Saint Marcel et Saint Anastase

Martyrs, Patrons d'Argenton

Fête : 30 juin 3ᵉ siècle • saints

Résumé

Chrétiens romains du IIIe siècle, Marcel et Anastase s'enfuient en Gaule et s'arrêtent à Argenton où Marcel guérit miraculeusement l'enfant d'une veuve. Arrêtés par le préteur Héraclius, ils refusent de sacrifier aux idoles. Après avoir survécu à de multiples supplices, Marcel est décapité et Anastase meurt sur le chevalet.

Biographie

SAINT MARCEL ET SAINT ANASTASE, MARTYRS,

PATRONS D'ARGENTON, AU DIOCÈSE DE BOURGES (IIIe siècle).

Marcel et Anastase étaient Romains. À l'époque de la grande persécution qui rougit toutes les places de la cité du sang des chrétiens, ils s'enfuirent dans les Gaules pour rejoindre leurs frères que l'évêque saint Étienne avait envoyés dans ces contrées pour annoncer l'Évangile. Ils arrivèrent bientôt dans l'antique Argentonachus (Argenton).

Quand ils eurent franchi le mur d'enceinte, soit lassitude, soit prudence, ils ne cherchèrent pas à pénétrer plus avant dans la ville, et vinrent frapper à l'une des premières maisons du faubourg. Ils y trouvèrent une pauvre veuve, pleurant sur le berceau d'un enfant malade, et résistante aux consolations de ses voisins assemblés.

Ils écartèrent doucement la foule, et demandèrent la permission d'examiner le petit moribond. La mère leva machinalement les yeux sur eux, et d'un geste désolé fit comprendre que tout secours était inutile. Pourtant, le plus jeune des voyageurs insistant et s'efforçant de lui donner quelque espoir :

— Hélas ! dit la malheureuse, pour la joie qu'il a dans ce monde, à quoi bon chercher à l'y retenir ? Il est aveugle, sourd, muet et boiteux.

— Femme, reprit le voyageur, Dieu est grand et miséricordieux.

— De quel Dieu parles-tu ?

— Du Dieu des chrétiens dont je suis le serviteur.

Illuminée par l'amour maternel, la veuve se leva : « Chrétien, dit-elle, tu as un visage céleste, et tu ne voudrais pas te jouer de ma douleur. Rends la santé à mon fils, qui, malgré sa disgrâce, est mon seul bonheur, et je croirai en ton Dieu ».

L'étranger s'assit sur un escabeau, prit dans ses bras la frêle créature, lui frotta légèrement les yeux et murmura quelques paroles à son oreille. L'enfant, jusque-là inerte, tressaillit comme s'il eût entendu, et promena autour de lui un regard clair. La foule et la veuve poussèrent un grand cri.

Le pays était alors sous la domination des Romains ; averti par un de ses affidés, nommé Tranquillinus, le préteur Héraclius ordonna d'amener incontinent devant lui les deux hommes. Bientôt les soldats envahirent la demeure de la veuve, saisissant les étrangers et les entraînant au prétoire.

Héraclius, s'adressant d'abord à l'auteur du miracle, lui dit impérieusement : « Qui es-tu, d'où viens-tu, où vas-tu ? »

— Je m'appelle Marcel, répond avec douceur celui-ci ; je suis chrétien. Je viens de Rome et je me rends à Toulouse avec Anastase, pour rejoindre mes frères Denis et Saturnin.

— Quels sont les noms de ton père et de ta mère ?

— Mon père est Égiathès, ma mère, Marcellina.

— Tu cherches à me tromper ; tu prétends rendre la parole aux muets, l'ouïe aux sourds et tu méprises le culte d'Apollon. Quel est ton dieu ?

— J'adore Jésus-Christ notre Sauveur.

— Demain, rends-toi au temple : sacrifie à Apollon, à Hercule, à Diane, mère des dieux.

— Ceux que vous appelez des dieux n'en sont pas ; ils sont la perte des âmes qui croient en eux.

Le préteur, furieux, commande aux licteurs d'étendre Marcel sur le chevalet et de le frapper à coups redoublés. Les licteurs obéissent, le chevalet crie, les cordes sifflent ; mais, ô prodige ! les forces des bourreaux s'épuisent, les lanières tombent en lambeaux sans entamer le corps du jeune Martyr.

Héraclius ordonne de le détacher, et reprend avec une feinte bienveillance : « L'empereur enjoint à tous ses officiers de livrer les chrétiens aux plus cruelles tortures ; mais ta jeunesse m'inspire de la pitié. Obéis-moi, je t'épargnerai de tels supplices ».

— Je ne crains pas tes supplices, répond Marcel avec le même calme ; n'ai-je pas la foi que j'ai reçue au baptême ?

À ces mots, Héraclius ordonne de l'écraser sous une pierre énorme ; mais celle-ci rebondit sur sa poitrine et tombe inerte à ses pieds sans lui causer le moindre mal. Le préteur rugit et veut que Marcel soit fixé sur un gril au-dessus d'un grand feu. La flamme le respecte.

Le préteur, arrivé aux dernières limites de la colère, ordonne de le saisir de nouveau et de le frapper violemment, puis il dit à ses officiers : « Apportez une vaste chaudière ; mélez-y du soufre, de la poix, de l'étoupe et du bitume, et jetez-y le sacrilège ».

La flamme s'élève de plus de quinze coudées, Marcel est plongé dans la chaudière bouillante ; mais il sort sain et sauf de cette dernière épreuve.

Déjà les spectateurs s'écriaient : « La protection du ciel est sur cet homme, il a vaincu tous les tourments ! les instruments de supplices se sont brisés sur lui ».

Pâle et défait, Héraclius lui-même s'apprêtait à quitter son siège, quand Marcel lui faisant signe de se rasseoir : « Rassure-toi, dit-il ; maintenant que la puissance de Dieu s'est montrée, ma tâche est finie et mon heure est venue ». Puis il tendit ses mains aux licteurs qui le couvrirent de chaînes et le jetèrent dans les prisons du gouverneur.

Le lendemain, conduit au sommet d'une montagne voisine, il s'agenouillait sans résistance, et sa tête tombait sous le premier coup de l'épée du bourreau ; le fidèle Anastase, également prosterné, criait à pleine voix vers le ciel : « Seigneur, Seigneur, toi qui nous as tirés de la terre où nous avons pris naissance et délivrés des mains du démon, toi dont nous avons suivi la voie et glorifié le saint nom, ne me sépare pas de ton serviteur Marcel, pour que je mérite d'arriver avec lui à la connaissance de la vérité ».

Pendant deux heures, les yeux fixés sur le corps de son ami, sourd aux menaces et aux séductions, Anastase continua son ardente prière. Et comme Héraclius le sommait de sacrifier aux dieux de l'empire, afin d'éviter le sort du magicien Marcel :

— Prêteur, reprit-il, j'abhorre tes dieux, et je veux conserver la foi que j'ai reçue au baptême.

Alors, feu de dépit et de rage, Héraclius le fit attacher sur le chevalet, où il ne tarda pas à rendre le dernier soupir, vers la neuvième heure du jour, le troisième des calendes de juillet.

Le souvenir de saint Marcel, de saint Anastase et du préteur Héraclius ne vit pas seulement dans les légendes et les traditions, mais encore dans les monuments et les ruines du pays. Une bourgade, située sur une éminence, non loin de l'emplacement du vieil Arpantomayus, porte le nom de Saint-Marcel ; sa belle église, ancien et important prieuré dépendant de l'abbaye de Saint-Gildas, près Châteauroux, renferme les reliques des deux Martyrs, qui attirent tous les ans, le mardi de la Pentecôte, un grand concours de peuple. Celles de saint Marcel reposent dans un petit monument romano-byzantin, décoré de riches émaux.

Acta Sanctorum, tome VII de juin ; traduction de M. Just Veillat, dans son ouvrage intitulé : Picasso légendes du Berry.

VIES DES SAINTS. — TOME VII. 30 JUIN.

Événements marquants

  • Fuite de Rome vers les Gaules pendant la persécution
  • Arrivée à Argentonachus (Argenton)
  • Guérison miraculeuse d'un enfant aveugle, sourd, muet et boiteux
  • Arrestation par le préteur Héraclius sur dénonciation de Tranquillinus
  • Série de supplices subis par Marcel (chevalet, pierre énorme, gril, chaudière bouillante)
  • Décapitation de Marcel au sommet d'une montagne
  • Mort d'Anastase sur le chevalet après deux heures de prière

Miracles

  • Guérison d'un enfant aveugle, sourd, muet et boiteux
  • Insensibilité aux coups de lanières
  • Rebondissement d'une pierre énorme sans blessure
  • Survie aux flammes d'un gril et d'une chaudière bouillante de bitume

Citations

Je m'appelle Marcel ; je suis chrétien. Je viens de Rome et je me rends à Toulouse avec Anastase, pour rejoindre mes frères Denis et Saturnin.

— Texte source, interrogatoire d'Héraclius

Date de fête

30 juin

Époque

3ᵉ siècle

Décès

IIIe siècle, le troisième des calendes de juillet (martyre)

Catégories

Patron(ne) de

Autres formes du nom

  • Marcellus (la)
  • Anastasius (la)

Prénoms dérivés

Marcel, Anastase

Famille

  • Égiathès (père de Marcel)
  • Marcellina (mère de Marcel)