Saint Vulphy, Patron de Rue

Confesseur et Ermite

Fête : 7 juin 7ᵉ siècle • saint

Résumé

Prêtre de Rue au VIIe siècle, Vulphy s'imposa une pénitence héroïque après avoir rompu son vœu de continence avec son épouse. Après un pèlerinage en Terre-Sainte, il vécut en ermite au désert de Regnière-Écluse, où il se distingua par ses austérités et ses miracles. Il est le saint patron du Ponthieu.

Biographie

SAINT VULPHY,

PATRON DE RUE, AU DIOCÈSE D'AMIENS

Secunda post naufragium tabula paenitentia est.

Après le naufrage, la pénitence est la planche du saint. S. Hier., lib. I, sup. Jonam.

Saint Vulphy naquit à Rue, dans le Ponthieu, de parents d'une condition médiocre, vers la fin du VIe siècle. Son éducation fut toute sainte, et ses mœurs répondant aux soins de ses parents et de ses maîtres, il fit bientôt paraître tant de sagesse et de piété, qu'on le jugea digne de la cléricature et des ordres mineurs. Mais il ne persévéra point dans son projet et se maria avec une jeune personne accomplie ; il en eut trois filles qu'il éleva dans la crainte de Dieu, dans le mépris du monde et de toutes ses vanités, dans une observance exacte des commandements de Dieu et de l'Église, et des préceptes évangéliques.

Sa maison était si bien réglée, qu'elle paraissait plutôt un temple ou un paradis qu'une maison profane ou séculière. Il était lui-même un modèle de chasteté, de sobriété, de modestie, d'humilité, de douceur, de charité envers les pauvres, de patience dans les adversités et de dévotion envers Dieu. Enfin, toute la ville de Rue fut si édifiée de sa conduite, de sa vertu, qu'elle le demanda pour pasteur. Saint Riquier exerçait alors les fonctions apostoliques dans le Ponthieu, et ce fut à lui que les chrétiens de Rue s'adressèrent. Il examina soigneusement leur supplique ; et, ayant reconnu que Vulphy avait dans le mariage toutes les vertus sacerdotales, il le décida à quitter cet état pour travailler au salut des âmes dans les fonctions pastorales. Le Saint obtint le consentement de sa femme ; et s'obligeant par vœu à une continence perpétuelle, qui a toujours été attachée aux ordres sacrés, il fut ordonné prêtre et commença à régir l'église que la divine Providence lui avait confiée.

Il le fit avec un succès merveilleux, et il surpassa même les espérances du peuple de Rue. Mais, ô faiblesse de notre nature ! ô inconstance de notre cœur ! ô misère de notre condition mortelle ! Vulphy, oubliant la sainteté de son ministère, eut un commerce charnel avec sa femme, qu'il ne devait plus regarder que comme sa sœur. Cette chute fut connue : elle surprit, elle scandalisa tout le monde. Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, ne laissa pas longtemps Vulphy dans ce honteux état. Il ouvrit les yeux, il reconnut sa faute, il en conçut un véritable regret : sachant que les Canons défendaient au prêtre sacrilège d'approcher davantage des saints autels, il se condamna lui-même à ce châtiment avant que ses supérieurs ne le lui imposassent. Il quitta donc sa cure ; et, après avoir pourvu à la subsistance de sa femme et de ses filles, il entreprit par pénitence le voyage de la Terre-Sainte, sans autre compagnie que celle de son ange gardien, et sans autre provision qu'une grande confiance aux soins de la divine Providence. Il arrosa tout son chemin de ses larmes, et il fit moins de pas qu'il ne poussa de sanglots et de gémissements vers le ciel. Lorsqu'il fut arrivé en Palestine, il visita les Saints Lieux avec une humilité et une composition merveilleuses. Il ne se contenta pas de laver de ses pleurs les endroits que Notre-Seigneur a teints de son sang ; il voulut qu'il lui en coûtât aussi du sang par la rigueur des fouets dont il châtia son corps ; enfin, sa ferveur fut si grande que Dieu, pour lui témoigner qu'il lui avait pardonné son crime, lui donna la grâce des miracles, dont il se servit pour la guérison de plusieurs maladies.

Il aurait bien souhaité de passer le reste de ses jours aux pieds du Calvaire ; mais le Saint-Esprit, qui l'avait conduit en Palestine, lui inspira de retourner en France pour faire pénitence au même lieu où il avait péché, et pour édifier par son austérité et par ses vertus héroïques ceux qu'il avait scandalisés par son mauvais exemple. Il revint donc en Ponthieu, et, s'étant adressé à saint Riquier, son ancien directeur, il le pria de lui permettre de vivre en solitude dans un désert relevant de son abbaye de Centule, que l'on a depuis appelé Regnière-Écluse. Ayant obtenu cette permission, il bâtit une cellule en ce désert : il s'y renferma pour y passer le reste de ses jours dans les larmes, dans la contemplation des mystères de notre religion et dans les louanges du souverain Auteur de toutes choses. Ses austérités étaient si prodigieuses, qu'il est surprenant qu'un corps humain ait pu les supporter. Ses jeûnes et ses veilles étaient continuels, et on pouvait presque dire qu'il ne mangeait point, qu'il ne buvait point et qu'il ne dormait point.

Il s'affligeait surtout par une grande soif ; quelque ardente qu'elle fût, il ne pouvait la soulager qu'en allant chercher de l'eau à une fontaine éloignée d'une demi-lieue de sa cellule ; mais tous ces pas étaient comptés, et Dieu fit paraître qu'il les avait pour agréables, parce que le sentier par où il allait à cette fontaine, bien que personne n'y passât, est demeuré fort longtemps sans qu'il y crût ni herbe ni chardon, et sans même que les grains qui y tombaient germassent et prissent racine. Ainsi, on vit en saint Vulphy la vérité de ce que dit saint Paul : « Que toutes choses vont à bien à ceux qui sont appelés à la sainteté par la volonté de Dieu » ; saint Augustin n'en excepte pas les péchés, parce que les prédestinés en tirent matière d'humilité, de pénitence, de honte d'eux-mêmes et de plus grande ferveur.

Cependant le démon ne laissa pas notre Saint en paix ; il fit, au contraire, tous ses efforts pour lui inspirer le dégoût de la solitude et pour lui faire abandonner cette vie austère qu'il avait embrassée. Il excita dans son esprit mille images dangereuses pour altérer la pureté de son âme et lui arracher ou un consentement, ou une connivence, ou une lâcheté à repousser ces attaques et à se défaire de ces pensées. Il lui mit devant les yeux, tantôt les plaisirs dont il pouvait jouir dans le monde, tantôt le besoin que ses filles avaient de sa présence et de son secours, tantôt la difficulté de persévérer longtemps dans une si grande rigueur, tantôt le peu d'espérance qu'il devait avoir du pardon de sa faute ; en un mot, ses combats furent si violents et si importuns, qu'il eut besoin d'un grand courage pour les repousser et pour en sortir victorieux ; mais le Saint étant armé du signe de la croix, d'une oraison assidue et d'une sainte cruauté contre lui-même, dissipa toute cette guerre, et devint si formidable à son adversaire, que celui-ci n'osait plus l'attaquer. D'autre part, les habitants de Rue, qui avaient autrefois été ses enfants, vinrent en foule le visiter pour avoir part à ses instructions ; elles étaient d'autant plus efficaces, qu'il les puisait par la prière dans la source de toutes les lumières, dans l'esprit de sagesse que Dieu donne à tous ceux qui le demandent. Ils obtinrent même souvent de sa charité la guérison de leurs maladies, la consolation dans leurs maux et mille autres bons offices que ce grand serviteur de Dieu ne pouvait leur refuser. Les Anglais voulurent aussi avoir part aux effets de sa bienveillance, et il y en eut qui passèrent la mer et vinrent en France, pour avoir le bonheur de converser avec lui et de profiter de l'abondance de ses bénédictions.

Enfin, après avoir été longtemps purifié dans la fournaise de l'amour divin, il se trouva assez beau et assez éclatant pour être placé dans le séjour des plaisirs de l'Époux, c'est-à-dire dans le ciel, où son âme fut transportée le 7 juin, un an ou deux avant saint Riquier, vers 643.

Il est le patron du Ponthieu et spécialement de l'église de Rue.

## CULTE ET RELIQUES DE SAINT VULPHY.

Son corps fut enterré dans le lieu qu'il avait si longtemps baigné de ses larmes et sanctifié par sa pénitence. Il y fit beaucoup de miracles ; mais depuis, celui de saint Riquier ayant été transporté de Forest-Moutiers en l'église de l'abbaye de Centule, qui porta depuis son nom, ce même corps de saint Vulphy fut transféré à Forest-Moutiers, et il y eut demeuré jusqu'à la fin du XXe siècle : il fut alors porté à Montreuil-sur-Mer, pour le sauver des mains des Barbares qui s'étaient jetés en France. Il était encore, avant 93, en cette ville, dans l'abbaye de Saint-Sauve, que le Père Giry appelle un sanctuaire, à cause du grand nombre de corps saints qui y reposaient ; mais, en l'année 1635, le 20 avril, il fut retiré de son ancienne chasse et placé dans une nouvelle, couverte de lames d'argent fort bien travaillées, et l'on trouva un vieil écrou d'argent où étaient ces mots : *Hic continetur corpus sancti Vulphayli confessoris* ; c'est-à-dire, ici est renfermé le corps de saint Vulphy. Le 28 septembre 1635, on retira de la chasse du Saint : sa mâchoire inférieure pour l'église de Rue, et deux fragments de tibia pour la cathédrale. La chasse de l'église Saint-Sauve a passé au creuset révolutionnaire : l'église paroissiale ne possède plus que quelques vertèbres du Saint. On conserve encore aujourd'hui une de ses reliques au Crotoy.

SAINT VULPHY, PATRON DE RUE, AU DIOCÈSE D'AMIENS. 513

L'église Saint-Vulphy, qui datait en partie du XIXe siècle, a été démolie en 1826 et remplacée par une plus vaste construction, sans aucun caractère monumental. Heureusement qu'on a respecté cette chapelle du Saint-Esprit, mutilée par le temps et la Révolution. M. le doyen Degove et son prédécesseur, M. Godefroy, ont déployé tout leur zèle pour relever de ses ruines ce délicieux monument, à l'aide de secours fournis par la ville, le conseil général et le gouvernement. Les travaux de consolidation et de réparation commencèrent en 1840 et se sont continués depuis, sous la direction éclairée de M. Dusevel, inspecteur des monuments historiques. La trésorerie, les fenêtres, les dais pyramidaux, les sculptures de la voûte ont été restaurées ; un nouvel autel, exécuté par MM. Duthoit, a été consacré en 1854 ; quelques statues nouvelles, dues au même artiste (la Vierge, saint Vulfran, saint Vulphy), ont pris place à côté des niches dégarnies qui en réclament tant d'autres. Tout cet ensemble de travaux fait le plus grand honneur à ceux qui y ont pris part, et notamment à MM. Vast, Ramée, Verdier, Chaussey, Herbault et A. et L. Duthoit.

Voici l'histoire abrégée du crucifix de lino. Sainte Hélène, mère du grand Constantin, premier empereur chrétien, fit faire, par l'ordre de son fils, des fouilles dans différents endroits de Jérusalem, vers l'an 327. Ayant appris, par la tradition du pays, que la maison de Nicodème, ancien et secret disciple de Jésus-Christ, avait autrefois été bâtie près de la porte Golgotha, elle y fit faire une fouille, où l'on trouva trois images de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié. Le lieu de cette découverte et l'habileté du ciseau de l'ouvrier, qui les avait taillées parfaitement semblables, fit croire aux chrétiens qui accompagnaient cette pieuse reine, et à ceux qui habitaient dans les ruines de Jérusalem, que le ciel avait destiné ces trois images à servir de prédicateurs muets du grand mystère de notre Rédemption. Elles furent toutes trois conservées dans la maison d'un chrétien, nommé Grégoire, Syrien de nation, jusqu'au temps où les chrétiens d'Occident trouvèrent le chemin ouvert pour aller librement dans la Terre-Sainte.

Parmi tant de pèlerins qui visitèrent les Lieux-Saints de Jérusalem, un citoyen de la ville de Lucques, en Toscane, nommé Étienne, fit ce voyage dans le temps que les Français se croisaient avec les autres princes catholiques, sous le règne de Philippe Ier (1060-1108), à la sollicitation du pape Urbain II. Ce dévot pèlerin prit son logement dans la maison de Grégoire, gardien de ces trois images, et contracta avec son hôte une amitié si sincère et si étroite, que celui-ci lui fit le narré de cette histoire. Étienne le pria avec instance et pour l'amour de Dieu de lui donner une de ces trois images, afin d'enrichir son pays de ce trésor précieux. Grégoire ne voulut pas se dessaisir d'une partie de son trésor qu'il n'eût consulté les autres chrétiens du pays : ceux-ci décidèrent unanimement, et comme par une inspiration divine, que ces trois images seraient exposées sur la mer dans trois nacelles différentes, sans voile, sans gouvernail et sans pilote, afin de reconnaître la volonté de Dieu. Cette résolution ne fut pas plus tôt prise et exécutée, que les trois barques singlèrent d'elles-mêmes en pleine mer et prirent leur route vers l'Occident : la première aborda heureusement près de la ville de Lucques ; la seconde passa sur les côtes de Normandie, dans une bourgade appelée Dives, et comme sous le nom de Saint-Sauveur de Dives, où elle a été entourée d'une grande vénération jusqu'à ce que la fureur et l'impact des Calvinistes l'aient réduite en cendres ; mais sa première mémoire s'y est toujours conservée. La troisième image vint se rendre sur la grève de la ville de Rue, où elle fut aperçue par un particulier qui se trouva fortuitement sur ce parage un premier dimanche du mois d'août, l'an de grâce 1101. Il rentra dans la ville annonçant cette nouvelle avec toutes ses circonstances. Les habitants en sortirent avec le clergé pour voir ce signe adorable de la Rédemption. On déposa honorablement cette image sacrée dans l'église paroissiale maintenant connue sous le titre de Saint-Vulphy, dans laquelle on bâtit une magnifique chapelle sous le nom très-auguste du Saint-Esprit, pour servir de dépôt à cette précieuse image.

Dès que cette merveille se fut répandue dans le pays, les maires, les échevins et les bourgeois d'Abbeville, jaloux que la ville de Rue possédât ce trésor, présentèrent leur requête en parlement de Paris, lui représentant que cette image si vénérable serait beaucoup plus révérée dans leur ville qui, en sa qualité de capitale du Ponthieu, était beaucoup plus grande et plus peuplée que la petite ville de Rue. Leur requête fut écoutée, et les bourgeois d'Abbeville vinrent en bon ordre et force en mains pour enlever cette image ; ce qu'ils firent avec grand fracas et au milieu de joyeux concerts, tandis que les bourgeois de Rue, désolés de se voir privés d'un trésor si inestimable, leur consolation et l'honneur de leur ville, frappaient le ciel de clameurs qui retentissaient dans tous les environs, implorant le Saint des Saints dans cette déplorable fatalité. Les Abbevillois, triomphants de leur conquête, s'en retournaient avec allégresse ; mais ils sortaient à peine de la ville, que les quatre chevaux qui traînaient le chariot restèrent immobiles, sans que toute la force et l'industrie des hommes pût les faire avancer d'un pas. On reconnut bientôt que le doigt de Dieu opérait ce miracle. Les chevaux furent désolés, à la réserve d'un seul, qui tourna bride à l'instant, et qui, sans que personne s'en mêlât, reconduisit promptement cette image jusqu'au pied de l'église paroissiale, et elle fut remise au lieu d'où elle avait été enlevée. Ce fait fut reconnu et attesté par Jean Bertrand, cardinal, légat en France, dans sa bulle de 1323, déposée au trésor littéral de ladite église, et cette histoire miraculeuse est taillée en mosaïque et en relief sur le frontispice de la chapelle, *perpetuum rei memoriam*.

Les pèlerins furent attirés de toutes parts par la multitude des miracles que Dieu opérait dans cette sainte chapelle. On en a même vu venir des royaumes étrangers, entre autres Isabeau de Portugal, qui fit son pèlerinage en mois de juillet 1440. Les souverains Pontifes, nommément Alexandre III et Urbain III, Clément VI et Nicolas V, Innocent XII, ont favorisé ce saint lieu d'une infinité de privilèges amplement décrits dans une bulle du même pape Innocent VII, datée du 15 février 1455. Et nos rois très-chrétiens, qui ne le cédaient à personne en piété et en dévotion, n'ont pas omis ce pèlerinage dans leurs *névroses* et leurs maladies personnelles. C'est à la protection de Dieu et en faveur de notre image miraculeuse que la ville a été plusieurs fois préservée de sa destruction. Il n'y a pas de secours ni de grâces que le Seigneur n'accorde à ceux qui l'implorent aux pieds de ce crucifix. Sa bonté se manifeste en faveur de tous ceux qui, par dévotion et avec piété, visitent ce saint lieu. Les paralytiques y reçoivent leur guérison, les affligés leur consolation, les faibles d'esprit recouvrent leur bon sens, les femmes stériles y ont obtenu leur fécondité. Il n'est aucune sorte de maladies dont puissent être attaquées les personnes qui, avec foi et piété, viennent offrir à Dieu leurs cœurs et leurs prières aux pieds de cette sainte image.

La magnifique chapelle du Saint-Esprit ne renferme plus que des restes du crucifix miraculeux en bois dont vous connaissez maintenant l'histoire. Le gras des jambes et quelques morceaux arrachés des mains des révolutionnaires en 95 sont dans une grande châsse dorée au-dessus d'un autel neuf, très-beau et très-riche. La main droite, toujours exposée depuis très-longtemps derrière l'autel à la vénération des fidèles, a été mise, en présence de toute la ville, dans un reliquaire plus convenable, le 11 juin 1859.

Le pèlerinage n'a, je crois, jamais été interrompu depuis qu'il a été possible de replacer les restes du crucifix dans la chapelle, alors même que le service divin n'était pas possible. Aujourd'hui que la chapelle est en bonne voie de restauration et que l'intérieur a reçu déjà ses principaux ornements, le nombre des pèlerins augmente chaque année. C'est surtout le dimanche et le lundi de la Pentecôte que la foule est immense.

Renseignements reçus de M. le curé de Rue. — 1863.

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## SAINT MÉRIADEC, ÉVÊQUE DE VANNES (VIIe siècle).

Mériadec (Mériadocus) naquit au commencement du VIIe siècle ; il sortait de la race royale de Conan-Mériadec, le premier qui porta la couronne de Bretagne. Dès l'enfance, il avait une gravité de conduite et de tenue qui faisait prévoir quelle serait un jour sa sainteté. Son cœur était animé d'une grande charité pour le prochain, et les maux des autres lui causaient plus de douleur que les siens propres.

Saint Hingueten, autrement appelé Guenganten, évêque de Vannes, l'agrégea à son clergé malgré sa résistance. Le caractère sacerdotal ajouta encore à son humilité, à son amour de la pauvreté et à l'austérité de sa vie. Comme il jouissait de grands revenus, soit patrimoniaux, soit bénéficiaires, il distribuait ceux-ci aux clercs indigents, et ceux-là aux pauvres.

La renommée que lui attira sa sainteté lui fit peur ; il craignit l'attrait de la vaine gloire ; c'est pourquoi il renonça tout ensemble à ses biens ainsi qu'au monde, et se retira dans une solitude près de Pontivy. C'est là qu'il sacrifiait à Dieu tous les jours, par les austérités, l'hostie vivante de son corps. Très-pauvrement vêtu, il portait constamment un cilice appliqué sur sa chair ; il avait un second cilice pour tout lit. Il n'interrompait son jeûne continuel que pour prendre un peu de pain, d'eau et de légumes. Sa contemplation et sa prière ne finissaient pas. Il eut le don des miracles, et il rendit la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et la parole aux morts.

Après la mort d'Hingueten, Mériadec fut élu tout d'une voix par le peuple et le clergé pour lui succéder. Mais on trouva un obstacle dans son humilité. Il fallut le conduire de force à Vannes, où, cédant aux larmes de la population, il se laissa enrôler et sacrer. La dignité épiscopale ne changea rien à ses habitudes d'austérité et de pénitence. Le feu de sa charité ne fit que devenir plus ardent, et il fut le père nourricier des pauvres, des orphelins et de tous les affligés. Il n'en était pas moins attentif à remplir tous les devoirs de sa charge. Mais trop tôt épuisé par un travail continu, il sortit de ce monde muni du pain de vie, en prononçant ces paroles : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ». Il fut enseveli dans la cathédrale, et il se fit de nombreux miracles à son tombeau.

Il y a plusieurs lieux en Bretagne dédiés à saint Mériadec, entre autres la chapelle du château de Pontivy, et une ancienne chapelle appelée *Trouan-Mériadec*, c'est-à-dire le *Val de Mériadec*, en la paroisse de Plougasnou, dans l'ancien diocèse de Tréguier, au lieu où est maintenant la chapelle de Saint-Jean du Doigt. Une autre chapelle du même Saint se trouve dans la paroisse de Stival, près de Pontivy. Cette chapelle est un lieu de pèlerinage assez fréquenté. On y conserve le chef du saint évêque, et l'on y montre une cloche de cuivre jaune, très-ancienne, de forme conique, et qu'on dit avoir appartenu à saint Mériadec ; on la sonne sur la tête de ceux qui sont affligés de surdité. Enfin il y a encore une troisième chapelle dédiée à son honneur, et presque aussi fréquentée que celle de Stival, dans la paroisse de Plumergat.

Propre de Vannes.

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## SAINT ALDRIC, OU AUDRI, ARCHEVÊQUE DE SENS (836).

L'an 775 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, sous le règne de Charlemagne, le bienheureux Aldric dut sa naissance à des princes palatins sur le territoire du Gâtinais. Dès sa plus tendre enfance, il laissa supposer quel célèbre athlète il deviendrait plus tard. Il macérait son corps par des jeûnes fréquents et affaiblissait ses membres par une abstinence prématurée, rehaussant ainsi par sa piété l'éclat de sa condition.

Ses parents voulaient le faire instruire dans les arts libéraux : il y fit de grands progrès, s'appliquant surtout à faire une riche provision de science spirituelle. Il ne trouvait pas de plus grand plaisir que celui de converser avec les cénobites, et de partager leurs anstérités, leurs veilles nocturnes et toutes leurs saintes pratiques ; enfin, pour que son extérieur répondît davantage à son intérieur, il se décida à prendre l'habit monastique. Ses parents le présentèrent alors au monastère de Sainte-Marie, où il reçut les insignes de la profession sous l'abbé Alcuin. À sa mort, Singulfe, son successeur, frappé des vertus et de la science du jeune adolescent, consacra tous ses soins à perfectionner son éducation religieuse. Bientôt Aldric devint le modèle de toute la communauté.

Sa réputation parvint aux oreilles de Jérémie, alors archevêque de Sens. Il le manda près de lui, et voyant que la renommée n'exagérait rien de ses vertus, il le promut au diaconat, et deux ans après, à la prêtrise. Aldric montrait un zèle toujours croissant pour les œuvres de Dieu. Le bruit de sa sainteté attira l'attention du roi Louis le Débonnaire, qui se servit de son éloquence pour foudroyer les incrédules qui combattaient alors la foi chrétienne. Aldric y réussit parfaitement, et le roi, pour lui témoigner sa reconnaissance, le nomma commandant de son palais. Là, en se faisant l'avocat des papilles, le défenseur des veuves, le conseiller des malheureux, il s'acquit la faveur de tout le monde. L'envie voulut le détrôner ; il fut calomnié et persécuté, mais son invincible patience triompha de ses implacables ennemis : pouvait-il être écrasé par leurs armes, lui qui était muni de la protection céleste ?

Sur ces entrefaites, Adalbert succéda à Singulfe ; mais il mourut la quatrième année de son administration. Aldric fut alors élu d'une voix unanime pour lui succéder. Dans sa pieuse humilité, il refusa d'abord, mais, vaincu par les instances réitérées des frères, il acquiesça enfin avec aménité à leur demande. Lorsqu'il eut pris en mains les rênes du gouvernement, cet abbé si éminent vit croître de jour en jour sa bonne réputation, et, quoiqu'il menât une vie solitaire et cachée, la lumière ne put rester longtemps sous le boisseau : l'occasion se présenta bientôt pour elle de briller d'un plus vif éclat.

Jérémie venait de mourir ; le trône archiépiscopal de Sens était vacant. Le choix de l'assemblée, chargée de lui élire un successeur, s'arrêta sur l'abbé de Sainte-Marie. Le Saint, apprenant que le repos de sa vie contemplative allait être troublé par l'administration des affaires épiscopales, prétexta qu'il était incapable de supporter une charge aussi lourde, et indigne de l'honneur d'une fonction si éminente ; mais il fallut céder aux instances importunes du clergé et du peuple, et il fut intronisé aux applaudissements de la multitude. On comprend sans peine le zèle qu'Aldric mit à l'accomplissement de ses nouveaux devoirs de pasteur ; aussi, la population qui vénérait la mémoire de Jérémie, se consola bientôt de la perte de cet illustre prélat, en songeant au trésor inestimable qu'elle avait reçu en échange. Profondément humble, Dieu lui avait accordé le don de gagner les autres à l'humilité. Un jour qu'il passait devant un haut personnage, il aperçut dans son extérieur des signes évidents d'insolence. En effet, sa démarche était orgueilleuse, son geste superbe, sa tête haute, son air méchant, son regard farouche, ses propos menaçants. L'ayant fait approcher, il s'empressa de lui demander qui il était : « Le gouverneur de la ville », répondit l'autre avec faste. Et le prélat : « Si tu es le gouverneur des autres, pourquoi ne songes-tu pas à te gouverner toi-même ? Étant cendre et poussière, pourquoi t'abandonnes-tu à des pensées d'un orgueil immodéré ? » En mêlant la douceur au reproche, et en répandant, comme le Samaritain, le vin et l'huile sur les blessures de l'homme à demi mort, le saint prélat toucha tellement par la charité le cœur du malade, que celui-ci, suivant l'inspiration de la grâce divine, demanda à devenir moine ; ce qu'on lui accorda.

Cependant Aldric ployait sous le poids des années. Après avoir obtenu de Dieu par ses prières un successeur digne de lui, il renonça aux soins de la charge archiépiscopale, et se renferma une fois encore dans la solitude du cloître. C'est là qu'il mourut dans la soixante-et-unième année de son âge (836), après avoir prédit à ses disciples le jour de son décès. Il avait choisi pour lieu de sa sépulture le couvent de Ferrières, où il fut enseveli avec pompe près de la chapelle de Saint-André, dans un tombeau de pierre qu'il s'était fait construire de son vivant. C'est là que le Seigneur opéra un grand nombre de merveilles et de miracles, pour montrer, non moins après la mort du Saint que pendant sa vie, l'éminence des vertus de son serviteur.

Ses reliques furent brûlées en 1569 par les Huguenots ; il n'en restait plus que quelques fragments que l'on conservait avant la Révolution dans l'abbaye de Ferrières.

La fête de saint Aldric est marquée au 10 octobre ; mais l'Église de Sens la célèbre le 6 juin, jour du sacre de ce saint prélat.

Un religieux de Ferrières écrivit sa vie au commencement du XIVe siècle ; Mabillon l'a publiée avec des remarques, et Papebrock l'a redonnée avec des notes dans les Acta Sanctorum, au 6 juin.

On a de saint Aldric : Lettre à Frothaire, évêque de Toul, dans Descheine, Mabillon et Labbe. Cette pièce, signée par vingt-six prélats, est sans date ; elle est adressée à tous les évêques de l'empire de Lothaire, ce qui prouve qu'elle est de l'an 833, époque de la déposition de Louis le Débonnaire. On lui attribue aussi un manuscrit intitulé : *De excommunicatione culparum*.

Tiré des Annales hagiologiques de la France, par M. Ch. Barthélemy, t. IX, Versailles 1869, et de la France pontificale, par M. H. Fisquet.

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## SAINT GILBERT,

## PREMIER ABBÉ DE NEUFFONTS OU NEUFFONTAINES, EN AUVERGNE (1152).

Gilbert, d'une famille noble d'Auvergne, prit la croix pour aller, avec Louis le Jeune, combattre en Orient contre les ennemis du nom chrétien. Il partit muni de la bénédiction de l'évêque de Clermont, confiant aux soins de sa sainte et chaste épouse Pétronille, leur fille unique, nommée Poncia. Il ordonna très-instamment que, pendant son absence, on donnât chaque jour aux pauvres les aliments qu'il consommerait, s'il était présent. Arrivé en Palestine avec ses compagnons d'armes, il montra autant de modestie chrétienne que de bravoure. Sur le champ de bataille, c'était un soldat d'un courage invincible ; sous la tente, c'était un religieux. Il était aussi aimé de ses amis que redouté de ses ennemis.

Les désastres qu'éprouvèrent les chrétiens lui causèrent une vive douleur, qui, en altérant sa santé, l'obligea à revenir en France. De retour dans sa famille, il se concentra avec sa femme pour mener l'un et l'autre à l'avenir une vie encore plus sainte et plus pure. Ils crurent que la pauvreté volontaire était le plus riche trésor de ce monde. C'est pourquoi ils vendirent une partie de leurs biens pour soulager les pauvres et employèrent le reste à la fondation de deux monastères de l'Ordre de Prémontré, l'un pour les femmes, l'autre pour les hommes. Poncia approuvait cette résolution de ses parents. Le monastère de Siles situé à Aubeterre fut dirigé d'abord par Pétronille, ensuite par Poncia, égale à sa mère en sainteté. Quant à Gilbert, il se retira dans la solitude de Neuffonts, et il se montra aussi vaillant moine qu'il avait été brave soldat.

Là, sa renommée de grande sainteté ayant attiré beaucoup d'hommes, il jeta les fondements du monastère qu'il méditait depuis longtemps de bâtir. Il avait d'abord eu l'idée de choisir un autre emplacement plus salubre que Neuffonts ; mais un avertissement du ciel le ramena en ce lieu. Lorsque la construction des bâtiments fut presque achevée, il se rendit à l'église de Lien-Dieu, dans le diocèse de Sens, pour y prendre l'habit de Prémontré. Il ramena à Neuffonts des chanoines de cette église. Ceux-ci le forcèrent d'être leur abbé. Ce fut dans l'exercice de cette fonction, qu'épuisé de jeûnes, de veilles et d'oraisons, il s'envola vers le Seigneur. Son corps fut d'abord déposé dans le cimetière des pauvres de l'hospice, puis transféré dans l'église du monastère, qui depuis a pris son nom, et où la dévotion attirait un grand concours de peuple, à cause des miracles qui s'opéraient à son tombeau. Il y avait une portion de ses reliques dans le collège des Prémontrés de Paris.

Propres de Moulins et de Clermont.

Événements marquants

  • Mariage et naissance de ses trois filles
  • Ordination sacerdotale par Saint Riquier après consentement de son épouse
  • Chute morale (commerce charnel avec sa femme) suivie d'une profonde pénitence
  • Pèlerinage en Terre-Sainte pour expier sa faute
  • Retraite érémitique au désert de Regnière-Écluse

Miracles

  • Sentier vers la fontaine restant stérile (sans herbe ni germe) par volonté divine
  • Guérisons multiples en Palestine et à Rue
  • Don de prophétie

Citations

Secunda post naufragium tabula paenitentia est.

— Saint Jérôme (cité en exergue)

Date de fête

7 juin

Époque

7ᵉ siècle

Décès

vers 643 (naturelle)

Catégories

Patron(ne) de

Invoqué(e) pour

guérison des maladies, consolation des affligés

Autres formes du nom

  • Vulphaylus (la)

Prénoms dérivés

Vulphy

Famille

  • Inconnue (épouse)
  • Inconnues (3 filles) (filles)