Sainte Thècle d'Iconium

Vierge et Première des Martyres

Fête : 23 septembre 1ᵉʳ siècle • sainte

Résumé

Noble d'Iconium convertie par saint Paul, Thècle renonce au mariage pour la virginité chrétienne. Elle survit miraculeusement à de multiples supplices (feu, lions, taureaux, serpents) avant de finir sa vie en ermite à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Elle est honorée comme la première des martyres et l'égale des apôtres.

Biographie

SAINTE THÈCLE D'ICONIUM, VIERGE,

LA PREMIÈRE DES MARTYRES

Xe siècle.

Une gloire spéciale à la vierge sainte Thècle est d'avoir, la première d'entre les personnes de son sexe, remporté la palme du martyre.

Office de la Sainte.

Lorsque l'apôtre saint Paul prêchait l'Évangile dans la ville d'Iconium, qui est de la province de Lycaonie, il logeait chez un chrétien appelé Onésiphore, et y trouvait de saintes assemblées où se tenaient quantité de personnes désireuses de leur salut. Thècle fut de ce nombre ; c'était une jeune fille de dix-huit ans, des plus nobles et des plus riches de la ville. Sa mère Théoclie l'avait fiancée à un jeune seigneur appelé Thamyris, et elle n'attendait plus que le temps de célébrer ce mariage qu'elle estimait très-avantageux. Thècle, pendant ce délai, entendit raconter tant de merveilles du saint Apôtre, et on lui fit un récit si avantageux de ce qui se passait dans ces conférences de religion, qu'elle employa toutes sortes d'adresses pour y avoir entrée. La chose n'était pas facile, parce que sa mère ne la perdait point de vue ; mais la divine Providence lui en fit trouver les moyens : touchée des paroles de ce prédicateur céleste, non-seulement elle se fit chrétienne, mais elle renonça aussi au mariage et prit Jésus-Christ pour son Époux éternel. Son avidité pour entendre le saint Apôtre, dit saint Jean Chrysostome, était si grande que, lorsqu'il fut mis en prison, elle vendit ses bagues et ses autres joyaux pour avoir de quoi gagner le geôlier, afin qu'il lui en permît l'entrée : « Thècle a donné ses joyaux pour voir saint Paul ; et vous, qui vous glorifiez du nom de chrétien, vous n'avez pas le courage de donner une obole pour voir Jésus-Christ ».

La mère de notre Sainte ne fut pas longtemps à s'apercevoir du changement qui s'était fait en elle ; son aversion pour le mariage, son mépris pour toutes les vanités du monde ; l'humilité, la modestie, l'esprit de retraite et de dévotion qui éclataient sur son visage, faisaient assez paraître qu'elle n'était plus une fille du siècle, mais une âme gagnée au Sauveur. Elle lui demanda d'où venait cette nouveauté ; et, apprenant de sa bouche que Notre-Seigneur l'avait éclairée pour reconnaître l'impiété du paganisme, la nécessité de la religion chrétienne et le prix inestimable de la virginité, elle entra dans une telle fureur, qu'elle fut près de la tuer de ses propres mains. Après ce premier emportement, elle passa à un excès d'inhumanité bien plus horrible : elle accusa elle-même sa fille devant le juge comme chrétienne et comme réfractaire à la promesse de mariage qu'elle avait donnée, et le pria de la faire brûler toute vive si elle ne changeait de résolution, afin de donner de la terreur aux autres jeunes filles qui seraient sollicitées d'imiter sa conduite. Le juge déféra à cette prière, fit comparaître Thècle devant son tribunal, et, la trouvant inébranlable dans sa résolution de demeurer chrétienne et de garder sa virginité, il commanda d'allumer un grand brasier et de l'y jeter toute vive. La généreuse vierge se munit alors du signe de la croix, et, sans attendre que les bourreaux missent la main sur elle, touchée d'un mouvement extraordinaire du Saint-Esprit, elle entra hardiment dans le milieu des flammes, pour y faire le sacrifice de son corps à la gloire de son Époux. Cependant Dieu en suspendit l'activité, et il tomba à l'heure même une si grande abondance de pluie, que le feu fut entièrement éteint et que le peuple idolâtre fut contraint de s'enfuir pour gagner un abri. Thècle sortit donc de ce brasier sans en avoir reçu aucune incommodité, sans même que ses habits fussent brûlés, et s'éloigna de sa ville natale sans que nul songeât à s'opposer à sa fuite.

Ainsi échappée miraculeusement à une mort certaine, Thècle, à qui le Seigneur seul devait désormais tenir lieu de famille et d'héritage, courut à la recherche du grand Apôtre. Celui-ci, de son côté, présageant le sort que ses ennemis réservaient à sa fille spirituelle, ne s'était pas éloigné de la ville d'Iconium. Quelques chrétiens fervents, aussi engendrés par lui à la foi, lui avaient ménagé une retraite sûre dans un lieu solitaire. Thècle fut instruite par eux du lieu de sa retraite et put revoir celui dont les divines exhortations avaient su lui inspirer tant d'énergie et tant de grandeur d'âme. Leur entrevue fut on ne peut plus touchante : le maître retrouvait son disciple ceint de l'auréole du martyre ; le disciple revoyait son maître portant les stigmates de la persécution. L'un glorifiait le Seigneur de l'avoir jugé digne d'enfanter cette fille à la foi ; l'autre bénissait Dieu de lui avoir ménagé un si illustre précepteur dans les ténèbres de son ignorance. Tous les deux enfin s'estimaient heureux et se montraient pleins de joie d'avoir souffert pour le nom et la gloire de Jésus-Christ, leur divin Maître.

Après qu'ils eurent mutuellement épanché leur cœur devant le Seigneur, Thècle demanda avec instance qu'il lui fût permis d'accompagner le saint Apôtre dans ses courses apostoliques, afin de se former à la per-

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fection sous un modèle aussi accompli. Animée du même esprit que son maître, elle eût voulu, dans l'ardeur de son zèle, partager ses travaux et ses souffrances, gagner des âmes à Jésus-Christ et propager en tous lieux la gloire de son saint nom. L'Apôtre répondit à cette demande par une peinture de toutes les fatigues de son apostolat et de sa vie qui n'était qu'un combat et qu'une pérégrination continuelle. Il lui rappela que, dévoué à la conversion de l'univers entier, il avait à parcourir les pays les plus éloignés, les nations les plus divisées de mœurs et de langage. Toutefois, ne voulant pas contrister cette fidèle servante de son Dieu, et désirant affermir mieux encore par des instructions plus fréquentes les sentiments de piété et de sacrifice que la grâce avait fait naître dans son cœur, saint Paul consentit à ce que Thècle l'accompagnât dans quelques-unes de ses courses, jusqu'à ce qu'elle pût se fixer au milieu de quelque chrétienté naissante, où elle serait tout à la fois à l'abri de la persécution de sa famille et comme un apôtre parmi les néophytes. Thècle accueillit avec respect et reconnaissance la décision du saint Apôtre. Elle s'efforça, autant qu'il fut en elle, de mettre à profit les précieux instants qui lui restaient à passer près de ce grand docteur; et l'on conçoit aisément combien de fruits devait produire la parole sainte dans un cœur aussi bien disposé à la recevoir.

Après avoir suivi ainsi, pendant quelque temps, le grand Apôtre, notre Sainte arriva à Antioche, capitale de la Syrie. C'est en cette ville qu'elle dut se fixer, et c'est dans cette ville que Dieu l'appelait à de nouveaux combats et à de nouveaux triomphes.

Un des premiers habitants de la ville, Alexandre, se prit d'une vive passion pour Thècle. Profitant de l'influence que lui donne sa position, il ose l'insulter en pleine rue. Mais la vierge chrétienne, n'écoutant que son courage, déchira la tunique de son agresseur, lui arrache de la tête la couronne qu'il portait, et le couvre de confusion devant tout le peuple. Loin de dévorer en silence l'affront que lui a mérité sa brutalité, Alexandre conduit l'héroïque jeune fille devant le gouverneur, qui la condamne à être dévorée par les bêtes. Cette sentence inique soulève une partie du peuple. Soit que le nombre des chrétiens fût déjà grand à Antioche, ou que la conduite d'Alexandre parût trop infâme pour ne pas révolter la conscience païenne elle-même, les femmes, prenant fait et cause pour l'héroïne, se mirent à crier autour du tribunal : « L'arrêt est injuste, la sentence est inique ! » Mais Thècle, uniquement inquiète du soin de sa vertu, ne demandait qu'une faveur, celle d'être conservée pure avant sa mort. On la remit donc entre les mains d'une femme de haut rang, nommée Tryphène, qui venait de perdre sa fille unique. L'heure du supplice arrivée, les bourreaux déchaînèrent contre la jeune vierge une lionne furieuse qui, au lieu de lui faire aucun mal, se coucha devant elle en lui léchant les pieds. Le lendemain matin, les satellites d'Alexandre eurent peine à enlever Thècle des bras de Tryphène, qui déjà la chérissait comme sa fille. Traînée à l'amphithéâtre, la vierge se tenait, les mains levées vers le ciel, au milieu des bêtes féroces qu'on déchaînait contre elle ; mais aucune ne la touchait. Dieu l'avait enveloppée d'un nuage de feu, pour que les spectateurs ne vissent pas qu'elle était sans vêtements.

Ce dernier trait est d'une délicatesse charmante, et saint Ambroise l'a relevé ainsi dans une de ses plus belles pages : « Que Thècle vous enseigne le sacrifice. Comme elle fuyait le mariage, elle se vit condamnée par la fureur de son fiancé ; mais elle sut inspirer aux bêtes féroces le respect de la virginité. On l'avait destinée à périr sous la dent des animaux ; elle était là, exposée à des regards qu'elle cherchait à éviter; elle apprit la pudeur à ces yeux qui ne la connaissaient pas. Qu'il était beau de voir l'animal se coucher à terre, lécher ses pieds, et témoigner par ce langage muet qu'il n'osait attenter au corps sacré de la vierge! C'est ainsi que la bête féroce vénérait sa proie: elle s'était dépouillée de son naturel, et elle était devenue humaine, puisque les hommes ne l'étaient plus. Dans ce moment-là, vous eussiez vu les rôles intervertis: les hommes changés en animaux sauvages commandaient la cruauté aux bêtes, et les bêtes venaient baiser les pieds de la vierge, enseignant le devoir aux hommes. Tant la virginité est une chose admirable, puisqu'elle commande le respect jusqu'aux lions eux-mêmes! Instinct de la faim, cris, excitations, habitudes sanguinaires, naturel féroce, ils n'écoutèrent rien de tout cela. En vénérant la martyre, ils ont enseigné la religion, ils ont enseigné la chasteté; car, en s'approchant de la vierge, ils ne baisaient que la plante de ses pieds, les yeux baissés vers la terre, comme s'ils n'avaient osé élever leur regard jusque vers la vierge nue... »

À la vue d'un prodige aussi extraordinaire, un morne silence s'empara du cœur de tous les spectateurs. Les uns, reconnaissant à ce signe la protection visible du ciel et l'innocence de Thècle, désiraient que la vie et la liberté fussent rendues à la Sainte. Les autres, plus endurcis par ce miracle même, souhaitaient qu'un autre genre de supplice lui fût préparé. Mille cris confus s'élevèrent enfin à la fois et vinrent dissiper la torpeur dans laquelle était plongé le gouverneur lui-même. Le sentiment de la vengeance se réveilla plus violent que jamais: il ordonna donc de reconduire Thècle dans sa prison.

Le lendemain, tout le peuple étant de nouveau assemblé, la sainte martyre fut amenée dans l'amphithéâtre. Comme elle persévérait toujours dans la confession de la foi, le magistrat ordonna qu'elle fût attachée à des taureaux indomptés pour être mise en pièces. Au même instant les bourreaux enlacent son corps délicat de liens épais et solides. Les taureaux sont attelés à ces mêmes liens en sens inverse: puis on les excite, on les aiguillonne, on les anime. Vains efforts! les liens se rompent, les bourreaux sont blessés, et Thècle est pleine de vie.

Ce nouveau prodige semble attiser encore plus violemment la haine des persécuteurs. On précipite alors la sainte dans une fosse profonde, remplie de serpents et d'autres reptiles venimeux dont la morsure était toujours mortelle pour les malheureux condamnés à ce genre de supplice. Thècle, au milieu de ces ennemis dangereux élève son cœur à Dieu et le conjure d'accepter le sacrifice de sa vie. Elle attend la mort avec une sainte impatience dans l'espoir d'être bientôt réunie et pour toujours au divin époux de son âme. Le Dieu qui l'avait protégée contre la violence des flammes, qui l'avait délivrée des dents des lions, qui l'avait aussi soutenue contre l'impétuosité des taureaux, devait encore la défendre contre la morsure des serpents. Ces animaux venimeux s'éloignent à son aspect, n'osant souiller de leur bave immonde ce corps sacré, temple vivant de la divinité et doublement consacré au Seigneur par la virginité et le martyre. Un engourdissement profond s'empare de tous leurs membres, et la Sainte peut se mouvoir dans cette horrible prison sans provoquer leurs attaques.

Sans rapporter encore ici les témoignages des divers Pères de l'Église qui nous ont transmis le souvenir de ces prodiges, écoutons seulement

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saint Zénon, évêque de Vérone et martyr, dans son livre de la Crainte : « Un accusateur acharné s'élève contre Thècle. Les lois du pays et leurs ministres inhumains soutiennent les paroles de l'accusateur. La férocité des animaux cruels est aiguillonnée de toutes les manières, et elle se trouve néanmoins plus facile à dompter que la férocité des hommes. Mais pour que rien ne parût manquer à ce spectacle si inhumain, on y ajoute encore les monstres marins. La jeune vierge est dépouillée de tous ses vêtements, elle est entourée de flammes : au milieu de tant d'instruments de mort, et de l'angoisse des spectateurs, elle survit et foule aux pieds tous les genres de terreurs. Saine et sauve, et comme si elle eût soumis l'univers entier, elle sort des profondeurs de cette fosse lugubre, non point comme une personne digne de pitié, mais comme une héroïne digne d'admiration, portant les trophées du monde vaincu, tandis que chacun s'attendait à la voir périr et succomber à tant de supplices ».

La délivrance miraculeuse de la vierge d'Iconium avait ému tout le peuple d'Antioche. Le gouverneur la fait venir et lui dit : « Qui es-tu, toi que les bêtes n'osent toucher ? » — « Je suis », lui répondit Thècle, la servante du Dieu vivant. Si les animaux sauvages m'ont épargnée, c'est que j'ai mis toute ma confiance en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui fait les délices du Père. Lui seul est la voie qui mène au salut, le refuge de ceux qui ont été battus par la tempête, la consolation des affligés, l'espérance de ceux qui n'en ont plus. Celui qui ne croit pas en lui ne vivra pas, mais il aura en partage la mort éternelle ». Le gouverneur, entendant cela, rendit un arrêt avec cette teneur : « Thècle, la servante de Dieu, est libre ». Les cris de joie de la foule accompagnèrent la vierge jusqu'à la maison de Tryphène, où elle demeura plusieurs jours, instruisant les jeunes filles dans la vraie foi. Apprenant que saint Paul était à Myre, en Lybie, elle alla l'y rejoindre pour lui raconter les grâces dont Dieu l'avait comblée. De là, elle retourna à Iconium, pour y prêcher l'Évangile. Arrivée dans sa ville natale, elle y retrouva sa mère, mais son fiancé était mort. En vain mit-elle en usage tout ce qu'une foi vive peut inspirer à l'amour filial : Théoclie resta sourde aux prières de sa fille, et ne se convertit point. Alors Thècle, quittant la maison paternelle, s'en alla dans le tombeau où jadis elle avait trouvé saint Paul avec Onésiphore, et, tombant à genoux, elle versa devant le Seigneur des larmes abondantes. Sortant de là, elle se rendit à Séleucie, où elle convertit plusieurs personnes à l'Évangile. Retirée dans une caverne du mont Calamon, elle instruisait par la parole et par l'exemple les femmes qui venaient à elle, attirées par la renommée de ses vertus. Une dernière agression vint troubler la vierge dans le lieu solitaire qu'elle s'était choisi. Quelques médecins de Séleucie, irrités de ce que les malades prenaient le chemin de Calamon au lieu de s'adresser à eux, apostèrent des hommes vicieux, qui pénétrèrent dans la caverne pour y exécuter leur infâme projet. Mais, au même instant, le rocher s'entrouvra et se referme sur la Sainte qu'il protégea contre la violence des scélérats. Thècle était parvenue à l'âge de quatre-vingt-dix ans quand le Seigneur appela son âme à lui.

Peu de Saintes ont eu autant de panégyristes et autant d'admirateurs que cette illustre vierge. Sa mémoire était en si haute vénération dans les premiers siècles de l'Église, que quand on voulait donner à quelqu'un le plus haut degré de louanges, on disait que c'était une Thècle ; ce mot comprenait tous les éloges possibles. C'est ainsi que saint Jérôme appelle la célèbre Mélanie, et que saint Grégoire de Nazianze nomme l'illustre Macrine, sœur de saint Basile le Grand et de saint Grégoire de Nysse. Après

l'auguste Mère de Dieu, Thècle est le modèle et l'exemple que les saints docteurs proposent aux vierges et aux martyres. Ils l'honorent du titre d'apôtre et d'évangéliste de son sexe, et la placent immédiatement après les Apôtres de Jésus-Christ. Ils l'appellent la première fille spirituelle de saint Paul, sa fidèle disciple et sa compagne dans ses travaux évangéliques. Ils exaltent sa foi, son amour de la pureté, son intrépidité dans les souffrances, et nous la montrent survivant aux divers genres de supplices pour mourir d'un martyre plus lent et plus douloureux encore, c'est-à-dire, consumée par l'amour qu'elle porte à son Dieu. « Il me semble aujourd'hui », s'écrie saint Jean Chrysostome dans son homélie, « il me semble voir la bienheureuse vierge Thècle, tenant d'une main une couronne remportée sur les passions, de l'autre une seconde couronne remportée sur les dangers, et offrant au souverain Maître de toutes choses ces trophées de sa virginité et de son martyre. La virginité ne fut-elle pas pour elle un martyre anticipé plus douloureux que le martyre même ? »

Saint Isidore de Damiette, écrivant à un monastère de filles de la ville d'Alexandrie, disait : « Après l'exemple de Judith, de Suzanne et de la fille de Jephté, vous ne pouvez plus alléguier la faiblesse de votre nature. Ajoutez à ces généreuses prémices de toutes les martyres, cette généreuse héroïne qui, la première de son sexe, a érigé tant de trophées à la chasteté victorieuse, je veux dire Thècle, si célèbre et si renommée par tout le monde. Sa vie est comme une colonne inébranlable sur la terre qui sera un monument éternel de sa vertu, et qui, servant aux vierges d'un second phare pendant la nuit ténébreuse de ce siècle, leur montrera le chemin qu'elles doivent suivre, afin de ne pas faire naufrage dans la mer orageuse des affections brûlantes de la chair, mais d'arriver à ce port désiré où elle est si heureusement parvenue ».

Saint Principe, évêque de Soissons et frère puîné de saint Rémi, honoré sous la date du 25 septembre, avait une dévotion si vive pour notre Sainte, qu'il voulut être inhumé hors des murs de la ville, dans une chapelle dédiée à cette illustre martyre.

Si l'on parcourt ensuite d'âge en âge les écrivains postérieurs aux Pères des premiers siècles de l'Église, partout on retrouve les louanges et les éloges les plus pompeux donnés à cette même Sainte. Le savant Baronius, dans ses Annales et ses annotations sur le martyrologe, et après lui Sponde et autres, ont exalté dignement la sainteté de Thècle.

Sainte Thècle est représentée : 1° debout, tenant une petite croix grecque ; 2° avec une tête de lion placée devant elle, pour indiquer qu'elle fut livrée aux bêtes ; 3° au milieu de divers appareils de torture ; 4° assise dans l'arène et entourée de bêtes féroces qui dorment ou reposent près d'elle ; 5° prêchant des prisonniers ; 6° comparaissant devant les magistrats ; 7° passant au milieu d'un rocher qui s'entrouvre ; 8° montant sur le bûcher ; 9° attachée à la queue de deux taureaux, les cordes se rompent ; 10° placée au milieu d'un étang ; 11° entourée de flammes et à genoux au milieu du cirque.

## CULTE ET RELIQUES.

Le culte rendu à notre sainte Martyre est très-ancien et très-illustre dans l'Église. Saint Grégoire de Nazianze alla par dévotion à Séleucie visiter son tombeau, ainsi que sainte Marane et sainte Cyre ; on y accourait de toutes parts, à cause des grands miracles que Dieu y opérait par son intercession. Ces pèlerinages étaient si fréquents et si fameux, qu'il en est même parlé dans les

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Actes du septième Concile œcuménique : « Ce que j'assure pour très-certain », dit le saint évêque de Sélencie, « c'est que personne n'y a jamais été privé du fruit de ses demandes, soit qu'il désirait la santé, soit qu'il cherchait la délivrance de ses maux. On n'a pas encore oui dire que quelqu'un s'en soit allé se plaignant de n'avoir pas obtenu l'effet de ses prières. On voit tous les jours, au contraire, que tous ceux qui visitent son tombeau s'en retournent chantant les louanges de la Sainte, publiant qu'ils ont beaucoup plus obtenu qu'ils n'eussent osé espérer, et que la renommée est bien au-dessous des merveilles qui s'y opèrent ».

C'est une chose ordinaire d'implorer son assistance dans les grandes traverses et de conjurer la miséricorde de bien de nous être aussi favorable qu'elle le fut à cette incomparable Vierge. Quelques Martyrs, dans les tortures, prient Dieu qu'il les en délivrait, de même qu'il avait préservé sainte Thècle du feu, des bêtes et des autres supplices : on peut le voir dans les Actes de saint Térence et de ses compagnons. Saint Cyprien, dans une oraison qu'il fait à Dieu, se sert de ces paroles : « Assistez-nous, Seigneur, et soyez avec nous comme vous fûtes avec saint Paul dans les liens, et avec sainte Thècle au milieu des flammes ». Et, priant pour lui-même, le propre jour de son martyre, il dit à Jésus-Christ : « Délivrez-moi, Seigneur, des misères de ce monde, comme vous délivrâtes sainte Thècle du milieu de l'amphithéâtre ». Enfin, l'Église, dans les oraisons qu'elle a composées pour recommander à la miséricorde divine les âmes des agonisants, adresse à Dieu ces paroles : « Nous vous supplions, Seigneur, que, comme vous avez délivré la bienheureuse Thècle, vierge et martyre, de trois cruels tourments, vous ayez aussi la bonté de délivrer cette âme et de lui faire la grâce de jouir avec vous des biens célestes ». Ces témoignages sont autant de preuves authentiques du grand mérite de notre Sainte. L'empereur Zénon fit bâtir, à Sélencie, un superbe temple en son honneur, en reconnaissance de ce qu'il avait recouvré l'empire par son assistance. Justinien lui en fit aussi édifier un très-somptueux, dans la ville de Nicée, en Bithynie.

Son corps, d'abord enterré à Sélencie, repose maintenant dans l'église métropolitaine de Tarragone, qui est dédiée sous son nom. D'après la tradition du pays, Pierre V, roi d'Aragon, voulant réunir à son domaine, par la force des armes, quelques fiefs de cette église qu'il prétendit lui appartenir, reçut un soufflet de la main de la Sainte ; il en tomba malade et mourut. Il reconnut, néanmoins, avant sa mort, que ce châtiment venait de Dieu, et, dans ce sentiment, il fit restituer les biens qu'il avait usurpés, et répara tous les dommages qu'il avait causés à l'Église.

Mais, quoique les Catalans se glorifient de posséder le corps de sainte Thècle, d'autres églises ne laissent pas d'en avoir des reliques. La cathédrale de Chartres en conserve quelques ossements avec beaucoup de vénération. Ils sont renfermés dans une chasse de bois doré, avec des reliques de saint Côme et des morceaux d'une grande boîte d'ivoire, sur lesquels est représenté le martyre de sainte Thècle. Ces fragments d'ivoire ont été retrouvés lors de l'exhumation de saint Piat. À la Révolution, la chasse qui renfermait ses reliques ayant été pillée, ces précieux restes furent enfouis dans la terre et confondus avec d'autres ; c'est pourquoi, n'ayant pu être reconnus lors de leur exhumation, on les a déposés dans la chasse de bois doré que l'on voit aujourd'hui à la cathédrale.

L'église de Notre-Dame de Vernon-sur-Seine possède encore un os du bras de la Sainte que l'église de Riez lui avait donné en 1223. Cette relique, sauvée de la Révolution par un ancien sacristain de cette collégiale, a été reconnue, en juillet 1836, par Mgr du Châtellier, évêque d'Evreux, et réunie dans une belle chasse gothique, aux reliques de saint Maur, patron de la ville de Vernon.

L'église de Riez était, en 1223, en possession de la tête et d'un bras. L'évêque de Riez, Fulque de Caille, renferma cette tête précieuse dans une chasse d'argent. La chasse a disparu dans la tourmente révolutionnaire ; mais une partie des saints ossements a été conservée. Aujourd'hui l'église de Riez possède seulement la mâchoire inférieure de sainte Thècle ; elle est enfermée dans un reliquaire.

Les cathédrales de Milan, de Tarragone et de Riez, et la collégiale de Vernon-sur-Seine, vénèrent cette Sainte comme leur patronne spéciale, et célèbrent sa fête avec octave. La fête de cette illustre vierge est marquée dans tous les martyrologes, le 23 septembre.

Nous nous sommes servi, pour composer cet abrégé, des Remarques de Baronius sur le martyrologe ; des leçons du bréviaire romain et du martyrologe d'Adon ; des Saints de l'Église de Riez, par M. l'abbé Foraud ; des Pères apostoliques et de leur époque, par Mgr Froppel.

Événements marquants

  • Conversion à Iconium par la prédication de saint Paul
  • Renoncement au mariage avec Thamyris
  • Condamnation au bûcher et extinction miraculeuse par la pluie
  • Compagne de voyage de saint Paul
  • Livrée aux bêtes à Antioche (lionne protectrice)
  • Tentative de mise en pièces par des taureaux
  • Jetée dans une fosse de serpents venimeux
  • Retraite dans une caverne au mont Calamon
  • Disparition dans un rocher qui s'entrouvre pour la protéger

Miracles

  • Extinction d'un bûcher par une pluie soudaine
  • Apprivoisement d'une lionne et d'autres bêtes féroces dans l'arène
  • Nuage de feu protégeant sa nudité
  • Rupture des liens attachés à des taureaux indomptés
  • Insensibilité au venin des serpents
  • Ouverture miraculeuse d'un rocher pour échapper à des agresseurs

Citations

Je suis la servante du Dieu vivant.

— Réponse au gouverneur d'Antioche

Thècle a donné ses joyaux pour voir saint Paul ; et vous... vous n'avez pas le courage de donner une obole pour voir Jésus-Christ

— Saint Jean Chrysostome