Saint Yves (Yves Hélory)
Prêtre, Recteur de campagne, Jurisconsulte
Résumé
Prêtre et jurisconsulte breton du XIIIe siècle, saint Yves est le patron des avocats et des pauvres. Canonisé en 1347 par Clément VI, son culte est centré à Tréguier où ses reliques ont survécu aux profanations révolutionnaires. Il est célèbre pour son zèle envers les indigents et ses nombreux miracles posthumes.
Biographie
RELIGUES ET CULTE DE SAINT YVES.
Son corps fut solennellement enterré dans l'église cathédrale de Tréguier, où Dieu a fait paraître sa sainteté par un prodigieux nombre de miracles : car l'on compte jusqu'à quatorze personnes qu'il a sauvées des eaux, où elles étaient en danger d'être noyées ; quatorze paralytiques, six aliénés, trois aveugles et neuf autres malades, qu'il a parfaitement guéris ; quatorze morts qu'il a ressuscités, outre trois enfants privés de la vie dès le sein de leur mère, qui la recouvrèrent aussi par les mérites de ce grand serviteur de Dieu. Le pape Clément VI, qui, n'étant encore que cardinal, avait fait là-dessus des informations nécessaires, fit lui-même le décret de sa canonisation à Avignon, l'an 1347, parce que saint Yves lui était apparu pour l'exhorter à achever au plus tôt ce qu'il avait commencé. On conserve encore, dans la sacristie de l'église de Tréguier, l'original de la Bulle de cette canonisation, écrite sur parchemin, et maintenant renfermée dans une boîte d'acajou.
Une chapelle, que saint Yves avait fondée à Minihy et qui avait été consacrée sous les vocables de la Mère du Sauveur et de saint Toginal, l'apôtre du pays, prit, après la canonisation de saint Yves, le nom de son bienheureux fondateur. Elle reçut, grâce à la générosité des fidèles qui joignaient leur école aux dons d'Yves Hélory, des accroissements successifs dont le résultat fut de transformer l'oratoire en église. Ce sanctuaire devint de bonne heure et est demeuré jusqu'à nos jours un lieu de pèlerinage. De tous les points de la Bretagne, on accourait à la chapelle du Minihy, pour invoquer ce bon recteur de campagne, qui, durant sa vie, s'était montré si zélé pour le salut des âmes, si compatissant pour les besoins du corps. Cet édifice sert maintenant de paroisse à la succursale du Minihy, qui se desservait avant la Révolution à l'un des autels de la cathédrale de Tréguier.
Jean V, duc de Bretagne, tombé dans un odieux guet-à-pens par la trahison des Penthièvre qui le retinrent longtemps prisonnier, promit à saint Yves, s'il recouvrait la liberté, de lui donner son pesant d'argent. Aussitôt qu'il se vit hors des mains de ses perfides ennemis, il résolut d'accomplir religieusement son vœu. Il alla même au delà. Par ses ordres, une belle chapelle s'éleva dans la cathédrale de Tréguier. Elle était destinée à renfermer le tombeau de son céleste libérateur. Elle fut longtemps connue sous le nom de Chapelle-au-duc. C'est maintenant la chapelle du très-saint Sacrement. Le mausolée du Saint reçut une splendide ornementation. Recouvert de lames d'argent que l'on rehaussait d'un éclat encore plus vif, décoré sur ses faces de sculptures représentant les hauts faits de Jean V, il était surmonté d'un dôme en pierre qui recouvrait la statue couchée d'Yves Hélory. Des grilles en fer protégeaient ce magnifique monument, qui, hélas ! n'existe plus. Le vandalisme révolutionnaire a promené en ce lieu son marteau dévastateur. « En 1793 », écrit l'abbé Tresvaux, « les soldats d'un bataillon révolutionnaire, composé de Parisiens, portant le nom du Temple, et alors en garnison à Tréguier, forcèrent les portes de l'église cathédrale, brisèrent le tombeau de saint Yves et en jetèrent les débris à la mer. Ils s'emparèrent en même temps des ornements qu'ils trouvèrent dans la sacristie, s'en revêtirent et se promenèrent ainsi dans la ville, simulant un convoi funèbre ; mais celui qui faisait le mort fut frappé subitement de maladie et mourut effectivement dans la nuit suivante. Les autres acteurs de cette farce sacrilège furent bientôt atteints d'un mal contagieux qui les enleva pour la plupart. C'est un fait qui était, à Tréguier, de notoriété publique et dont les anciens habitants peuvent encore attester la vérité ».
Pour conserver la mémoire du lieu où les ossements sacrés de saint Yves avaient été déposés et les signaler à la vénération des fidèles, le respectable ecclésiastique que nous venons de citer, et dont le clergé de Paris déplore la perte récente, fit élever à ses frais un modeste cénotaphe, œuvre digne d'éloges sans doute, mais qui ne rappelle que de bien loin la magnificence des ducs de Bretagne. Nous savons qu'il est question de le remplacer par un monument plus digne de celui dont il consacrera le souvenir.
Enumérons rapidement les objets précieux relatifs à la mémoire du Saint, qui étaient dus à la munificence des grands et du peuple, et que l'on avait déposés dans le trésor de la cathédrale de Tréguier. Trois reliquaires d'argent, dont l'un était soutenu par quatre lionceaux d'argent doré ; les deux autres resplendissaient de pierreries. Le premier renfermait le chef de saint Yves ; le second et le troisième, des os des bras. Deux calices, sur lesquels on avait gravé les traits chéris du Bienheureux. Il était, en outre, représenté plusieurs fois dans des actes différents de son ministère et de sa charité : ici, prêchant dans une chaire d'argent doré ; là, puisant du blé avec une croûte (crôle ?) dans un coffre et le versant dans un sac appartenant à un pauvre ; ailleurs, couché sur une claie aussi d'argent, avec un livre pour chevet. On avait encore figuré un homme et une femme offrant un enfant devant un autel au-dessus duquel était l'image de « monsieur saint Yves », le tout en argent. Notons enfin une belle cloche à laquelle on avait donné son nom. Tous ces témoignages de la piété et de la reconnaissance des fidèles ont disparu à l'époque de la Révolution. Mais les ossements du Saint ont été heureusement préservés. On les avait cachés dans un des caveaux de la cathédrale : ils en furent retirés en 1801, et M. de Saint-Priest, vicaire-général, en constata l'identité. On montre actuellement le chef de saint Yves dans la sacristie de la cathédrale de Tréguier. Un reliquaire en bronze doré, donné par Mgr de Quélen, archevêque de Paris, renferme cette tête vénérée, couronnée de fleurs qui rappellent l'éternelle jeunesse des Saints. Dans le même lieu se trouve également la tête de saint Tugdual, de cet homme apostolique pour lequel saint Yves avait la plus grande dévotion. Tous les ans, à la date du 18 mai, on porte processionnellement cette insigne relique de Tréguier au Minihy. « Ainsi le Bienheureux semble sortir de sa tombe pour visiter les lieux où il naquit, où il fit le bien, où il mourut ; puis il revient à sa noble cathédrale, porté, comme au jour de son enterrement, sur les épaules des prêtres, au milieu des hymnes et des cantiques ». Jadis on déposait les ossements vénérés sur une espèce de cénotaphe que recouvraient d'élégantes arcades sculptées. Mais ce charmant appendice a disparu. Il ne subsiste plus que la table de pierre dans son austère nudité. Elle est située dans le cimetière, à l'entrée de la chapelle devenue, comme nous l'avons dit, église paroissiale.
Il existe, dans la paroisse de Louannee, une précieuse relique de saint Yves ; c'est une ancienne chasuble qu'on appelle vulgairement *chape de saint Yves*. Elle est en fil de soie : il paraît qu'elle a été argentée et même dorée. Elle n'a qu'une ouverture par où l'on passe la tête, pratiquée dans la partie supérieure : il n'y a ni trou ni fente sur les côtés.
On conserve avec soin, dans la sacristie de Minihy, les *Heures* manuscrites du Saint. Ce volume, qui n'offre, au surplus, rien de curieux, a perdu plusieurs de ses feuillets donnés aux pèlerins qui désiraient emporter une marque de leur passage. À quelques centaines de pas, se trouve l'emplacement du manoir des sires de Kermartin. Pendant longtemps cet édifice, respectable par son antiquité et par les souvenirs qu'il rappelait, reçut les visites des pèlerins. Au commencement de ce siècle, il menaçait ruine : on le démolit. Une nouvelle construction, qui date de 1834, est décorée d'une simple plaque de marbre où se lit une inscription qui constate que c'est en ce lieu que naquit autrefois saint Yves. Mgr de Quélen, archevêque de Paris, fut l'auteur de cette inscription. Si vous pénétrez dans l'intérieur de cette modeste habitation, les fermiers qui y demeurent vous montrent un lit qui, si l'on en croit la tradition, a jadis appartenu à saint Yves. C'est un lit clos comme il s'en trouve un grand nombre dans les campagnes bretonnes. Nous devons dire que les archéologues n'y reconnaissent pas les caractères du XIIIe siècle. Toutefois, comme ce meuble a dû subir et a subi en effet des réparations que son état de vétusté rendait nécessaire, il est permis de croire qu'une partie au moins des pièces de bois qui entraient dans sa construction primitive a été conservée et qu'on a réellement sous les yeux une relique authentique du Saint. Nous sommes fâché que ce lit, qui devrait être sacré pour tous, serve à des usages domestiques. Ne serait-il pas convenable qu'on le transportât dans une chambre isolée, qu'on l'y entourât d'une balustrade, et qu'on ne souffrît pas que, sous prétexte de dévotion, de nombreux fragments fussent enlevés ? C'est un vœu que nous nous permettons de formuler, pour qu'il parvienne à l'adresse de qui de droit.
La maison de Kermartin, qui avait vu naître saint Yves, reçut aussi son dernier soupir. Il paraît que cette terre resta en la possession de sa famille jusqu'au XVe siècle, époque à laquelle on voit qu'Olivier de Kermartin eut pour épouse Plesson de Quélen. Leur petite-fille, Jeanne, épouse Thébaut Bérard, dont elle eut une fille, qui s'unit en mariage à Maurice de Quélen, seigneur de Logueval. La terre de Kermartin passa de la famille de Quélen dans celle de la Rivière, qui la posséda jusqu'en 1790. L'héritière de ce dernier nom, épouse du fameux marquis de Lafayette, la vendit alors à M. le comte Jean-Claude-Louis de Quélen, seigneur de la Ville-Chevalier et père de Mgr de Quélen, archevêque de Paris, qui était, de son vivant, possesseur de l'ancien patrimoine de saint Yves.
Un mot maintenant sur les fondations de tout genre faites sous le patronage de saint Yves. Il existait naguère, dans l'ancienne capitale du duché de Bretagne, un Hôtel-Dieu qui portait le nom de Saint-Yves. Fondé en 1358, c'est-à-dire onze ans seulement après la canonisation du charitable curé breton, par Eudes Le Bouteiller, prêtre originaire du diocèse de Tréguier, cet hospice servit d'asile pendant cinq siècles à une foule de malades et aussi à quelques infirmes. Il y a quelques années, les bâtiments menaçaient ruine. Ce vaste établissement fut alors transféré dans un autre quartier de la ville de Rennes. Il existe, à Vitré, un hôpital portant également le nom de Saint-Yves. Les villes de Guérande et Guingamp ont possédé deux chapelles dédiées sous son invocation. Le monument religieux le plus remarquable, sous le rapport de l'art, qui ait été consacré à la gloire du saint prêtre de Tréguier, est peut-être la belle verrière en couleur que possède l'église de Saint-Mathurin, à Moncontour, dans le département des Côtes-du-Nord.
Les jurisconsultes et les magistrats ont pris saint Yves pour leur Patron. Le parlement de Bretagne, séant à Rennes, chômait sa fête. Toutes les juridictions de la province avaient suivi cet exemple. L'Université de Nantes s'était mise sous la protection du même Saint. À Paris, il y avait, au coin de la rue Saint-Jacques et de la rue des Noyers, une chapelle bâtie sous son invocation, où se réunissait une Confrérie qui l'avait choisi pour Patron. La chapelle possédait un morceau de la robe du Saint. Cette chapelle, qui fut fréquentée jusqu'aux plus mauvais jours de la Révolution, a été démolie en 1823.
Notre-Dame de Paris, « l'église des Patrons de la France », s'enrichit d'un beau tableau de saint Yves qu'avait offert un seigneur breton qu'on ne nomme point. « Le dessin en est grand et noble, écrit l'abbé de l'Œuvre, qui l'avait vu. La sainte Vierge est en haut du tableau ; un peu plus bas saint Yves est prosterné devant elle, et lui présente d'un côté le corps de la justice en robes, comme à celle que l'Église appelle le Miroir de justice, Speculum justitia ; et, de l'autre, il lui présente des gens qui sont en procès ». Cet autre témoignage de la dévotion bretonne a aussi disparu. Pour terminer ce qui regarde la France, les diocèses de Chartres, d'Évreux, de Noyon, d'Auxerre et de Dijon avaient voué à saint Yves un culte spécial. La faculté de droit d'Orléans témoignait par des démonstrations solennelles que le jeune Yves Hélery avait étudié sur ses bancs. En Belgique, les villes d'Anvers, de Gand et de Malines, fières de posséder quelques esquilles des ossements du Bienheureux, avaient fondé des Confréries qui se chargeaient des justes causes des indigents. Admirons ici, en passant, le philanthropique résultat de ces institutions pieuses. On se réunissait pour honorer un Saint, pour se recommander à sa puissante protection ; et tout de suite naissait naturellement le désir de l'imiter dans les belles et touchantes vertus dont il avait donné l'exemple. Voilà la véritable culte des Saints. Louvain ne demeura pas en arrière du mouvement qui entraînait nos voisins vers un Saint si populaire. Le célèbre peintre Rubens, pour la chapelle des Jésuites, dans cette ville, fit un tableau où l'on voyait le Saint rendre justice à une pauvre femme qui implorait sa pitié en lui présentant un petit enfant qu'elle tenait dans ses bras. Toujours la même image, toujours le même souvenir, toujours la même reconnaissance.
A Rome enfin, il existe une église qui porte le nom et conserve la mémoire de ce Saint chez aux Bretons. Elle fut donnée, en 1456, par le pape Calixte III à nos compatriotes établis dans la ville éternelle et jointe à un hôpital fondé par eux dès 1411. En 1508, elle fut restaurée. Quelques années plus tard, en 1583, le roi de France, Henri III, obtint l'union de Saint-Yves avec ses dépendances à l'église et à l'hôpital Saint-Louis. Depuis cette époque, la chapelle Saint-Yves fut négligée, les réparations nécessaires omises ou mal faites, et le culte perdit de son éclat. Maintenant elle ne conserve plus que de faibles vestiges de sa primitive splendeur. Aussi la Confrérie des jurisconsultes romains qui continue d'honorer le saint breton tient ses séances dans un autre édifice. La renommée de saint Yves a pénétré jusqu'à Naples. La chapelle de l'hospice, Sainte-Marie de la Porte-Neuve, lui est spécialement consacrée.
Saint Yves lisait continuellement la Vie des Saints. Les Actes héroïques de ces amis de Dieu lui étaient devenus si familiers, qu'il avait composé un recueil des traits les plus édifiants. Il donna à cet écrit, dont on doit regretter vivement la perte, le nom charmant de Fleurs des Saints.
Nous nous sommes servi, pour compléter l'histoire abrégée de saint Yves, des Vies des Saints de Bretagne, par Dom Lobineau, publiées par M. l'abbé Tresvaux, en 1836, d'une biographie populaire du Saint, par L. Roumain de la Rallaye, qui a puisé dans un ouvrage beaucoup plus considérable dû à la plume de M. Enpartz, avocat breton.
Jean Robert, qui a composé exprès un gros livre pour apprendre au public que l'on compte au moins cinquante avocats canonisés. Et encore la liste n'est pas complète !
Mais si les avocats penchent le ciel, les huissiers y entrent-ils ? Périlleuse question que des gens peu charitables ont prétendu résoudre négativement. A l'appui de leur dire, ils content l'anecdote suivante, dont l'intention n'est pas douteuse :
Saint Yves, après sa mort, se présenta à la porte du paradis, et, trompant la vigilance du portier céleste, parvint à le franchir en secret. Mais cette fraude ne tarda pas à être découverte. Saint Pierre, faisant sa ronde habituelle, aperçoit l'intrus, lui demande son nom, ses papiers, et, sur sa réponse qu'il voyage sans passeport, le somme de vider les lieux. « Doucement », reprend le légiste avisé qui n'en était pas à son premier procès ; « J'ai la possession pour moi. Signifiez-moi la sentence, sans quoi je garde ce que je tiens. — J'y consens volontiers », dit saint Pierre ; « de ce pas je vais quérir des huissiers ». Il en cherche, mais n'en trouve point ; car jamais huissier, ajoute malicieusement la légende, n'est entré en paradis. Et voilà comment, grâce aux failles de la procédure, le prince des avocats a pu préparer là-haut des places à ses confrères d'ici-bas.
Ces récits, d'un goût contestable, mais contre lesquels on aurait tort de s'indigner, amusaient la bonhomie de nos pères sans ébranler leur foi ni s'imposer à leur crédulité. Car les chrétiens instruits n'ont jamais ignoré qu'on peut se sanctifier et qu'on s'est en effet sanctifié dans toutes les professions honnêtes.
19 MAJ.
Événements marquants
- Études à la faculté de droit d'Orléans
- Fondation d'une chapelle à Minihy
- Canonisation à Avignon par le pape Clément VI en 1347
- Translation des reliques en 1801 après profanation révolutionnaire
Miracles
- Quatorze personnes sauvées de la noyade
- Quatorze résurrections de morts
- Trois enfants rendus à la vie dans le sein maternel
- Guérisons de paralytiques, aliénés et aveugles
- Apparition au cardinal Clément VI pour hâter sa canonisation
Citations
Fleurs des Saints