Saint Athanase d'Alexandrie

Patriarche d'Alexandrie et Docteur de l'Église

Fête : 2 mai 4ᵉ siècle • saint

Résumé

Patriarche d'Alexandrie au IVe siècle, saint Athanase fut le défenseur infatigable de la divinité du Christ contre l'arianisme. Malgré cinq exils et de nombreuses calomnies, il resta la 'colonne de l'Église', soutenu par les moines du désert et la papauté. Son œuvre théologique et son courage au concile de Nicée ont défini l'orthodoxie chrétienne.

Biographie

SAINT ATHANASE,

PATRIARCHE D'ALEXANDRIE ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE

- En louant saint Athanase, c'est la vertu même que je loue. N'est-ce pas en effet louer la vertu que de faire l'éloge de celui qui réunissait toutes les vertus dans sa personne ? Athanase fut la colonne de l'Église. Il devint, par sa conduite, le modèle des évêques. On n'était orthodoxe qu'autant que l'on professait la même doctrine que lui.

Saint Grégoire de Nazianze, panégyrique du Saint.

Une lutte perpétuelle est l'inévitable condition du bien dans l'humanité déchue. Dieu le fit voir à son Église, lorsque, après avoir si glorieusement vaincu la persécution, elle eut à repousser les attaques non moins formidables de l'hérésie. Celle-ci, il est vrai, dès l'apparition du christianisme, avait cherché à troubler les conquêtes de la foi ; mais, devant le glaive des tyrans et la gloire des martyrs, elle avait fait peu de bruit et obtenu peu de succès.

Le lecteur, pour comprendre la vie d'Athanase, a besoin de connaître le schisme Mélécien et l'hérésie arienne. Saint Pierre, prédécesseur d'Achillas sur le siège d'Alexandrie, par son indulgence envers les chrétiens qui avaient offert de l'encens aux idoles pour éviter la mort, et qui s'en repentaient, avait déplu à Méléce, évêque de Lycopolis ; ce dernier se sépara de la communion de Pierre et forma un schisme ; ses partisans prirent le nom de Méléciens. Arius, qui des sables de la Libye était venu chercher fortune dans la capitale de l'Égypte, se joignit à ces schismatiques.

Néanmoins, il parvint à gagner, par un faux repentir, les bonnes grâces d'Achillas, patriarche d'Alexandrie, qui l'éleva au sacerdoce et lui confia le gouvernement d'une des paroisses, nommée Baucolis.

Ce n'était pas assez pour son ambition : il aspirait au patriarcat ; mais saint Alexandre lui fut justement préféré, pour sa piété, sa charité envers les pauvres, sa science sacrée et son éloquence. Blessé dans son orgueil et voulant à toute fin jouer un rôle dans le monde, il se fit le chef d'une nouvelle doctrine, qui fut bientôt déclarée hérétique. Il enseignait que Jésus-Christ n'est point Dieu, mais une simple créature, plus parfaite à la vérité que les autres, et formée avant elles, non pas cependant de toute éternité. Or, si Jésus-Christ n'est pas Dieu, à quoi aboutissent les espérances des chrétiens ? Il ne négligea rien pour répandre ces erreurs dans le peuple ; il les mit en chansons pour les ouvriers, les meuniers, les matelots, les voyageurs. Alexandre, n'ayant pu ramener cet hérésiarque par les voies de la douceur, le fit condamner par un concile tenu à Alexandrie, et écrivit aux évêques qui n'avaient pu y assister, pour leur en faire connaître les décisions.

Jamais, peut-être, aucun chef d'hérésie ne posséda à un plus haut degré qu'Arius les qualités propres à ce maudit et funeste rôle. Instruit dans les lettres et dans la philosophie des Grecs, doué d'une rare souplesse de dialectique et de langage, il excellait à donner à l'erreur les traits et le charme de la vérité. Son extérieur aidait à la séduction. D'un âge déjà avancé, il joignait à l'avantage d'une haute taille la dignité du vieillard. Son orgueil se dérobait sous un vêtement simple, sous un visage modeste, recueilli, mortifié, qui lui donnait un faux air de sainteté, et avec lequel il savait allier un abord gracieux, un ton doux et insinuant.

Banni du sanctuaire, il quitte Alexandrie, où il s'est déjà fait de nombreux partisans, et va demander asile à Eusèbe, évêque de Césarée, métropole de la Palestine. Celui-ci était l'un des plus savants hommes de son siècle, et auteur d'excellents ouvrages, pour lesquels la postérité a partagé l'admiration de ses contemporains. Arius sut lui faire goûter sa doctrine et l'intéresser à sa cause avec plusieurs autres évêques. Parmi eux se signala un second Eusèbe, parent, dit-on, de la famille impériale, qui, de sa propre autorité, avait osé abandonner le siège dédaigné de Béryte, en Judée, pour celui de Nicomédie, séjour ordinaire des empereurs d'Orient. Sa naissance, sa position, ses talents, ses qualités extérieures lui donnaient un crédit et un ascendant dont ses sentiments le rendaient indigne. Il avait apostasié dans la persécution. Condisciple d'Arius, on l'a soupçonné d'avoir été son secret conseiller, avant de se faire son protecteur déclaré. Quoi qu'il en soit, bravant encore une fois les règles de la discipline et de l'ordre hiérarchique, il prit hautement le parti du sectaire contre le digne patriarche, dont la réputation et le rang offusquaient son orgueil. Ayant fait venir Arius à Nicomédie, il se concentra avec lui, et écrivit en sa faveur aux évêques pour obtenir son rétablissement. Alexandre fut inébranlable dans sa décision, comme il l'était dans sa foi.

Cette scission scandaleuse agita et troubla l'Église d'Orient. Constantin en fut sensiblement affligé. Mais l'évêque courtisan de Nicomédie lui fit entendre qu'il ne s'agissait entre Alexandre et Arius que d'une vaine dispute de mots, dont le tort devait être surtout attribué au zèle amer et inflexible du premier. Ce fut dans ces préjugés que l'empereur écrivit à l'un et à l'autre, par Hozïus, évêque de Cordoue, qu'il dépêcha en Égypte pour régler ce différend. Hozïus était le prélat le plus vénéré de cette époque. Il avait souffert courageusement pour la foi, avait initié Constantin à la connaissance des vérités du christianisme, et l'on croit qu'il était venu alors en Orient de la part de l'évêque de Rome, traiter avec l'empereur des affaires de l'Église. La lettre du prince se terminait par de touchantes exhortations, qui attestent son zèle sincère pour la foi ainsi que la bonté de son cœur : « Rendez-moi des jours sereins et des nuits tranquilles. Si vos divisions continuent, je serai réduit à gémir, à verser des larmes ; il n'y aura plus pour moi de repos. Oh ! en trouverais-je, si ceux qui servent avec moi le vrai Dieu se déchirent si opiniâtrement ? Je voulais vous aller visiter, mon cœur était déjà avec vous ; vos discordes m'ont fermé le chemin de l'Orient. Réunissez-vous pour me le rouvrir, donnez-moi la joie de vous voir heureux, comme tous les peuples de mon empire ».

Ces accents d'un père ne furent point écoutés. Le désordre augmentait de jour en jour. L'hérésie, comme partout et toujours, se montra violente et rebelle. Il y eut des émeutes. Constantin prononça, à cette occasion, un mot justement célèbre. Dans une ville, les Ariens s'étaient emportés jusqu'à jeter des pierres à la face d'une de ses statues. Comme ses ministres l'excitaient à tirer vengeance de cet affront, lui, portant la main à son visage, leur répondit en souriant : « Je ne me sens pas blessé ».

La mission de l'évêque de Cordoue ne fut pas néanmoins sans résultat. Il comprit, d'un côté, toute la gravité de la controverse ; de l'autre, l'erreur et la mauvaise foi d'Arius ; et, en les faisant connaître à l'empereur, il lui inspira une grande pensée : celle de convoquer les évêques de toute la chrétienté, pour donner à la vérité attaquée l'autorité d'une irrécusable décision. Les Apôtres n'avaient-ils pas agi ainsi pour terminer la contestation sur les observances mosaïques ?

Au reste, c'était la première fois, depuis l'extension de l'Évangile, que les circonstances permettaient de recourir à ce moyen extraordinaire. On se trouvait à la fin de 324, l'année même de la défaite et de la mort de Licinius, indigne beau-frère de Constantin, le dernier des survivants de cette funeste ligue de pâtres parvenus, de monstres débauchés et cruels, qui, pendant près d'un demi-siècle, s'enivrèrent à l'envi du sang chrétien et dévorèrent la substance des peuples. Maintenant, sous le doux et glorieux sceptre de Constantin, l'empire se réjouissait d'une liberté, d'une prospérité inaccoutumées, et s'étonnait de voir réunis autour de ce prince les ambassadeurs de toutes les nations de l'univers, qui admiraient ses vertus et redoutaient ses armes, auxquelles la victoire ne fut jamais infidèle. Dans un de ces moments trop rares et trop courts pour le bonheur de l'humanité, le monde entier était en paix.

Dès le printemps de l'année 325, sur l'invitation et avec l'aide du puissant empereur, qui s'était concerté avec le chef de l'Église, les évêques de toutes les parties du monde se rendirent en Asie, dans la ville de Nicée, voisine de Nicomédie. Le peuple fidèle, ému par la nouveauté et l'importance du débat qu'ils allaient terminer, et la réputation de leurs vertus, accourait sur leur passage, se prosternait devant eux et les accompagnait de ses vœux et de ses espérances. Constantin, qui les avait précédés à Nicée, les y accueillit avec la dignité qui le caractérisait, et, en même temps, avec les plus touchants témoignages de foi, de déférence et d'affection. Combien ils méritaient cet empressement, ces hommages des populations et du premier empereur chrétien, des hommes dont la plupart, outre leur caractère sacré, commandaient le respect et l'admiration par leur âge, leur courageuse fidélité dans la persécution, leur science et leur sainteté ! Celui-ci, ancien solitaire, avait été arraché malgré lui au désert, dont il conservait, dans les dignités, les habitudes simples et austères ; celui-là était célèbre par ses miracles ; plusieurs portaient encore sur leurs membres ou sur leur visage les stigmates du martyre. Quels plus dignes interprètes du grand mystère de la sainte Trinité !

Ces prélats, sans compter les prêtres, les diacres et les laïques éclairés qui les assistaient, se trouvèrent réunis au nombre de trois cent dix-huit, parmi lesquels on n'en compta que dix-sept infectés d'arianisme. Pendant deux mois, depuis le 19 juin jusqu'au 25 août, ils tinrent, sur différentes questions de dogme et de discipline, de nombreuses et longues conférences. Arius exposa sa doctrine. En l'entendant proférer ces nouveautés impies, les Pères du concile se bouchaient les oreilles. Il leur fallut un grand effort de raison et de prudence pour consentir à les examiner. Enfin, la question fut approfondie et discutée des deux côtés avec toute la science et toute l'habileté que chacun pouvait désirer. On en remit la décision à une séance solennelle, qui eut lieu, en présence de l'empereur, dans la plus vaste salle de son palais. Les évêques étaient rangés sur des sièges disposés autour de cette enceinte. Un trône s'élevait au milieu : on y déposa le livre des Évangiles. Hozïus présidait l'assemblée au nom du Pape, que son âge, ses infirmités et les exigences de son rang avaient retenu à Rome. Dans le fond de la salle, un siège vide, moins élevé que les autres, mais tout resplendissant d'or, était destiné à l'empereur. À neuf heures du matin, il se présente sans armes, sans soldats, accompagné seulement de quelques dignitaires qui professaient le christianisme. À sa vue, les Pères du concile, qui l'attendaient en silence, se lèvent et se tiennent debout. Tout, dans le maintien, l'air et la taille de Constantin, montrait l'homme supérieur aux autres hommes par les heureux dons de la nature, comme il l'était par l'éminence de sa dignité. À cinquante ans, il avait encore l'éclat et les grâces de la jeunesse. La franchise de son caractère et la pureté de ses mœurs reluisaient sur son front serein. Il s'avance au milieu de cette assemblée la plus sainte et la plus auguste qu'on eût jamais vue sous le ciel, avec une magnificence de vêtement qui annonce le maître de l'empire, avec un respect et une modestie qui révèlent le chrétien. Arrivé devant son siège, il attendit, pour y prendre place, d'y être invité par les évêques, qui s'assirent après lui. Alors s'engagea entre les Pères du concile une discussion d'où sortit la foudre qui terrassa l'hérésie. Les blasphèmes d'Arius ne tinrent plus devant le terme de consubstantiel, expression aussi concise qu'énergique de l'unité de nature dans les trois personnes divines. L'univers répéta avec transport le symbole de Nicée, magnifique développement du symbole des Apôtres, hymne sublime de foi, d'amour et de reconnaissance. Les évêques ariens le souscrivirent, après plus ou moins de résistance, avec plus ou moins de bonne foi, à l'exception de deux, qui furent déposés par le concile, et, avec Arius, condamnés, par l'empereur, au bannissement : châtiment dû aux téméraires violateurs des lois de la plus haute société qui ait paru sur la terre.

Dans ce débat solennel, au milieu de ces vénérables et savants prélats, de ces glorieux athlètes de la foi, on vit se lever, par leur conseil et à leur grande joie, un jeune lévite, qui lutta corps à corps avec Arius. Par la supériorité de sa raison, par la connaissance approfondie et l'intelligence des livres saints, par la lucidité et la force de l'argumentation, par la chaleur d'une éloquence simple, vraie et naturelle, il repoussa les audacieuses attaques de ce redoutable adversaire, déjoua toutes ses ruses, le poursuivit dans tous ses détours, et le confondit, en éclairant de la plus vive lumière ses plus ténébreux retranchements. Il ne charma pas moins le concile par sa modestie, par la sincérité de sa foi et de son dévouement que par l'éclat de sa victoire ; car ce jeune homme aimait l'Église plus que le plus tendre fils n'aime sa mère : plus que jamais ni Grec ni Romain n'aime sa patrie : nous avons nommé Athanase.

Enfant d'une famille distinguée et chrétienne d'Alexandrie, il s'était attaché de bonne heure à saint Alexandre, qui l'avait élevé et le chérissait comme un fils.

La première rencontre de saint Athanase avec saint Alexandre eut un caractère tout providentiel. Dans les premiers temps de son pontificat, dit Rufin, le saint patriarche Alexandre avait convié tous les clercs de son église, un dimanche soir, à un repas qu'il voulait leur donner dans sa maison, située sur le bord de la mer. Après les solennités du jour, Alexandre, en attendant ses hôtes, avait les yeux fixés sur le rivage, lorsqu'il aperçut un groupe d'enfants qui se livraient aux jeux de leur âge. Ils avaient élu un évêque ; ils le firent asseoir au milieu d'eux et écoutèrent gravement ses paroles ; puis ils s'inclinèrent sous sa main bénissante, et le pontife-enfant imita sur quelques-uns de ses compagnons toutes les cérémonies du baptême. À cette vue, Alexandre craignit une profanation ; il envoya son diacre, avec ordre de lui amener les enfants. En présence du véritable évêque, ceux-ci eurent peur et ne répondirent qu'en balbutiant à toutes ses interrogations. Enfin, rassurés par l'air de douceur et de bonté qui se peignait sur son visage, ils lui dirent qu'ils avaient élu l'un d'entre eux, Athanase, pour évêque ; que celui-ci avait des catéchumènes instruits par ses soins, auxquels il venait de conférer le baptême. L'enfant qui répondait au nom d'Athanase parut alors, mais avec une confusion facile à deviner. Le patriarche lui demanda s'il avait réellement administré le baptême selon les rites de l'Église et avec l'intention de conférer un sacrement. La réponse d'Athanase fut affirmative ; il répéta devant le patriarche les formules qu'il avait employées. Saint Alexandre donna l'ordre à ses prêtres de suppléer aux néophytes ainsi baptisés les autres cérémonies de l'Église, mais sans renouveler le baptême, « parce qu'il avait été validement conféré ». À partir de ce jour, Athanase et ceux de ses compagnons qui remplissaient près de sa personne les fonctions de prêtres et de diacre, furent élevés, du consentement de leurs parents, dans l'école ecclésiastique d'Alexandrie. Athanase y fit de rapides progrès.

Athanase s'occupa de bonne heure à bien écrire. Il n'accorda que peu de temps aux lettres profanes, assez cependant pour ne pas y rester complètement étranger, et pour que l'on ne pût attribuer à l'ignorance le rang subalterne où elles étaient reléguées dans son estime. Ce noble et mâle génie répugnait à consumer ses efforts dans des études vaines.

Les études qui se rapportaient à la religion employaient la plus grande partie de son temps. La suite de sa vie et la lecture de ses écrits feront voir jusqu'à quel point il y excellait. Il cite si souvent et si à propos les livres saints qu'on croirait qu'il les savait par cœur : au moins conviendra-t-on que la méditation les lui avait rendus très-familiers. C'était là qu'il avait puisé cette rare piété et cette profonde intelligence des mystères de la foi. Quant au vrai sens des oracles divins, il le cherchait dans la tradition de l'Église, et il nous apprend lui-même qu'il lisait avec soin les commentaires des anciens Pères. Il dit dans un autre endroit, qu'il apprenait la tradition des saints maîtres inspirés et des martyrs de la divinité de Jésus-Christ. Comme il avait beaucoup de zèle pour la discipline de l'Église, il acquit aussi une grande connaissance du droit canonique. On voit encore par ses ouvrages qu'il savait le droit civil, et c'est ce qui lui a fait donner par Sulpice-Sévère le titre de jurisconsulte.

Pour aliment de sa pensée, il choisit l'Ancien et le Nouveau Testament. À ces habitudes de contemplation se joignirent des trésors de vertu, chaque jour augmentés. La science et les mœurs brillant chez Athanase d'un éclat pareil et se fortifiant mutuellement, formèrent cette chaîne d'or, dont si peu d'hommes réussirent à ourdir le double et précieux fil. La pratique du bien l'initiait à la contemplation, et la contemplation à son tour l'aiguillait dans la pratique du bien.

Quand il eut achevé ses études littéraires, le désir d'avancer dans les voies de la perfection le conduisit aux pieds du fameux solitaire saint Antoine. Il resta quelques années sous sa direction, et revint près du patriarche Alexandre, qui l'éleva au diaconat et l'employa comme secrétaire. C'est ainsi, ajoute Rufin, qu'Athanase, nouveau Samuel, fut attaché à la personne du grand prêtre, jusqu'à ce qu'il fut plus tard appelé à l'honneur de revêtir lui-même l'éphod pontifical.

Athanase n'était encore que diacre, lorsque le patriarche l'amena avec lui au concile de Nicée. Mais, aussitôt après, il fut ordonné prêtre, et, l'année suivante, l'auguste vieillard, se sentant près de mourir, le désigna pour son successeur. Athanase se cacha, pour se dérober, lui si jeune, à une telle dignité. « Tu fuis », dit le saint avant d'expirer, « tu fuis, Athanase, mais tu n'échapperas pas ». Ces paroles furent un oracle. Le peuple demanda instamment et obtint des évêques assemblés que le jeune prêtre fût nommé évêque d'Alexandrie. Il avait à peine trente ans ; mais, dans les circonstances où se trouvait cette église, le génie, la science et la sainteté n'avaient pas besoin du nombre des années. Ce choix fit frémir l'hérésie, qui, pour être vaincue, n'avait pas renoncé à ses espérances. Le jour n'est pas loin, où, par de cauteleuses démarches, par d'artificieuses professions de foi, elle saura gagner la faveur du prince : et, une fois armée de l'autorité publique, jusqu'où n'iront pas son audace et ses excès ? Athanase, quels combats, quelles épreuves vous attendent !

Athanase signala les commencements de son épiscopat par son attention à pourvoir aux besoins spirituels des Éthiopiens. Il sacra Frumence évêque, et le leur envoya, afin qu'il pût achever l'œuvre de leur conversion, qu'il avait si heureusement commencée ; et lorsqu'il eut établi un bon ordre dans l'intérieur de la ville, il entreprit la visite générale des églises de sa dépendance.

Les Méléciens donnèrent beaucoup d'exercice à son zèle. Ils continuèrent, après la mort de Méléce, leur chef, de tenir des assemblées et d'ordonner des évêques de leur propre autorité. Partout ils soufflaient le feu de la discorde, et par là ils entretenaient le peuple dans l'esprit de révolte. Athanase essaya tous les moyens possibles pour les ramener à l'unité ; mais il n'y en eut aucun qui lui réussit. Austères dans leur morale, ils s'étaient fait un grand nombre de partisans, surtout parmi les gens simples, auxquels ils en avaient imposé. Les Ariens résolurent de profiter des dispositions où ils les voyaient : ils s'empressèrent donc de rechercher leur amitié. Les Méléciens n'avaient d'abord erré dans aucun article de la foi ; ils avaient même été des premiers et des plus ardents à combattre la doctrine d'Arius ; mais bientôt après ils s'unirent aux partisans de cet hérésiarque pour calomnier et persécuter Athanase. Il se forma entre eux une ligue solennelle, afin que les coups qu'ils lui porteraient fussent plus efficaces. Saint Athanase fait observer à ce sujet, que comme Hérode et Pilate oublièrent la haine qu'ils se portaient mutuellement pour se réunir contre le Sauveur, de même les Méléciens et les Ariens dissimulèrent leur animosité réciproque afin de former une espèce de confédération contre la vérité. Au reste, voilà l'esprit de tous les sectaires ; ils font cesser leurs divisions lorsqu'il s'agit de déchirer le sein de l'Église et de déclarer la guerre à ceux qui tiennent pour la doctrine catholique.

Constantin donna bientôt de nouvelles preuves de son attachement à la foi de Nicée. Trois mois après la conclusion du concile, il exila avec indignation Eusèbe de Nicomédie, qui osait en attaquer les décisions et communiquait ouvertement avec ceux qui s'y montraient rebelles.

Mais quels sombres nuages ont voilé tout à coup la gloire jusque-là si pure et si brillante du grand Constantin ! Quoi ! d'un prince ordinairement si doux et si prudent, l'histoire raconte des actes irréfléchis et barbares, des meurtres domestiques ! Et puis, sous ce même prince, qui, jusqu'à son dernier soupir, ne cessa d'avoir horreur de l'hérésie, les hérétiques sont honorés, triomphants et les catholiques repoussés, persécutés ! Quelle est donc la triste condition de l'humanité déchue ? Quel impur alliage est venu souiller tout à coup en lui l'or pur de la charité chrétienne ?

Pour comble de malheur, il perdit sa mère, la glorieuse sainte Hélène, lorsque, à la veille des plus astucieuses machinations de l'erreur, les conseils et l'influence de cette mère plus éclairée que lui dans la foi, eussent été si nécessaires et auraient prévenu sans doute de nouvelles fautes !

Lorsque sainte Hélène ne fut plus, toute la tendresse de famille et la confiance de l'empereur se concentrèrent sur sa sœur Constancie, veuve de Licinius. Celle-ci d'ailleurs, femme de mérite et de vertu, s'était depuis longtemps laissé entêter de l'arianisme par Eusèbe de Nicomédie, qui avait été le partisan de Licinius, et par un prêtre dont l'histoire a dédaigné le nom. Près de rendre le dernier soupir, un an environ après la mort de sainte Hélène, elle signala à Constantin ce prêtre obscur comme le plus propre à le diriger dans les affaires de la religion. « Suivez ses avis », dit-elle, « je meurs, aucun intérêt ne m'attache plus à la terre, mais je crains pour vous la colère de Dieu, je crains qu'il ne vous punisse de l'exil auquel vous avez condamné des hommes justes et vertueux ». Ces conseils d'une sœur chérie et mourante ne furent que trop écoutés. Arius est rappelé avec les évêques exilés pour sa cause, moyennant quelque équivoque ou mensongère profession de foi. Rétabli sur son siège de Nicomédie, et dans tout son crédit, Eusèbe ne sera satisfait qu'autant qu'Arius aura reparu et repris ses fonctions dans l'église d'Alexandrie. Pour l'obtenir, il emploie inutilement auprès d'Athanase et les sollicitations et les menaces. Inutilement il lui fait écrire par l'empereur. Le patriarche est alors en butte à toutes les calomnies. Mandé à la cour, il se justifie avec une telle évidence, que Constantin, en le congédiant, lui remet une lettre adressée au peuple d'Alexandrie, où, après avoir déploré la malice de ceux qui troublent et divisent l'Église pour satisfaire leur jalousie et leur ambition, il ajoute que les méchants n'ont rien pu contre leur évêque, dont il a reconnu l'innocence et la sainteté.

Il fallut donc se taire et dissimuler pendant quelque temps. Mais bientôt les calomnies recommencent avec un acharnement effronté. La cabale que dirige Eusèbe est en même temps la plus fourbe et la plus audacieuse qui fût jamais. Protestant de son adhésion à la foi catholique, ce n'est plus la doctrine, mais le caractère et la conduite d'Athanase qu'elle attaque ; c'est de crimes qu'elle l'accuse. Et de quels crimes ? De meurtres, d'opérations magiques, d'impures violences.

Athanase a beau se justifier encore devant l'empereur, qui, après informations prises auprès des magistrats d'Égypte, s'irrite de ces odieuses inventions, et menace, si elles se renouvellent, d'en chercher les auteurs. L'intrigant Eusèbe obtient la convocation d'un concile particulier à Césarée, résidence du second Eusèbe, sous prétexte de mettre fin aux divisions, mais au fond pour y faire condamner le patriarche d'Alexandrie, et il a soin d'y faire appeler en majorité ses partisans. Aussi Athanase refuse-t-il pendant trois ans de comparaître devant des juges qui sont ses ennemis ; mais en 344, sur les ordres formels de l'empereur, à qui on l'a dépeint comme un homme superbe et un sujet rebelle, il est obligé de se rendre à Tyr, où le synode a été transféré.

Parmi les imputations déjà détruites, on osa, comme Athanase l'avait prévu, reproduire celles-là mêmes dont l'invraisemblance seule aurait dû montrer la fausseté.

Une femme fut entendue, qui déclara qu'elle s'était consacrée à Dieu par vœu de virginité ; mais que, ayant logé dans sa maison l'évêque Athanase, celui-ci n'avait pas rougi d'outrager les droits sacrés de l'hospitalité et les droits plus saints encore de la pudeur. Athanase innocent était aussi trop habile pour se laisser confondre par cette facile et banale accusation. L'ayant ouïe, il demeura immobile à sa place, tandis que Timothée, un de ses prêtres, et son confident, se lève, et, s'avançant vers l'impudente : « Quoi », lui dit-il, « c'est moi qui ai commis un tel crime ? — Oui, c'est vous », s'écrie-t-elle avec force, « s'agitant, tout en pleurs, et les cheveux épars, c'est vous-même, je vous reconnais ». Et elle indiquait avec assurance toutes les circonstances de l'attentat imaginé. Cette flagrante imposture fut accueillie par un rire général, et la misérable ignominieusement éconduite, malgré les instances d'Athanase, pour qu'on la retînt, afin de lui faire révéler les auteurs de cette trame malencontreuse.

Mais voici un autre prétendu forfait.

Arsène, évêque d'une ville de la Thébaïde et l'un des sectateurs de Mélèce, cet évêque schismatique dont Arius avait embrassé le parti avant de se faire lui-même chef d'hérésie, avait disparu tout à coup. Les Méléciens, que les Ariens avaient su gagner à leur cause, accusèrent Athanase de l'avoir fait mourir. Pour preuve, ils portaient et montraient de ville en ville une main droite d'homme, prétendant que c'était celle d'Arsène, dont le patriarche avait voulu se servir pour des opérations magiques. À la vue de cette main desséchée, les membres du concile furent saisis, les uns d'horreur, vraie ou feinte, pour l'attentat, les autres d'indignation contre les machinateurs de l'affreuse calomnie. Athanase, qui s'était préparé à y donner un éclatant démenti, seul ne fut point ému. Aussitôt, il envoie prendre un homme qui attendait à la porte, et qui entre, couvert d'un manteau. C'était Arsène lui-même, dont Athanase était parvenu à découvrir la retraite au fond de quelque désert, et qu'il avait fait amener secrètement à Tyr. Plusieurs des assistants connaissaient parfaitement Arsène : sa présence fut un coup de foudre. Athanase s'étant approché de lui et soulevant peu à peu son manteau, découvre d'abord la main gauche, puis la main droite. « Voilà », dit-il, « Arsène avec ses deux mains, le Créateur ne nous en a pas donné davantage. Que mon adversaire montre où l'on a pris la troisième ».

C'était trop de confusion pour les accusateurs d'Athanase ; à cette fois, ils ne lui pardonnèrent ni leur supercherie et leur sottise, ni son habileté et son innocence. Cette confusion se change tout à coup en aveugles transports de colère, et la délibération en un affreux tumulte. Si cette main n'est pas la main d'Arsène, si Arsène est vivant, c'est l'effet de quelque sortilège, c'est un nouveau coup de magie, un nouveau grief contre Athanase. Leur fureur est telle qu'ils se seraient portés contre lui aux dernières violences, sans le gouverneur de la Palestine qui l'arracha de leurs mains, et, pour le mettre en sûreté, l'engagea à s'embarquer la nuit suivante. Athanase fait voile vers Constantinople et va demander justice à l'empereur.

Les autres chefs d'accusation ne furent pas mieux établis. Qu'importe ? la décision fut telle qu'on la devait attendre d'une assemblée délibérant sous la pression des Eusébiens et des Méléciens réunis, et de la force armée que l'empereur avait mise à leur disposition. Des troupes stationnaient autour de l'enceinte sacrée : ce n'étaient plus des diacres, mais des soldats ou des geôliers qui en ouvraient les portes. Athanase fut condamné et déposé par des juges malintentionnés, intimidés ou trompés. Dans la crainte que l'empereur ne voulût pas croire aux crimes qu'on lui imputait, on eut soin de donner pour dernier motif de cette condamnation qu'Athanase, par son orgueil et l'inflexibilité de son caractère, était une cause de division et de troubles dans l'Église d'Alexandrie. Toutefois, de nombreuses et courageuses voix vengèrent Athanase de l'injustice dont il était victime. Le concile se composait de cent neuf évêques ; quarante-neuf rendirent témoignage de son innocence et de ses vertus, et protestèrent contre l'iniquité de ce jugement.

Dès l'ouverture du concile, le vertueux Potamon, évêque d'Héraclée sur le Nil, voyant Athanase debout devant les autres évêques assis, dans l'attitude d'un accusé devant ses juges, ne put retenir ses larmes et son indignation : « Quoi, Eusèbe », dit-il à l'évêque de Césarée, « vous êtes assis, vous, pour juger Athanase qui est innocent ! Dites-moi, n'étions-nous pas tous deux en prison pendant la persécution ? J'y perdis un œil, vous voilà avec tous vos membres : comment en êtes-vous sorti ? » Ainsi, cet Eusèbe, aussi bien que le premier, avait apostasié pendant les dernières épreuves.

L'illustre confesseur, saint Paphnuce, ancien disciple de saint Antoine et alors évêque dans la haute Thébaïde, celui auquel Constantin rendit tant d'honneurs au concile de Nicée, prenant par la main saint Maxime de Jérusalem, son compagnon de martyre, l'entraîna hors du concile en lui disant qu'après avoir souffert ensemble pour Jésus-Christ, ils ne devaient pas siéger dans l'assemblée des méchants. Il l'instruisit ensuite de toute la conspiration qu'on lui avait dissimulée et l'attacha pour toujours à la cause d'Athanase.

Il restait à lever l'anathème dont le concile œcuménique avait frappé Arius et à le rétablir dans l'église d'Alexandrie. Mais un ordre de l'empereur ayant appelé tout à coup les évêques à Jérusalem pour la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre, qui venait d'être terminée, ils reprirent dans cette ville la suite de leurs délibérations. Arius présenta une profession de foi accompagnée de lettres de recommandation de l'empereur, à qui cette profession avait paru orthodoxe. Le concile se hâta de l'approuver et de prononcer la réunion à l'Église d'Arius et de tous ceux qui avaient suivi son parti.

Cependant Athanase, réfugié à Constantinople, ne pouvait arriver jusqu'à l'empereur. Les Eusébiens lui fermaient également les avenues du palais et le cœur du prince. Mais Athanase, par une démarche hardie, déjoua l'opposition de ses ennemis. L'empereur entrait un jour à cheval dans la ville. Athanase s'approche de lui, et comme l'empereur, déjà prévenu par les décisions du concile de Tyr, avait peine à l'écouter : « Prince », lui dit-il, « Dieu jugera entre vous et moi, puisque, prenant parti pour mes calomniateurs, vous refusez de m'entendre. Je ne sollicite aucune faveur. Qu'on me confronte seulement devant vous avec ceux qui m'ont condamné ». Cette réclamation était trop conforme aux principes d'équité et de modération de l'empereur pour n'être pas accueillie. L'invitation de se rendre aussitôt à Constantinople pour y exposer les motifs de la condamnation du patriarche d'Alexandrie, consterna les évêques qui l'avaient prononcée et qui se trouvaient encore réunis à Jérusalem. Mais les chefs du parti furent assez habiles pour les engager à rentrer dans leurs églises après s'être fait déléguer eux-mêmes pour représenter leurs collègues auprès de l'empereur.

Là, les fourbes eurent-ils le front de répéter les accusations auxquelles Athanase avait déjà donné de si foudroyants démentis ? Non ; ils en improvisèrent une nouvelle dont le succès était infaillible. Athanase, dirent-ils à l'empereur, a menacé d'arrêter en Égypte le blé destiné à l'approvisionnement de Constantinople. C'était attaquer Constantin par l'endroit le plus sensible, lui que rien ne préoccupait, en ce moment, comme la prospérité de la ville dont il avait jeté les fondements, en 328, sur les rives enchantées du Bosphore, et dont il voulait faire la première ville du monde.

Malgré les dénégations formelles d'Athanase, l'empereur, qui connaissait l'ascendant du patriarche dans toute l'Égypte, crut à une calomnie qu'Eusèbe accompagnait de serments et l'exila à Trèves, alors la capitale des Gaules. Injustement accusé, Athanase s'était défendu sans crainte ; injustement condamné, il obéit sans murmure.

La terre de l'exil fut douce et hospitalière. La vénération des peuples, l'affection de saint Maximin, évêque de cette ville, la bienveillance et les égards du jeune Constantin, qui commandait pour son père dans l'Occident, consolèrent le glorieux athlète de la vérité, de la disgrâce du prince et de l'acharnement de ses ennemis.

La nouvelle de la condamnation et du bannissement d'Athanase répandit parmi l'ardente et fidèle population d'Alexandrie une irritation qui put à peine se contenir. Les villes et les campagnes de l'Égypte, les solitudes mêmes de la Thébaïde en furent émues. Mille voix s'élevèrent de toutes parts, et parmi ces voix, la plus vénérée de ce temps, celle de saint Antoine, pour demander le rappel de l'illustre patriarche ; mais rien ne put faire revenir Constantin d'une mesure qui, justifiée par l'autorité d'un concile, lui était d'ailleurs inspirée par son aversion pour les divisions entre les chrétiens. Il espérait que l'absence momentanée d'Athanase calmerait les esprits et finirait par ramener l'union et la paix dans l'Église d'Orient. Au reste, Athanase lui-même s'est plu à reconnaître sur ce point la rectitude d'intention de Constantin. Ce prince refusa d'ailleurs de le remplacer par un évêque du choix des Eusébiens avec une résolution et des menaces qui les firent renoncer à leur entreprise.

Les décisions du concile de Jérusalem ne devaient pas longtemps porter bonheur au superbe Arius : Alexandrie le repoussa avec horreur. Rappelé par l'empereur à Constantinople, les Eusébiens se flattèrent de donner plus d'éclat à son triomphe en le faisant rétablir dans l'église même de la résidence impériale. Mais là se rencontra, pour s'opposer à son intrusion, un autre Alexandre qui honorait son nom par les mêmes vertus, la même pureté et la même fermeté de foi que le patriarche d'Égypte, qui le premier bannit de l'Église le prêtre indocile. Ni prières ni menaces ne purent déterminer l'évêque de Constantinople à ouvrir à l'hérésiarque les portes du sanctuaire. Nécessité fut alors aux sectaires de recourir à l'autorité de l'empereur, qui, avant d'intervenir, voulut s'assurer lui-même des véritables sentiments d'Arius. Celui-ci renouvelle devant le prince ses équivoques professions de foi. « Jurez, lui dit Constantin, que votre croyance est conforme aux décrets de Nicée ». Arius jura. « S'il en est ainsi, reprit l'empereur, allez en toute assurance ; mais si votre foi trahit votre serment, que Dieu vous juge ». Il fait appeler aussitôt saint Alexandre, lui communique les protestations d'orthodoxie qu'Arius vient de réitérer sous la foi du serment, et ajoute qu'il faut tendre la main à un homme qui demande à se sauver. L'évêque représente que l'hérésiarque, n'ayant rétracté aucune de ses erreurs, le recevoir dans l'Église ce serait y introduire l'hérésie elle-même. L'empereur s'irrite, le Saint garde un silence tout à la fois digne et respectueux, et se retire, abandonnant de plus en plus dans son cœur sa cause à Dieu.

Déjà, depuis sept jours, par son conseil et celui de l'illustre évêque de Nisibe, saint Jacques, doué du don de prophétie et de miracles, qui se trouvait en ce moment à Constantinople, les catholiques imploraient, dans le jeûne et dans les larmes, la protection du ciel contre l'audacieuse entreprise de l'erreur. Sorti du palais impérial dans une profonde affliction, l'évêque va se jeter au pied des autels et demande instamment à Dieu d'épargner à son Église un tel scandale. C'était un samedi. Eusèbe, à la tête de ses partisans, voulut préjuger par une ovation publique à l'installation solennelle de l'intrus, fixée au lendemain. La multitude des Ariens grossissait de rue en rue, tandis qu'Arius excitait leur enthousiasme par de vains et insolents discours. Parvenu à l'entrée de la place de Constantin, d'où l'on apercevait le temple où devait se consommer son triomphe, il pâlit tout à coup, et saisi de violentes douleurs d'entrailles, il est obligé de s'écarter de la foule. On le trouve bientôt expirant dans le lieu secret où il s'était retiré : digne fin d'une vie d'orgueil et de sacrilège hypocrisie. La justice et la patience de Dieu n'attendent pas toujours l'éternité pour punir.

Plusieurs Ariens se convertirent ; Constantin vit dans ce tragique événement le châtiment du parjure et s'attacha de plus en plus à la foi de Nicée. Le lendemain, les catholiques célébraient en paix et pleins de joie les divins mystères et leur délivrance miraculeuse. Le bannissement de saint Athanase fut la dernière faute de Constantin ; et l'ordre de le rappeler, qu'il donna un an après, le dernier acte de sa vie.

Il laissa trois fils : Constantin, Constance et Constant. Au premier échurent la Grande-Bretagne, les Gaules et l'Espagne ; au second, l'Asie et l'Égypte ; au troisième l'Illyrie, la Grèce, l'Italie et l'Afrique.

Constantin le Jeune se hâta de remplir les intentions de son père, et de rendre la liberté à saint Athanase, qui remonta sur son siège, l'an 338, aux acclamations du peuple d'Alexandrie et de l'Égypte entière.

Le rétablissement d'Athanase mortifia sensiblement les Ariens ; aussi firent-ils jouer de nouveaux ressorts pour le perdre. Ils mirent dans leurs intérêts Constance, qui avait eu l'Orient en partage, et lui représentèrent Athanase comme un esprit inquiet et turbulent qui depuis son retour avait excité des séditions et commis des violences et des meurtres. Ils l'accusèrent encore d'avoir vendu à son profit les grains destinés à la nourriture des veuves et des ecclésiastiques qui habitaient les contrées où il ne venait point de blé. Ils formèrent les mêmes accusations auprès de Constantin et de Constant ; mais leurs députés, loin de réussir à persuader ces deux princes, furent renvoyés avec mépris. Pour Constance, il se laissa séduire et ajouta foi au dernier chef d'accusation. Il ne fut pas difficile au patriarche d'en démontrer la fausseté, et il n'eut autre chose à faire pour cela que de produire les attestations des évêques de Libye, où il était marqué qu'ils avaient reçu la quantité ordinaire de froment. La calomnie découverte ne dissipa point les préjugés de Constance. Ce malheureux prince était gouverné par Eusèbe de Nicomédie et par d'autres ariens, qui lui inspiraient leurs propres sentiments, et qui l'amenèrent au point de leur permettre d'élire un nouveau patriarche d'Alexandrie.

La permission étant accordée, les hérétiques s'assemblèrent à Antioche sans délai ; ils déposèrent Athanase, et élurent en sa place un prêtre égyptien de leur secte, nommé Piste. Ce mauvais prêtre, ainsi que l'évêque qui le sacra, avait été précédemment condamné par saint Alexandre et par le concile de Nicée. Le pape Jules refusa de communiquer avec cet intrus, et toutes les églises catholiques lui dirent anathème ; aussi ne put-il jamais prendre possession d'une dignité qu'il avait usurpée.

Athanase, de son côté, tint à Alexandrie un concile où se trouvèrent cent évêques. On y prit la défense de la foi, et l'on y reconnut l'innocence du patriarche. Les Pères écrivirent ensuite une lettre circulaire à tous les évêques, et l'envoyèrent nommément au pape Jules. Le Saint alla lui-même à Rome en 341 ; mais le long séjour que les circonstances l'obligèrent de faire dans cette ville, donna aux Ariens le temps de tout bouleverser en Orient.

Dans la même année 341, il y eut un synode à Antioche, à l'occasion de la dédicace de la grande église. On fit dans ce synode, composé d'évêques orthodoxes et hérétiques, vingt-cinq canons de discipline ; mais les prélats orthodoxes ne furent pas plus tôt partis, que les hérétiques y en ajoutèrent un vingt-sixième, qui regardait évidemment saint Athanase. Il portait que si un évêque déposé justement ou injustement dans un concile retournait à son église sans avoir été réhabilité par un concile plus nombreux que celui qui avait prononcé la déposition, il ne pourrait plus espérer d'être rétabli ni même d'être admis à se justifier. Ils élurent ensuite un certain Grégoire, sorti de la Cappadoce, qui combla la mesure de son indignité par sa monstrueuse ingratitude pour les bienfaits d'Athanase.

Le prétendu patriarche, escorté de soldats que commanda Philagne, gouverneur de l'Égypte, fait son entrée dans Alexandrie comme dans une ville prise d'assaut. Le peuple réclama contre cette nomination et ces violences, si contraires aux traditions et à la discipline de l'Église. Le gouverneur fit à ces justes plaintes l'accueil qu'on devait attendre d'un apostat décrié pour le désordre de ses mœurs et la dureté de son caractère. Il appelle à son aide les Juifs, les païens, la plus vile populace, qu'il joint à ses cohortes. Cette troupe hideuse se rue sur les fidèles assemblés dans les églises et s'y livre aux plus indécents et aux plus cruels excès. Il y eut du sang répandu, les femmes furent outragées, les païens offrirent à leurs divinités des sacrifices sur la table sainte. C'est ainsi que les erreurs les plus opposées se tolèrent et s'associent pour combattre la vérité.

Le Saint-Siège, lui, s'émut de tendresse et d'admiration à l'arrivée d'un fils si dévoué, d'un si glorieux défenseur de la foi et des traditions apostoliques. Les Eusébiens, pendant que Constance était occupé à la guerre contre les Perses, avaient accusé Athanase devant le chef de l'Église, dont ils proclamaient ainsi eux-mêmes la suprématie ; et Athanase, pour répondre à leurs calomnies, lui avait adressé par écrit une complète justification de sa conduite, confirmée par les suffrages des évêques d'Égypte, témoins oculaires des faits. Jules Ier accueillit donc Athanase avec les égards, l'affection et l'honneur dus à son innocence, à son zèle, à son génie et à ses malheurs.

Le patriarcat prit rang au concile convoqué par le Pape, pour instruire pleinement ce grand procès qui divisait l'Orient. Sa présence, la bienveillance méritée dont il était l'objet, déconcertèrent ses accusateurs. Ils n'osèrent pas lui tenir tête devant un tribunal purement ecclésiastique, où l'absence de la force armée et des ordres du prince laisserait la vérité et l'innocence se produire en toute liberté, et ils refusèrent de comparaître au concile, afin d'échapper au jugement qu'ils avaient provoqué les premiers. Ce jugement eut lieu malgré leur abstention, et saint Jules le proclama, dans une lettre adressée aux Eusébiens, avec ce ton d'autorité calme et de fermeté affectueuse qui caractérise le suprême gardien de la foi, le père commun des fidèles. Les condamnations prononcées contre Athanase dans les conciles de Tyr et d'Antioche, la nomination et l'installation de Grégoire furent reconnues entachées de passion et de violence, irrégulières dans la forme, injustes au fond. On invoqua en même temps l'autorité irréfragable du concile œcuménique de Nicée, l'anathème fulminé par ce concile contre Arius et ses partisans, et enfin les prérogatives de l'Église de Rome, son droit traditionnel et incontestable d'intervenir dans toutes les affaires majeures qui intéressent le dogme et la discipline.

Les orgueilleux sectaires ne se rendent point à ces arrêts, et, sous l'égide de Constance, ils continuent à exclure des principaux sièges les évêques orthodoxes, jusqu'à ce que, en 347, à la demande du Pape et des illustres évêques de Trèves et de Cordoue, Constant obtient de son frère le consentement à une réunion des évêques d'Orient et d'Occident, dans la ville de Sardique, située en Illyrie, sur les confins des deux empires.

Dans ce concile, où le Pape envoya ses légats, auquel présida le grand Hozïus, l'Église, indépendante et unie à son chef, prononça les mêmes oracles qu'à Rome, et prit, dès le premier jour, pour principe et pour règle de ses délibérations, le symbole de Nicée. Le droit d'appel et de recours au Saint-Siège contre les décisions des conciles particuliers fut de nouveau proclamé, Athanase déclaré seul évêque légitime d'Alexandrie, et l'intrus Grégoire exclu de la communion de l'Église. Deux évêques eussébiens, abandonnant leur parti, vinrent en dévoiler toute la mauvaise foi et les trames coupables.

Ici encore, les ennemis d'Athanase, n'osant affronter la discussion, s'obstinèrent à n'y prendre aucune part, renouvelèrent leurs protestations, et, rentrés en Orient, le troublèrent par leur audace toujours croissante. Dans la ville d'Andrinople, dix catholiques, qui avaient refusé de communiquer avec eux, furent mis à mort par ordre des magistrats. Partout les évêques catholiques étaient bannis, maltraités, odieusement calomniés.

Le puissant empereur d'Occident, instruit et indigné de ces excès, en écrivit à son frère sur un ton qui annonçait qu'il serait dangereux de lui résister. Les emportements des Eusébiens ouvrirent d'ailleurs un instant les yeux à Constance, et lui-même se sentit saisi tout à coup d'admiration pour le grand évêque d'Alexandrie.

Il lui écrivit de sa main à plusieurs reprises, non-seulement pour l'inviter à rentrer dans son église, mais encore pour lui exprimer combien il serait heureux de le voir, et le presser, le conjurer de venir à la cour. Athanase se délia d'abord d'une bienveillance si imprévue et si subite, mais il dut céder à ces instances réitérées, qu'accompagnaient d'ailleurs les mesures les plus décisives. La persécution avait cessé dans toutes les provinces ; les prêtres d'Alexandrie, bannis pour leur fidélité à leur évêque, étaient rappelés. Ayant pris congé, à Milan, de l'empereur Constant, et à Rome, du pape Jules, Athanase reprend le chemin de l'Orient et voit Constance dans Antioche. Cet empereur l'accueillit avec bonté, l'entoura, pendant son séjour, de considération et de respect, et à son départ, lui promit avec serment de ne plus ouvrir l'oreille aux calomnies, de ne plus souffrir qu'on le troublât dans son ministère.

Alexandrie le reçut avec les mêmes transports de joie qui avaient éclaté à son premier retour ; le souvenir des cruautés de l'intrus en doublait la vivacité. Sa présence eut des effets plus importants. Elle refoula autour de lui les mauvaises passions, excita la passion du bien et de toutes les vertus évangéliques. Les œuvres de miséricorde se multiplièrent et s'étendirent à tous les infortunés. Que de jeunes hommes, que de jeunes filles, sous l'influence de ses exemples, embrassèrent une vie de sacrifices et d'héroïque dévouement !

Malheureusement, les bienveillantes dispositions de Constance ne furent pas de longue durée. L'appui principal des catholiques, l'infortuné Constant, perdit le trône et la vie, en 350, à l'âge de vingt-sept ans, victime d'une conspiration ourdie par Magnence, un de ses généraux. Délivré de la crainte des Perses par leur déroute sous les murs de Nisibe, qu'il dut moins à ses armes qu'aux conseils et aux miracles de saint Jacques, illustre évêque de cette ville, Constance vengea bientôt la mort de son frère. La victoire qu'il remporta sur l'usurpateur, dans les champs de la Pannonie, mit le monde à ses pieds. La prospérité est funeste aux âmes vaines et faibles. Il rougit d'avoir cédé aux remontrances de son frère en faveur d'Athanase. Il oublia ses serments. Les orthodoxes sont en butte, sur tous les points de l'empire, à une violente persécution, qui, sous le fils de Constantin, rappelle l'ère sanglante des martyrs.

Dans la capitale de l'Égypte, un chef militaire à la tête de cinq mille soldats, envahit, la nuit, l'église où priait Athanase avec une multitude considérable de peuple. L'épée est tirée, des flèches sont lancées contre cette foule agenouillée. À cette subite et farouche attaque, le peuple se presse autour de son évêque, qu'on veut lui enlever, ou plutôt qu'on veut immoler au pied des autels. Dans cet affreux tumulte, le patriarche élève sa voix toujours obéie, il ordonne aux fidèles de se retirer et de se mettre en sûreté eux-mêmes. Pour lui, il ne sortit que des derniers, enveloppé, emporté par un groupe dévoué, qui vint à bout de le dérober aux traits de la troupe homicide.

Proscrit et fugitif, Athanase ne peut croire que Constance ait commandé ces sacrilèges violences ; il compte d'ailleurs encore sur ses anciennes protestations et sur sa bonne foi. Pour l'éclairer, il lui adresse une grande apologie où il réfute un à un tous les griefs des Ariens. Écoutons-le répondre à l'accusation d'une prétendue correspondance avec l'usurpateur Magnence : « Le reproche d'avoir voulu irriter contre vous votre frère, d'heureuse mémoire, avait du moins quelque prétexte aux yeux des calomniateurs. En effet, j'avais le privilège de le voir librement, et il me défendait contre vous. Présent, il m'honorait, absent, il m'a souvent appelé. Mais cet infernal Magnence, Dieu m'est témoin que je ne le connais pas. Quelle familiarité pouvait donc s'établir d'un inconnu à un inconnu ? Par où pouvais-je commencer une lettre à lui ? Était-ce ainsi : Tu as bien fait de tuer celui qui me comblait d'honneurs et dont je n'oublierai jamais l'amitié ? Je t'aime d'avoir égorgé ceux qui, dans Rome, m'ont accueilli avec tant de faveur ? »

Cette justification, étincelante d'éloquence et de vérité, n'eut pas de prise sur l'âme prévenue de Constance. Il n'en devint que plus obstiné, et son fanatisme, plus violent. Un nouvel intrus du nom de Georges, autrefois chargé de fournir la viande de porc à l'armée, et pire que Grégoire, déshonora, fit frémir d'indignation par sa grossièreté, par son ignorance, par son avarice et sa cruauté, l'illustre siège d'Alexandrie que réjouissaient naguère les nobles qualités, le génie et les vertus d'Athanase. Constance assemble conciles sur conciles, auxquels il impose, avec d'astucieuses formules de foi, plus ou moins favorables à l'hérésie, l'inévitable condition de la condamnation du patriarche. Il en fut ainsi à Sirmich en Hongrie, à Rimini en Italie, à Arles en France. Les évêques qui refusent de les souscrire sont envoyés dans de lointains et rigoureux exils.

Athanase lui-même errait de déserts en déserts, toujours recherché et souvent poursuivi de près par les soldats et les espions des gouverneurs romains. Quelquefois, pour leur échapper, il rentrait dans les populeuses cités de l'Égypte, où la foule ne le cachait pas moins que la solitude. Mais sa retraite préférée était dans les monastères et les ermitages de la Thébaïde, dont il aimait à partager les études, le silence et les austérités. Là une nombreuse et ardente milice, prête à mourir pour lui, savait le soustraire aux perquisitions, remplissait ses messages, copiait et propageait ses écrits dans les sociétés chrétiennes de l'Orient. « C'est de là, dit M. Villemain, qu'Athanase encourageait les évêques d'Égypte zélés pour sa cause ; qu'il adressait des lettres apostoliques à son église d'Alexandrie ; qu'il répondait savamment aux hérétiques ; qu'il lançait des anathèmes contre ses persécuteurs. Du fond de sa cellule, il était le patriarche invisible de l'Égypte ».

On ne lui permit pas de jouir longtemps de la compagnie des solitaires. Ses ennemis mirent sa tête à prix. Des soldats furent chargés de faire partout des perquisitions pour le découvrir. On eut beau maltraiter les moines, ils furent fermes et donnèrent à entendre qu'ils souffriraient plutôt la mort que de déceler le lieu où Athanase était caché. Quelque agréable que fût au patriarche la compagnie de ces saints hôtes, il résolut de les quitter, afin de ne pas les exposer à de plus rudes souffrances. Il se retira donc dans une citerne, où il pouvait à peine respirer. La seule personne qu'il vît était un fidèle qui lui apportait ses lettres et les choses dont il avait besoin pour subsister ; encore ce fidèle courait-il de grands dangers, tant les recherches des Ariens étaient opiniâtres.

La mort de Constance suspendit seule la persécution. Ce prince fut emporté par une maladie subite, lorsque des extrémités de l'Orient il courait dans les Gaules, pour réprimer la révolte du César Julien, que les troupes venaient de proclamer Auguste, et qui lui succéda.

Vers le même temps, l'intrus d'Alexandrie devenait odieux à tous les partis, aux païens eux-mêmes, qu'enhardissait l'avènement de Julien l'Apostat. Ceux-ci le tuèrent dans une sédition populaire ; puis chargeant son corps sur un chameau, ils le traînèrent par toute la ville, le brûlèrent avec cet animal qui leur semblait impur pour avoir touché le cadavre de ce sacrilège, et enfin jetèrent ses cendres à la mer. D'un autre côté, le prince philosophe, par ostentation de tolérance, rappela d'abord les évêques exilés par la faction arienne. Le retour d'Athanase, dont l'absence avait été plus que jamais regrettée, excita dans l'Égypte un tressaillement d'allégresse et d'enthousiasme populaire dont l'histoire offre peu d'exemples. Ce fut, pour Alexandrie surtout, une fête telle que l'empire romain n'en connaissait plus depuis l'abolition des anciens triomphes. Il ne manqua à celui-ci que les spectacles des vaincus enchaînés et l'orgueil du vainqueur. Les populations de l'Égypte étaient accourues pour joindre leurs transports à ceux des habitants et des étrangers de toutes les nations, qui affluaient dans ce port, centre du commerce du monde. Les catholiques révéraient en lui un Saint, le plus illustre défenseur de leur foi ; tous, un grand homme, un bienfaiteur, un père. Au premier bruit de son arrivée, un peuple immense se précipita hors des murs. Les rivages du Nil étaient couverts de spectateurs. On était content de le voir seulement de loin, d'entendre le son de sa voix. Plus heureux ceux qui pouvaient toucher sa robe, ou du moins rencontrer son ombre. Dans la pompe triomphale, le peuple était groupé par rang d'âge, de sexe, de classe, de nation. Les applaudissements, les acclamations, les chants joyeux, qui se succèdent ou se confondent, retentissent de toutes parts. Le soir venu, mille flambeaux inondent la ville de flots de lumière, tandis que la mer est éclairée au loin des feux resplendissants des hautes tours du Musée. Des festins et d'innocents plaisirs prolongent jusqu'au sein de la nuit le bruit et le mouvement du jour. Depuis, quand on voulait dire qu'un gouverneur avait été bien reçu dans la capitale de l'Égypte, on disait, par manière de proverbe, qu'on lui avait fait autant d'honneur qu'au grand Athanase. L'hérésie était vaincue dans Alexandrie. Les catholiques rentrèrent dans toutes les églises, les Ariens furent réduits à tenir leurs assemblées dans des maisons particulières.

Quelque temps après, Athanase se vit exposé à de nouvelles épreuves de la part de Julien. Ce prince avait enfin levé le masque, et ne déguisait plus ses sentiments par rapport au paganisme. Les prêtres des idoles d'Alexandrie se plaignirent à lui de l'efficacité des moyens que le patriarche employait contre leurs superstitions, et ils ajoutèrent que s'il restait plus longtemps dans la ville, on y verrait bientôt les dieux sans aucun adorateur. Leurs plaintes furent écoutées favorablement. L'empereur répondit qu'en permettant aux chrétiens, qu'il appelait Galiléens, par dérision, de revenir dans leur pays, il ne leur avait point accordé le droit de rentrer dans leurs églises ; qu'Athanase en particulier n'aurait pas dû porter la témérité si loin que les autres, lui qui avait été exilé par plusieurs empereurs. Il lui fit donc signifier de sortir de la ville aussitôt l'ordre reçu, et cela sous peine d'être sévèrement puni. Il arrêta même sa mort, et un de ses officiers fut chargé de l'exécution de cet arrêt.

Lorsque les ordres du prince furent arrivés à Alexandrie, la douleur et la consternation s'emparèrent de tous les fidèles. Athanase les consola et leur dit de mettre en Dieu leur confiance, les assurant que l'orage passerait bientôt. Ayant ensuite recommandé son troupeau à ses amis, il s'embarqua sur le Nil pour aller dans la Thébaïde.

L'officier qui avait ordre de le mettre à mort n'eut pas plus tôt été informé de sa fuite, qu'il le poursuivit avec ardeur. Le Saint fut averti à temps du danger. Ceux qui l'accompagnaient lui conseillèrent de s'enfoncer dans les déserts ; mais il n'en voulut rien faire ; il ordonna même qu'on le ramenât vers Alexandrie, en disant : « Montrons que celui qui nous protège est plus puissant que celui qui nous persécute ». L'officier, les ayant joints sans les connaître, leur demanda s'ils n'avaient point vu Athanase. « Vous êtes précisément sur ses traces ; il ne s'en faut de rien que vous lui mettiez la main dessus ». L'officier continua sa route, pendant qu'Athanase se rendit à Alexandrie, où il demeura quelque temps caché.

Julien ayant donné de nouveaux ordres pour qu'on le mît à mort, il se retira dans les déserts de la Thébaïde. Il s'y voyait souvent obligé de changer de demeure pour échapper aux perquisitions de ses ennemis. Il était à Antinoé, lorsque saint Théodore de Thabenne et saint Pammon, tous deux abbés solitaires, vinrent lui rendre visite. Ils le consolèrent en lui assurant que ses peines allaient finir. Ils lui racontèrent ensuite comment Dieu leur avait révélé la mort de Julien. Ils ajoutèrent encore qu'ils avaient appris par la même voie, que Julien aurait pour successeur un prince religieux, mais que son règne serait fort court.

Ce prince était Jovien. Il refusa d'accepter l'empire qu'on lui offrait, jusqu'à ce que l'armée se fût déclarée pour la religion chrétienne. À peine eut-il été placé sur le trône impérial, qu'il révoqua la sentence de bannissement portée contre Athanase. Il lui écrivit en même temps une lettre, où, après avoir donné de justes louanges à sa fermeté et à ses autres vertus, il le priait instamment de venir reprendre le gouvernement de son église.

Athanase n'avait point attendu les ordres de l'empereur pour quitter sa retraite : il en était sorti immédiatement après la mort de Julien, et il était revenu à Alexandrie. Son arrivée imprévue avait causé autant de joie que de surprise. Son premier soin, quand il se vit rendu à son troupeau, fut de reprendre ses fonctions ordinaires. L'empereur, le connaissant pour un des plus zélés défenseurs de l'orthodoxie, lui écrivit une seconde lettre, dans laquelle il le priait de lui envoyer une exposition de la vraie foi, et de lui tracer le plan de conduite qu'il devait suivre par rapport aux affaires de l'Église. Athanase ne voulut répondre qu'après avoir conféré avec de savants évêques qu'il fit assembler pour cet effet. Sa réponse portait qu'il fallait s'attacher à la foi de Nicée, qui était celle des Apôtres, qui avait été prêchée dans les siècles suivants, et qui était encore la foi de tout le monde chrétien, « à l'exception d'un petit nombre de personnes qui avaient embrassé les sentiments d'Arius ».

Les Ariens firent d'inutiles efforts pour noircir Athanase dans l'esprit de l'empereur : ils ne retirèrent que de la confusion de leurs calomnies. Jovien eut envie de voir le saint patriarche, dont il avait conçu une haute idée ; il le manda donc à Antioche, où la cour était alors, et il lui donna mille marques d'estime et d'amitié. Athanase, ayant satisfait au désir et aux consultations du prince, partit d'Antioche et se hâta de retourner à Alexandrie.

Jovien étant mort le 17 février 364, après un règne de huit mois, Valentinien lui succéda à l'empire. Comme il voulait faire sa résidence dans l'Occident, il partagea ses états avec son frère Valens et lui donna l'Orient à gouverner. Ce dernier, qui avait toujours eu du penchant pour l'arianisme, ne tarda pas à manifester ses sentiments. Ayant reçu le baptême en 367, des mains d'Eudoxe, évêque des Ariens de Constantinople, il publia un édit par lequel il bannissait tous les évêques que Constance avait privés de leurs sièges.

À la nouvelle de l'édit, le peuple d'Alexandrie s'assembla en tumulte pour demander au gouverneur de la province qu'on lui laissât son évêque. Le gouverneur promit d'en écrire à Valens, et les esprits se calmèrent. Athanase, voyant la sédition apaisée, s'enfuit secrètement de la ville pour se retirer à la campagne, et il s'y cacha durant quatre mois dans le caveau où son père avait été enterré. La nuit suivante, le gouverneur et le général des troupes s'emparèrent de l'église où il faisait ordinairement ses fonctions. Ils l'y cherchèrent inutilement, sa retraite l'avait dérobé à leur poursuite. C'était la cinquième fois qu'on l'obligeait à quitter son siège.

Dès que le peuple sut le départ du saint patriarche, il en témoigna sa douleur par ses cris et par ses larmes. Tous s'adressèrent au gouverneur et le prièrent de ménager le retour de leur évêque. Valens, informé de tout ce qui se passait, craignit qu'il ne s'élevât quelque sédition ; il prit donc le parti d'accorder aux habitants d'Alexandrie ce qu'ils lui demandaient avec tant de chaleur. En conséquence, il manda qu'Athanase pouvait demeurer en paix à Alexandrie et qu'on ne le troublerait point dans la possession des églises.

On est surpris et effrayé de toutes les scènes horribles que présente l'histoire de l'arianisme. L'impiété, l'hypocrisie, la dissimulation, la malice, la perfidie des Ariens paraîtraient incroyables, si elles n'étaient appuyées sur le témoignage de tous les historiens du temps, et de saint Athanase lui-même. Les faits dont il s'agit étaient notoires ; ils se passaient à la face de tout l'univers ; ils étaient consignés dans les synodes des Ariens ; aussi saint Athanase les inséra-t-il dans son apologie, faite pour devenir publique, avec toutes les circonstances odieuses qui les accompagnaient, sans craindre que l'on s'inscrivît en faux contre tout ce qu'il avançait.

Mais ce serait peu connaître le saint patriarche d'Alexandrie, que de s'en tenir à ces traits éclatants qui ont fait de lui un des principaux héros du christianisme. Sa vie privée doit aussi fixer notre admiration. « Il était, dit saint Grégoire de Nazianze », d'une humilité si profonde que nul ne portait cette vertu plus loin que lui. Doux et affable, il n'y avait personne qui n'eût auprès de lui un accès facile. Il joignait à une bonté inaltérable, une tendre compassion pour les malheureux. Ses discours avaient je ne sais quoi d'aimable qui captivait tous les cœurs ; mais ils faisaient encore moins d'impression que sa manière de vivre. Ses réprimandes étaient sans amertume, et ses louanges servaient de leçon ; il savait si bien mesurer les unes et les autres, qu'il reprenait avec la tendresse d'un père et louait avec la gravité d'un maître. Il était tout à la fois indulgent sans faiblesse et ferme sans dureté. Tous lisaient leur devoir dans sa conduite ; et quand il parlait, ses discours avaient tant d'efficacité qu'il n'était presque jamais obligé de recourir aux voies de rigueur. Les personnes de tout état trouvaient en lui de quoi admirer et de quoi imiter. Il était fervent et assidu à la prière, austère dans les jeûnes, infatigable dans les veilles et dans le chant des psaumes, plein de charité pour les pauvres, condescendant pour les petits, intrépide lorsqu'il s'agissait de s'opposer aux injustices des grands ». Il avait, selon le même auteur, le talent de persuader ceux qui étaient d'un sentiment contraire au sien, à moins qu'ils ne fussent endurcis dans le mal ; et alors ceux qui ne se laissaient pas gagner ressentaient une vénération secrète pour sa personne. Quant à ses persécuteurs, ils trouvaient en lui une âme inflexible et supérieure à toutes les considérations humaines. Semblable à un roc, rien n'était capable de le faire fléchir en faveur de l'injustice.

Athanase, après avoir soutenu de rudes combats et remporté de glorieuses victoires sur les ennemis de la foi, passa à une meilleure vie le 18 janvier 373. Il mourut dans son lit, dit la légende du Bréviaire romain. Il trouvait enfin dans la mort un repos qu'il avait longtemps demandé vainement aux grottes des montagnes et aux profondeurs des déserts. Il avait gouverné quarante-six ans l'église d'Alexandrie.

Voici de quelle manière sa mort est décrite par saint Grégoire de Nazianze : « Il termina sa vie dans un âge fort avancé, pour aller se réunir à ses pères, aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres, aux martyrs, à l'exemple desquels il avait généreusement combattu pour la vérité. Je dirai, pour renfermer son épitaphe en peu de mots, qu'il sortit de cette vie mortelle avec beaucoup plus d'honneur et de gloire qu'il n'en avait reçu à Alexandrie, lorsqu'après ses différents exils, il y rentra de la manière la plus triomphante. Qui ne sait en effet que tous les gens de bien pleurèrent amèrement sa mort, et que la mémoire de son nom est restée profondément gravée dans leurs cœurs ?... Puisse-t-il du haut du ciel abaisser sur moi ses regards, me favoriser, m'assister dans le gouvernement de mon troupeau, conserver dans mon église le dépôt de la vraie foi ? Et si, pour les péchés du monde, nous devons éprouver les ravages de l'hérésie, puisse-t-il nous délivrer de ces maux, et nous obtenir, par son intercession, la grâce de jouir avec lui de la vue de Dieu ? »

On peut représenter saint Athanase dans une barque remontant le Nil et s'enfuyant ; assis, tenant une plume et écrivant. On l'invoque contre les maux de tête, probablement en sa qualité d'homme d'esprit.

## RELIQUES ET ÉCRITS DE SAINT ATHANASE.

Le corps de saint Athanase, déposé un 2 mai, on ne sait en quelle année, dans l'église de Sainte-Sophie, à Constantinople, fut transféré, en 1454, à Venise. La tête, néanmoins, manque. Les Espagnols ont prétendu qu'elle était au monastère de Valvanère, dans le diocèse de Calahorga ; mais cette prétention n'est nullement fondée. Le Père Papebroch parlait, au 2 mai des Acta Sanctorum, de la tradition des moines de Valvanère, dit : « Ils ne peuvent la prouver. C'est pourquoi je me range plus volontiers à l'opinion d'Antoine Yepès, qui affirme que cette tête n'est autre que celle d'un religieux nommé Athanase qui fut cuisinier en ce couvent et y mourut en odeur de sainteté. C'est ce qui donna naissance à la fable d'Athanase le Grand se réfugiant à Valvanère. Tamayus Salazar, dans son martyrologe d'Espagne, partage l'avis d'Yepès... » L'opinion de ces deux auteurs est d'un poids d'autant plus grand, qu'ils ont la manie de naturaliser Espagnols un grand nombre de saints et de reliques qui n'ont jamais appartenu à la péninsule ibérique. La tête de saint Athanase n'est donc pas en Espagne : elle est en France, à Semblançay, dans le diocèse de Tours, où on la vénère encore aujourd'hui. Nous lisons ce qui suit dans une lettre pastorale que Mgr Guibert, archevêque de Tours, a donnée, le 13 décembre 1867, à l'occasion de la translation du chef de saint Athanase le Grand : « L'ancienne paroisse de Serrain... possédait, avant la Révolution, le chef de saint Athanase le Grand. C'est ce que nous apprend une tradition respectable consignée dans nos livres liturgiques ». (Brév. de Tours de 1685.)

« Mais d'où venait cette précieuse relique ? Nous n'avons aucun document écrit qui puisse nous éclairer sur sa provenance. Si jamais quelques titres écrits ont existé, il faut croire qu'au milieu de toutes les vicissitudes du temps, dans les guerres de religion, pendant la Révolution, ces titres ont disparu, comme tant d'autres. Nous sommes donc obligés d'avoir recours à la tradition.

« De tout temps on a cru et dit que le chef de saint Athanase le Grand avait été apporté des croisades par un comte de Semblançay. Il est certain, en effet, que plusieurs de ces seigneurs visitèrent la Terre Sainte.

« Nous citons ces faits uniquement pour montrer que la tradition populaire n'est point dénuée de fondement. Assurément nous ne saurions établir, sur ces simples conjectures, l'origine de la relique du Serrain. Pour le moment, il nous suffit de mentionner la tradition et d'attester que sa vraisemblance est historiquement prouvée.

« Si nous manquons de documents positifs et certains sur l'époque de la translation au Serrain de la relique de saint Athanase, nous ne sommes pas dans la même incertitude en ce qui touche la légitimité et la nature du culte qu'on lui rendait.

« En effet, en 1676, le 18 avril, Mgr Amelot de Gournay, alors archevêque de Tours, adressait à tous les fidèles de son diocèse, un mandement qui nous apprend que ce culte n'était pas nouveau, puisque le prélat déclare avec amertume que, malgré une relique aussi précieuse, on ait laissé l'église tomber en ruine. De plus, il nous autorise à supposer que Mgr Amelot avait des documents positifs et certains, pour reconnaître et affirmer l'authenticité de cette relique. Il y est fait mention d'indulgences plénières accordées, *intuitu capitis sancti Athanasii magni, cujus caput illa (ecclesia) integrum possidet*. Car le souverain Pontife peut seul accorder des indulgences plénières, et l'on ne saurait admettre, sans témérité, qu'il les ait accordées sans preuves suffisantes de l'authenticité de la relique.

« Il est à remarquer, en effet, que l'archevêque ne dit pas que ces indulgences sont accordées à cause de la dévotion des habitants du Serrain pour saint Athanase, mais bien en vue de son chef, que l'église possède en entier. Il ne nous reste plus qu'à constater l'identité de la relique conservée sous ce nom, dans l'église de Semblancay.

« La relique que possède aujourd'hui l'église de Semblancay est certainement la même qui était honorée au Serrain avant la Révolution. À cette époque de profanations sacrilèges, le chef de saint Athanase aurait sans doute éprouvé le même sort que tant de reliques et d'objets précieux qui ont disparu, si la paroisse du Serrain n'eût compté dans son sein quelques hommes de foi. En effet, la relique de saint Athanase et les autres reliques furent recueillies par trois officiers municipaux, enfermées, scellées et confiées à l'un d'eux, comme l'atteste le procès-verbal suivant :

« Aujourd'hui, sixième jour de la première décade du troisième mois de l'an second de la République, nous, officiers municipaux, avons enveloppé et cacheté les reliques connues dans le pays sous le nom de chef de saint Athanase, le bras de saint Étienne et trois ossements de saint Jean et de sainte Marguerite, et avons fait le présent procès-verbal pour en constater la translation et le dépôt qui a été fait chez le père Antoine Aubry, habitant de cette commune ».

« Ce procès-verbal est signé : Durand, maire ; Aubry et Pottier, greffier. On voit encore très-distinctement le cachet de cire rouge posé sur cet authentique d'un nouveau genre.

« Le père Aubry garda soigneusement et avec mystère, ce précieux dépôt. Ce ne fut qu'en 1821, peu de temps avant sa mort, qu'il se décida à le remettre à M. Rutault, alors desservant de la paroisse de Semblancay, dont le hameau du Serrain fait partie. Peut-être le vieillard espérait-il voir un jour l'église du Serrain se relever de ses ruines, et cet espoir fut probablement le motif qui l'engagea à différer la remise de ce dépôt sacré. Quoi qu'il en soit, la relique ne fut remise à M. le curé de Semblancay qu'à cette époque. Le 11 janvier 1821, M. Rutault ouvrit le reliquaire en présence d'Antoine Aubry, et de Pierre Huteur père, marguiller. Il trouva le procès-verbal cité plus haut, les cachets intacts, tels qu'ils avaient été apposés lors du dépôt chez Antoine Aubry. Le curé fit un rapport à Mgr l'archevêque. Mgr du Chilleau délégua M. Desnoux, curé de Luynes, pour constater officiellement l'identité de la relique. Elle fut constatée dans un procès-verbal qui fut déposé au secrétariat de l'archevêché. Mgr du Chilleau autorisa M. le curé de Semblancay à exposer cette relique insigne à la vénération des fidèles, et à célébrer, chaque année, la fête de saint Athanase, du rite solennel majeur. Le chef du saint docteur fut alors placé dans un reliquaire, sur lequel le commissaire délégué apposa ses cachets. On dressa un procès-verbal de la translation, qui eut lieu le 7 mai 1822. Huit prêtres, présents à la cérémonie, le signèrent.

« Quelques années plus tard, le 17 mai 1829, une nouvelle cérémonie eut lieu pour substituer à l'ancien reliquaire un autre plus convenable. Le procès-verbal de cette seconde translation fut dressé par M. Naveau, curé-doyen de Neuillé-Pont-Pierre, qui la présida, et cinq prêtres présents y apposèrent leur signature.

« Les autres reliques consignées dans le procès-verbal des officiers municipaux ont toujours été placées avec le chef de saint Athanase ».

Voici la liste des écrits de saint Athanase :

1° Le Discours contre les païens, écrit vers l'an 318. C'est le premier ouvrage de saint Athanase. On y remarque une grande connaissance de la littérature profane. Le saint Docteur y fait voir l'origine, le progrès et l'extravagance de l'idolâtrie ; il se sert ensuite de deux voies pour conduire les hommes à la connaissance du vrai Dieu : l'une est la nature de notre âme, et l'autre l'existence des choses visibles.

2° Le Discours sur l'Incarnation, écrit vers le même temps, n'est qu'une suite du précédent. Saint Athanase y prouve : 1° que le monde doit avoir été créé ; 2° qu'il n'y a que le Fils de Dieu qui, par son incarnation, ait pu délivrer l'homme de la mort dont le péché l'avait rendu digne.

3° L'Exposition de la foi. C'est une explication des mystères de la Trinité et de l'Incarnation contre les Ariens.

4° Le traité sur ces paroles : Toutes choses m'ont été données par mon Père. Le but du saint Docteur est de combattre les fausses interprétations que les Ariens donnaient à ces mêmes paroles.

5° La Lettre aux évêques orthodoxes, contre l'intrusion de Grégoire sur le siège d'Alexandrie, en 341.

6° L'Apologie contre les Ariens, composée après le second exil du Saint, en 354. C'est un recueil de pièces authentiques qui anéantissaient toutes les accusations des Ariens et qui les convainquaient de calomnie.

7° Le Traité des décrets de Nicée contre les Eusébiens. On y trouve l'histoire de ce qui s'est passé au concile de Nicée contre les partisans d'Arius.

8° L'Apologie de la doctrine de saint Denys d'Alexandrie, dont les Ariens citaient des témoignages pour autoriser leurs erreurs.

9° La Lettre à Draconce. Ce Draconce était abbé d'un monastère. Ayant été élu évêque d'Hermopole, il prit la fuite et se cacha. Saint Athanase lui écrivit, vers l'an 355, la lettre dont il s'agit, pour l'engager à revenir.

10° La Lettre-circulaire aux évêques d'Égypte et de Libye, où les mauvais desseins des Ariens sont manifestés. Elle fut écrite en 357, lorsque George de Cappadoce était sur le point d'usurper le siège d'Alexandrie.

11° L'Apologie adressée à l'empereur Constance en 355. C'est un des plus finis et des plus éloquents de tous les ouvrages de saint Athanase. Il le composa lorsqu'il était dans le désert. Il donna aussi, l'année suivante, un autre écrit sous le titre d'Apologie pour sa fuite, afin de justifier sa retraite. Cette pièce n'est guère moins estimable que la précédente.

12° La Lettre à Sérapion touchant la mort d'Arius. On y trouve des choses importantes sur l'histoire de l'arianisme. Il paraît qu'elle fut écrite en 358. Le Sérapion auquel elle fut adressée, est, à ce que l'on croit, le célèbre évêque de Thmuis.

13° La Lettre aux solitaires, écrite vers le même temps. Il y est parlé des persécutions de saint Athanase. L'arianisme y est aussi réfuté.

14° Les quatre discours contre les Ariens, écrits encore vers le même temps, lorsque le saint Docteur était caché parmi les anachorètes. Photins admire, dans ces discours, une force et une solidité de raisonnement qui écrasent les Ariens. C'est là, dit-il, que saint Grégoire de Nazianze et saint Basile le Grand ont puisé cette éloquence mâle et rapide avec laquelle ils ont si glorieusement défendu la foi catholique. Saint Athanase y fait un usage admirable de la dialectique pour presser ses adversaires ; mais il insiste principalement sur l'autorité de l'Écriture, dont il tire ses armes les plus redoutables.

15° Les quatre Lettres à Sérapion de Thmuis, écrites vers l'an 360. La divinité du Saint-Esprit y est prouvée.

16° Le Traité des Synodes, écrit l'année précédente. Il contient l'histoire de ce qui s'est passé dans les conciles de Séleucie et de Rimini.

17° Le Tome ou la Lettre à l'Église d'Antioche, en 362. Le saint Docteur y exhorte tous les catholiques à l'union, et à recevoir tous les Ariens convertis, pourvu qu'ils déclarent professer la foi de Nicée et la divinité du Saint-Esprit. Le nom de tome que porte cette lettre se donnait communément aux lettres synodales dans le IVe et le Ve siècles.

18° La Lettre à l'empereur Jovien, en 363. Nous en avons parlé dans la vie du Saint.

19° La Vie de saint Antoine fut écrite en 363.

20° Les deux Lettres à Orsise, abbé de Thabenne.

21° Le Livre de l'Incarnation du Verbe, et contre les Ariens. Il est divisé en trois parties. La première contient la réfutation de ce que les Anoméens objectaient contre la divinité de Jésus-Christ. La divinité du Saint-Esprit est établie dans la seconde. Saint Athanase emploie la troisième à prouver, par l'Écriture, la consubstantialité du Verbe.

22° La Lettre aux évêques d'Afrique, vers l'an 369. Nous en avons parlé dans la vie du Saint.

23° Les Lettres à Épictète, à Adelphius et à Maxime, contre les hérétiques qui attaquaient la consubstantialité du Verbe et la divinité du Saint-Esprit.

24° Les deux Livres contre Apollinaire, vers l'an 372.

25° Le Livre de la Trinité et du Saint-Esprit, dont nous n'avons plus qu'une traduction latine.

26° Outre les lettres de saint Athanase, dont nous avons parlé, il en a écrit encore plusieurs autres sur divers sujets.

27° Un Commentaire imparfait sur les Psaumes, qui montre que le saint Docteur avait beaucoup de talent pour ce genre d'écrire. Nous avons aussi des fragments d'un Commentaire sur saint Matthieu, qui porte le nom de saint Athanase. D. de Montfaucon, in Collect. Patr., soutient qu'ils sont véritablement de ce Père. Tournély et d'autres savants les mettent au nombre des ouvrages douteux de saint Athanase.

28° On met dans la même classe les livres de l'Incarnation du Verbe de Dieu, de la consubstantialité des trois Personnes divines, de la Virginité, la Synopse de l'Écriture, etc. Ces différents ouvrages sont fort bien écrits ; l'on estime surtout le Livre de la Virginité. L'Histoire de ce crucifix de Béryte, dont il sortit du sang lorsque les Juifs l'eurent percé en dérision du Sauveur, est indigne de saint Athanase.

29° Le symbole qui porte le nom du saint Docteur ne lui est attribué que parce qu'il renferme une explication du mystère de la Trinité, sur lequel saint Athanase a si bien écrit et pour la défense duquel il a montré tant de zèle. Il fut rédigé en latin dans le Ve siècle. Waterland a publié une bonne dissertation sur ce symbole. Il a recueilli tout ce qui avait été dit de plus intéressant sur le même sujet par plusieurs habiles critiques.

30° On a retrouvé une version syriaque des Lettres pastorales de saint Athanase, un opuscule sur les Asymes et un traité sur le Titre des palmes.

Photius observe, cod. 140, que le style de saint Athanase est clair, nerveux, plein de sens et de vivacité, sans avoir rien de superflu. Ce Père paraît digne d'être placé, pour le mérite de l'éloquence, immédiatement après saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome.

Érasme était grand admirateur du style de saint Athanase, et il le préférait à celui de tous les autres Pères. « Il est partout », dit-il, « facile, élégant, orné, fleuri, et admirablement adapté aux différents sujets que traite le saint Docteur ; et si quelquefois il n'a pas toute la politesse que l'on pourrait désirer, il faut s'en prendre aux embarras des affaires et aux persécutions qui ne permettaient pas à saint Athanase de mettre la dernière main à tous ses ouvrages ». Un ancien moine, nommé Côme, avait coutume de dire, touchant les écrits de notre Saint : « Quand vous trouverez quelque chose de saint Athanase, si vous n'avez pas de papier, écrivez-le sur vos habits ». Prof. Spirit., c. 40.

La meilleure édition des œuvres de saint Athanase est celle du savant Père de Montfaucon, laquelle parut à Paris en 1698. Elle est dédiée au pape Innocent XII, et en trois volumes in-fol., qui ne font néanmoins que deux tomes. Le deuxième tome de la Collection des Pères, que le Père de Montfaucon donna à Paris en 1706, est comme un supplément à son édition des œuvres de saint Athanase.

L'édition donnée par le Père de Montfaucon a été réimprimée à Padoue en 1777, 4 vol. in-fol., et quelqu'un y ait inséré les pièces renfermées dans le second tome de la Nouvelle Collection des Pères, on lui préfère celle de Paris, à cause de la beauté de l'exécution.

M. Migne a publié une nouvelle édition des œuvres de saint Athanase dans la Patrologie grecque ; c'est la plus complète. Elle reproduit, avec de nombreuses additions, celle de Padoue de 1777, mais dans un ordre plus rationnel. Le premier et le deuxième volumes (tomes xiv et xvii de la Patrologie grecque) contiennent, avec les prolégomènes, les œuvres historiques et dogmatiques ; le troisième (tome xviii) contient les exégétiques, et le quatrième (tome xlviii), les œuvres douteuses et supposées. Arnaud d'Andilly a donné, en français, la vie de saint Antoine. On trouvera dans les Chefs-d'œuvre des Pères (vol. iii), avec la version latine en regard, la traduction française de l'Apologie à Constance, les deux Livres contre Apollinaire, etc.

Voir 1° les conciles généraux et particuliers tenus de l'an 313 à l'an 373, dans les Conciles gén. et part. de Mgr Guérin, 4 vol. in-8°, Bar-le-Duc, 1869-71 ; 2° le panégyrique de saint Athanase par saint Grégoire de Nazianze ; 3° l'Histoire de l'Église ; 4° Godoseard, à qui nous avons emprunté la rédaction de quelques détails biographiques, laissant de côté une suite sans fin de discussions secondaires qui appartiennent à l'histoire générale, et non à la vie de saint Athanase ; 4° un recueil intitulé : les Chrétiens illustres des quatre premiers siècles de l'Église, par M. Marty, Paris, Albanel, 1868, in-12 : cet excellent livre, plein de chaleur et de conviction, est un *De viris chrétien* écrit en fort bon français ; 5° A.A. SS., L. IV de mai ; Dom Ceillier ; 6° Mandement de Mgr l'archevêque de Tours, en date du 13 décembre 1867. Ce dernier document nous a été communiqué par M. l'abbé Rolland, adm. du pens. des Frères à Tours.

Événements marquants

  • Élection comme évêque-enfant lors d'un jeu sur le rivage
  • Participation au Concile de Nicée en 325 comme diacre
  • Élection au patriarcat d'Alexandrie en 326
  • Lutte contre l'hérésie arienne et le schisme mélécien
  • Cinq exils successifs sous les empereurs Constantin, Constance, Julien et Valens
  • Séjour auprès de saint Antoine et des solitaires de la Thébaïde
  • Retour triomphal à Alexandrie sous Jovien

Miracles

  • Reconnaissance providentielle de son futur ministère par saint Alexandre alors qu'il jouait à l'évêque enfant
  • Protection invisible lors de l'attaque de son église par les troupes impériales

Citations

Athanase fut la colonne de l'Église. Il devint, par sa conduite, le modèle des évêques.

— Saint Grégoire de Nazianze

Tu fuis, Athanase, mais tu n'échapperas pas.

— Saint Alexandre (sur son lit de mort)