Saint Thuriaf (Thurian)
Évêque de Dol
Résumé
Évêque de Dol au VIIIe siècle, Thuriaf commença sa vie comme berger avant d'être formé par l'évêque Thiarmail. Reconnu pour son humilité et son zèle, il obtint la conversion du seigneur Rivallon qui avait incendié un monastère. Il mourut à un âge avancé après avoir opéré de nombreux miracles, dont la résurrection de la fille d'un seigneur.
Biographie
SAINT THURIAF
ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DOL, EN BRETAGNE
Vers l'an 749. — Pape : Zacharie. — Roi de France : Pépin le Bref.
Quand on ne recherche point avec un désir déréglé les emplois extérieurs, l'on s'en peut acquitter avec une paix et une modération d'esprit exemptes de confusion et de trouble.
D. Lobineau, Éloge du Saint.
Saint Thuriaf naquit de parents nobles et riches, auprès du monastère de Ballon. Ce monastère était de la dépendance de celui de Dol. Dès son plus bas âge, son âme fut éclairée des lumières surnaturelles. Il méprisa de bonne heure les biens temporels, avant que son cœur eût eu le temps d'être séduit par leur usage ; et il commença à pratiquer les conseils les plus parfaits de l'Évangile, en abandonnant ses parents, sa maison, son pays et ses biens, pour chercher le royaume des cieux.
Il s'achemina du côté de Dol, et s'étant égaré, il fut rencontré par un homme charitable, qui le mena chez lui, et lui donna ses troupeaux à garder. Mais comme le saint enfant avait voué au Roi des siècles un service plus essentiel, il voulut, pour s'en rendre capable, être instruit dans les lettres. Un ecclésiastique, qu'il pria de lui en tracer les caractères sur des tablettes, lui rendit ce service. Il les eut bientôt appris, de même que la grammaire et les éléments de la langue latine. Il y joignit la science du chant, qu'il affectionnait d'autant plus, qu'il avait une voix éclatante et mélodieuse. Le goût qu'il prenait à l'employer à faire retentir de tous côtés les louanges de Dieu, lui donna lieu d'être connu de l'évêque de Dol, nommé Thiarmail ou Armael, qui, touché des excellentes qualités qu'il trouva dans cet enfant, l'adopta pour son fils, l'emmena à Dol, lui donna tous ses soins, et lui enseigna les lettres sacrées.
Les progrès de ce jeune disciple furent si grands, que l'évêque ne trouva pas de difficulté à l'ordonner prêtre et à le mettre à la tête du clergé de son
SAINT THURIAF, ÉVÊQUE DE L'ANCIEN SIÈGE DE DOL, EN BRETAGNE. 287
Église. Thuriaf, élevé à cette dignité, fit de nouveaux efforts pour se surpasser lui-même, et pour devenir par ses vertus la règle vivante des autres. Thiarmail eut sujet de présumer que son choix était approuvé de Dieu, quand il vit les vertus de son cher disciple accompagnées du rare et précieux don des miracles. La confiance que lui donna l'approbation céleste l'engagea, à l'exemple de quelques-uns des plus saints de ses prédécesseurs, à mettre Thuriaf à sa place, pour y exercer les fonctions pénibles de l'épiscopat, qui, à cause de son âge trop avancé, lui devenait désormais un poids trop difficile à soutenir.
Le mérite extraordinaire de Thuriaf rendit son élection et son ordination très-agréables aux autres évêques de Bretagne, au clergé et au peuple, qui se flattèrent de voir revivre saint Samson et saint Magloire dans ce nouveau prélat, déjà si favorisé du ciel. Quant à lui, il avait déjà tout mis en usage dès qu'il était entré dans la carrière ecclésiastique pour acquérir la perfection des vertus de son saint état. Ses Actes rapportent qu'il se distinguait surtout par une humilité profonde, un zèle infatigable pour le salut des âmes, une ardente charité et une simplicité admirable, jointe à une grande innocence de mœurs. Il passait le jour à instruire son peuple, et presque toute la nuit en prière.
L'homme ennemi, qui veille toujours pour troubler l'Église et y semer le désordre et la division, profita, peu de temps après l'ordination de Thuriaf, des dispositions qu'avaient à la violence un seigneur du pays, nommé Rivallon, et le porta à mettre le feu dans un monastère de la dépendance de l'évêché, distant de sept à huit lieues de Dol. On vint aussitôt annoncer à Thuriaf que l'église, les livres sacrés, les ornements et les vases précieux avaient été pillés ou réduits en cendres ; il n'y eut que le missel qui fut épargné par miracle. Pénétré de douleur, il prit avec lui douze de ses religieux, et se rendit à pied chez Rivallon, au lieu nommé Kanfrut ou Lan-Kafrut, qui paraît être le même que celui où cet homme violent venait de brûler le monastère. Rivallon, en le voyant, se sentit touché de repentir et, se jetant tout tremblant à ses pieds, lui fit des offres si avantageuses pour la réparation du mal qu'il avait commis, que Thuriaf, qui ne cherchait que sa conversion, ne lui refusa pas le remède de la pénitence. Thuriaf, satisfait, retourna dans son Église, et Rivallon, aidé des princes du pays, répara au septuple tout le dommage qu'il avait causé, à quoi il employa les sept années de pénitence que son prélat lui avait imposées.
On rapporte qu'il opéra plusieurs guérisons miraculeuses et qu'il rappela à la vie la fille unique d'un seigneur du pays, après s'être mis en prière avec tout son clergé.
Saint Thuriaf, après avoir rempli tous les devoirs d'un bon pasteur, mourut saintement, dans un âge très-avancé, le 13 juillet, et son corps fut enterré dans son église cathédrale. Il a été depuis transporté en France, à l'époque où les Normands ravageaient la Bretagne, et déposé à Paris, dans l'église de Saint-Germain des Prés, qui l'a conservé jusqu'en 1793, époque à laquelle il a été détruit. Ce saint corps ne s'y trouvait pas tout entier ; l'église cathédrale de Chartres en possédait une partie, renfermée depuis l'an 1230 dans une chasse de vermeil très-curieuse. Cette partie a également été détruite pendant la révolution. Il ne reste peut-être plus maintenant des reliques de saint Thuriaf qu'un fragment d'ossement, qui se trouve dans l'église paroissiale de Quintin, ville du diocèse de Saint-Brieuc ; ce fragment est renfermé dans un chef en argent. Le saint évêque, nommé dans ce pays saint Thurian, est patron de cette église. Les anciens Bréviaires de Saint-
13 JUILLET.
Meen, de Saint-Brieuc, de Nantes et de Léon, mettent tous la fête de saint Thuriaf le même jour, 13 juillet.
On le représente : 1° en habit de berger, pour rappeler ses premières années ; 2° avec une colombe sur l'épaule : il s'était mis en prière pour un seigneur emporté, qui s'offrait à faire pénitence, quand une colombe se reposa sur son épaule comme pour lui dire que le pécheur obtiendrait son pardon s'il tenait ses promesses.
Acta Sanctorum; Sarius. — Cf. Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lebineau.
Événements marquants
- Garde des troupeaux dans sa jeunesse
- Éducation cléricale et apprentissage du chant
- Adoption par l'évêque Thiarmail
- Ordination sacerdotale et direction du clergé de Dol
- Élévation à l'épiscopat pour succéder à Thiarmail
- Confrontation avec le seigneur Rivallon après l'incendie d'un monastère
- Imposition d'une pénitence de sept ans à Rivallon
Miracles
- Préservation miraculeuse d'un missel lors de l'incendie d'un monastère
- Guérisons miraculeuses
- Résurrection de la fille unique d'un seigneur
- Apparition d'une colombe sur son épaule lors de la prière pour un pécheur
Citations
Quand on ne recherche point avec un désir déréglé les emplois extérieurs, l'on s'en peut acquitter avec une paix et une modération d'esprit exemptes de confusion et de trouble.