Saint Savinien et Saint Potentien

Apôtres de Sens et Martyrs

Fête : 31 decembre 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Disciples de Saint Pierre envoyés de Rome, Savinien et Potentien sont les premiers apôtres du Sénonais au Ier siècle. Savinien, premier évêque de Sens, fut martyrisé d'un coup de hache, suivi par Potentien et leurs compagnons. Leurs reliques, longtemps cachées des Normands, reposent principalement à Sens et Troyes.

Biographie

SAINT SAVINIEN, SAINT POTENTIEN,

ET LEURS COMPAGNONS, APÔTRES DE SENS ET MARTYRS

Ier siècle.

Quoique les noms des soixante-douze disciples que Notre-Seigneur a choisis après les Apôtres pour prêcher son Évangile, ne soient pas exprimés dans les Saintes Écritures, néanmoins, plusieurs auteurs de l'Histoire ecclésiastique n'ont pas laissé de nous en marquer quelques-uns, selon les anciennes traditions trouvées dans les églises ; ils n'ont pas oublié saint Savinien et saint Potentien, qui ont apporté la foi et la religion chrétienne dans le Sénonais, l'une des principales parties de la Bourgogne. Il est vrai que cette qualité leur est contestée par d'autres auteurs, qui prétendent qu'il s'est fait dans les siècles passés un grand mélange entre les disciples de Notre-Seigneur et ceux des apôtres et des hommes apostoliques, et que ces deux prédicateurs de l'Évangile ne doivent pas être mis dans le premier, mais dans le second ou le troisième rang. Comme nous ne prétendons pas leur attribuer ce titre d'honneur comme une chose incontestable, nous devons cependant déférer en ce point à ce qui en a été cru de tout temps dans le diocèse où ils sont révérés, et qui n'a point été contredit par les

31 DÉCEMBRE.

évêques du lieu qui en ont vu et examiné les actes. Sur ce principe, nous dirons que nos Saints ayant été éclairés des lumières de la vie éternelle par la prédication de Jésus-Christ même, s'attachèrent inséparablement à saint Pierre, après son ascension. Ainsi, ils le suivirent, non-seulement à Antioche, mais aussi à Rome, lorsqu'il y vint pour en bannir la superstition de l'idolâtrie. C'est de là que ce Chef visible de l'Église, étendant ses soins sur toutes les provinces de l'empire romain, résolut de les envoyer dans les Gaules, afin de les faire participantes du mystère du salut. Il consacra donc Savinien évêque, et lui adjoignit Potentien et Altin, que quelques-uns ont écrit avoir aussi été disciples du Fils de Dieu, peut-être dans une signification plus étendue que celle qui convient aux soixante-douze disciples.

Ce fut environ l'an de grâce 45, la deuxième année de l'établissement du souverain pontificat à Rome. Savinien obéit aussitôt à cet ordre, et ayant passé les Alpes et plusieurs provinces, il arriva au bourg de Ferrières, dans le Gâtinais, au-dessous de Montargis. Là il eut une vision céleste, au jour de la Nativité de Notre-Seigneur, où ce saint mystère lui fut représenté comme se passant encore à Bethléem. Ayant converti une partie du peuple, il érigea une chapelle sous le titre de Notre-Dame de Bethléem, qui, depuis, a été changée en une belle église et est devenue un lieu de grande dévotion. Pour cultiver ces heureux commencements, il y laissa saint Altin et continua son chemin jusqu'à Sens. On dit qu'y étant arrivé, il fit tout le tour des murailles et y grava partout, de son doigt, plus puissant que le ciseau et le burin, le signe salutaire de la croix, que l'on y reconnut plusieurs siècles après. Il reçut l'hospitalité hors de la ville, chez un seigneur appelé Victorin. Celui-ci le reçut et le traita fort honnêtement, avec toute sa compagnie, et comme il sut qu'il venait de Rome, il ne manqua pas de lui demander ce qui se passait en cette grande ville, maîtresse du monde. Savinien profita de cette occasion pour lui apprendre l'heureux changement qui s'y faisait dans la religion, par la ruine de l'idolâtrie et l'établissement de l'Église chrétienne. Victorin prit goût à ce récit, et voyant que les mœurs de ses hôtes répondaient parfaitement bien à la pureté de leur doctrine, il eut honte d'avoir adoré la créature pour le Créateur, et demanda d'être purifié par les eaux du baptême. Sérotin, gentilhomme de ses voisins, et Edoald, personnage fort éloquent, voulurent avoir part à la même grâce ; ils furent, en effet, baptisés avec toute leur famille. Ensuite le saint Prélat, reconnaissant le mérite de Sérotin et d'Edoald, ses nouveaux disciples, les ordonna diacres pour l'assister dans les fonctions sacrées de son sacerdoce. Altin arriva alors, chargé du mérite de plusieurs conquêtes qu'il avait faites dans le Gâtinais. Cependant, plusieurs sortaient de la ville de Sens pour voir ces nouveaux prédicateurs ; et comme ils joignaient les guérisons miraculeuses à la force de leurs paroles, ils gagnèrent bientôt à Jésus-Christ un bon nombre d'habitants de la ville, et même tout le bourg où ils demeuraient, que Jacques Taveau, dans son Histoire des Évêques de Sens, appelle le Vif. Cela donna à notre Saint la hardiesse d'en changer le temple en une église, pour y assembler les fidèles, afin que ce qui avait servi à l'invocation du démon servît dans la suite au culte véritable et religieux d'un seul Dieu subsistant en trois personnes.

Après de si heureux succès, il entra dans la ville de Sens et y prêcha la foi de Jésus-Christ. La grâce accompagna sa prédication ; on l'écouta, on goûta les vérités qu'il enseignait, et plusieurs, ouvrant les yeux aux

SAINT SAVINIEN, SAINT POTENTIEN, ET LEURS COMPAGNONS, MARTYRS. 627

lumières de l'Évangile, voulurent entrer dans l'Église par le sacrement de la régénération spirituelle. Saint Savinien érigea trois oratoires ou chapelles, pour y assembler les néophytes et y célébrer les saints Mystères : une en l'honneur de Notre-Dame, l'autre sous le nom de Saint-Jean-Baptiste, et la troisième consacrée à Saint-Étienne, premier martyr. Celle-ci, étant agrandie, est devenue la cathédrale et renferme maintenant les deux autres. Il était juste d'informer le Vicaire de Jésus-Christ de cette heureuse propagation de la foi, afin de l'animer à envoyer de nouveaux ouvriers dans les Gaules. Potentien se chargea de cette mission, et retourna pour cela à Rome, où les Apôtres lui firent un excellent accueil et lui adressèrent de vives félicitations. Son voyage, néanmoins, ne fut pas long ; il revint au plus tôt à Sens, afin de continuer la conquête de tout ce pays à Jésus-Christ. Ce fut alors que saint Pierre endura le martyre et alla recevoir dans le ciel la récompense de ses travaux et de son amour. Il apparut à saint Savinien, lui apprit son exécution et le grand bonheur qu'elle lui avait mérité, et l'exhorta à marcher sur ses pas jusqu'à la mort. Notre Saint dédia hors de la ville une église en son honneur, qui fut appelée Saint-Pierre-le-Vif, non pas, comme quelques-uns ont cru, que saint Pierre fût encore vivant lorsqu'elle fut dédiée, mais parce que c'était dans le bourg dont nous avons déjà parlé, que l'on appelait le Vif. Peut-être était-ce ce temple même des faux dieux, que nous venons de dire avoir été changé en une église.

Comme l'Apôtre avait exhorté le bienheureux évêque à étendre ses conquêtes sur les autres villes des Gaules, il distribua ses compagnons pour aller de côté et d'autre prêcher l'Évangile. Nous trouvons cette distribution rapportée diversement par les auteurs. Du Saussay, dans son martyrologe, dit que saint Potentien alla à Orléans, à Chartres, à Paris et à Troyes, et qu'il fit partout des conversions merveilleuses et sans nombre ; qu'à Orléans, il ordonna saint Altin pour premier évêque ; qu'à Chartres, il dédia un oratoire en l'honneur de la sainte Vierge, et commit la charge des nouveaux fidèles à saint Adventin ; qu'à Paris, il attira plusieurs idolâtres à la foi de Jésus-Christ, et que saint Edoald, diacre, qu'il y laissa pour les confirmer dans la foi, convertit saint Agoard et saint Aglibert, qui furent depuis martyrisés à Créteil, avec une infinité d'autres néophytes ; qu'enfin il se rendit à Troyes, avec saint Sérotin, où il éleva un petit oratoire qu'il dédia à notre Sauveur, sous le nom et l'invocation des saints apôtres Pierre et Paul, et qui est aujourd'hui la chapelle du Sacré-Cœur, à la cathédrale. D'autres ne parlent point de tous ces voyages de saint Potentien ; mais ils disent seulement que saint Altin avec saint Edoald allèrent à Orléans, et saint Potentien avec saint Sérotin, à Troyes. Ce qui est incontestable, c'est que l'Église de Troyes reconnaît saint Potentien pour son premier évêque, et que celle d'Orléans honore saint Altin comme son apôtre et le plus ancien de ses prélats.

Tous ces glorieux missionnaires travaillèrent avec un zèle infatigable à ruiner l'idolâtrie et à élever, sur ses ruines, la religion du vrai Dieu ; mais, lorsqu'ils s'employaient avec le plus de zèle à ce grand ministère, ils furent chassés des lieux de leurs conquêtes, après beaucoup d'affronts et de tourments, par ceux qui y commandaient pour l'empereur. Ainsi, ils furent forcés de se rendre tous auprès de saint Savinien, pour prendre de nouvelles résolutions avec lui. Mais Dieu les y amenait pour recevoir la palme d'un glorieux martyre.

Sévère ou Séverin, seigneur gaulois, qui avait une préfecture à Sens,

31 DÉCEMBRE.

sous l'autorité des Romains, fit saisir Savinien et Victorin comme coupables d'impiété envers les dieux ; puis, les voyant constants dans la foi et dans la confession de Jésus-Christ, il les envoya, chargés de coups et de fers, en prison. Notre-Seigneur les y honora de sa visite, et les ayant guéris de leurs blessures, il les anima à souffrir généreusement la mort pour son service. À peu de jours de là, les prêtres des idoles ne cessant point de crier contre eux aux oreilles de ce mauvais juge, il les fit encore paraître devant son tribunal et les condamna à mort. Savinien obtint, avant son exécution, permission d'aller embrasser ses disciples et faire sa prière dans un de ses oratoires ; c'était celui de Saint-Sauveur, qu'il avait fait construire à un faubourg. Il y célébra les saints mystères et y fit une exhortation à l'assemblée ; mais son zèle l'arrêtant plus longtemps que le bourreau ne prétendait, ce cruel exécuteur entra dans l'oratoire même, et lui déchargea deux coups de hache sur la tête, comme on le remarque encore dans son crâne, que l'on garde précieusement dans son église de Saint-Pierre-le-Vif. Victorin et un jeune garçon, que l'on croit avoir été son fils, eurent en même temps la tête tranchée.

Les autres compagnons de saint Savinien lui survécurent quelque temps, la Providence divine les cachant aux poursuites du tyran, afin qu'ils fortifiassent encore les nouveaux fidèles dans la résolution de mourir pour Jésus-Christ. Il est probable que, si saint Potentien avait le caractère épiscopal, comme on le reconnaît à Troyes et dans tout le reste de ce diocèse, il en fit alors les fonctions dans l'Église de Sens, affligée de la mort de son prélat. Aussi, est-il marqué dans les bréviaires et les calendriers de cette Église comme son second évêque, et les auteurs qui nous ont donné les listes et les actes des prélats qui ont gouverné cette Église métropolitaine, n'ont pas manqué de le marquer pour successeur de saint Savinien, quoique d'autres ne le reconnaissent que pour martyr. Mais sa prélature ne dura pas longtemps ; car, au bout de l'année, il fut pris avec saint Allin, saint Séroton et saint Edoald ou Eodald ; et après les tourments du fouet, des escourgées, du chevalet, des lames de fer et d'autres semblables, ils eurent tous la tête tranchée.

## CULTE ET RELIQUES.

Le corps de saint Savinien fut enterré au lieu même de son martyre, qui changea pour cela de nom, et devint l'église de Saint-Savinien. Pour les autres, après avoir été quelque temps exposés aux bêtes sans en être offensés, ils furent inhumés auprès de ce bienheureux primat. Les reliques de saint Potentien furent levées de terre et placées dans un lieu plus convenable, d'abord par Hugues, évêque de Sens, et plus tard par Pierre, l'un des successeurs. Ce ne fut qu'en 847, que l'archevêque Wénillon, pour répondre aux pieux désirs de l'abbesse de Jouarre, sa sœur, lui donna pour sa communauté la plus grande partie des reliques de saint Potentien, qui furent renfermées dans une châsse de vermeil, enrichie de pierres précieuses. Il est probable que c'est à la même époque que l'église cathédrale de Troyes reçut, comme le don le plus précieux, une des côtes de saint Savinien et de saint Potentien, et la collégiale de Saint-Étienne, dans la même ville, une partie considérable du corps de saint Allin, excepté ses doigts qui furent envoyés à Orléans, et quelques autres parcelles qui furent distribuées à diverses églises.

Quant aux reliques de nos deux Saints, que se réserva l'archevêque Wénillon, il les transporta dans l'église de Saint-Pierre-le-Vif, et les mit dans des coffres de plomb, faute d'une matière plus précieuse. Par la crainte des Normands, on les cacha quelques années après dans des caves, d'où elles ne furent retirées qu'en 1001. Une nouvelle translation eut lieu en 1006, et en 1026, la reine Constance, femme du roi de France, Robert le Pieux, les fit placer dans une châsse d'argent enrichie d'or et de pierreries et ornée de figures en relief. C'était un témoignage de sa reconnaissance pour un insigne bienfait obtenu par l'intercession de saint Savinien. Cette translation eut lieu le 19 octobre, jour que les églises de Sens et de Paris ont choisi pour célébrer la fête de ces saints martyrs.

SAINTE COLOMBE, VIERGE ET MARTYRE À SENS. 629

La cathédrale de Nevers possède une portion assez considérable des reliques de saint Savinien et de saint Potentien; un grand nombre d'autels de ce diocèse en renferment des parcelles dans leur tombeau.

Les reliques de saint Séroth furent également partagées entre plusieurs églises. La paroisse de Longpont, près de Paris, en possède encore une portion considérable. L'église des Croutes, au diocèse de Troyes, possède aujourd'hui un os de saint Potentien.

De l'an 1150 à l'an 1683, saint Potentien et saint Savinien ont eu au 19 octobre un office à neuf leçons dans les bréviaires de Troyes, avec mémoire le 31 décembre. De 1683 à 1846, cet office est devenu semi-double. Le Saint-Siège a récemment accordé aux diocèses de Sens et de Troyes l'office de saint Savinien et de saint Potentien.

Le Père Giry complété avec les *Vies des Saints du diocèse de Troyes*, par M. Labbé Dafet ; l'*Hagiologie Nivernaire*, par Mgr Crosnier ; la *France pontificale*, par Fisquet.

Événements marquants

  • Disciples de Jésus-Christ et de Saint Pierre
  • Mission envoyée de Rome vers les Gaules par Saint Pierre
  • Arrivée à Ferrières dans le Gâtinais et vision de la Nativité
  • Établissement de l'Église à Sens et conversion de Victorin
  • Martyre de Savinien par deux coups de hache sur la tête
  • Martyre de Potentien et ses compagnons par décapitation un an plus tard

Miracles

  • Vision de la Nativité à Ferrières
  • Gravure de croix sur les murs de Sens avec le doigt
  • Guérisons miraculeuses des habitants de Sens
  • Guérison divine de leurs blessures en prison
  • Corps épargnés par les bêtes sauvages après le martyre