Saint Taurin d'Eauze

Martyr, Évêque de l'ancien siège d'Eauze

Fête : 5 septembre • saint

Résumé

Évêque d'Eauze contraint de fuir vers Auch face aux barbares, Saint Taurin y transféra les reliques de ses prédécesseurs. Il fut martyrisé par des druides dans le bois de Berdale après avoir interrompu leurs rites pour prêcher l'Évangile. La tradition rapporte qu'il porta sa tête tranchée jusqu'à la ville d'Auch.

Biographie

SAINT TAURIN, MARTYR,

ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE D'EAUZE, DIOCÈSE ACTUEL D'AUCH

*Époque incertaine.*

Il est beau sans doute d'admirer les travaux des Saints, mais il est utile au saint de suivre leurs enseignements.

Saint Jean Climaque.

Saint Taurin fut le quatrième successeur de saint Paterne, que saint Sernin, l'apôtre, non-seulement de Toulouse, mais encore de toutes les contrées voisines des Pyrénées, établit premier évêque d'Eluse ou Eauze, alors métropole de la Novempopulanie, comme on appela longtemps la Gascogne actuelle. Il remplissait tous les devoirs d'un habile et vigilant pasteur, lorsqu'une nuée de barbares, attirés par l'appât d'un riche butin, vinrent menacer la cité épiscopale.

Forcé de s'éloigner avec une partie de son troupeau, Taurin se réfugia dans Auch, où il eut soin d'apporter les corps de saint Paterne, de saint Servand, de saint Optat et de saint Pompidien; ses prédécesseurs, l'autel consacré à Marie par saint Sernin et saint Paterne, quand ils avaient fondé le siège d'Eauze, et des reliques, qui nous montrent combien était cher et précieux, aux yeux des premiers fidèles, tout ce qui rappelait plus spécialement le souvenir de la Mère du Sauveur. C'étaient des cheveux de la sainte Vierge, un morceau d'une de ses robes et quelques parcelles, soit de la pierre de son sépulcre, soit de la terre sur laquelle elle rendit le dernier soupir. Du reste, cette fuite et les circonstances qui l'accompagnèrent avaient, dit-on, été prédites par saint Paterne; car, à son lit de mort, le disciple de saint Sernin aurait fait entendre ces paroles prophétiques : « Moi, le premier, trois après moi, et nul autre ensuite; après quoi le siège sera changé. Que celui qui emportera d'ici l'autel et les reliques de la Vierge, ne laisse ni moi, ni eux ».

Auch, où se retira saint Taurin, se partageait, à cette époque, en deux cités très-distinctes : Climberris, la ville gauloise, très-amoindrie, sans doute, sur la crête et sur les flancs de la colline, et l'Augusta Auscorum, la ville romaine ou la ville claire, comme on l'appela quelquefois depuis, sur les rives du Gers. Saint Sernin y avait semé l'Évangile dans le premier siècle de l'ère chrétienne; une ancienne tradition qui s'est perpétuée à travers les âges, et que nous trouvons mentionnée dans plusieurs documents très-respectables de la métropole d'Auch, veut même qu'ayant, pendant qu'il prêchait à Auch, appris par révélation la mort de saint Pierre, martyrisé à Rome sous Néron, il se soit empressé de bâtir sur la rive gauche du Gers un oratoire, en l'honneur du prince des Apôtres. La foi y avait fait des prosélytes depuis cette première prédication, et bientôt l'oratoire de Saint-Pierre n'avait plus suffi. Un autre avait été élevé à quelques pas de là, vers le nord, hors des murs d'enceinte des deux cités.

Après avoir élevé sur le sommet de la colline une petite chapelle dans laquelle il plaça l'autel de la sainte Vierge et une partie des reliques qu'il

SAINT TAURIN, ÉVÊQUE ET MARTYR.

avait apportées d'Eauze, il alla déposer le reste dans l'oratoire de Saint-Jean, et y établit son siège pontifical. C'était s'y fixer lui-même, et comme il voulut garder près de lui les corps de ses prédécesseurs, il les enterra dans cet oratoire près du maître-autel. La présence de saint Taurin, l'exemple de ses vertus, ses pressantes exhortations ne pouvaient que raviver à Auch la piété des chrétiens et en augmenter le nombre. Aussi est-il généralement regardé comme le premier évêque de cette ville. Il est vrai que c'est à lui que remontent et que s'arrêtent les plus anciens documents de cette Église. Nous inclinerions, toutefois, à croire que le siège d'Auch existait déjà. C'était l'usage à peu près constant de la primitive Église, lorsque la foi avait été prêchée avec quelque succès dans une ville un peu importante, et surtout lorsqu'elle y avait fait des progrès, d'y placer non point un ou plusieurs prêtres, mais un évêque. Or, quand saint Taurin parut à Auch, saint Sernin y avait jeté la semence évangélique depuis un assez bon nombre d'années, et cette semence y avait fructifié au point de nécessiter deux oratoires et un cimetière.

Cependant, l'enceinte d'une ville était trop étroite pour le zèle de l'homme apostolique. A cette âme ardente il fallait un théâtre plus vaste; la charité est quelquefois affamée de conquêtes autant que l'ambition. Comme celle-ci, la première sait, quand il le faut, aller presque jusqu'à une imprudente témérité. Le bruit se répand un jour que pour accomplir nous ne savons quel rite du culte druidique, une foule nombreuse se réunissait dans le bois de Berdale, alors plus étendu qu'il ne l'est de nos jours, car il ne se terminait qu'à une petite distance d'Aubiet. A cette nouvelle, le héraut de l'Évangile ne se contient point. Bravant tous les périls et souriant peut-être au sort qu'il attendait, il court attaquer l'erreur jusqu'à dans son repaire.

Le sacrifice était commencé. Tout à coup, au milieu du silence religieux, une voix se fait entendre. C'était Taurin ! A la multitude abusée, en présence des prêtres qui l'égaraient, il dit tout ce qu'avait de vide, d'indigne et de mensonger le culte des fausses divinités qui surprenaient ses adorations, et au contraire tout ce qu'avait apporté à la terre de vertus, de consolations et de liberté, le Dieu dont il était, lui, le ministre. La foule s'étonne d'abord de la hardiesse et de la nouveauté de ce langage; elle hésite quelques instants: mais bientôt, poussée par les druides, elle se jette sur l'intrépide apôtre et l'accable sous une grêle de pierres et de coups de bâtons. Il respirait encore, lorsqu'un idolâtre, plus emporté que les autres, lui brise le crâne d'un premier coup de hache, et d'un second lui tranche entièrement la tête. Une ancienne tradition prétend que le Saint renouvela aux yeux de ses meurtriers le miracle de saint Denis de Paris, et qu'il porta, avec son tronc mutilé, sa tête jusqu'à dans la rue d'Auch, qui depuis reçut son nom et qui était située près des terrasses de l'archevêché. C'est là que les chrétiens allèrent chercher ses restes sacrés pour les ensevelir dans l'église de Saint-Jean, à côté des restes de ses prédécesseurs sur le siège d'Eiuse.

## CULTE ET RELIQUES.

La fête de saint Taurin se célèbre dans tout le diocèse d'Auch, avec la même pompe que les plus grandes solennités, le 5 septembre qu'on croit être celui de son martyre. On l'invoque contre les maux de tête. Quand le siège pontifical eut été transféré, vers l'an 850, dans l'ancienne chapelle bâtie par saint Taurin sur la crête de la colline, et devenue plus tard l'église de Sainte-Marie, les archevêques songèrent à transporter près d'eux ses reliques. Aucun monument parvenu jusqu'à nous ne nous indique l'époque de cette translation. Quoi qu'il en soit, le corps de saint

5 SEPTEMBRE.

Taurin fut descendu dans une crypte avec ceux de saint Léothade et de saint Austinde. En 1610, Mgr Léonard de Trapes fit l'invention de ses reliques.

Pendant la révolution, le chef de saint Taurin disparut, ainsi que le grand buste en argent qui le renfermait; quant au reliquaire qui renfermait le reste du corps, il fut respecté, ainsi qu'on le constata dans la visite faite le 4 février 1857, par Mgr de Salinis. Voici l'inventaire des reliques de saint Taurin, tel qu'il fut fait à cette époque :

Douze côtes ou fragments de côtes; — De plus, quatre petits fragments; — Sept vertèbres entières ou à peu près, dont deux cervicales unies et deux autres encore cervicales, mais séparées; — Seize fragments d'autres vertèbres; — Partie supérieure du larynx; — Un grand fragment de la partie supérieure de l'omoplate gauche; — La clavicule droite; — Deux fragments d'humerus; — Un fragment notable de chacun des deux radius; — Un fragment d'un cubitus; — Les deux fémurs moins leurs têtes; — Une tête de fémur séparée; — Le péroné gauche entier; — Le péroné droit fracturé en deux; — Les deux tibia; — Les deux rotules; — Les deux calcaneum avec un astragale; — Quatre os du tarse; — Douze des os longs des pieds ou des mains; — Quatre fragments des os des pieds; — Un très-petit fragment d'étoffe; — Deux vases de cendres.

Extrait des Vies des saints Évêques de la métropole d'Auch, par M. J.-J. Moulesun, chanoine d'Auch et du Puy.

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Événements marquants

  • Quatrième successeur de saint Paterne au siège d'Eauze
  • Fuite d'Eauze vers Auch devant l'invasion barbare
  • Translation des reliques de ses prédécesseurs et de la Vierge à Auch
  • Établissement du siège pontifical dans l'oratoire de Saint-Jean à Auch
  • Interruption d'un rite druidique dans le bois de Berdale
  • Martyre par lapidation et décapitation
  • Céphalophorie : porte sa tête jusque dans une rue d'Auch

Miracles

  • Céphalophorie : porte sa tête après sa décapitation
  • Prophétie de saint Paterne concernant la translation du siège

Citations

Moi, le premier, trois après moi, et nul autre ensuite; après quoi le siège sera changé.

— Paroles prophétiques attribuées à saint Paterne