Saint Gauzlin de Toul

Trente-quatrième évêque de Toul et Confesseur

Fête : 7 septembre 10ᵉ siècle • saint

Résumé

Élevé à la cour de France, Gauzlin devint évêque de Toul en 922. Grand réformateur monastique et bâtisseur, il obtint la souveraineté temporelle sur le comté de Toul et fonda l'abbaye de Bouxières-aux-Dames. Il mourut en 962 après quarante ans d'épiscopat marqués par son zèle et sa charité envers les pauvres.

Biographie

SAINT GAUZLIN,

TRENTE-QUATRIÈME ÉVÊQUE DE TOUL ET CONFESSEUR.

Non magnum est te episcopum forti; sed episcopum pauperem vicere, id plana magnificum.

Que vous soyez devenu évêque, ce n'est pas une chose surprenante ; mais que vous viviez en évêque pauvre, c'est une chose admirable.

Saint Bernard, Lettres.

A Dreux ou Drogon, trente-troisième évêque de Toul, succéda Gauzlin, français d'origine et de l'une des plus illustres maisons du royaume. Il avait été élevé à la cour, où il s'était acquis l'estime des grands. Charles le Simple, qui le connaissait, ménagea son élection dans le chapitre de Toul. Il fut sacré le 16 des calendes d'avril (17 mars) 922 par Rotger, archevêque de Trèves, Wigeric de Metz et Barnoin de Verdun qui vint l'installer à Toul à la prière des deux autres prélats.

Les commencements de son administration pastorale furent agités. Henri l'Oiseleur ayant prétendu que Charles le Simple lui avait fait absolue cession du royaume de Lorraine, en avait pris possession et avait exigé le serment des seigneurs. Gauzlin de Toul, de même que Wigeric de Metz, ne reconnaissant point d'autre souverain que Charles, le seul descendant de la maison de Charlemagne, refusa de prêter serment à Henri et ne céda qu'à la force. Cependant l'empereur s'étant insensiblement rendu maître du royaume, Gauzlin accepta le nouveau gouvernement et s'attacha à ce monarque, avec autant de fidélité qu'il avait fait au fils de Louis II, dit le Bègue. Aussi Henri ne laissa échapper aucune occasion de lui en témoigner sa gratitude. Par une charte de 928, il lui donna la ville et le comté de Toul, pour en jouir, lui et ses successeurs, avec tous les droits régaliens. Ce titre devint le principe et le solide fondement des droits de souveraineté que les évêques de Toul ont ensuite exercés dans toute l'étendue du comté de ce nom. Notre vénérable prélat prit part à plusieurs conciles dans lesquels fut traitée l'affaire d'Artaut et de Hugues qui se disputaient l'archevêché de Reims, savoir : celui de Verdun en décembre 947, celui de Mouzon en janvier 948, et celui d'Ingelheim en juin de la même année.

L'abbaye de Saint-Epvre avait perdu son ancien éclat, et par suite des malheurs dont la guerre avait affligé le pays, le relâchement s'y était introduit. Saint Gauzlin rendit à cette abbaye des bâtiments et des revenus suffisants pour y loger et nourrir quarante religieux. Il les plaça sous la conduite d'Archembaud, très-versé dans la discipline monastique et très-propre à l'exécution de son dessein. Ce qu'il avait fait pour le monastère de Saint-Epvre, il l'entreprit, avec un succès égal, pour les autres établissements du même genre, de son diocèse et de celui de Châlons. Il communiqua le zèle d'une salutaire réforme aux prélats de son voisinage. A son exemple, Adalbéron Ier, évêque de Metz, introduisit la réforme dans les abbayes de Saint-Arnoult et de Gorze ; et Bérenger, évêque de Verdun, pria Gauzlin de lui envoyer des moines de Saint-Epvre dans le but de réformer ceux de Saint-Vanne.

Pour maintenir et fortifier chez les religieux cette heureuse transformation, notre zélé prélat remit les sciences en honneur dans sa ville épiscopale. Il y fit venir Adson, religieux de l'abbaye de Luxeuil, Franc-Comtois d'origine, alors dans la fleur de l'âge et réputé l'un des plus savants et des plus saints personnages de son temps. Il le chargea des écoles de l'abbaye de Saint-Epvre, où les clercs de l'évêché allaient étudier, avec les religieux de ce monastère et d'autres encore que l'on s'empressait d'y envoyer.

Saint Gauzlin sut obtenir, pour son église, l'abbaye de Montierender, celles de Moyenmoutier, d'Offonville et de Poulangy, au diocèse de Langres. La plupart de ces maisons lui avaient déjà auparavant appartenu ; des seigneurs méchants ou ambitieux les lui avaient enlevées. Il échangea celle de Varennes, à l'évêque de Langres, contre le village de Bauzemont. Il revendiqua celle de Bonmoutier à l'abbesse d'Andelau (Alsace), qui prétendait en avoir la propriété, mais que Gauzlin prouva, devant l'empereur Othon, dépendre de sa cathédrale. Il acquit d'autres biens considérables dont il gratifia la mense capitulaire. Il acheta, pour une part, et pour l'autre on lui donna la terre d'Ambleville, le fief de Boucq, Aingeray, Molésiac, Girauvoisin, le péage du Mont-Saint-Elophe, ce que le roi Henri possédait à Gondreville, et plusieurs autres terres.

Gauzlin entreprit de rétablir la chapelle de Saint-Mansuy qui menaçait ruine, et d'y établir l'ordre monastique. Il confia le soin de cette entreprise à Archembaud, abbé de Saint-Epvre, qui mit en ce lieu quelques religieux sous la conduite d'un prieur, leur fournissant, des biens de son abbaye, de quoi subvenir à leurs nécessités. Archembaud commença la construction projetée, mais la mort qui le prévint, l'empêcha de l'achever. Cet honneur était réservé à saint Gérard, comme il eut celui de fonder et de doter le monastère de ce faubourg de Toul.

Les Hongrois, sollicités par Conrad, gendre de l'empereur Othon, étant entrés en Lorraine, l'an 954, pillèrent et saccagèrent tout le pays, prirent la ville de Toul et la dépouillèrent de telle sorte, que les habitants furent obligés d'aller chercher leur subsistance au dehors. A peine resta-t-il trois chanoines pour faire l'office à la cathédrale ; encore avaient-ils beaucoup de peine à trouver de quoi ne pas mourir de faim. L'évêque, touché de tant de maux, pria les seigneurs de la contrée et l'empereur même, de lui donner secours. Othon ordonna le rétablissement de l'Eglise de Toul dans ses anciennes possessions.

Cependant le pieux évêque ayant rétabli l'abbaye de Saint-Epvre, résolut de fonder un nouveau monastère où il placerait des vierges chrétiennes qui, sous la Règle de Saint-Benoît, honoreraient d'un culte particulier la bienheureuse Marie toujours Vierge. Ayant connu que, sur la montagne de Bouxières, dans son diocèse, existait un ancien temple consacré à la sainte Mère de Jésus-Christ, mais abandonné et tout à fait négligé, malgré les prodiges nombreux que le Seigneur y avait opérés, en faveur des infirmes de tous les genres qui étaient venus y prier, il pensa que ce sanctuaire pouvait être avantageusement relevé et devenir l'oratoire du monastère qu'il construirait à côté. Mais afin d'agir avec prudence et maturité, il consulta, sur ce dessein, Archembaud, abbé de Saint-Epvre, et d'autres personnes de jugement solide et de véritable piété, qui, toutes, le confirmèrent dans cette généreuse résolution. Dieu favorisa les saintes intentions de son serviteur ; il lui fit trouver de pieuses filles, remplies de bonne volonté qui, n'ayant point de retraite, attendaient que la Providence leur fournit les moyens de faire leur salut dans la clôture d'un monastère. Il leur donna pour supérieure Rothilde, formée aux vertus monastiques par le célèbre Humbert, reclus de Metz, et qui eut bientôt fait de sa communauté un modèle de régularité pour les religieuses, un sujet d'édification pour tout le pays.

Afin d'assurer à ce nouvel établissement une existence paisible et honorable, le saint prélat se fit pauvre et lui donna plusieurs terres de son évêché. L'abbaye de Bouxières-aux-Dames (Buxerie) devint ce qu'avait été l'ancienne église de la montagne, le but d'un pèlerinage fameux où l'on prétend qu'il se fit plusieurs miracles. On cite, entre autres, la guérison d'un muet, en commémoration de laquelle on entretenait toujours dans l'abbaye un muet qui, le jour de la fête de saint Gauzlin, allait à l'offrande le premier, même avant l'abbesse. C'est aussi en mémoire de ce prodige attribué à l'intercession de saint Gauzlin que, tout récemment, l'établissement des sourds-muets de Nancy a été placé, à la demande de son habile directeur, M. Piroux, et par ordonnance épiscopale, sous le patronage de ce bienheureux Pontife des Toulois.

Quatre ans avant sa mort, saint Gauzlin fut attaqué d'une maladie violente qui ne le quitta plus et qui lui fournit l'occasion d'exercer sa patience. Enfin, après avoir gouverné pendant quarante ans son Église, avec un zèle infatigable, il mourut, comblé de mérites, le 7 des ides de septembre (7 de ce mois), l'an 962. Il fut transporté, par son clergé et son peuple, à l'abbaye de Bouxières qui lui devait sa fondation.

[ANNEXE: CULTE ET RELIQUES.]

Les religieuses de Bouxières firent bâtir une chapelle souterraine sur son tombeau, et conservèrent son corps dans une châsse très-riche. Le chef du bienheureux évêque fut mis dans un buste d'argent; la mâchoire fut donnée à la cathédrale de Toul qui garda longtemps cette relique dans un autre buste très-précieux.

En 1635, les religieuses de Bouxières, effrayées des ravages que faisaient dans le pays les soldats Suédois, Hongrois et autres, qui pillaient les églises et portaient partout la désolation, résolurent de soustraire à la rapacité sacrilège de ces dévastateurs la châsse qui renfermait les reliques de saint Gauzlin, leur trésor le plus précieux. Elles la firent, en conséquence, transporter à Nancy, chez les religieuses de Saint-François, vulgairement nommées les Sœurs-Grises, qui la reçurent et lui donnèrent une fidèle hospitalité. Elles l'en retirèrent le huitième jour d'octobre 1669, alors que la tranquillité publique fut rétablie, après leur rentrée dans le monastère qu'elles avaient forcément abandonné. Après avoir été solennellement reconnues, ces reliques furent extraites de la châsse qui les renfermait, pour être placées dans une autre châsse beaucoup plus riche, qu'avait offerte l'abbesse Anne-Catherine de Cicon.

Le 12 janvier 1734, on fit une nouvelle translation des restes de saint Gauzlin, de cette dernière châsse dans une autre plus riche encore, provenant tant des largesses du chapitre de Bouxières, que d'un présent considérable de l'abbesse Anne-Marie d'Eitz-d'Ottange, et enfin des débris de l'ancienne dont il fut possible de tirer parti.

A l'époque malheureuse de la suppression des couvents, madame de Messey, dernière abbesse de Bouxières, avait emporté, avec elle, à Luxembourg, où elle se retira pour se soustraire à la persécution, la châsse de saint Gauzlin et les précieux restes qu'elle renfermait. A sa rentrée en France, M. l'abbé Raybois, auparavant prévôt du chapitre, et qui avait accompagné, dans l'exil, la vénérable chanoinesse, rapporta les reliques du saint évêque de Toul et les remit entre les mains de Mgr Osmond, titulaire de Nancy. Elles reposent aujourd'hui dans l'ancienne châsse des reliques de saint Sigisbert, à la cathédrale primatiale, dans la chapelle collatérale dédiée sous le vocable du bienheureux.

Les reliques de saint Gauzlin ne se réduisent pas à ses ossements desséchés. Plusieurs objets dont il fit usage pendant sa vie mortelle ont heureusement échappé aux ravages du temps et des révolutions. Ce sont : un calice, une patène, un évangéliaire et un peigne liturgique. Un voile de calice avait été aussi longtemps conservé; il a fini par disparaître sans qu'on ait pu découvrir quelle direction il avait prise.

Autrefois, les personnes attaquées de la teigne allaient en pèlerinage à Bouxières-aux-Dames, et demandaient que leur chevelure fût touchée du peigne de saint Gauzlin, afin d'obtenir leur guérison. C'est probablement à cette circonstance qu'il faut attribuer la disparition des dents les plus fines de ce petit meuble. Quant aux autres, elles ont dû nécessairement triompher des chevelures les plus incultes. D'où vient qu'autrefois, en Lorraine, on disait d'un individu dont la chevelure était en désordre, qu'il s'était peigné avec le peigne de saint Gauzlin.

Extrait de l'Histoire du diocèse de Toul et de celui de Nancy, par M. l'abbé Guillaume, chanoine de Nancy.

Événements marquants

  • Sacre épiscopal le 17 mars 922
  • Refus initial de prêter serment à Henri l'Oiseleur
  • Réception du comté de Toul en 928
  • Participation aux conciles de Verdun, Mouzon et Ingelheim en 947-948
  • Réforme de l'abbaye de Saint-Epvre
  • Fondation de l'abbaye de Bouxières-aux-Dames
  • Invasion des Hongrois en 954

Miracles

  • Guérison d'un muet à Bouxières
  • Guérisons de la teigne par l'usage de son peigne liturgique

Citations

Non magnum est te episcopum forti; sed episcopum pauperem vicere, id plana magnificum.

— Saint Bernard, Lettres