Saint Seurin de Bordeaux (et de Cologne)
Évêque
Résumé
Évêque de Cologne puis de Bordeaux, saint Seurin est au cœur d'un débat historique sur l'identité unique d'un même prélat ayant occupé les deux sièges. Après avoir succédé à Euphrate en Germanie, il aurait rejoint l'Aquitaine pour succéder à saint Amand. Ses reliques sont partagées entre la basilique Saint-Seurin de Bordeaux et l'église éponyme de Cologne.
Biographie
CULTE ET RELIQUES.
NOTE CRITIQUE SUR LA QUESTION DE L'IDENTITÉ DE SAINT SEURIN DE BORDEAUX ET DE SAINT SEURIN DE COLOGNE.
A une époque qu'on ne saurait préciser, une nombreuse députation d'habitants de Cologne arrivait à Bordeaux pour réclamer le corps de leur évêque. Les Bordelais, jaloux de leur trésor, étaient disposés à en défendre la possession les armes à la main. Cependant, sur l'avis des plus sages, il fut décidé qu'on céderait aux habitants de Cologne une part du corps saint. On le tira donc du lieu de son repos, et les Coloniens se retirèrent avec la part qui leur échoit. La réception à Cologne fut magnifique, le concours immense. On plaça les reliques dans l'église des Saints-Cornélie-et-Cyprien, qui prit, par la suite, le nom de Saint-Seurin.
Dans le chœur de cette église on remarque vingt tableaux peints dans lesquels se déroule toute la légende de saint Seurin. Outre ces vingt toiles, le fond de l'abside est occupé par un autel moderne en bois. Au-dessus du tabernacle s'élève une statue en bois de saint Seurin, tenant la crosse d'une main et montrant de l'autre une église qu'un petit ange porte à côté de lui. On voit, derrière l'autel, son tombeau en bois de chêne, renfermé dans un treillage de fer et soutenu à la hauteur du tabernacle par quatre colonnes de marbre noir. C'est là que reposent les quelques débris du Saint dont nous avons parlé, et qui ne consistent plus aujourd'hui qu'en quelques écroules presque entièrement réduites en poussière (d'après une vérification des reliques opérée en 1825).
De Cologne, le culte de saint Seurin s'est répandu dans quelques églises voisines.
Quant à la basilique de Saint-Seurin de Bordeaux, elle a succédé (vers 725) à l'église Saint-Étienne et à l'Oratoire de la Trinité. Les cryptes possédèrent tout d'abord le corps du Saint : il était renfermé dans un sarcophage en marbre brut. Plus tard, il fut retiré de l'église souterraine et placé dans la Confession. Elle s'élevait contre le mur du chevet de l'église supérieure et consistait en une petite voûte soutenue par des arcs-boutants s'unissant à une rosace, et, après s'être arrondis en colonnes, reposant sur des soubassements perdus dans le sol. On entrait sous cette voûte par deux portes surbaissées à épaisses voussures. Sur la Confession, on éleva plus tard un autel de la Sainte-Trinité. Ces deux monuments (confession et autel) sont aujourd'hui détruits ; l'orgue du chœur a remplacé la confession ; un nouvel autel a été construit. C'est sous ce maître-autel de date récente (1855) que repose le tombeau de saint Seurin, retiré de la Confession. Quant à ses précieux ossements, ils enrichissent un reliquaire placé aux côtés du tabernacle ; il fait face au reliquaire de saint Amand, et tous deux, avec le tabernacle dont ils imitent la forme, achèvent le rétable de l'autel.
De nombreuses églises des diocèses de Bordeaux, La Rochelle, Périgueux, Angoulême, Poitiers, Limoges, etc., sont placées sous le vocable de saint Seurin.
Les faits que nous avons exposés dans la Biographie proprement dite de saint Seurin n'étant pas reconnus comme authentiques par la grande majorité des hagiographes, les nouveaux Bollandistes en tête, il nous faut maintenant les discuter. Ces faits sont tirés de deux rédactions de la Vie de saint Seurin, faisant partie d'un codicille manuscrit du XIIIe siècle, conservé dans les archives de l'Église de Bordeaux.
Le fait dominant, base de la discussion, c'est l'identité du Seurin, évêque de Cologne, et du Seurin, évêque de Bordeaux. À la suite du Gallia Christiana, les continuateurs de la savante collection des Bollandistes ont repoussé cette identité. À l'appui de leur opinion, ils font valoir :
1° L'âge de saint Seurin. Succédant, dans Cologne, à Euphrate, et, dans Bordeaux, à saint Amand, il n'aurait pu, d'après leurs calculs, occuper ce dernier siège qu'après quarante ou cinquante ans d'épiscopat à Cologne, et à un âge de décrépitude. — Mais cet argument pèche par sa base, parce qu'on n'a pas de données certaines sur la fin des deux épiscopats d'Euphrate et de saint Delphin, prédécesseurs de saint Amand. Du reste, les savants hagiographes belges ne se réfèrent-ils pas eux-mêmes en avouant qu'on ne peut douter que Seurin de Cologne ne soit venu et ne soit mort à Bordeaux ? S'il n'était pas trop décrépit pour venir à Bordeaux, pourquoi trop décrépit pour y exercer l'épiscopat ?
2° Les canons qui défendaient les translations d'un siège à un autre et que deux évêques aussi saints que Seurin et Amand ne pouvaient violer. — Mais ces canons, comme le prouve le texte même du concile de Sardique, cité par nos contradicteurs, n'avaient été portés que pour réprimer l'ambition de ceux qui cherchaient à passer d'un petit évêché à un autre plus important. Aussi, le quatrième concile de Carthage, en continuant à proscrire les translations, les admet-il quand elles ont pour motif l'utilité de l'Église. Évidemment les censures des conciles n'atteignent pas saint Seurin et saint Amand, mus par le zèle et l'humilité, et n'obéissant (comme nous l'avons vu dans les pages précédentes) qu'à la volonté de Dieu, miraculeusement manifestée.
3° L'invraisemblance du fait de saint Seurin abandonnant son troupeau de Cologne au moment où les barbares ariens menaçaient de fondre sur lui comme des loups dévorants. — Mais il y a beaucoup d'apparence, et c'est l'opinion de Dom Calmet, que saint Seurin a été, malgré lui, chassé de Cologne par la tempête : Dieu lui aurait montré, à Bordeaux, un nouveau champ ouvert à son zèle. Cette hypothèse, très-plausible, n'infirme en rien le caractère spirituel de sa mission.
Si l'argumentation générale des Bollandistes ne peut, à notre avis, se soutenir, elle faiblit encore davantage en présence des traditions particulières des Églises de Cologne et de Bordeaux. Aussi bien, tous les martyrologes, le romain en tête, sont favorables à la mission régimentaire de saint Seurin. Nous serions trop longs si nous voulions entrer dans des détails : le lecteur impartial comblera facilement ces lacunes.
Nous admettons donc, contrairement à l'opinion des Bollandistes et de leurs adhérents, l'identité des deux personnages. Nous ne reconnaissons qu'un seul et même Seurin qui, après avoir occupé le siège de Cologne après Euphrate, occupa celui de Bordeaux après saint Amand.
Ce petit travail sur saint Seurin n'est qu'un résumé succinct de l'œuvre monumentale qu'a composée à ce sujet un savant professeur de la faculté de théologie de Bordeaux, M. l'abbé Ciret de la Ville : *Origines chrétiennes de Bordeaux*, un volume in-4°, Bordeaux, 1867. — Nous avons adopté d'autant plus volontiers l'opinion de cet illustre auteur, qu'il a envoyé son œuvre aux nouveaux Bollandistes, ses contradicteurs, et que ceux-ci lui ont promis d'en tenir compte dans leurs travaux subséquents.
Événements marquants
- Épiscopat à Cologne après Euphrate
- Départ de Cologne (possiblement chassé par les barbares ariens)
- Arrivée à Bordeaux
- Épiscopat à Bordeaux après saint Amand
- Mort à Bordeaux
- Translation partielle des reliques vers Cologne à une époque indéterminée
Miracles
- Volonté de Dieu miraculeusement manifestée pour son transfert de siège