Saint Prosper d'Aquitaine (Docteur de l'Église)

Docteur de l'Église

Fête : 25 juin 5ᵉ siècle • saint

Résumé

Savant laïque d'Aquitaine au Ve siècle, Prosper fut le plus ardent défenseur de saint Augustin contre les semi-Pélagiens. Secrétaire du pape Léon le Grand, il mit son érudition au service de la doctrine de la grâce et de la chronologie. Il est reconnu comme Docteur de l'Église pour ses nombreux traités théologiques et poétiques.

Biographie

SAINT PROSPER D'AQUITAINE,

DOCTEUR DE L'ÉGLISE — ET SAINT PROSPER, ÉVÊQUE DE REGGIO

V° siècle.

Doctrina in tribus consistit : in suggillatione vitiorum, in plantatione fidei, in ædificatione morum.

La doctrine consiste en trois choses : à détruire les vices, à implanter la foi, à édifier les mœurs.

Rag. eard., sup. Excl.

Ce savant homme ne nous paraît presque, dans l'Histoire ecclésiastique, que les armes à la main contre les hérétiques. Gennade dit qu'il était d'Aqui-

taine; et, en effet, on l'appelle ordinairement saint Prosper d'Aquitaine, pour le distinguer des autres de même nom. La principale connaissance que nous avons de l'histoire de notre Saint, se tire de ses propres ouvrages. Ils nous sont une preuve non équivoque qu'il s'était appliqué à l'étude des belles-lettres, et qu'il avait reçu une éducation toute chrétienne, qui lui avait inspiré une piété aussi solide qu'éclairée. La connaissance de la religion qu'il puisa dans les Livres saints, alla toujours se perfectionnant en lui, par le soin qu'il prit de lire les écrits des Pères qui l'avaient précédé.

Ayant quitté l'Aquitaine, sa patrie, il se retira en Provence, où il reçut les livres *De la Correction* et *De la Grâce*, de saint Augustin. Quelques prêtres de ce pays commençaient à murmurer contre la doctrine de saint Augustin, qui combattait avec beaucoup de vigueur l'hérésie des Pélagiens.

La lecture de ce livre ne les fit point revenir de leurs préjugés. Un pieux laïque, nommé Hilaire, prit le parti du saint docteur, et se chargea du soin de venger la foi de l'Église. Comme il était connu de saint Augustin, il voulut procurer le même avantage à saint Prosper. Il l'engagea donc à écrire à ce saint évêque, le jugeant très-capable de lui expliquer en quoi consistait l'erreur de ceux qu'ils avaient à combattre, et de lui proposer les difficultés sur lesquelles il était nécessaire qu'il donnât des éclaircissements.

Saint Prosper en informa donc ce saint Docteur, et lui écrivit une belle lettre qui nous est demeurée : il lui explique toutes les plaintes qu'ils faisaient contre ses dogmes, et lui marque les moyens dont ils se servaient pour établir un milieu entre ce qu'il enseignait, sur la nécessité de la grâce pour les bonnes œuvres, et ce que Pélage avait enseigné sur la force et la suffisance de la nature.

Saint Augustin, pour réfuter et éclairer ces semi-Pélagiens, composa les livres *De la prédestination des Saints* et *Du Don de la persévérance*. Il y établit solidement la nécessité où nous sommes de la grâce de Jésus-Christ, non-seulement pour achever le bien, mais aussi pour le commencer, pour le vouloir, pour le désirer, pour y penser saintement, et pour les premières démarches de la foi et de la conversion. Cependant, ces divins livres, bien loin de fermer la bouche aux semi-Pélagiens, leur donnèrent, au contraire, une nouvelle matière de se plaindre de la doctrine du même saint Augustin : ils ne pouvaient, prétendaient-ils, accorder cette doctrine avec les autres vérités catholiques sur la volonté que Dieu a de sauver tous les hommes, sur la mort de Jésus-Christ pour tout le monde, et sur la malice inexcusable des pécheurs, qui ne se damnent que parce qu'ils se veulent damner.

Les semi-Pélagiens n'osant combattre ouvertement la doctrine contenue dans les deux livres de saint Augustin, eurent recours à la calomnie; ils accusèrent le saint Docteur et ses disciples d'introduire une fatalité et d'admettre deux natures dans l'homme. Rufin, ami de saint Prosper, sachant qu'on l'accusait d'être dans de mauvais sentiments, lui en écrivit pour s'assurer de la vérité. Saint Prosper reçut sa lettre comme un gage de son amitié, et le satisfait pleinement par une lettre assez longue, où il lui explique quels étaient les bruits que les ennemis de saint Augustin répandaient, quel motif ils en avaient, dans quelles erreurs ils étaient eux-mêmes, et quelle était la véritable doctrine de saint Augustin sur la grâce et sur le libre arbitre.

Saint Prosper ayant reproché, dans la même lettre, aux calomniateurs

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de saint Augustin de n'oser découvrir leurs sentiments, ils le firent par divers écrits, où, toutefois, ils s'appliquaient moins à marquer ce qu'ils pensaient eux-mêmes sur les matières de la grâce, qu'à tirer de fausses conséquences de la doctrine établie par saint Augustin. Mais notre Saint les réfuta avec autant de force que de modestie dans deux épigrammes; et, afin de relever et de mieux faire connaître des vérités si importantes, qu'on s'efforçait de décrier avec tant de malignité, il composa son poème *Contre les ingrats*. Ce poème, toutefois, non plus que les deux épigrammes, ne fut point capable d'arrêter les ennemis de la grâce. Car, comme le remarque le cardinal Baronius, sur ce même sujet, les hérétiques peuvent être confondus, parce qu'ils sont faibles et nullement affermis; mais ils ne peuvent se rendre à la vérité, parce qu'ils sont opiniâtres.

Quelques prêtres continuèrent à troubler l'Église. Ils accusaient saint Prosper et Hilaire de soutenir des faussetés, et décriaient de nouveau la doctrine de saint Augustin, en prétendant qu'il soutenait que Dieu prédestine les réprouvés au péché, aussi bien qu'à la condamnation où ils sont engagés par le péché originel. Tout cela leur fournit matière à une liste de quinze erreurs prétendues, qu'ils répandirent dans le public. Saint Prosper composa un écrit, où, répondant à chaque article de cette liste, il montre par saint Augustin même, quelle est sa véritable doctrine, et ce qu'il en faut penser.

Une entreprise si digne de louanges ne servit qu'à irriter davantage les ennemis de saint Augustin, et les porta à tourner leurs armes contre son disciple et son défenseur. Des personnes, qui avaient oublié ce qu'elles devaient à la charité chrétienne et fraternelle, et qui ne prenaient pas garde qu'elles ruinaient leur réputation en voulant noircir celles des autres, dressèrent une autre liste de seize propositions insoutenables qu'elles jetèrent encore dans le public, comme ne contenant que les véritables sentiments de saint Prosper. Ce Saint pouvait les couvrir de confusion, en disant anathème aux propositions que ces gens ne répandaient que pour lui attirer la haine publique. Mais, de peur qu'ils ne chicanassent sur une réponse si courte, quoique si décisive, il voulut bien y répondre avec plus d'étendue. Il fit donc voir sur chaque article la pureté de ses sentiments, afin que s'il ne pouvait fermer la bouche à ses calomniateurs, au moins ceux qui liraient son écrit, vissent combien leurs calomnies étaient punissables.

Les mêmes difficultés, qui servaient de prétexte aux prêtres des Gaules pour troubler l'Église, causaient aussi quelque embarras à ceux de Gênes. Mais ceux-ci firent paraître dans leur conduite autant de sagesse et de modération, que les autres avaient montré d'impudence et d'aigreur. Deux d'entre eux, Camille et Théodore, ayant dressé une liste de leurs difficultés, l'envoyèrent à saint Prosper, pour savoir ce qu'il en jugeait, et comment il les fallait entendre. Le Saint les satisfait par un écrit qu'il leur adressa, et où il leur explique ce que lui et les fidèles les plus éclairés qui lui étaient unis, croyaient sur ce sujet. Il accompagna cette réponse de traits de modestie qui lui donnent un grand relief. « Je fais ce que vous m'ordonnez », dit-il aux Génois, « non que je présume de ma science, mais pour obéir au commandement que vous me faites ; me confiant en l'assistance du Seigneur, qui donne la sagesse aux petits ».

Les semi-Pélagiens, continuant à accuser d'erreur saint Prosper et Hilaire aussi bien que saint Augustin, déclaraient d'ailleurs qu'ils ne voulaient suivre, sur les matières de la grâce, que ce que l'Église romaine en avait décidé par la bouche de ses Pontifes. Ce nouveau subterfuge engagea saint

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Prosper et Hilaire à aller à Rome porter leurs plaintes au pape saint Célestin. Ce Pontife approuva le zèle qu'ils avaient pour Dieu, et fut touché des persécutions qu'on leur faisait souffrir. Dans ces dispositions, il écrivit en leur faveur une lettre célèbre aux évêques des Gaules. Il leur fait des reproches sur leur négligence à réparer le scandale qu'avait donné les ennemis de la grâce. En parlant de saint Augustin, il dit : « Cet homme, de sainte mémoire, a toujours été dans notre communion pour son mérite et n'a jamais été fêtri du moindre bruit d'aucun mauvais soupçon. Sa science était telle, que mes prédécesseurs le comptaient entre les principaux docteurs. Il était aimé et honoré de tout le monde. C'est pourquoi vous devez résister à ceux qui osent attaquer sa mémoire, et leur imposer silence ». A cette lettre étaient joints neuf articles touchant la grâce, pour servir de réponses à ces nouveaux hérétiques, qui déclaraient ne vouloir s'en tenir qu'à ce qui avait été décidé par le Saint-Siège.

La lettre de saint Célestin n'apaisa pas les troubles. Comme il ne disait rien des derniers ouvrages de saint Augustin, qui avaient en partie occasionné les disputes, ses ennemis prétendaient qu'ils n'avaient pas été approuvés à Rome. Ils continuèrent donc à le calomnier et à dire qu'au lieu d'avoir bien défendu la cause de la grâce, il avait troublé la paix de l'Église. Ces bruits, répandus par des personnes d'esprit et de savoir, et qui faisaient même profession de piété, firent impression sur ceux qui étaient ou peu instruits ou qui n'avaient pas assez de discernement pour juger sainement des choses. C'est ce qui obligea saint Prosper, à peine de retour dans les Gaules, à prendre de nouveau la défense de la doctrine de saint Augustin. Il le fit avec tant de lumière et d'érudition, qu'on peut lui reconnaître la gloire d'avoir achevé ce que saint Augustin avait commencé, et d'avoir désarmé ces restes de l'hérésie pélagienne.

Son principal effort fut contre Cassien, qui, en la treizième de ses conférences, avait enseigné, sous le nom de l'abbé Chérémon, que Dieu attendait les commencements de nos volontés et de notre libre arbitre pour nous donner la grâce d'accomplir le bien ; que la différence qui était entre les justes et les impies, les élus et les réprouvés, venait de ce que les uns commençaient le bien par eux-mêmes, au lieu que les autres pouvant le commencer, abusaient de leur libre arbitre, et se rendaient, par cet abus, indignes de la grâce de Jésus-Christ. Mais notre Saint, qui avait appris de saint Paul et de son maître, saint Augustin, que nous ne pouvons rien de nous-mêmes ; que nous n'avons aucun mouvement salutaire qui ne vienne de la miséricorde de Dieu, réfuta puissamment ces erreurs par le livre intitulé *Contra Collatorem*, c'est-à-dire contre l'auteur des Conférences.

Cette grande érudition et l'heureux concert de toutes les vertus qui l'accompagnaient le rendant très-célèbre dans l'Église, le pape saint Léon, qui monta sur la chaire de saint Pierre en l'année 440, le voulut avoir auprès de lui ; il le fit son secrétaire, et se servit avantageusement de sa main pour écrire plusieurs lettres ecclésiastiques, comme le pape saint Damase s'était servi de celle de Jérôme pour répondre aux questions qui lui étaient adressées de tout le monde chrétien. Plusieurs mêmes, comme le cardinal Noris et Tillemont, affirment que la lettre à Flavien, dans laquelle ce bienheureux Pape explique si admirablement le mystère de l'Incarnation du Verbe, et l'unité de personne avec deux natures en Jésus-Christ, est de la composition de saint Prosper, et que saint Léon, en la revoyant, y a donné son style. Il y a aussi des auteurs qui disent que notre Saint porta cette lettre à Constantinople, et qu'il fut depuis au Concile de Chalcédoine pour y soutenir la foi

orthodoxe contre les hérésies de Nestorius et d'Eutychès, qui faisaient un très-grand ravage dans tout l'Orient ; mais nous n'avons point, dans l'antiquité, de témoignages authentiques de ces voyages ; et on peut bien les avoir attribués à saint Prosper d'Aquitaine, en le confondant avec d'autres de même nom.

Saint Prosper écrasa le pélagianisme, qui recommençait à lever la tête dans la capitale du monde chrétien. Ce fut, dit Photius, à son zèle, à son savoir et à ses travaux infatigables que l'on dut l'entière extirpation de cette hérésie. En 444, eut lieu la fameuse contestation qui s'éleva entre les Occidentaux et ceux d'Alexandrie, et qui se renouvela encore onze ans après, touchant le jour précis auquel on devait célébrer la pâque. Ce fut principalement en ces deux occasions qu'il fit connaître son habileté dans les sciences humaines, surtout dans les mathématiques, l'astronomie et la chronologie. Il composa alors en faveur de l'Eglise latine un cycle pascal qu'on n'a pas eu soin de nous conserver.

Tout porte à croire que saint Prosper n'était ni évêque, ni même prêtre. Mais il a employé toute sa vie à combattre l'hérésie, à soutenir les vérités du christianisme et à éclaircir, par sa plume, le mystère de la grâce de Jésus-Christ : aussi l'Eglise lui donne rang parmi ses Pères et ses Docteurs. L'année qu'il mourut n'est pas certaine, mais il est constant que ce ne fut qu'après le milieu du ve siècle, puisqu'il a continué sa chronique, que l'on appelle communément *la Chronique de saint Prosper*, jusqu'à l'année 455.

Il ne faut pas confondre saint Prosper d'Aquitaine avec saint Prosper, évêque de Riez, prédécesseur de saint Maxime, ni avec un autre saint Prosper, évêque de Reggio ; ce dernier succéda à Belpidius. Jean-Antoine Flaminius d'Imola, qui a composé la vie de ce saint évêque, dit qu'ayant lu dans l'Évangile ces paroles de Notre-Seigneur : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tous vos biens, donnez-en l'argent aux pauvres et venez à ma suite », il donna la liberté à ses esclaves, vendit ses héritages, en distribua le prix aux malheureux et se retira à Rome, où le pape Léon Ier, qui reconnut ses talents et ses vertus, lui donna divers emplois et le nomma enfin évêque de cette ville de Reggio, que les Latins appellent *Rhegium Lepidi*, dans le duché de Modène.

Il administra ce diocèse avec tant de zèle pour le salut des âmes, et tant de charité envers les pauvres, qu'il se rendit le modèle d'un prélat parfait et accompli. En effet, il prêchait fort souvent à son peuple, et ses sermons, qui étaient remplis d'une divine éloquence, faisaient tant d'impression sur l'esprit de ses auditeurs, que plusieurs renonçaient aux folles maximes du monde, dont ils s'étaient laissé occuper, pour entrer dans la voie de la vertu, et marcher par le chemin étroit que Notre-Seigneur a enseigné dans l'Évangile. L'exemple de sa vie avait encore plus d'efficacité que ses remontrances ; car il savait si bien mêler la sévérité à la douceur, et la douceur à la sévérité, que ceux qu'il châtiait ne pouvaient se plaindre qu'il fût trop rigoureux : de même ceux à qui il pardonnait ne pouvaient pas abuser de son indulgence. Il était toujours le même dans la prospérité comme dans l'adversité ; et si l'une ne lui enflait pas le cœur, l'autre n'ébranlait point sa constance et ne lui faisait jamais perdre la paix et la tranquillité de son esprit. Sa foi était vive, son espérance ferme, sa charité ardente et toujours pleine d'une nouvelle ferveur. Il n'y avait point de misérables en son diocèse qu'il ne connût, et il avait toujours devant les yeux les pupilles, les orphelins, les veuves, les familles ruinées, pour trouver les moyens de les secourir. Il se

faisait lui-même victime pour tout son peuple ; et, s'il châtiait son corps pour l'assujétir à l'esprit, il le châtiait aussi pour punir en sa personne les fautes de ses ouailles et pour détourner de dessus leurs têtes les vengeances de Dieu.

Une conduite si admirable lui concilia tellement l'amitié de tout le monde, qu'on ne craignait rien tant que de le perdre. Cependant, après avoir gouverné vingt-deux ans son Église, il mourut au milieu de ses prêtres et de ses lévites qui fondaient tous en larmes, le 25 juin 466. Avant de mourir, il fit un discours merveilleux à tous ceux qui étaient présents ; il assura qu'il leur serait beaucoup plus utile dans le ciel qu'il ne leur aurait été sur la terre. Aussi, ayant été enterré en l'église de Saint-Apollinaire, qu'il avait lui-même consacrée, hors les murs de la ville, il y fit tant de miracles qu'on ne peut exprimer l'estime et la vénération qu'il s'acquit dans tout le pays.

Plusieurs siècles après, c'est-à-dire au temps de Luitprand, roi des Lombards, il apparut en songe à Thomas, évêque de Reggio, l'un de ses successeurs, et lui ordonna de lui faire bâtir une église plus magnifique avec un tombeau plus honorable, pour y transférer ses ossements. L'évêque, qui était un très-saint personnage, obéit à son ordre, et, lorsqu'il ouvrit son sépulcre, il en sortit une odeur si merveilleuse, qu'il n'y a point de baume ni de parfum sur la terre qui en puisse produire de semblable. La translation fut faite avec une joie et une solennité extraordinaires, et les miracles qui se firent à ce nouveau tombeau n'y furent pas moindres que ceux qui avaient été faits à la mort du Saint.

Voilà ce que le docte Flaminius, et après lui Surius, disent de saint Prosper, évêque de Reggio. Ceux qui ont écrit sur l'évêque de Riez lui appliquent aussi les mêmes choses ; ce qui vient de ce que Riez et Reggio n'ayant qu'un même nom en latin, on a aisément confondu l'un avec l'autre. Ils y insèrent aussi une partie de ce que nous avons dit de saint Prosper d'Aquitaine, et surtout sa fonction de secrétaire du pape Léon Ier, faute de distinguer ce saint ecclésiastique des évêques de même nom. Nous ajouterons encore qu'il y a eu un saint Prosper, évêque d'Orléans, et confesseur, dont nous donnerons la vie au vingt-neuvième jour de juillet, et qu'il ne faut pas confondre avec ceux dont il a été parlé. Au reste, s'il s'agit de l'évêque de Riez, on le peut mettre au IVe siècle ; mais pour le célèbre adversaire des semi-Pélagiens, il appartient au Ve.

## ÉCRITS DE SAINT PROSPER D'AQUITAINE.

Nous avons de ce docteur de l'Église :

1° Les Lettres à saint Augustin et à saint Hilaire contre les Pélagiens. 2° Une fort belle Lettre à Rœn. 3° La Poème contre les ingrats, dont il a été parlé dans la vie du Saint. A la suite de cet ouvrage sont quelques autres poésies, comme l'Épitaphe du Nestorianisme et du Pélagianisme, deux Épigrammes contre les ennemis de saint Augustin. Le Poème contre les ingrats a été traduit en vers français par Le Maistre de Sacy. 4° Cent six Épigrammes avec la préface. Ce sont autant de vérités et de sentences tirées de saint Augustin. 5° Réponses aux objections des Gaulois. C'est une défense de la doctrine de saint Augustin sur la grâce. 6° Réponses à Vincent. Saint Prosper montre dans cet ouvrage qu'il ne soutient point, et qu'il n'a jamais soutenu les seize propositions erronées qu'en lui avait calomnieusement attribuées. Le Vincent contre lequel il écrit pourrait être le prêtre gaulois de ce nom, dont parle Gennade, et qui assista au Concile de Riez en 439.

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7° La Réponse aux prêtres de Gênes est une explication de quelques propositions de saint Augustin.

8° Le livre sur la Grâce de Dieu et le libre arbitre contre le Collateur. Ce collateur est le fameux Cassien de qui nous avons un livre des Conférences des Pères. Il avait avancé, dans la troisième de ces conférences, que le commencement de la foi est de nous. Saint Prosper ne voulut point le nommer, parce que, à d'autres égards, c'était un grand homme ; il se contenta de le désigner sous la dénomination de Collateur. Il lui prouve que les principes répandus dans sa troisième conférence avaient déjà été condamnés par l'Église, dans ses décrets contre les Pélagiens. Il termine son ouvrage par une exhortation à supporter avec patience les ennemis de la vérité, à ne se venger d'eux que par une sincère charité, à éviter toute dispute avec ceux qui ne sont point capables d'entendre le langage de la raison, et à prier sans cesse Celui qui est le principe et la source de tout, afin qu'il daigne être le commencement de nos pensées, de nos désirs, de nos paroles, de nos actions.

9° Un Commentaire sur les Psammes, depuis le centième jusqu'au cent cinquantième, qui n'est, à proprement parler, qu'un abrégé de celui de saint Augustin. Nous n'en avons plus qu'une partie.

10° Le livre des Sentences. C'est un recueil de trois cent quatre-vingt-douze sentences tirées des ouvrages de saint Augustin, lesquelles contiennent un excellent abrégé de la doctrine de ce Père sur la grâce.

11° Une Chronique, qui commence à la création du monde, et finit à l'an 455. La chronique de Tyro Prosper est la même que celle de notre Saint, excepté qu'elle a été falsifiée par quelque pélagien, et qu'elle est remplie de calomnies contre saint Augustin.

Parmi les ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, on cite : 1° sa première Lettre à saint Augustin ; 2° quelques ouvrages sur les Erreurs des Semi-Pélagiens ; 3° un cycle pascal.

Parmi les ouvrages douteux, on cite : 1° Le beau Poème d'un mari à sa femme ; 2° le livre de la Providence ; 3° la Confession de Prosper d'Aquitaine ; 4° les deux livres de la Vocation des Gentils ; 5° la Lettre à la vierge Démétriade ; 6° le Recueil des autorités des Papes sur la grâce de Dieu et le libre arbitre de l'homme.

Les ouvrages supposés qui portent son nom, sont : 1° Le livre des Promesses et des Prédictions de Dieu. C'est une explication de plusieurs prophéties relatives au Sauveur, à l'Antechrist, etc. 2° les trois livres de la Vie contemplative ; 3° un Recueil de lettres adressées à diverses personnes ; 4° un livre des Hommes illustres ; 5° un ouvrage sur la Prise de Rome.

On trouve, dans les poésies de saint Prosper, beaucoup de facilité, d'élégance, de douceur, d'onction et de feu. Le style de ses ouvrages en prose est naturel, concis et nerveux ; partout il se montre moins occupé des ornements du discours que de l'utilité de ses lecteurs. Ses raisonnements sont liés et concluants, ses expressions nobles et ses pensées pleines d'élévation. Il joint à tous ces avantages un jugement sûr et une grande pénétration d'esprit.

Mangeant a donné une bonne édition des œuvres de saint Prosper, qui parut à Paris en 1711, in-fol. On y trouve la vie du Saint, traduite des mémoires de Tillemont par le docte éditeur. Elle a été réimprimée à Venise en 1782, in-4°. Elle est reproduite dans le tome LI de la Patrologie latine.

Jean Salinas, chanoine régulier de la Congrégation de Saint-Jean de Latran, fit réimprimer à Rome, en 1732, in-8°, les œuvres de saint Prosper, qui traitent des matières de la grâce, avec celles de saint Honorat de Marseille.

Pierre-François Foggini ayant publié à Rome, en 1754, les traités de saint Augustin sur la grâce, en deux petits volumes (réimprimés à Paris en 1757), a donné depuis un troisième volume, pour compléter la collection, sous le titre suivant : S. Prosperi Aquitani, S. Leoni M. Notarii, de gratia Dei, opera omnia, editionem variis lectionibus, præcipue e Cod. MSS. Vaticanis adornatum curavit P. F. F. Rome, 1758, in-8°.

Les œuvres authentiques de saint Prosper ont été traduites en français, par Lequeux, à Paris, en 1762, in-12.

Acta sanctorum; — Cf. Godescord : Tillemont : Collier ; Rivet.

SAINTE THÈCLE OU TYGRE DE MAURIENNE, VIERGE. 351

Événements marquants

  • Étude des belles-lettres et éducation chrétienne en Aquitaine
  • Retraite en Provence et adhésion à la doctrine de saint Augustin
  • Lutte contre l'hérésie des semi-Pélagiens par ses écrits
  • Voyage à Rome auprès du pape saint Célestin
  • Secrétaire du pape saint Léon le Grand en 440
  • Rédaction de la Chronique jusqu'en 455
  • Extirpation du pélagianisme à Rome

Miracles

  • Odeur merveilleuse lors de la translation des reliques de son homonyme de Reggio

Citations

La doctrine consiste en trois choses : à détruire les vices, à implanter la foi, à édifier les mœurs.

— Attribué par Rag. eard.