, bien qu'il se pût défendre contre le préfet, et l'obliger par force à se retirer, désirant néanmoins ardemment de souffrir pour Jésus-Christ, il renonça en sa présence à sa qualité de gouverneur, lui jeta son baudrier et se mit entre ses mains pour être éprouvé par tous les supplices qu'il lui plairait. Ainsi, celui qui était hier à la tête d'une armée victorieuse, est aujourd'hui captif et chargé de chaînes; celui dont on recherchait hier la bienveillance et l'amitié avec ardeur, est aujourd'hui abandonné des siens et méprisé de ceux-là mêmes qui le regardaient comme l'auteur de leur fortune. Mais le disciple de Jésus-Christ estime qu'il gagne beaucoup en perdant tout pour sa gloire, et qu'il est plus riche et plus fort en n'ayant que lui seul, qu'en possédant tous les trésors et les avantages de la terre.
Juste, s'étant saisi de lui, le fit conduire à Césarée de Philippes, qui était de sa préfecture; là il le fit fouetter avec tant de cruauté, qu'il ne paraissait plus sur son corps aucune forme d'homme, et que sa peau et sa chair étant tombées en lambeaux, on n'y voyait presque plus que des os. Ceux qui étaient présents, touchés de compassion, principalement à cause de la haute naissance et de la jeunesse du patient, fondaient tous en larmes; mais il eut encore assez de voix pour leur crier: « Je vous supplie, mes pères et mes frères, de ne point pleurer sur moi, qui gagnerai par ces tourments une couronne immortelle; mais pleurez sur vous et sur la perte de vos âmes, puisque, si vous ne vous convertissez, vous ne devez attendre que des tourments qui ne finiront jamais ». La constance du patient, la lassitude des bourreaux firent cesser ce supplice: on reconduisit le Martyr en prison. Le géolier, nommé Térence, qui avait reçu auparavant de grands biens de Procope, fit tout ce qu'il put pour le soulager; il le fit entrer dans la chambre intérieure, et, ayant enveloppé ses membres avec des linges, il le coucha sur du foin neuf. Mais Notre-Seigneur le consola bien autrement: car au milieu de la nuit, deux anges sous forme humaine le vinrent voir de sa part, pour le congratuler de ses combats et de ses victoires. Il leur demanda qui ils étaient; ils lui répondirent qu'ils étaient des anges envoyés par Jésus-Christ: « Ah! » dit alors le saint Martyr, « je ne suis pas digne que mon Seigneur me fasse visiter par des esprits célestes; il est vrai qu'il envoya autrefois un ange aux trois enfants de Babylone pour les préserver de la fournaise ardente; mais, moi pêcheur, qu'ai-je jamais fait en comparaison de ces âmes innocentes et pleines de ferveur? Si donc vous êtes véritablement à Jésus-Christ, adorez présentement sa divine Majesté, et faites le signe de la croix sur vous ». Ils firent ce qu'il souhaitait, et ils le remplirent en même temps d'une consolation indicible. Notre-Seigneur se fit aussi voir à lui avec un visage plein d'une majesté amoureuse, et, l'ayant aspergé d'eau pour le baptiser, il lui changea son nom de Néanie en celui de Procope, et le rétablit en parfaite santé, tel qu'il était avant sa flagellation. Le Saint n'avait point de paroles pour reconnaître tant de bienfaits; mais, dans le sentiment de sa faiblesse, il supplia son Seigneur de ne le point abandonner dans les autres combats qu'il avait à soutenir. « Ne craignez rien », lui dit alors Notre-Seigneur; « je serai toujours avec vous ». Le lendemain, grand nombre de personnes furent informées de ce prodige, et il y en eut plusieurs qui quittèrent la folle superstition du paganisme pour embrasser le culte du vrai Dieu. Juste, furieux de ce succès, qui était si contraire à ses desseins et aux volontés de l'empereur, fit paraître le Martyr devant lui, et ordonna qu'il fût mené dans un temple des faux dieux pour y être contraint de les adorer. Procope ne refusa pas d'y aller; mais y étant entré, à la vue d'une foule immense, il y fit résoudre en eau trente images des démons qui y étaient, en faisant le signe de la croix contre elles au milieu de l'air. Ce nouveau miracle fit encore de nouvelles conversions; deux tribuns, nommés Nicostrate et Antiochus, et plusieurs soldats de leur troupe se firent baptiser, et furent décapités peu de jours après par sentence du préfet, comme il est marqué dans le martyrologe romain du 21 mai.
Douze dames illustres, femmes de sénateurs, eurent aussi part à son triomphe. On les mit d'abord en prison avec lui, afin que, comme elles étaient dans la même religion, elles fussent aussi dans les mêmes supplices.
8 JUILLET.
Le Saint les consola, les fortifia et alluma dans leur cœur un si grand désir de souffrir quelque chose pour le divin Maître, qu'elles endurèrent avec joie les plus grands tourments : on leur déchira le corps à coups de fouet, on leur brûla les côtés et les aisselles avec des torches ardentes, et on leur coupa les mamelles jusqu'à la racine, sans qu'elles ouvrissent la bouche, excepté pour louer Dieu et le remercier de ce qu'il les agrégeait au nombre de ses Martyrs. La mère de l'admirable Procope, qui l'avait suivi à Césarée, fut témoin d'une générosité si surprenante. Elle ne la regardait d'abord que comme un entêtement opiniâtre : mais elle en fut ensuite tellement touchée, que la grâce opérant secrètement dans son cœur en vertu des prières de son fils, qui offrait son sang à Jésus-Christ pour obtenir sa conversion, elle méprisa en un moment tout ce qu'elle possédait en cette vie : nous voulons dire les plaisirs, les richesses, les honneurs, l'amitié des princes et l'abondance d'une maison très-opulente, et publia hautement devant tout le monde et devant le juge même, qu'elle était et voulait mourir chrétienne. Autant notre Saint fut consolé de ce changement si peu attendu, autant le juge en fut irrité et réduit au désespoir. Il tenta toutes sortes de voies pour la corrompre et la faire retourner à sa superstition ; mais, voyant qu'il perdait sa peine, il la fit mener en prison avec son fils et avec les douze dames dont l'exemple lui avait été si salutaire. Dieu ne permit ce petit délai de son martyre que pour lui faire la faveur de recevoir le Baptême. Procope eut soin de lui procurer ce sacrement dès la nuit suivante, l'envoyant, avec la permission de son géolier, à l'évêque Léonce, qui avait déjà baptisé les tribuns et leurs soldats. La grâce de la régénération anima encore davantage son courage : elle revint de l'église et rentra dans le cachot, brûlant d'amour pour Jésus-Christ, et de désir d'expier les blasphèmes qu'elle avait auparavant vomis contre sa divinité, par la mort la plus cruelle et les plus violentes tortures : lorsque le juge la fit rappeler devant son tribunal, avec ses douze compagnes, elle y parut avec le même éclat que si c'eût été pour monter sur le trône. Ni les remontrances de Juste, ni ses promesses, ni ses menaces, ni la vue de mille instruments préparés pour lui hacher les membres et lui faire souffrir un enfer sur la terre, ne purent jamais ébranler sa constance. On la frappa sur le visage, on lui écorcha toute la peau, on lui déchira les côtés avec des mains et des ongles de fer, on lui rompit les mâchoires avec des cordes plombées : ce que l'on fit aussi aux autres saintes dames ; mais, au lieu de crier et de se plaindre, elles ne faisaient autre chose que de rendre grâces à Dieu. Le juge était dans la rage, le dépit et la torture ; et les patientes, au contraire, étaient dans une sainte allégresse. Enfin, elles furent toutes condamnées à avoir la tête tranchée ; ce qui arriva le 29 mai, jour auquel leur triomphe est marqué dans le martyrologe romain.
Après cette exécution, Juste, adressant la parole à Procope, lui dit : « N'es-tu pas encore content d'avoir été la cause de la perte de tant d'âmes ? » — « Je n'ai pas été cause de leur perte », répondit Procope ; « mais de leur salut éternel ; car elles étaient dans la voie de la perdition, et elles sont maintenant dans le port de la vie et dans un bonheur qui ne finira jamais ». Juste, outré de cette réponse, commanda aux bourreaux de se jeter sur lui, et de lui déchirer le visage avec des mains de fer. Ils le firent aussitôt, comme des bêtes farouches qui se jettent sur une proie ; mais le Saint ne bougea pas plus qu'une statue : de sorte que l'on ne savait ce que l'on devait admirer davantage, ou la force du bienheureux Martyr, ou la barbarie du juge. Il fit paraître la même fermeté lorsqu'on lui fouetta le cou avec des cordes armées de balles de plomb, et qu'on l'éprouva par d'autres semblables tourments : ce qui obligea le préfet de le renvoyer en prison. Il le fit pour avoir le temps d'inventer de nouveaux genres de supplices ; mais Dieu ne lui en donna pas le temps : car, pendant qu'il pensait à contenter sa fureur, il fut saisi d'une fièvre violente qui l'emporta en peu de jours, et le fit paraître lui-même devant le tribunal de Jésus-Christ, qu'il avait si cruellement persécuté dans ses serviteurs.
Avant que son successeur fût arrivé, Procope eut un peu de relâche qu'il employa à exhorter les chrétiens, à convertir les infidèles et à chasser le démon d'un grand nombre de possédés. Celui que Dioclétien nomma à la place de Juste, fut Paulin, qui, malgré sa noblesse et son éloquence, n'avait pas moins de haine de notre religion, ni moins de complaisance aveugle pour ce prince, que son cruel prédécesseur. Il entreprit de gagner Procope par raisonnement, lui disant « qu'il ne savait pas comment un homme d'esprit comme lui pouvait croire que Dieu fût né d'une femme, et qu'il eût été crucifié et mis à mort par la main des hommes ». Procope, que le Saint-Esprit avait admirablement bien instruit de nos mystères, lui expliqua là-dessus ce que nous croyons de l'Incarnation du Verbe, des deux natures en Jésus-Christ, l'une desquelles est immortelle, et l'autre a été sujette à la mort, et de la nécessité de sa Passion pour le salut du monde corrompu par le péché. Il confirma cette doctrine par les prédictions des Sybilles, qui étaient en grande vénération parmi les Romains, et encore par l'aveu, bien que forcé, d'Apollon et d'Ammon, que les Grecs consultaient comme des oracles. Il lui montra aussi l'unité de Dieu, non-seulement par la raison, mais encore par le témoignage des plus grands philosophes, surtout de Trismégiste, de Socrate, de Platon, d'Aristote et d'Héraclite, qui ont tous reconnu que la multitude des dieux détruisait absolument la divinité. Une réponse si judicieuse et si savante ne fit qu'aigrir l'esprit du préfet. Il dit à Procope de sacrifier promptement aux dieux de l'empire, au lieu de tant raisonner, s'il ne voulait être encore plus maltraité qu'il ne l'avait été sous son prédécesseur. Le Saint se moqua de son commandement et de la folie de ses dieux, qui n'étaient que du bois, de la pierre, de l'or ou de l'argent, ou bien avaient été des hommes vicieux et chargés de toute sorte d'infamies. Paulin, ne pouvant plus souffrir une telle constance, commanda à un de ses gardes de lui passer son épée à travers le corps. Ce soldat se mit en devoir d'obéir ; mais son bras perdit toute sa force et lui-même tomba à terre. Ainsi, Procope fut encore reconduit en prison, si chargé de fers qu'il ne pouvait demeurer debout. Ce fut alors que cet homme divin adressa à Dieu l'excellente prière que l'auteur de sa vie nous rapporte : après avoir publié ses grandeurs et les effets de sa puissance, et l'avoir remercié du nombre infini de ses bienfaits, il le conjure de terminer enfin ses combats et de lui donner, par sa grâce, une sainte persévérance.
Six jours après, il fut ramené devant le préfet ; là, il fut rompu à coups de nerfs de bœuf et on brûla ensuite ses plaies avec des charbons ardents ; on y mit aussi du sel et on y fit passer des pointes d'acier tout embrasées. Ce supplice était si terrible, qu'il semblait être au-dessus de la patience la plus héroïque. Cependant le Martyr, insultant le tyran, lui dit avec une force incomparable : « Tu crois, Paulin, me maltraiter, et tu ne vois pas que tu me procures le plus grand bonheur que je puisse recevoir : car, qu'y a-t-il de plus doux à une âme qui aime Jésus-Christ, que de souffrir quelque chose pour son amour ? En vérité, si tu savais ce mystère, la haine que tu me portes t'empêcherait de me tourmenter, pour ne pas me faire un bien si souhaitable ». Cependant Paulin, dont la fureur allait toujours en augmentant, s'avisa d'un épouvantable artifice : pour faire croire que le Martyr avait offert de l'encens aux idoles, il commanda qu'on dressât un autel en sa présence, et lui faisant étendre la main par violence, il y fit mettre des charbons ardents et de l'encens, afin que, lorsqu'il laisserait tomber ces charbons tout fumants, on pût s'écrier qu'il avait enfin satisfait à la volonté de l'empereur. Mais, ô force admirable de la générosité chrétienne ! Procope, nonobstant la douleur du feu qui lui rôtissait la main, la tint néanmoins toujours immobile, sans jamais secouer les charbons qui le tourmentaient si terriblement. Il leva alors vers le ciel ses yeux tout baignés de larmes, et parlant à Dieu, il lui dit avec le Roi-Prophète : « Vous avez, Seigneur, tenu et arrêté ma main droite ; vous avez préservé mon âme du péché, vous avez essuyé mes pleurs et m'avez fortifié de votre vertu d'en haut ». Paulin lui dit : « Puisque les tourments te sont si agréables, pourquoi verses-tu des larmes ? » — « Je ne pleure pour mon supplice », répondit le Saint, « qu'autant qu'une masse de boue se dissout à la chaleur du feu ; mais je pleurs le malheur de ton âme qui, pour ton incrédulité, sera plongée dans les enfers ».
Il faudrait un volume entier pour exprimer toutes les autres tortures que cet invincible athlète surmonta. Il fut reconduit en prison ; de là on le ramena au tribunal, on le suspendit en l'air par les mains ; on lui mit en cet état de gros quartiers de pierre aux pieds, puis on le jeta dans un four ardent dont la flamme consuma plusieurs des bourreaux qui en approchèrent trop près ; en un mot, on éprouva sur lui tout ce que la malice des hommes peut inventer de plus cruel ; mais il sortit de tous ces combats victorieux et plein de gloire, et néanmoins si humble et si convaincu de sa faiblesse, qu'il avait continuellement les yeux au ciel pour en implorer le secours. Enfin, la dernière sentence de mort fut donnée contre lui, et on le conduisit au lieu ordinaire pour y être décapité. Avant l'exécution, s'étant tourné vers l'Orient, il pria Dieu avec beaucoup de ferveur pour toute la ville où il était, pour les malades privés de secours, pour les pauvres, les veuves, les pupilles et les orphelins, pour les personnes tentées, affligées et persécutées, et pour toute autre sorte de misérables. Et il entendit une voix qui l'assura que ses prières étaient exaucées et que sa couronne était toute préparée. Ainsi, il tendit le cou au bourreau, qui lui trancha la tête le 8 juillet, quelque temps après l'abdication de Dioclétien. Son corps fut honorablement enterré par les chrétiens, et sa mémoire fut aussitôt après marquée dans les inventaires de l'Église. Le martyrologe romain en fait mention en ce jour.
On représente saint Procope : 1° dans le costume d'un général d'armée ou tout au moins d'un officier supérieur, en sa qualité de soldat de la cour de Dioclétien ; 2° renversé de son cheval, comme saint Paul, lorsqu'il se rendait à Alexandrie pour y exterminer les chrétiens ; 3° apercevant dans le ciel, près d'Apamée, une croix qui change subitement son cœur de persécuteur et qui plus tard lui assura une éclatante victoire ; 4° jeté dans un grand feu : on raconte en effet qu'il fut précipité au milieu des flammes, mais sans en souffrir le moindre dommage, et il ne périt que par le glaive.
*Acta Sanctorum*, tome II de juillet.
Événements marquants
- Nomination comme gouverneur d'Alexandrie par Dioclétien
- Apparition d'une croix de cristal et conversion sur la route d'Alexandrie
- Victoire miraculeuse contre les Arabes près de Jérusalem
- Destruction des idoles de sa mère Théodosie
- Dénonciation par sa propre mère et arrestation par le préfet Juste
- Baptême miraculeux en prison par Jésus-Christ et changement de nom en Procope
- Martyre par décapitation après de nombreux supplices
Miracles
- Apparition d'une croix de cristal et voix divine
- Gravure miraculeuse d'images sur une croix d'or
- Victoire militaire contre 6000 Arabes sans aucune perte
- Destruction d'idoles par le signe de la croix
- Guérison instantanée après flagellation
- Paralysie du bras d'un soldat voulant le percer
- Insensibilité au feu des charbons dans sa main
Citations
Néanie, où vas-tu, et contre qui marches-tu avec tant d'impétuosité et de fureur ?
Je suis Jésus-Christ, Fils de Dieu, crucifié