Saint Casimir, Duc de Lithuanie

Duc de Lithuanie

Fête : 4 mars 15ᵉ siècle • sainte

Résumé

Fils du roi de Pologne, saint Casimir se distingua par une piété austère et une chasteté héroïque au sein de la cour. Il refusa le trône de Hongrie par respect pour la justice et préféra mourir à vingt-cinq ans plutôt que de rompre son vœu de virginité. Son corps fut retrouvé intact 120 ans après sa mort.

Biographie

SAINT CASIMIR, DUC DE LITHUANIE

La chasteté est la vertu qui représente ici-bas l'état glorieux de l'immortalité.

S. Dern., *Ep. xxiii, à Henri, archev. de Sens.*

Quoique la virginité soit une fleur très délicate, et qu'elle ne se trouve pas ordinairement dans les cours des princes, où la corruption se glisse fort aisément, elle n'y est pas néanmoins si rare que l'on n'en puisse remarquer plusieurs exemples dans l'histoire des Saints. Nous en avons déjà vu deux qui ont excité notre admiration, dans les personnes sacrées de sainte Cunégonde, impératrice, et de son très chaste époux saint Henri ; voici un troisième en la personne de saint Casimir.

Ce prince était second fils de Casimir III, roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, et d'Élisabeth d'Autriche, fille de l'empereur Albert, que Martin Chromer, évêque d'Ermeland, dans la Prusse, appelle très sainte et très religieuse princesse. Cette pieuse mère prit un soin merveilleux de le faire instruire et élever en l'amour et en la crainte de Dieu, avec ses autres enfants, qui étaient au nombre de douze : six garçons d'une part, et de l'autre six filles, qui furent mariées dans les maisons de Bavière, de Saxe et de Brandebourg. L'aîné des fils fut élu roi de Hongrie et de Bohême, après Mathias Corvin : trois autres furent successivement rois de Pologne, et le dernier fut cardinal-archevêque de Gnesen et évêque de Cracovie.

Pour notre Saint, il fit de grands progrès dans les lettres et dans la vertu, sous les bons gouverneurs que la reine lui donna ; dès ses premières années, il méprisa les plaisirs, les divertissements et les délicatesses que les autres enfants recherchent avec passion, pour s'adonner entièrement aux exercices de la vie spirituelle. Il était l'ennemi juré, non seulement du vice, mais aussi de la plus petite liberté et de l'ombre même du péché. Il étudiait avec une telle ardeur et obtenait de si heureux succès, qu'il était admiré de tout le monde. Il joignait la piété à ses études, car ses thèmes, ses poèmes et ses discours ne roulaient que sur des sujets sacrés. Il macérait son corps, encore tendre et délicat, par le jeûne et l'usage fréquent de la discipline ; sous ses riches habits, il portait ordinairement la haire et le cilice. Souvent il passait les nuits entières sur la dure ou bien à la porte des églises, où il priait longuement le visage contre terre. Il a vécu dans une extrême austérité parmi les honneurs dus à sa naissance et à sa qualité : quoiqu'il ait été fils, frère et oncle des rois de Pologne, on peut dire de lui ce que Panigarola, évêque d'Asti, disait du grand saint Charles Borromée, cardinal et archevêque de Milan : qu'il était comme un pauvre chien en la maison de son maître, ne mangeant qu'un peu de pain, ne buvant qu'un peu d'eau et ne couchant que sur un peu de paille.

Il exhortait souvent le roi, son père, à gouverner ses sujets selon la règle de la justice. S'il arrivait quelquefois qu'il s'en écartât, il ne manquait pas de l'en avertir doucement, en demeurant toujours dans les bornes du respect qu'un fils doit à son père. Le roi l'écoutait volontiers ; et comme, outre

4 MARS.

la droiture de cœur, il remarquait en lui un grand fond de jugement et une pénétration d'esprit au-dessus de son âge, il suivait avec plaisir ses conseils dans le gouvernement de ses États.

Quelques Hongrois, mécontents de Mathias, leur roi, voulurent élever notre Saint sur son trône en 1471 ; ils envoyèrent pour ce sujet une députation au roi de Pologne, son père. Le jeune Casimir, qui n'avait pas encore treize ans accomplis, eût bien voulu refuser la couronne qu'on lui offrait ; mais par complaisance pour son père, il partit à la tête d'une armée pour soutenir le droit de son élection. Étant arrivé sur les frontières de la Hongrie, il apprit que Mathias venait de ramasser seize mille hommes pour aller au-devant des Polonais et qu'il avait regagné les cœurs de ses sujets. Il sut aussi que le Pape Sixte IV s'était déclaré pour le roi détrôné et qu'il avait envoyé une ambassade à son père pour lui faire abandonner son entreprise. Toutes ces circonstances réunies donnèrent une joie secrète au jeune prince. Il demanda à son père la permission de revenir sur ses pas ; ce qui ne lui fut que très difficilement accordé ; mais pour ne pas augmenter le chagrin que son père ressentait d'avoir vu échouer ses desseins, il évita d'abord de paraître en sa présence ; ainsi, au lieu d'aller droit à Cracovie, il se retira au château de Dobzki, qui en est à une lieue, et il y passa trois mois dans les pratiques d'une austère pénitence. Ayant reconnu dans la suite l'injustice de l'expédition qu'on l'avait forcé d'entreprendre contre le roi de Hongrie, il refusa constamment de se rendre à une seconde invitation que lui firent les Hongrois, et cela malgré les sollicitations et les ordres réitérés de son père.

Il était si dévot à la Passion de Notre-Seigneur et au saint sacrifice de l'autel, que souvent, quand il entendait parler des douleurs et des tourments que Jésus-Christ a soufferts pour nous au jardin des Oliviers et sur le mont du Calvaire, ou qu'il assistait à la sainte messe, il tombait en extase et en ravissement.

Sa pureté et sa chasteté furent, dès son enfance, toutes virginales et tout angéliques ; elles paraissaient si admirablement en toutes ses actions, qu'elles rendaient chastes et continents ceux qui, en conversant avec lui, le regardaient ; aussi prit-il un grand soin de les conserver inviolables tout le temps de sa vie : étant malade de langueur, il préféra la mort (que le philosophe appelle la plus terrible de toutes les choses du monde) à la santé et à la vie, rejetant avec une héroïque constance les avis des médecins, qui s'efforçaient de lui persuader de perdre sa virginité pour prolonger ses années et se marier afin de pouvoir régner après le roi, son père. Car, quoique dans la nation polonaise, qui n'est pas moins jalouse de sa liberté que fière et généreuse, les rois montassent sur le trône par élection, et que la succession n'eût point lieu dans ce royaume, néanmoins, si le fils du roi se rendait digne, par ses vertus et par ses belles actions, de porter le sceptre de son père, les Ordres du royaume l'élisaient ordinairement, comme on l'a vu pour Ladislas IV et pour Casimir V, qui ont succédé à leur père Sigismond.

Ceux qui considéreront la conduite de notre prince, l'honneur et la gloire de la royale maison des Jagellon, qui a gouverné près de deux siècles entiers le royaume de Pologne, ne s'étonneront plus de ce que, au milieu des douceurs et des délices de la cour, il ait mené une vie si sainte et si chaste, vu la tendre dévotion qu'il portait à Notre-Dame, Vierge des vierges et Mère de Dieu. Il composa, à son honneur, une longue prière en latin, qu'il récitait tous les jours, et avec laquelle il voulut être enterré ; car, lorsqu'en l'an 1604, on ouvrit son tombeau, en l'église de Vilna, on trouva son corps frais et entier, et l'hymne entre ses mains. La voici :

SAINT CASIMIR, DUC DE LITHUANIE.

« Chaque jour, ô mon âme, rends tes hommages à Marie, solennise ses fêtes et célèbre ses vertus éclatantes ;

« Contemple et admire son élévation ; proclame son bonheur et comme Mère et comme Vierge ;

« Honore-la afin qu'elle te délivre du poids de tes péchés ; invoque-la afin de ne pas être entraîné par le torrent des passions ;

« Je le sais, personne ne peut honorer dignement Marie ; il est insensé pourtant celui qui se tait sur ses louanges ;

« Tous les hommes doivent l'exalter et l'aimer spécialement, et jamais nous ne devons cesser de la vénérer et de la prier ;

« O Marie, l'honneur et la gloire de toutes les femmes, vous que Dieu a élevée au-dessus de toutes les créatures ;

« O Vierge miséricordieuse, exaucez les vœux de ceux qui ne cessent de vous louer ;

« Purifiez les coupables, et rendez-les dignes de tous les biens célestes ;

« Salut, ô Vierge sainte, vous par qui les portes du ciel ont été ouvertes à des misérables, vous que les ruses de l'ancien serpent n'ont jamais séduite ;

« Vous, la réparatrice, la consolatrice des âmes au désespoir, préservez-nous des maux qui fondront sur les méchants ;

« Demandez pour moi que je jouisse d'une paix éternelle, et que je n'aie pas le malheur d'être en proie aux flammes de l'étang de feu ;

« Demandez que je sois chaste et modeste, doux, bon, sobre, pieux, prudent, droit et ennemi du mensonge ;

« Obtenez-moi la mansuétude et l'amour de la concorde et de la pureté ; rendez-moi ferme et constant dans la voie du bien ».

Saint Casimir est particulièrement loué pour avoir été extrêmement ennemi de la médisance, très modeste et retenu en ses discours. Il ne parlait jamais, même avec ses plus familiers, des fautes du prochain, ni des imperfections d'autrui, mais seulement des affaires de sa conscience, du mépris et de la vanité du monde, de la misère de cette vie périssable, de l'horreur du vice et du péché, de la beauté de la vertu et de l'heureux et saint état de la grâce. Son palais était une pépinière où croissaient toutes les plantes des vertus, un parterre où s'épanouissaient toutes les fleurs de la dévotion, et comme un temple où l'on ne faisait que prier Dieu. En effet, l'oraison y était aussi parfaitement pratiquée que dans les monastères et les maisons religieuses les plus étroites et les plus réformées. Tous ses domestiques étaient, à son exemple, si pleins de bonté, que, quand ils étaient à la cour du roi de Pologne, ou en celle de Ladislas, roi de Hongrie, son frère aîné, l'on connaissait plutôt ceux qui étaient de sa maison, par l'exercice d'une vertu extraordinaire, que par ses couleurs et ses livrées. Il était plein d'attachement pour la religion catholique, et son zèle lui fit employer tous les moyens dont il disposait pour extirper le schisme des Russes. Il avait tant d'amour et de charité pour tous les pauvres, les veuves et les orphelins de ses terres, qu'il s'est acquis, par cette vertu, le beau surnom de « Père et de défenseur des pauvres et des malheureux ».

Le saint duc ayant mené une vie si pure, si vertueuse et si innocente, Dieu lui fit la grâce de lui révéler le jour et l'heure de son départ de ce monde. Ce fut vers le 4 mars de l'an 1483, et le vingt-cinquième de son âge, après qu'il eut reçu, avec une grande ferveur et une grande dévotion, le saint Viatique, en présence de plusieurs prêtres et religieux qu'il chérissait et honorait extrêmement.

4 MARS.

Les anges vinrent chercher son âme virginale pour la conduire au ciel ; ce qu'un panégyriste contemporain a exprimé par ces vers :

Procul planctus : date cantus Et lilie tomulo : Casti floros et odores Uno erunt cumulo.

En coitlens angelicus Ab alto exercitus, Ad hoc funus, graium munus Prosequendum excitus

Anfer planctus, audi cantus, Vide quantos tomulo Spargunt flores, dant odores Vero suo modulo.

Pas de larmes, mais des chants, et des lis ; à cette tombe il faut une chaste fleur, un parfum virginal ;

Car voici descendre des hauteurs du ciel la troupe sainte des esprits célestes, qui vient assister aux funérailles d'un frère, comme à une fête.

Encore une fois, cessez vos pleurs, prêtez l'oreille aux harmonies d'en haut : voyez que de fleurs et de parfums les Anges répandent sur la tombe de celui qui leur ressemble !

Son corps fut porté avec une pompe funèbre tout à fait royale, en l'église cathédrale de Vilna, ville capitale de son duché de Lithuanie, où il reçut les honneurs de la sépulture.

On voit, dans une chapelle de Saint-Germain des Prés, à Paris, le portrait de saint Casimir, tiré d'après nature. Cette chapelle a été bâtie par Casimir, roi de Pologne, et dernier prince de la maison de Wasa, qui, après avoir abdiqué la couronne, se retira à Paris, où il mourut abbé de Saint-Germain des Prés, en 1668.

La couronne que l'on met à ses pieds, annonce qu'il se désista de ses prétentions au trône de Hongrie, quand il vit le roi Mathias soutenu par le Pape. — Le lis qu'il porte à la main est l'indication de la chasteté inviolable qu'il conserva jusqu'à la mort. On place quelquefois à côté de lui, un écrit, parce qu'il voulut être enseveli avec la prose

Omni die, die Maria mea laudes anima.

appelée souvent hymne de saint Casimir.

[ANNEXE: CULTE DE SAINT CASIMIR.]

Quelque temps après sa mort, le grand-duc de Moscovie entra, avec une puissante armée, dans la Lithuanie : ce qui mit tous ces peuples en désordre et en confusion ; mais, ayant recours au ciel, ils firent un vœu au tombeau de leur saint duc, et, peu de jours après, une petite troupe de Lithuaniens tailla en pièces l'armée des Moscovites ; ce qui ne se fit pas sans miracle, car le Saint parut dans les airs, combattant pour ses sujets contre ces schismatiques.

Plusieurs personnes atteintes de diverses maladies ont obtenu une parfaite guérison à son sépulcre : une jeune fille, nommée Ursule, qui était décédée à Vilna, ayant été portée par ses parents sur le tombeau de ce prince, y recouvra la vie devant une grande assemblée, et elle vécut encore plusieurs années.

Ces miracles, et d'autres semblables, firent que le pape Léon X le déclara Bienheureux, à la prière de Sigismond Ier, roi de Pologne, son frère ; et, depuis, le pape Paul V a commandé de célébrer sa mémoire par toute l'Église et d'en faire la fête avec office semi-double. On implore son secours pour surmonter les tentations contre la chasteté, pour être préservé ou délivré du fléau de la peste, et pour réprimer la cruauté des Turcs. Il est le patron de la Pologne.

Cent vingt ans après sa mort, on trouva son corps sans corruption. Les riches étoffes dont on l'avait enveloppé furent aussi trouvées entières, malgré l'excessive humidité du caveau où il avait été enterré ; on a fait construire une magnifique chapelle de marbre pour y déposer ses reliques.

Zacharie Ferrier de Vicence, évêque de Guardia et nonce du Pape en Pologne, a écrit sa vie et composé son office avec l'autorité du Saint-Siège, et c'est de là que nous avons extrait celle-ci. Mais nous ne voulons pas omettre que les deux derniers rois de Pologne, Ladislas et Casimir, qui ont épousé l'un après l'autre la princesse Marie-Louise de Gonzague, de la maison de Mantoue, étaient petits-neveux de ce grand Saint, étant fils de Sigismond III, roi de Pologne et de Suède, qui eut pour mère Catherine Jagellon, reine de Suède et fille de Sigismond Ier, roi de Pologne, frère de saint Casimir. Et pour faire une remarque plus particulière sur la maison de ce bienheureux prince, notre roi très-chrétien, Louis XIV, fut aussi l'un de ses petits-neveux, car Ladislas Jagellon, roi de Hongrie et de Bohême, frère aîné de saint Casimir, épousa Anne de Foix, de la maison de Candale, de laquelle il eut Jagellon, reine de Hongrie et de Bohême, femme de l'empereur Ferdinand Ier, dont plusieurs enfants sont issus, et, entre autres, Anne d'Autriche, grande-duchesse de Toscane, mère de la reine Marie de Médicis, femme du roi Henri le Grand et mère du roi Louis XIII, lequel a eu de la reine Anne d'Autriche le roi Louis le Grand.

Événements marquants

  • Éducation pieuse par la reine Élisabeth d'Autriche
  • Expédition militaire en Hongrie à l'âge de 13 ans (1471)
  • Retraite de trois mois au château de Dobzki
  • Refus d'une seconde invitation au trône de Hongrie
  • Choix de la mort plutôt que de rompre son vœu de virginité sur conseil des médecins
  • Invention du corps intact en 1604

Miracles

  • Apparition dans les airs pour aider les Lithuaniens contre les Moscovites
  • Résurrection d'une jeune fille nommée Ursule sur son tombeau
  • Incorruptibilité du corps et des vêtements malgré l'humidité

Citations

Omni die, die Maria mea laudes anima

— Hymne attribué à Saint Casimir

Date de fête

4 mars

Époque

15ᵉ siècle

Décès

4 mars 1483 (naturelle)

Catégories

Invoqué(e) pour

tentations contre la chasteté, peste, répression de la cruauté des Turcs

Autres formes du nom

  • Casimirus (la)

Prénoms dérivés

Casimir

Famille

  • Casimir III (père)
  • Élisabeth d'Autriche (mère)
  • Ladislas Jagellon (frère)
  • Sigismond Ier (frère)
  • Albert (grand-père maternel)