Saint Stanislas Kostka de Pologne

Novice de la Compagnie de Jésus

Fête : 13 novembre 16ᵉ siècle • saint

Résumé

Jeune noble polonais, Stanislas Kostka s'enfuit de Vienne à pied pour rejoindre la Compagnie de Jésus à Rome malgré l'opposition de sa famille. Marqué par des visions mystiques de sainte Barbe et de la Vierge Marie, il vécut un noviciat d'une ferveur exceptionnelle. Il mourut à seulement 18 ans, le jour de l'Assomption 1568.

Biographie

SAINT STANISLAS KOSTKA DE POLOGNE,

NOVICE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

balayait quelquefois, par humilité, la chambre de son frère, et il avait tant de compassion des misères du prochain, qu'il n'épargnait rien de ce qu'un jeune écolier peut faire pour le secourir.

À mesure qu'il avançait en âge, l'amour de Dieu s'enflammait davantage en son cœur : aussi, étant rempli du désir de le servir parfaitement, il conçut le dessein d'entrer dans la Compagnie de Jésus, et en fit même le vœu par un mouvement secret du Saint-Esprit, qui l'avait choisi pour en faire une des plus grandes lumières de ce saint Ordre. Il n'en parla néanmoins à son confesseur que six mois après, ne voulant pas que la chose fût connue de personne avant qu'il fût en état de l'exécuter. Cependant il tomba dangereusement malade, et alors le démon, qui ne pouvait souffrir sa ferveur et qui craignait que, s'il vivait plus longtemps et qu'il entrât dans la Société, il ne remportât une infinité de victoires sur lui, apparut dans sa chambre sous la forme d'un chien noir d'une figure épouvantable, et le prit trois fois à la gorge pour l'étrangler. Mais le saint jeune homme le chassa autant de fois par le signe de la croix et en invoquant le nom adorable de Jésus-Christ : ce qui le contraignit de disparaître. La maladie devint ensuite si violente, que les médecins, n'y voyant plus de remède, l'abandonnèrent. Stanislas était résigné à toutes les dispositions de la divine Providence et ne souhaitait pas moins la mort que la vie ; mais il avait une grande peine : il était logé dans l'hôtel d'un luthérien, le sénateur Kimberker, qui ne voulait pas souffrir qu'on apportât le saint Sacrement chez lui ; d'ailleurs, son frère et son gouverneur n'avaient pas assez de résolution pour le lui faire apporter malgré leur hôte. Dans cette inquiétude, il se souvint qu'il avait lu, dans la vie de sainte Barbe, qui, d'ailleurs, était la patronne de son collège, que ceux qui implorent son secours ne mourront point sans avoir reçu les sacrements. Comme, en effet, au jour de sa fête précédente, après la confession et la communion, il lui avait demandé instamment cette grâce, il s'adressa donc encore à elle et la supplia de l'assister dans le danger évident où il était de mourir sans communier. Sa prière fut exaucée : car une des nuits suivantes qu'il semblait être plus proche de la mort, cette bienheureuse vierge et martyre entra dans sa chambre, accompagnée de deux anges d'un éclat merveilleux, qui portaient le très-saint Sacrement. Il avertit aussitôt le sieur Jean Bilinski, son gouverneur, qui était auprès de son lit, et qui, depuis, a été chanoine de Posla, de la présence de Notre-Seigneur et de ces bienheureux Esprits, afin qu'il leur rendît l'honneur qu'il leur est dû ; et, après mille témoignages de respect et de reconnaissance, il reçut cet aliment céleste de la main de la Sainte qui le lui présenta. Cette insigne faveur fut suivie d'une autre fort remarquable : lorsqu'on ne pensait plus qu'à le voir expirer, la sainte Vierge lui apparut, ayant son divin Fils entre ses bras. Elle lui fit diverses caresses, et, l'ayant assuré que Dieu le voulait dans la Compagnie de Jésus, pour lui en donner des marques, elle lui mit ce trésor inestimable sur son lit. On ne peut concevoir l'ardeur, le respect, la tendresse et la consolation que ressentit ce saint jeune homme en voyant son lit orné d'une fleur si précieuse. La maladie ne put subsister devant l'auteur du salut et de la vie. Stanislas commença dès lors à se mieux porter, et, contre le sentiment de tous les médecins, il revint bientôt en convalescence. C'est lui-même qui a donné connaissance de ces deux visites du ciel, s'étant trouvé obligé, à la fin de sa vie, de les découvrir au révérend Père Emmanuel Sa et à l'un de ses compagnons de noviciat, appelé Étienne Auguste ; mais, bien loin d'avoir en cela son propre témoignage pour suspect, il n'y a personne qui

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n'y doive entièrement déférer, puisqu'il était trop éclairé et possédait à un trop haut degré le don de discernement, pour prendre de fausses visions pour de véritables, et que son humilité le met hors de tout soupçon d'avoir feint des révélations pour se procurer de l'estime.

Depuis ce temps-là, il ne pensa plus qu'à quitter le monde et à se faire recevoir dans la Compagnie ; mais son confesseur, à qui il déclara enfin son secret, lui dit qu'on ne le recevrait pas à Vienne, où il était écolier, s'il n'avait le consentement de ses parents ; ne pensant pas le pouvoir obtenir, il jeta les yeux sur une autre province, où on l'assura qu'on ne lui ferait pas cette difficulté. Il fallait, pour s'y rendre, se dérober à son frère, qui exerçait sur lui une surveillance fort sévère et le traitait souvent avec beaucoup de rigueur. La chose n'était pas facile, mais il en trouva une occasion très-favorable : Un jour cet aîné, qui était d'une tout autre humeur que lui, lui parla fort rudement et le menaça même de le frapper ; Stanislas lui dit avec sa douceur ordinaire que, s'il continuait d'en agir de la sorte avec lui, il serait obligé d'en avertir son père et de se retirer. Paul lui répondit avec colère qu'il s'en allât où il voudrait, et qu'il ne s'en mettait nullement en peine. C'était là le congé que Stanislas attendait : il ne répliqua rien ; mais, s'étant confessé et ayant communié, il s'habilla pauvrement et prit le chemin d'Augsbourg, pour y aller demander l'habit au révérend Père Canisius, provincial de la Haute-Allemagne, ayant pour cela des lettres de recommandation d'un Père de la Compagnie, prédicateur de l'impératrice.

Quand son frère ne le vit plus, il en fut extrêmement affligé, d'autant plus qu'il croyait que c'étaient ses mauvais traitements qui l'avaient obligé de s'enfuir. Il le chercha partout dans Vienne ; et ne l'ayant point trouvé, il monta en voiture avec son gouverneur et quelques autres personnes, pour courir après lui sur le chemin d'Augsbourg. Ils ne furent pas longtemps sans l'atteindre, parce qu'il était à pied ; mais Dieu permit qu'ils passassent sans le connaître, et dès qu'ils furent un peu plus loin, leurs chevaux reculant au lieu d'avancer, ils furent contraints de retourner à Vienne : ainsi Stanislas, triomphant de leurs poursuites, continua heureusement sa route. Le lendemain matin, souhaitant de communier, il entra dans une église de village, qu'il croyait être aux catholiques ; mais ayant découvert qu'elle était aux Luthériens, il en sortit au plus tôt, et pria cependant Notre-Seigneur de ne le pas priver ce jour-là de l'aliment de vie dont son cœur était affamé. Sa prière fut exaucée, et un ange descendit du ciel à l'heure même, et lui mit dans la bouche le sacrement adorable de nos autels. Si le pain cuit sous la cendre que mangea le prophète Élie, et qui n'était qu'une figure très-imparfaite de nos saints mystères, lui donna des forces pour marcher quarante jours et quarante nuits sans se lasser, il ne faut pas s'étonner que Stanislas, fortifié par cette nourriture divine, soit arrivé heureusement à Augsbourg. Il fit même encore dix lieues de plus avec une joie et une ferveur merveilleuses, parce que le révérend Père Canisius, qu'il cherchait, était pour lors à Dilingen. Ce vénérable supérieur l'accueillit avec toutes sortes de bontés, et reconnaissant en lui quelque chose de céleste, il lui donna aussitôt entrée dans la Compagnie. Mais, afin qu'il ne fût pas exposé aux violences de ses parents, il l'envoya à Rome avec deux compagnons pour y prendre l'habit. C'est un chemin de deux cent soixante lieues, que les bois, les rochers, les montagnes et les eaux rendent extrêmement pénible et difficile : il le fit néanmoins à pied, tout faible et délicat qu'il était, surmontant par sa ferveur des difficultés si terribles; et le chemin même lui parut court, parce que son zèle et son amour semblaient lui donner des ailes pour voler. Saint François de Borgia, alors général, reçut ce grand trésor avec beaucoup d'actions de grâces envers la divine Bonté, et on lui donna l'habit le jour de saint Simon et saint Jude, de l'année 1567.

Son père, ayant appris qu'il était jésuite, lui écrivit des lettres pleines d'injures et de reproches, comme s'il avait fait un affront à sa famille d'entrer dans une Société si sainte et si illustre; il le menaçait aussi, s'il revenait jamais en Pologne, de le maltraiter, de le mettre dans une basse-fosse et de le charger de fers. Le Bienheureux lui répondit à la fois avec modestie et fermeté, qu'il croyait avoir honoré sa maison en lui donnant alliance avec la Compagnie de Jésus; qu'il ne craignait aucune menace, parce que ce serait pour lui un bonheur de souffrir quelque chose pour le service de son Dieu, à qui il avait consacré toute sa vie.

Qui pourrait représenter l'allégresse qu'il conçut de se voir à Rome, dans le noviciat de la Compagnie, une des plus excellentes écoles de vertu qui fût, non-seulement en cette ville capitale du monde chrétien, mais aussi dans toute l'Europe? Il versait souvent des ruisseaux de larmes par la grande joie dont son cœur était inondé; et, pour ne pas perdre le fruit d'une grâce qu'il estimait tant, il s'appliqua d'abord, avec un courage invincible, à tous les exercices qui pouvaient le porter à la perfection. Il a plus avancé dans cette voie pendant les dix mois qu'il vécut après son entrée dans la Compagnie, que d'autres, pleins de ferveur, n'avancent en cinquante et en soixante ans. On vit dès lors en lui un concert merveilleux de toutes les vertus. Appuyé sur la connaissance de lui-même, c'est-à-dire de son néant, de ses faiblesses, de son incapacité pour tout bien et de sa corruption originelle, il avait une humilité que les louanges ne pouvaient altérer et que les rebuts ni les humiliations ne pouvaient lasser. Il regardait tous ses confrères comme des anges, et il ne se regardait que comme un grand pécheur, indigne de tenir rang parmi eux et d'être de leur nombre. C'est pourquoi il se mettait toujours le dernier, demandait par grâce les plus mauvais habits et les emplois les plus vils, et souhaitait que toutes les réprimandes et les pénitences fussent pour lui. Jamais on ne le vit ni accuser les autres, ni s'excuser lui-même, ni éviter une confusion, ni cacher une faute qui pouvait lui attirer quelque blâme et quelque correction: et pourtant ses fautes étaient bien rares et de celles seulement qu'un novice ne peut toutes éviter. Son désir, au contraire, était qu'on ne pensât à lui que pour le mépriser, et que nulle créature ne fût jamais occupée de son estime.

Il joignait à cette humilité une austérité de vie peu commune: ses supérieurs ne le pouvaient rassasier de mortifications; et, bien qu'on ait su, par la déposition de ses confesseurs à qui il avait fait sa confession générale, qu'il avait conservé toute sa vie la robe d'innocence qu'il avait reçue au baptême, il affligeait son corps par des tourments continus, comme s'il eût été coupable des crimes les plus énormes et les plus difficiles à expier. Le cilice était sa chemise la plus ordinaire, le jeûne son repas le plus délicieux; il prenait aussi fort souvent la discipline jusqu'au sang; et, s'il ne se traitait pas encore plus rudement, c'est parce que son maître arrêtait la véhémence de son zèle et ne lui permettait pas de s'accabler sous le poids d'une sévérité impitoyable. Comme il avait quitté avec tant de courage les grands biens qu'il pouvait posséder dans le monde, il n'avait garde de s'attacher à de petits meubles, auxquels les jeunes novices mettent

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souvent leur affection. Il était parfaitement pauvre, c'est-à-dire dégagé de toutes choses : Dieu était tout son trésor, et, ayant trouvé en lui la plénitude de tous les biens, il n'aimait que lui et ne voulait rien au ciel ni sur la terre que lui. Sa chasteté était tout angélique, et nous pourrions bien dire qu'il a plutôt ignoré le plaisir charnel qu'il ne l'a vaincu. Son regard même inspirait la pureté à ceux qui le voyaient, et c'était assez d'approcher de sa personne, pour concevoir de l'horreur de tout ce qui est contraire à l'honnêteté et capable d'en ternir l'éclat. Il possédait la vertu de l'obéissance dans le plus haut degré, et il était si souple pour tout ce que ses supérieurs désiraient de lui, qu'il prévenait même leurs commandements et les signes extérieurs de leur volonté. Il respectait tous ceux qui étaient chargés de quelque office, comme s'ils eussent été ses maîtres, et on ne l'a jamais vu résister à leurs ordres, ni même témoigner d'y avoir aucune répugnance. Que dirons-nous de sa modestie, de son humeur douce et obligeante, de son exactitude à garder le silence hors les occasions où il était obligé de parler par nécessité ou par charité, et de son recueillement continuel et de sa constance à ne jamais transgresser aucun point de ses Règles ?

Pour ce qui est de son oraison, nous avons déjà dit qu'il s'exerçait en cette sainte pratique dès qu'il étudiait les humanités, à Vienne, et il y était dès lors si fervent, qu'un jour on eut bien de la peine à le faire revenir d'une défaillance que sa trop longue application à nos saints mystères lui avait causée. Depuis qu'il fut religieux, il s'y rendit encore incomparablement plus assidu. Il y employait toutes les heures du jour, où l'obéissance ne l'occupait point ailleurs, et il prenait encore beaucoup sur son sommeil pour continuer plus tranquillement son oraison, à la faveur du profond silence où sont alors toutes les créatures. Mais pourquoi ne dirons-nous pas que sa vie était une oraison perpétuelle, puisqu'il faisait toutes ses actions avec tant de paix intérieure, et d'union d'esprit et de cœur avec Dieu, qu'il n'y avait nulle interruption dans sa prière ? Ce qui est admirable et fort rare, même dans les plus grands Saints, c'est qu'il s'était tellement rendu maître de son imagination, qu'il n'avait point de distraction dans cet exercice ; aussi, quand ses confrères se plaignaient des égarements d'esprit qu'ils souffraient dans leurs dévotions, il en était tout surpris et ne pouvait presque comprendre ce qu'ils voulaient dire. Son extérieur, pendant l'oraison, était si dévot, qu'il charmait tous ceux qui avaient le bonheur de le voir, et souvent les autres novices jetaient un moment les yeux sur lui, non par curiosité, mais parce que son exemple les aidait à se recueillir et à se rendre plus attentifs.

Il recevait de Dieu, dans cet entretien avec lui, des lumières et des grâces extraordinaires. Il eut surtout le don des larmes, et il en versait quelquefois des torrents avec une douceur inexplicable. Le don de la sagesse et de la connaissance des choses spirituelles lui fut aussi accordé, et il en parlait, dans les occasions, d'une manière si haute et si lumineuse, qu'on ne pouvait assez admirer sa prudence et son élévation dans un âge si peu avancé. Les consolations divines accompagnaient souvent ces lumières, et toutes ces ferveurs allumaient un si grand feu d'amour en son cœur, qu'il fallait lui mettre des linges mouillés sur la poitrine pour en tempérer les ardeurs. Il obtenait aisément ce qu'il demandait à Dieu, et un jour qu'un religieux, pressé d'une violente tentation, le pria de lui en impétrer la victoire, il n'eut pas plus tôt élevé ses mains pures et innocentes vers le ciel, que ce religieux fut entièrement délivré. Il faudrait la

plume d'un ange pour traiter dignement de sa tendresse et de son affection filiale envers la sainte Vierge. Marie était sa Dame, sa Maîtresse et sa très-bonne Mère; il lui parlait jour et nuit, et il semblait qu'il n'eût point d'autre sollicitude que de lui plaire et de faire quelque chose qui lui fût agréable; s'il méditait dans le secret de son oratoire, il ne manquait pas de s'occuper de ses grandeurs et de s'entretenir amoureusement avec elle; s'il parlait à ses confrères, tout son plaisir était de leur expliquer ses excellences, et de faire des conférences pieuses sur la manière de l'honorer et de la servir. En un mot, Marie était toujours dans son esprit, dans son cœur et sur sa langue, et on ne pouvait lui donner plus de contentement que de témoigner de l'amour et du respect pour cette auguste Reine des anges et des hommes. Ce fut grâce à lui que le maître des novices ordonna à tous ses disciples de ne pas manquer chaque matin, dès qu'ils seraient levés, de se mettre à genoux, tournés vers l'église de Sainte-Marie-Majeure, pour demander à la sainte Vierge sa bénédiction, et de le faire encore, le soir, après l'examen de conscience: la coutume s'en est conservée dans ce noviciat.

Enfin, sous l'impression de cet amour pour la Mère de Dieu, notre saint novice souhaita de mourir la veille de l'Assomption de Notre-Dame, et il eut révélation que son désir était exaucé. Le 9 août, vigile de saint Laurent, saint dont le culte lui était échu pour ce mois, étant à la conférence avec ses compagnons, il leur demanda ce qu'on pouvait faire pour imiter ce saint diacre en son martyre: chacun répondit selon sa pensée; et, pour lui, il dit qu'il désirait faire, en son honneur, quelque mortification publique, afin qu'il lui obtint de la sainte Vierge d'être présenté dans le ciel au jour de sa glorieuse Assomption. En effet, le jour même, ayant dit sa coulpe à la communauté, au réfectoire, il baisa les pieds de tous les religieux, prit sa discipline, demanda humblement aux uns et aux autres, par aumône, le pain qu'il devait manger, suivant la coutume de la Compagnie, et dina humblement à terre, comme indigne d'être assis avec ses confrères. De là, il alla servir à la cuisine, où, en voyant le feu allumé, il entra dans une profonde méditation du tourment de saint Laurent, couché sur le gril. Son application fut si grande, que, jointe aux mortifications qu'il avait faites ce jour-là, elle le fit tomber en défaillance. Il fallut l'enlever et le porter sur le lit. La fièvre le prit, et on fut obligé de le coucher. Les médecins étant appelés, dirent que ce ne serait rien; mais il assura le Père recteur qu'il mourrait la veille de la mi-août. Ses forces diminuèrent toujours depuis, et un flux de sang, qui lui survint avec une sueur froide, acheva de faire désespérer de sa vie. Ayant reçu les sacrements, il pria qu'on lui permît de mourir à terre. Son cœur et sa langue ne furent plus ensuite occupés qu'à louer Dieu de la grâce qu'il lui avait faite de l'appeler en la compagnie de Jésus, qu'à s'entretenir amoureusement avec Jésus et Marie, dont il avait les images sacrées devant les yeux, et qu'à témoigner sa joie de mourir si tôt pour aller jouir du souverain bonheur. Il baisa souvent les plaies du Sauveur, représentées sur son crucifix, et il se fit réciter les litanies des Saints qu'il avait eus pour patrons depuis qu'il était religieux. Enfin la sainte Vierge vint elle-même recevoir son âme, et il la rendit entre ses mains le 15 août 1568, un peu après trois heures du matin, la dix-huitième année de son âge et le dixième mois seulement de son noviciat.

13 NOVEMBRE.

Son visage parut si beau après sa mort, qu'on eût dit qu'il était encore vivant. On le mit dans un cercueil, ce qui ne se faisait pas aux autres religieux, et il fut enterré dans l'église de Saint-André, qui est la maison de probation. Personne n'y avait encore été inhumé, et il fut le premier qui enrichit cette terre par le dépôt de ses membres précieux. Tout le monde voulut lui baiser les pieds et assister à son enterrement ; ce qui fit dire au docteur François Tolet, que le pape Clément VIII fit depuis cardinal : « Voilà sans doute une chose merveilleuse, qu'un petit novice polonais, qui vient de mourir, se fasse honorer de la ville de Rome comme un Saint ».

On voit dans l'église de Saint-André du Mont-Cavallo, à Rome, plusieurs tableaux représentant le Saint. Dans l'un, on le voit recevant de la sainte Vierge le saint enfant Jésus dans ses bras. Deux autres tableaux le représentent baignant avec de l'eau sa poitrine brûlante de l'amour divin, et recevant la sainte hostie de la main d'un ange. On y voit aussi partout, sculptée en marbre blanc, une colombe portant dans son bec une branche d'olivier : symbole de la pureté, de la douceur et de la paix, dont le jeune Stanislas fut comme le vivant tabernacle.

## CULTE ET RELIQUES.

La réputation de Stanislas Kostka se répandit aussitôt après sa mort dans l'Italie, dans la Pologne et dans toute l'Europe, et son image devint en telle vénération, qu'il n'y avait point de prélat ni de seigneur polonais qui ne voulût l'avoir, et le roi même la mit dans sa galerie au rang des images des Saints.

Il se fit de tous côtés de grands miracles par son intercession ; ce qui porta le pape Clément VIII, en 1664, à le déclarer bienheureux, et à donner dix ans et dix quarantaines d'indulgences à ceux qui visiteraient une chapelle bâtie à son honneur au royaume de Pologne. Son tombeau est devenu fort célèbre par les guérisons surnaturelles que les malades y ont reçues. On l'invoque pour les battements de cœur, les enflures, les ruptures des membres, les maux d'yeux et les fièvres quartes et continues.

Paul V approuva un office en son honneur pour les églises de Pologne. Clément X permit aux Jésuites de réciter cet office, et fixa la fête du serviteur de Dieu au 13 novembre, jour auquel son corps fut trouvé, sans aucune marque de corruption, dans l'église du noviciat fondée par le prince Pamphili. Notre Saint-Père le pape Pie IX a attaché de riches indulgences à trois prières qu'on trouvera dans l'opuscule intitulé : *Nemoine* en l'honneur de saint Stanislas Kostka, par le révérend Père Picot de Clorivière (Paris, 1861). Il y a d'autres opuscules contenant des neuvaines et des prières semblables en l'honneur de saint Louis de Gonzague (avec des indulgences encore plus riches), de saint François Régis, etc. ; les pasteurs ne sauraient trop les recommander ; ils feraient mieux encore de les offrir aux âmes pieuses, et surtout à la jeunesse.

A Saint-André du Quirinal est le noviciat des Jésuites. La chambre ou cellule qu'a occupée saint Stanislas Kostka a été conservée jusqu'aujourd'hui et est convertie en chapelle. C'est un des sanctuaires que les pieux pèlerins aiment le plus à visiter, soit pour y offrir le saint sacrifice s'ils sont prêtres, soit pour avoir le bonheur d'y communier s'ils sont laïques. À l'endroit même où saint Stanislas rendit le dernier soupir, on a placé un monument en marbre polychrome par Pierre Legros, sculpteur français (mort en 1719). Le Saint est représenté étendu sur son lit ; la tête, les mains et les pieds sont de marbre blanc ; la soutane est de marbre noir ; les coussins et les matelas sont de marbre jaune. — Dans une chambre contiguë est le portrait authentique du Saint. — Les ossements de saint Stanislas sont dans l'église de Saint-André, au rez-de-chaussée, et renfermés sous l'autel d'une chapelle qui lui est consacrée ; la châsse qui les renferme est en argent doré et ornée de magnifiques sculptures, de larges incrustations de lapis-lazuli et d'un grand nombre d'autres pierres précieuses. Plusieurs lampes brûlent constamment devant son tombeau.

Nous avons conservé le récit du P. Giry, que nous avons revu et complété.

SAINT BRICE, ARCHEVÊQUE DE TOURS.

Événements marquants

  • Vœu secret d'entrer dans la Compagnie de Jésus lors d'une maladie à Vienne
  • Vision de sainte Barbe apportant le Viatique
  • Vision de la Vierge Marie lui remettant l'Enfant Jésus
  • Fuite de Vienne vers Augsbourg à pied pour échapper à sa famille
  • Entrée au noviciat à Rome sous saint François de Borgia en 1567
  • Mort à l'âge de 18 ans le jour de l'Assomption

Miracles

  • Apparition de sainte Barbe et de deux anges apportant la communion
  • Apparition de la Vierge Marie déposant l'Enfant Jésus sur son lit
  • Guérison instantanée après la visite céleste
  • Chevaux de ses poursuivants reculant miraculeusement
  • Ange apportant la communion dans une église luthérienne
  • Corps trouvé sans corruption lors de sa translation

Citations

Voilà sans doute une chose merveilleuse, qu'un petit novice polonais, qui vient de mourir, se fasse honorer de la ville de Rome comme un Saint

— Cardinal François Tolet