Saint Simon et Saint Jude (Apôtres)

Apôtres et Martyrs

Fête : 28 octobre 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Apôtres du Christ au Ier siècle, Simon le Zélé et Jude Thaddée évangélisèrent l'Orient après la Pentecôte. Ils portèrent la foi jusqu'en Perse où, après avoir confondu des magiciens et converti le roi de Babylone, ils furent martyrisés à Suanyr pour avoir brisé des idoles païennes. Leurs reliques, passées par Rome, reposent aujourd'hui principalement à Toulouse.

Biographie

SAINT SIMON ET SAINT JUDE, APÔTRES,

MARTYRS EN PERSE

1er siècle.

*Favorit has fratres eadem natali origine*

*More tamen una magis facit et non fides.*

Un même sang les avait rendus frères ; une même foi et un même martyre ont mis le dernier sceau à cette fraternité.

Hugues Vaillant, *Fasti sacri.*

On donne à saint Simon les surnoms de Cananéen, de Canaanite et de Zélé, pour le distinguer de saint Pierre et du saint Siméon qui succéda sur le siège de Jérusalem à saint Jacques le Mineur, son frère. Quelques auteurs ont conclu du premier de ses surnoms, que le saint Apôtre était né à Cana, en Galilée ; et certains Grecs modernes ajoutent qu’il était l’époux des noces où le Seigneur changea l’eau en vin. On ne peut au moins douter qu’il ne fût Galiléen. Théodoret dit qu’il était de la tribu de Zabulon ou de Nephtali. Quant au surnom de Cananéen, il a la même signification, en syro-chaldaïque, que le mot *zelotès* en grec. Saint Luc l’a traduit, et les autres évangélistes ont retenu le mot original. *Canath*,

28 OCTOBRE.

suivant la remarque de saint Jérôme, signifie zèle en syro-chaldéen ou hébreu moderne. On ignore s'il avait déjà ce surnom avant d'être Apôtre.

L'apôtre saint Jude est distingué de Judas Iscariote par le surnom de Thaddée, qui, en syriaque, signifie abondant, doux, miséricordieux, bon, bienfaisant, et par celui de Lebbée, qu'on trouve dans le texte grec de saint Matthieu, et qui, suivant saint Jérôme, désigne un homme qui a de l'esprit, de l'intelligence. Il était frère de saint Jacques le Mineur, de saint Siméon de Jérusalem, et d'un nommé Joseph, qui sont appelés les frères du Seigneur. Ils étaient tous fils de Cléophas, et de Marie, sœur de la sainte Vierge. Cet Apôtre fut cher à son divin Maître, et il en fut moins redevable aux liens du sang qu'à son mépris pour le monde, à l'ardeur et à la vivacité de son zèle. On ne sait ni quand ni comment il devint le disciple de Jésus-Christ. L'Évangile ne dit rien de lui jusqu'à l'endroit où il est compté parmi les Apôtres. Le Seigneur, après la dernière scène, ayant promis de se manifester à ceux qui l'aimeraient, saint Jude lui demanda pourquoi il ne devait pas aussi se manifester au monde : question par laquelle il semblait donner à entendre qu'il pensait que le Messie régnerait sur la terre. Mais Jésus-Christ, par sa réponse, lui fit connaître que le monde ne mérite point que Dieu se manifeste à lui, étant ennemi de ce qui peut rendre une âme digne du royaume céleste ; qu'il converserait familièrement avec ceux qui l'aimeraient véritablement, et qu'il les admettrait à la communication intérieure de ses faveurs.

Passons maintenant ce que l'on sait des courses apostoliques de nos Apôtres. Après avoir été témoins de la résurrection de leur maître et participants de sa bénédiction ; après avoir reçu le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte ; après avoir été battus de verges dans la synagogue des Juifs ; après avoir prêché par toute la Judée et la Samarie, comme les autres Apôtres ; après avoir rempli toute la Syrie de la réputation de leur sainteté et de leurs miracles ; enfin, après avoir contribué à la composition du Symbole de la foi, ou, selon saint Augustin, saint Simon fit l'article de la communion des Saints et la rémission des péchés, et saint Jude celui de la résurrection de la chair, ils abandonnèrent leur pays et leurs confrères pour aller porter l'Évangile dans les royaumes qui leur étaient échus en partage. Le Martyrologe et le Bréviaire de Rome donnent l'Égypte à saint Simon, et la Mésopotamie à saint Jude ; mais Dorothée et Nicéphore disent que le premier parcourut ainsi les vastes provinces de l'Afrique et qu'il poussa même jusque dans la Grande-Bretagne, et que le second alla encore dans l'Idumée et dans l'Arabie. Enfin, l'un et l'autre se rendirent en Perse, pour dompter ce peuple qui avait autrefois dompté une partie du monde et détenu les Juifs en captivité. Ils y firent une foule de conversions, ils y engendrèrent une infinité d'enfants spirituels à Jésus-Christ et y furent enfin couronnés d'un glorieux martyre.

C'est ce que nous savons de certain de leurs travaux et de leurs triomphes ; mais, pour les connaître plus en détail, quoique sur des récits moins certains, consultons l'Histoire des Apôtres, attribuée à Abdias, évêque de Babylone, laquelle, après avoir été déclarée apocryphe par le pape Gélase, ne laisse pas, selon Baronius, de contenir plusieurs vérités : elle dit qu'à leur arrivée dans la Perse, ayant trouvé Baradach, général des armées du roi, qui conduisait de grandes troupes contre les Indiens, ils entrèrent dans son camp, et qu'à l'heure même les démons, qui rendaient de faux oracles par la bouche des devins et des magiciens, devinrent muets et ne

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purent plus donner aucune réponse. On consulta sur ce silence une idole du voisinage : elle répondit que la présence des bienheureux Apôtres de Jésus-Christ, Simon et Jude, en était la cause, et que leur puissance était si redoutable, que nul démon ne pouvait paraître devant eux. Cela anima extrêmement contre eux toute la troupe de ces fanatiques. Ils demandèrent à Baradach qu'ils fussent mis à mort, afin qu'ils eussent la liberté de parler ; mais ce capitaine, homme de bon sens et modéré, ne voulut rien précipiter dans cette affaire. Il fit venir les Apôtres, les interrogea, et, les voyant pleins de sagesse et de modestie, il les prit même en affection. Nos Saints lui montrèrent évidemment la malice et l'imposture des enchanteurs ; car, leur ayant promis de déclarer ce que le démon leur suggérait, touchant l'événement de la guerre que l'on allait entreprendre, ils dirent qu'elle serait longue, douteuse et sanglante. « C'est un pur mensonge », répondirent les Apôtres ; « au contraire, demain, à la même heure que nous parlons, les ambassadeurs indiens arriveront dans ce camp, pour y faire leur soumission et y demander la paix à des conditions très-avantageuses ». En effet, la chose arriva comme ils l'avaient prédite, et ce grand événement fut cause non-seulement de la conversion du capitaine, mais aussi de celle du roi, qui était à Babylone, de toute la famille royale et d'une grande partie du peuple qui suivait l'exemple des princes.

Deux célèbres magiciens, Zaroës et Arphaxad, que saint Matthieu avait déjà chassés des Indes, par ses miracles, employèrent toutes sortes d'enchantements pour empêcher les progrès de l'Évangile ; mais ce fut à leur grand dommage, car les Apôtres firent tourner leurs prestiges contre eux-mêmes, et les remplirent de tant de confusion, qu'ils furent contraints de prendre la fuite. Au reste, si ces bienheureux disciples du Fils de Dieu donnèrent des marques si éclatantes de la puissance qu'ils avaient reçue du ciel, ils ne firent pas moins paraître leur charité immense et leur détachement de toutes les choses de la terre ; car ils ne voulurent jamais souffrir qu'on punît de mort les sacrilèges qui avaient attenté à leur vie, et ils refusèrent constamment les grands biens qu'on leur offrit dans la dépouille des prêtres des idoles. On rapporte d'eux qu'ils firent parler un enfant d'un jour, pour justifier l'innocence d'un diacre que l'on accusait d'être son père, et comme on les pressa de tirer encore de la bouche de l'enfant le nom de celui qui avait abusé de sa mère, ils répondirent avec une prudence admirable : « C'est à nous de délivrer les innocents, et non pas de rechercher les coupables ».

Après avoir fait tant de fruits dans Babylone, ils parcoururent les villes de Perse, pour y étendre le royaume de Jésus-Christ : mais lorsqu'ils arrivèrent dans la ville que l'Histoire d'Abdias appelle Suanyr, ces magiciens, qui les avaient prévenus, animèrent tellement les prêtres des faux dieux contre eux, qu'ils les arrêtèrent prisonniers. Simon fut conduit devant le simulacre du soleil, et Jude devant celui de la lune, que ces païens adoraient, pour offrir eux-mêmes de l'encens ; mais comme, bien loin d'obéir à ce commandement impie, ils brisèrent les idoles par la force de leurs prières, ils furent cruellement mis à mort.

On ne dit point le genre de leur supplice. Ce qu'on sait mieux, c'est que Dieu ne laissa pas leur mort impunie ; car, à l'heure même, bien que le temps fût fort serein, il s'éleva une si horrible tempête que les temples des faux dieux furent renversés, leurs images abattues et plusieurs païens écrasés et réduits en cendres, entre autres, les deux magiciens qui avaient été les auteurs de leur massacre.

28 OCTOBRE.

Une des caractéristiques des Apôtres les plus répandues est l'attribution d'un article particulier du Symbole à chacun d'eux. L'article attribué à saint Simon est celui-ci : « Je crois à la sainte Église » ; celui attribué à saint Jude Thaddée : « Je crois à la rémission des péchés par le saint baptême ».

Les apôtres saint Simon et saint Jude peuvent se reconnaître aussi à la croix et à la lance qu'on leur donne quelquefois pour attributs, bien qu'il n'y ait pas unanimité entre les artistes sur les instruments de leur martyre. On ne devra donc pas être surpris si ailleurs on rencontrait une scie, une hallebarde ou une massue.

Saint Simon est le patron des tanneurs et des corroyeurs. Ces ouvriers l'ont choisi en souvenir, sans doute, du corroyeur hospitalier qui reçut saint Pierre dans sa maison, et qui portait le même nom que l'apôtre de Jésus-Christ.

## CULTE ET RELIQUES. — ÉPÎTRE DE SAINT JUDE.

Le roi de Babylone, qui s'était fait chrétien, fit transporter en cette ville les corps de saint Simon et de saint Jude et les plaça dans une belle église qu'il avait fait bâtir en leur honneur. On dit que depuis ils furent transférés à Rome, dans celle de Saint-Pierre. L'empereur Charlemagne les a fait ensuite porter à Toulouse, où la vérification de leurs chefs eut lieu le 17 juin 1807, et la vérification de leurs corps, le 6 juillet de la même année.

Les chefs des deux Apôtres sont renfermés dans deux bustes de bois doré, et placés, avec d'autres reliquaires, dans une grande armoire à l'entrée de l'abside.

Leurs corps se trouvent dans une sainte châsse de bois, recouverte de lamelles de cuivre doré. Cette châsse repose sur un autel, dans une chapelle romane des cryptes inférieures, dédiée à ces Apôtres. Avant la restauration des cryptes, il y avait dans cette même chapelle un retable de bois doré, où était représentée Notre-Dame des Sept-Douleurs.

L'un des bras de saint Simon était dans l'église de Saint-André à Cologne, et les Chartreux de la même ville prétendaient posséder l'une de ses mâchoires avec trois dents. Mais lors de l'invasion française, à la fin du XVIIIe siècle, les reliques ayant été dépouillées de leurs riches reliquaires, il est aujourd'hui impossible d'en constater l'identité d'une manière authentique.

Saint Bernard avait quelques reliques de saint Jude qu'il portait toujours sur lui et avec lesquelles il voulait être enterré. Les religieux pénitents de Piepus, à Paris, en avaient une côte dans un riche reliquaire. Leur fête était très-célèbre en cette ville, dans l'église du Temple, qui était un grand prieuré de Malte. On ne sait pas l'année du décès de ces glorieux Apôtres ; mais tous les Martyrologes en font mention en ce jour, 28 octobre.

Nous avons de saint Jude une Épître adressée à toutes les églises de l'Orient, et particulièrement aux Juifs convertis, qui avaient été l'objet principal de ses travaux. Il se sert, en peignant les Simoniens, les Nicotaites et les Gnostiques, d'épithètes très-fortes et de similitudes très-expressives. Il les appelle des météores errants qui, après avoir ébloui un instant, vont se perdre dans la nuit éternelle. Leur chute, selon lui, vient de ce qu'ils sont mormorateurs, de ce qu'ils suivent la perversion de leurs penchants, de ce qu'ils s'abandonnent à l'organe, à l'envie, à l'amour des plaisirs sensuels, etc., de ce qu'ils négligent de crucifier les désirs de la chair. L'Apôtre exhorte les fidèles à traiter avec beaucoup de compassion ceux qui sont tombés, à distinguer les fautes qui viennent de malice d'avec celles qui viennent de faiblesse, à tâcher de ramener les coupables par une crainte salutaire, à les arracher du feu du vice et de l'horreur. Il veut que nous ayons sans cesse devant les yeux l'obligation où nous sommes d'élever l'édifice spirituel de la charité, en priant par le Saint-Esprit, en croissant dans l'amour de Dieu et en implorant sa miséricorde par Jésus-Christ.

Tillemont; Godesward; Jos. Ammann; Dom Cellier. — Cf. Annales de la ceinture au XVIIIe siècle.

Événements marquants

  • Appel à l'apostolat par Jésus-Christ
  • Prédication en Judée, Samarie et Syrie
  • Mission en Égypte et Afrique (Simon) et Mésopotamie (Jude)
  • Rencontre avec le général Baradach en Perse
  • Conversion du roi de Babylone
  • Destruction des idoles du soleil et de la lune à Suanyr
  • Martyre en Perse

Miracles

  • Prophétie de la paix avec les Indiens
  • Parole donnée à un enfant d'un jour pour innocenter un diacre
  • Destruction miraculeuse des idoles par la prière
  • Tempête divine après leur martyre

Citations

C'est à nous de délivrer les innocents, et non pas de rechercher les coupables

— Réponse des Apôtres à propos d'un enfant

Date de fête

28 octobre

Époque

1ᵉʳ siècle

Décès

Ier siècle (martyre)

Catégories

Autres formes du nom

  • Cananéen (fr)
  • Canaanite (fr)
  • Zélé (fr)
  • Zelotès (gr)
  • Thaddée (fr)
  • Lebbée (fr)

Prénoms dérivés

Simon, Jude, Thaddée

Famille

  • Cléophas (père)
  • Marie (sœur de la Vierge) (mère)
  • Jacques le Mineur (frère)
  • Siméon de Jérusalem (frère)
  • Joseph (frère)