Saint Onuphre (Anachorète)
Anachorète
Résumé
Ancien religieux de Thébaïde, Onuphre vécut soixante-dix ans en ermite dans le désert égyptien, vêtu seulement de ses cheveux et d'une ceinture de feuilles. Découvert par saint Paphnuce, il lui raconta sa vie de privations soutenue par la Providence divine et les anges. Il mourut peu après leur rencontre, laissant le récit de ses miracles comme témoignage.
Biographie
SAINT ONUPHRE, ANACHORÈTE
Vers l'an 400.
Non est laboriosa, sed amabilis et optanda, servitus in Dei laudibus perpetuo assistere.
Chanter constamment les louanges de Dieu n'est pas une servitude pénible; elle est au contraire aimable et désirable.
S. Augustin, Serm. 1v de Innoc.
Un jour Dieu donna inspiration à saint Paphnuce le solitaire d'aller bien avant dans le désert de la Thébaïde, pour y découvrir les ermites les plus cachés, et recevoir d'eux de nouvelles instructions pour sa perfection; il obéit à ce mouvement, qui fut sans doute approuvé par ses supérieurs; et, après plusieurs jours de chemin et diverses rencontres assez extraordinaires, surtout d'un ange sous forme humaine, qui l'encouragea et le fortifia, il aperçut de loin un homme tout couvert de poil comme une bête, et qui n'avait point d'autre vêtement qu'une ceinture de feuilles qui lui serrait les reins. Ce spectacle le remplit d'une grande frayeur, et, dans la pensée que c'était un fantôme, ou un monstre, ou quelque bandit qui se retirait dans ces lieux inaccessibles, il s'enfuit sur le haut d'une montagne voisine. Cet homme le suivit; mais ne pouvant gravir la hauteur parce que son âge et ses grandes austérités lui avaient extrêmement affaibli le corps, il s'assit au bas, et s'écria: « Saint personnage, ne craignez rien, je suis un homme comme vous; descendez, et ne me privez pas de votre conversation ». Paphnuce, reconnaissant par là que c'était un serviteur de Dieu, descendit aussitôt et se vint jeter à ses pieds: mais le solitaire le releva, et lui ayant témoigné la joie qu'il avait de sa venue, il le fit asseoir auprès de lui. Alors Paphnuce, prenant une sainte liberté, le pria de lui dire son nom, comment il était venu en ce désert, et ce qu'il y faisait. Sur quoi le solitaire lui fit ce discours:
« Je satisferai volontiers à tout ce que vous souhaitez de moi, parce que c'est la volonté de Dieu: je m'appelle Onuphre, il y a soixante et dix ans que je suis ici. J'étais auparavant religieux dans un monastère de la Thébaïde, où il n'y avait pas moins de cent frères qui n'avaient qu'une âme et qu'un cœur, et qui vivaient dans un grand silence et une dévotion très-fervente envers Dieu. Comme je les entendais louer la vie solitaire et érémitique, telle qu'a été celle de notre honorable père, le prophète Élie, et de saint Jean-Baptiste, et la préférer infiniment à la vie cénobitique à cause de son parfait détachement de toutes les choses de la terre, je résolus de l'embrasser: étant donc inspiré de Dieu, qui me changea en un autre homme, et ayant pris du pain pour quatre ou cinq jours, je me dérobai la nuit à cette sainte communauté, et pris le chemin de ce désert, priant instamment Notre-Seigneur de me servir de guide. Dès lors j'aperçus une lumière qui allait devant moi et me conduisait; cela m'effraya et me fit presque résoudre à quitter mon entreprise et à retourner dans mon monastère ; mais, comme j'étais dans cette pensée, j'entendis une voix qui me dit : « Ne crains rien ; je suis ton ange gardien qui t'ai toujours accompagné et défendu depuis ta naissance ; je ne t'abandonnerai point et te conduirai au lieu où la divine Providence veut que tu passes le reste de ta vie ». En effet, s'étant rendu visible, il me conduisit l'espace de sept milles, et me mit auprès d'une cellule d'un aspect tout religieux. Je m'approchai de la porte pour voir si elle était habitée, et je dis, selon la coutume des frères : « Bénissez-moi, mon père ». Il en sortit un vénérable vieillard d'un port et d'un regard si modeste et si plein de grâce, qu'on ne pouvait le regarder sans respect. Je me jetai aussitôt à ses pieds, reconnaissant en lui un caractère extraordinaire de sainteté, et le priai de me donner sa bénédiction. Il me releva avec beaucoup de bonté, et m'appelant par mon nom, il me dit : « Entrez, mon fils Onuphre : Dieu vous a envoyé ici pour entreprendre une vie semblable à la mienne. Il vous aidera, et j'espère que, par sa grâce, vous persévérerez dans votre vocation ». J'entrai donc dans cette vénérable grotte, et demeurai quelques jours avec lui, durant lesquels il m'apprit, avec beaucoup de soins, la manière de vivre des solitaires ; mais lorsqu'il me vit assez instruit et que je témoignai assez de courage pour porter toutes les peines et pour résister à toutes les tentations de la vie érémitique, il me dit : « Allons, mon fils, il faut que je vous conduise plus loin, dans un lieu encore plus désert et plus écarté ; car telle est la volonté de Dieu : vous y demeurerez seul, et vous y soutiendrez les terribles combats de cet état ». Nous marchâmes donc quatre jours et quatre nuits, et, après ce temps, ayant trouvé une petite caverne auprès de laquelle il y avait un palmier, il me dit : « C'est ici le lieu que Dieu vous a préparé ». Nous le bénîmes des soins de sa Providence, et je consentis à passer en ce lieu le reste de ma vie. Il demeura encore trente jours avec moi, me donnant des instructions toutes divines. Ensuite il s'en retourna en sa propre cellule, et, depuis ce temps-là, nous ne nous voyions plus qu'une fois l'année. Quand il fut mort, je l'enterrai auprès de ma caverne, considérant son corps comme une précieuse relique.
Paphnuce écoutait ce récit avec une joie et une attention extraordinaires ; mais, lorsque le Saint eut cessé de parler, il le pria de lui dire s'il n'avait pas eu beaucoup de peines au commencement d'une vie si nouvelle et si différente de celle des autres hommes. « Cela n'est pas imaginable », répondit Onuphre, « et les peines que j'ai eues ont été si terribles, que souvent j'étais comme hors d'espérance d'en pouvoir supporter la rigueur. La faim et la soif m'ont réduit presque à la mort ; l'ardeur du soleil me rôtissait le corps, et la froidure des nuits me glaçait les membres qui n'avaient point d'habits ni de couvertures pour s'en défendre ; enfin, après que ma patience eut été longtemps éprouvée, Dieu a envoyé un ange qui a eu soin de ma vie et de mon aliment ordinaire ; d'ailleurs, le palmier qui est auprès de ma cellule me fournit par an douze grappes de dattes, une pour chaque mois ; j'ai aussi des herbes qui viennent naturellement dans ce désert ; non-seulement j'en ai été sustenté, mais j'y ai trouvé plus de goût et de douceur que dans le miel. Ainsi j'ai éprouvé la vérité de cette sentence de Notre-Seigneur : Ce n'est pas seulement le pain qui fait vivre l'homme ; mais il vit aussi de toutes les paroles qui sortent de la bouche de Dieu ; c'est pourquoi, mon frère Paphnuce, étudiez-vous à suivre sa volonté, et ne doutez point qu'il n'ait un soin particulier de vous, et ne vous pourvoie de tout ce qui vous est nécessaire ».
Ces discours ravissaient de plus en plus le bon Paphnuce, et ils le remplirent de tant de consolations, qu'il ne se souvenait plus de la peine qu'il avait eue pour arriver en ce lieu si éloigné. Il le témoigna à saint Onuphre, et lui dit qu'il était bien récompensé de ses fatigues, puisqu'il avait eu le bonheur de le trouver et d'apprendre de sa propre bouche cette conduite admirable de la divine Providence sur lui. Saint Onuphre lui dit : « Ce n'est pas assez, mon cher frère ; il faut que vous veniez avec moi à ma cellule ». C'était tout ce que Paphnuce souhaitait. Il y alla donc en sa compagnie, et il eut le bonheur d'y entrer, de la contempler et de voir aussi le palmier qui avait été son nourricier durant tant d'années. Le chemin de deux ou trois milles qu'ils firent pour y arriver ne les empêcha pas de commencer une longue prière avant de se reposer ; lorsqu'elle fut finie, ils s'assirent et s'entretinrent encore, jusqu'à la nuit, de discours célestes, et surtout des bontés et des libéralités de Dieu. Au soleil couchant, il parut du pain et de l'eau au milieu de la cellule, et Onuphre dit à Paphnuce : « Mangez, mon frère, car je vois bien que vous souffrez extrêmement de la faim et de la soif ». Mais Paphnuce lui protesta que, quelque faim et quelque soif qu'il eût, il ne prendrait rien s'il ne mangeait avec lui. Ainsi, les deux Saints mangèrent de ce pain miraculeux et burent de cette eau que l'aimable Providence de Notre-Seigneur leur avait envoyée. Ils passèrent ensuite toute la nuit en oraison, sans que ni la fatigue et la lassitude de l'un, ni la vieillesse et la caducité de l'autre, leur pussent persuader de prendre un moment de relâche. Le lendemain, le jour étant venu, Paphnuce, jetant les yeux sur Onuphre, l'aperçut extrêmement changé et tout défait, comme un homme qui approche de la mort. Cette vue le troubla et le remplit de frayeur ; mais le Saint lui dit : « Ne craignez pas, mon frère Paphnuce, car Notre-Seigneur, qui est infiniment miséricordieux, vous a envoyé ici pour mettre mon corps en terre. J'achève aujourd'hui le cours de ma vie, et je m'en vais au lieu de repos ; si vous allez en Égypte, racontez aux autres religieux qui y sont ce que je vous ai dit ; faites-leur connaître les grandes miséricordes que j'ai reçues de Dieu, et dites-leur qu'il ne les refusera jamais à ceux qui, ayant recours à lui, feront dire des messes, ou offriront des parfums pour l'autel ; ou, s'ils n'en ont pas le moyen, réciteront un Pater noster en mémoire de moi, parce que c'est une grâce que je lui ai demandée ».
Paphnuce lui dit que, si Dieu disposait de lui, il voulait prendre sa place et demeurer le reste de sa vie dans sa caverne ; mais le Saint lui répondit : « Que ce n'était pas là ce que Dieu demandait de lui ; qu'il ne l'avait pas fait venir pour demeurer en ce lieu, mais pour lui donner la sépulture et pour aller ensuite publier dans le monde les merveilles qu'il avait vues ». « Il ne faut pas résister à Dieu », dit Paphnuce en se jetant à ses pieds ; « mais, puisque je vais être privé de votre chère présence, donnez-moi, je vous prie, votre bénédiction, et obtenez-moi de la miséricorde de Notre-Seigneur, que je le puisse posséder un jour en votre compagnie ». Le Saint lui en donna de grandes espérances et lui dit, en le bénissant, que Dieu le comblerait de ses grâces ; qu'il lui ouvrirait les yeux pour connaître sa divinité ; qu'il le confirmerait dans la véritable charité et qu'il l'assisterait si puissamment, qu'il n'aurait rien à appréhender au jour redoutable de son jugement ; et, l'ayant admirablement consolé par ces paroles, il recommença sa prière, qu'il accompagna de beaucoup de larmes, de gémissements et de soupirs. Enfin, s'étant prosterné contre terre, il rendit avec joie son âme bienheureuse entre les mains de Celui qui la devait couronner de sa gloire éternelle dans le ciel.
Paphnuce entendit à l'heure même les esprits célestes chanter des hymnes et des cantiques en l'honneur de cet admirable solitaire ; ce qui lui fit connaître qu'il était plus raisonnable de se recommander à ses prières que d'en dire pour son soulagement. Il fendit en deux la grande chape dont il était vêtu, et, s'en réservant une moitié, il enveloppa de l'autre le saint corps du défunt, et l'ayant porté dans le creux d'un rocher, il le couvrit d'un grand monceau de pierres. Après lui avoir rendu ce juste devoir, ne croyant pas être obligé à ce qu'il lui avait dit de retourner en Égypte, il prit la résolution de demeurer dans sa grotte ; mais comme elle tomba d'elle-même, et que le palmier qui lui avait fourni des dattes tomba aussi, il reconnut bien que Dieu n'approuvait pas ce dessein. Ainsi, ayant mangé le reste du pain que la Providence divine avait envoyé la veille, il partit pour retourner à son monastère. L'ange qui lui avait apparu sous forme humaine, lui servit aussi de guide à son retour, et, le conduisant par un autre chemin, lui fit voir de nouveaux prodiges qui le confirmèrent dans la haute estime qu'il avait conçue du mérite incomparable de saint Onuphre.
En effet, après quatre jours de chemin, étant arrivé à une cellule qui était bâtie sur une colline, il vit un vénérable vieillard blanchi dans les exercices de la vie solitaire, qui lui dit d'abord : « Vous êtes notre frère Paphnuce ; c'est vous qui avez eu l'honneur de donner la sépulture à notre saint Père Onuphre ». Trois autres ermites de même âge arrivèrent en même temps et lui dirent aussi la même chose ; ce qui lui fit connaître que ces saints solitaires étaient des hommes tout célestes, et qu'ils avaient le don de prophétie. Ensuite, ils lui dirent qu'il y avait soixante ans qu'ils demeuraient tous quatre dans ce désert, sans avoir vu, depuis tant de temps, un seul homme que lui ; que Dieu les avait nourris jusqu'alors d'une manière miraculeuse, en leur envoyant tous les jours à chacun un pain très-délicat et très-blanc ; qu'ils vivaient séparément toute la semaine, mais que le dimanche ils s'assemblaient pour assister aux saints Mystères célébrés par l'un d'eux, qui était prêtre. Ils le prièrent en même temps de prendre un repas avec eux ; et, par un surcroît de miracle, ils virent devant eux cinq pains fort beaux, sans qu'il parût personne qui les eût apportés. Ils en mangèrent avec mille actions de grâces pour la bonté de Dieu, et, après avoir passé toute la nuit en oraison, comme le lendemain était un dimanche, le prêtre dit la messe, et Paphnuce y assista ; il revint ensuite en Égypte, où il publia ce qu'il avait vu.
La mort de saint Onuphre arriva le 12 juin, ainsi qu'il est marqué au martyrologe romain, au Ménologe des Grecs et en la vie des saints Pères ; mais, pour l'année, elle ne peut être déterminée, parce qu'on ne sait pas précisément qui était ce Paphnuce qui a écrit sa vie. Cependant on conjecture qu'il vint au monde vers les commencements de l'empire de Dioclétien, et qu'il mourut sous le règne de Valens. Il y a encore un autre saint Onuphre, dont il est parlé au 5 novembre, dans le martyre de saint Galation et de saint Épithème ; mais le plus célèbre est celui dont nous venons d'écrire la vie.
On le représente communément avec une barbe et une chevelure démesurées ; quelquefois avec un palmier.
Nous avons tiré cette vie de Siméon Métaphraste et de Surius, qui nous ont transmis le récit de Paphnuce.
12 JUIN.
Événements marquants
- Vie religieuse dans un monastère de la Thébaïde avec cent frères
- Retraite dans le désert guidé par une lumière et son ange gardien
- Rencontre d'un vieillard ermite qui l'instruit pendant trente jours
- Installation dans une caverne isolée près d'un palmier pendant 70 ans
- Rencontre avec saint Paphnuce le solitaire
- Partage d'un repas et d'une oraison miraculeuse avec Paphnuce
- Mort et sépulture dans le creux d'un rocher
Miracles
- Guidé par une lumière et un ange visible lors de sa fuite au désert
- Sustenté par un palmier produisant douze grappes de dattes par an
- Apparition miraculeuse de pain et d'eau dans sa cellule
- Chute immédiate de sa grotte et du palmier après sa mort pour empêcher Paphnuce de rester
Citations
Non est laboriosa, sed amabilis et optanda, servitus in Dei laudibus perpetuo assistere.
Je suis ton ange gardien qui t'ai toujours accompagné et défendu depuis ta naissance