Saint Zacharie, Pape
Pape
Résumé
Pape d'origine syrienne au VIIIe siècle, Zacharie fut un grand pacificateur qui sauva Rome des invasions lombardes par sa diplomatie. Il soutint activement saint Boniface dans l'évangélisation de l'Allemagne et joua un rôle décisif dans l'avènement de la dynastie carolingienne en France. Reconnu pour sa douceur et sa charité, il racheta des esclaves et convertit plusieurs souverains à la vie monastique.
Biographie
SAINT ZACHARIE, PAPE
« Heureux les pacifiques, car ils seront appelés les enfants de Dieu ! » À l'exemple de saint Zacharie, nous devons remplir l'office de pacificateurs toutes les fois que l'occasion s'en présente, ne fût-ce qu'entre deux personnes.
Zacharie, natif de Syrie, chanoine régulier, puis moine bénédictin, créé prêtre-cardinal par Grégoire II, était fils de Polychronius. Doué des plus rares qualités de l'esprit et du cœur, élevé avec grand soin dans la piété et les sciences, il passa en Italie au VIIIᵉ siècle, et fut admis dans le clergé romain en un temps où la ville de Rome était fort sujette aux alarmes des Lombards. Luitprand, qui régnait sur ces barbares en Italie depuis longtemps, s'étant déjà avancé une fois avec son armée pour assiéger Rome, en avait été détourné par le pape Grégoire II ; il s'était même réconcilié si bien que, pour gage de sa bonne intelligence, il avait offert une croix d'argent et une couronne d'or au tombeau de saint Pierre. Mais, dix ans après, ce prince, mal satisfait de la protection que le pape Grégoire III donnait à Trasymond, duc de Spolète, vint mettre le siège devant Rome, et ne s'en retira qu'après que ses troupes eurent pillé l'église de Saint-Pierre, que les Goths avaient autrefois respectée. Les choses étaient en cet état lorsque Grégoire, après avoir demandé du secours à Charles Martel, en France, contre Luitprand, qui avait encore depuis ravagé les terres de l'Église, laissa le Siège vacant par sa mort. On n'eut pas beaucoup à délibérer sur le choix du successeur qu'on devait lui donner. On avait besoin d'un homme qui eût la prudence et la modération nécessaires pour rétablir les affaires de l'Église et de l'État en Italie. C'est ce que l'on trouvait dans le prêtre Zacharie, dont on connaissait la vertu et la capacité. L'innocence de sa vie et l'intégrité de ses mœurs étaient accompagnées d'une bonté naturelle et d'une douceur qui charmaient tout le monde. Jamais on ne l'avait surpris dans le moindre emportement : toujours plein de charité pour tout le monde, on l'avait vu disposé à rendre le bien pour le mal en toute rencontre, et, lorsqu'il fut devenu pape, loin de se venger de ceux qui l'avaient persécuté, il ne voulut les vaincre que par des bienfaits.
Il fut sacré le 19 novembre, l'an 741, neuf jours après la mort de son prédécesseur et neuf jours avant son enterrement. Le désordre où il trouva
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les affaires publiques à son avènement, lui fit juger qu'il devait commencer par y remédier, pour pouvoir ensuite régler celles de l'Église avec plus de facilité. Résolu de s'exposer à tout pour le salut de son peuple, il envoya d'abord un nonce avec des lettres pleines de civilité au roi Luitprand, qui en fut si touché qu'ayant conçu beaucoup d'estime et de respect pour ce nouveau Pontife, il parut adouci et entièrement porté à acquiescer à tout ce qui lui serait proposé de sa part. Zacharie sut profiter de ces heureuses dispositions. Il alla lui-même, accompagné des principaux de son clergé, trouver le roi à Terni, en Ombrie. Ce prince, en ayant eu avis, envoya les premiers seigneurs et officiers de sa cour au-devant de lui, et le reçut avec tous les honneurs imaginables. Il fit avec lui un traité de paix aussi avantageux qu'on pouvait le souhaiter : il relâcha tous ses prisonniers et il rendit au Saint-Siège les villes qu'il avait prises dans le duché de Rome et sur les terres de l'Église. Le lendemain, qui était un dimanche, le roi voulut assister, avec sa cour et ses officiers, au sacre d'un évêque que le Pape devait faire dans l'église de Saint-Valentin de Terni. La sainteté de la cérémonie et beaucoup plus encore celle des prières qu'il y fit, toucha si vivement les Lombards que la plupart ne les purent entendre sans répandre des larmes ; et la piété qu'il fit paraître dans toute cette action, excita dans le cœur de plusieurs des sentiments de dévotion pour Dieu et de respect pour l'Église. Le Pape, au sortir de cette cérémonie, convia à dîner le roi, qui y reçut sa bénédiction, et qui témoigna qu'il ne s'était jamais trouvé à un meilleur repas. Il le fit ensuite reconduire honorablement par le duc de Chiusi, son neveu, et d'autres seigneurs de marque : le traité ayant été ensuite fidèlement exécuté, Zacharie ordonna des prières publiques à Rome, pour rendre grâces à Dieu du succès de toute cette affaire.
Les peuples de l'Italie, voyant le grand crédit qu'il s'était acquis sur l'esprit de Luitprand, recherchèrent avec empressement sa médiation et sa faveur auprès de ce prince. Zacharie tâcha de l'employer toujours d'une manière qui en pût faire retourner le succès à la gloire de Dieu et à l'avantage de l'Église. Dans cette vue, il entreprit d'éteindre la guerre qui était allumée entre les habitants de Ravenne et ce roi, et de les réconcilier avec lui. Voyant l'oppression violente où Luitprand les retenait, il ne craignit point de s'exposer aux fatigues d'un long voyage et de l'aller trouver à Pavie, pour emporter par sa présence ce qu'il n'avait pu obtenir de lui par son nonce et par ses lettres.
Ayant donc laissé le gouvernement de Rome au patrice Etienne, il courut, comme le bon pasteur, racheter celles de ses brebis qui allaient périr. C'était au fort de l'été. L'on observa que de Rome à Ravenne une nuée le garantissait des ardeurs du soleil pendant le jour, et que de Ravenne à Pavie, cette nuée paraissait précédée de bataillons armés. L'exarque (on nommait ainsi le préfet qui gouvernait Ravenne au nom de l'empereur de Constantinople) vint au-devant du saint Pontife jusqu'à dix-sept lieues de la ville, où il le conduisit. Tout le peuple de Ravenne, hommes, femmes, enfants, alla à sa rencontre et le reçut au milieu des larmes et des actions de grâces, en criant : « Béni soit notre pasteur qui a laissé ses ouailles et qui est venu nous délivrer, nous qui allions périr ! »
De Ravenne, le Pape envoya deux députés à Luitprand, pour lui annoncer son arrivée prochaine. Mais le roi, déterminé à ne rien accorder, refusa même de leur donner audience. « Faudra-t-il », s'écria le Lombard, « que les importunités d'un prêtre, d'un vieillard viennent toujours troubler mes triomphes ? » Cette opiniâtreté, dont il fut informé la nuit, ne découragea
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point le saint Pontife ; méprisant le péril et se confiant au Christ, il sortit hardiment de Ravenne, entra sur les terres des Lombards et arriva sur les bords du Pô, le 28 juin. Le roi envoya ses grands pour le recevoir et l'amener à Pavie. Mais comme c'était la veille de Saint-Pierre, le Pape alla à l'église de ce Saint, qui était hors de la ville, et y célébra la prière de none, avec la sainte messe. Le lendemain, jour même de la fête, il y célébra la messe solennelle, à la demande du roi. Là, s'étant salués, ils mangèrent ensemble et revinrent dans la ville. Le lendemain de la fête, invité par le roi à venir au palais, où il fut reçu avec les plus grands honneurs, le saint homme le pria de ne plus envoyer ses troupes dans la province de Ravenne, mais au contraire, de lui rendre les villes qu'il avait prises, particulièrement Césène. Le roi résista longtemps ; mais enfin il convint de rendre à Ravenne tout le territoire qu'elle avait auparavant, et les deux tiers du territoire de Césène, gardant, pour sa sûreté, l'autre tiers et la ville jusqu'au 1er juillet de l'année suivante, afin que ses ambassadeurs eussent le temps de revenir de Constantinople. Au départ du Pape, le roi l'accompagna jusqu'au Pô, et laissa auprès de lui plusieurs seigneurs, avec ordre de le suivre à Ravenne et de faire sortir les garnisons lombardes des places qu'il restituait.
Dans toutes ces conjonctures, nous voyons les peuples d'Italie, avec leurs magistrats, soit impériaux, soit autres, recourir au Pontife romain comme à leur unique salut, et ce Pontife ne point tromper leur confiance. Seul et sans armes, il désarme par la parole et la persuasion les princes et les rois. Certes, s'il est une manière de devenir souverain légitime d'un pays, c'est cette manière. Du moins, ainsi en jugent le bon sens et la reconnaissance des peuples sauvés.
Étant retourné à Rome au mois de juillet, il y célébra de nouveau la grande fête de saint Pierre et saint Paul, quoiqu'il l'eût déjà solennisée aux 28 et 29 juin dans Pavie, en présence du roi et de sa cour. Il y mêla des prières publiques pour la délivrance du peuple de Ravennes, sur les nouvelles qu'il reçut de l'infidélité avec laquelle Luitprand semblait manquer à sa parole. Peu de jours après, on apprit la mort de ce prince, dont le successeur Hildebrand, qui était son neveu, fut chassé sept mois après par les Lombards mêmes, parce qu'il était aussi mal intentionné que son oncle pour le repos de l'Italie. Ils élevèrent sur le trône en sa place Rachis, duc de Forli, à qui Zacharie envoya aussitôt un nonce pour le féliciter et pour tâcher de le faire entrer dans des voies de pacification. Le nouveau roi déféra entièrement à ces remontrances, et fit une paix de vingt ans avec toute l'Italie.
Elle servit au saint Pape à rétablir l'ancienne face de l'Église, à remédier aux désordres qui s'étaient glissés avec la guerre et les calamités publiques, à réformer les mœurs du clergé et du peuple, et à faire refleurir la discipline. Il rebâtit ou orna diverses églises et autres édifices de piété dans Rome, et il fit d'autres établissements utiles à la religion, qui furent des fruits de la paix qu'il avait procurée aux peuples. Sa sollicitude et ses soins s'étendirent en même temps dans les provinces de la chrétienté les plus éloignées. En Occident, il seconda puissamment le zèle de saint Boniface, l'apôtre d'Allemagne, et lui envoya la décision de plusieurs points sur lesquels il l'avait consulté, avec divers règlements sur la conduite qu'il devait tenir dans son apostolat.
Entre autres choses, il confirma l'érection de trois évêchés établis par saint Boniface ; il confirma ensuite l'érection de l'archevêché de Mayence, auquel le même saint Boniface donna pour suffragants les évêques de Langres, de Cologne, de Worms, de Spire et de Strasbourg. Boniface consultait Zacharie
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avec la plus entière soumission ; quelquefois, en Allemagne, des prêtres peu instruits administraient le baptême dans des termes incorrects, et il en citait des exemples. Zacharie répondit qu'il fallait regarder comme valide un baptême dans lequel le prêtre aurait même prononcé des mots dépourvus de sens et de netteté : l'intention de faire ce que fait l'Église suffit.
Saint Boniface, dans sa correspondance intime avec le Pape, se plaignait qu'un prêtre, nommé Virgile, travaillait à mettre la division entre lui et Odilon, duc de Bavière, et qu'outre cela, il enseignait plusieurs erreurs, dont les principales étaient qu'il y avait un autre monde, d'autres hommes sous la terre ; un autre soleil, une autre lune. Zacharie répondit qu'il fallait le déposer s'il persistait à enseigner de semblables erreurs. Mais on aurait tort de conclure de cette réponse, ainsi que l'ont fait des écrivains modernes, que le saint Pontife condamnait le sentiment de ceux qui admettaient des antipodes ; il avait en vue certains hérétiques qui soutenaient l'existence d'une race d'hommes qui ne descendaient point d'Adam, et qui n'avaient point été rachetés par Jésus-Christ. D'ailleurs il ne prononça point de jugement en cette occasion, puisqu'il ordonna à Virgile de venir à Rome, afin qu'on examinât sa doctrine. Il y a toute apparence que Virgile se justifia, puisqu'il fut élu peu de temps après évêque de Salzbourg.
Le saint Pape avait une tendre charité pour les malheureux. Ayant appris que des marchands vénitiens avaient acheté des esclaves à Rome pour les revendre aux Maures d'Afrique, il leur reprocha d'abord un trafic si injurieux à l'humanité et à la religion, et paya ensuite la somme qu'on lui demanda pour rendre la liberté à tous ces esclaves. Il orna la ville de Rome de plusieurs églises magnifiques, fit un grand nombre de fondations en faveur des pauvres et des pèlerins, et assigna un revenu annuel fort considérable pour l'entretien des lampes de l'église de Saint-Pierre.
En Orient, il travailla, par sa douceur, à ménager, en faveur de l'Église, l'esprit difficile de l'empereur Constantin Copronyme, qui s'était rendu l'ennemi des saintes images. Ce prince, quoiqu'obstiné dans son impiété, marqua beaucoup de considération pour Zacharie, et lui accorda volontiers ce qu'il lui avait demandé en particulier pour l'Église romaine. Le Pape tint divers synodes dans Rome, depuis le commencement de son pontificat : travaillant sans cesse aux affaires de l'Église avec une application infatigable, tantôt avec les évêques ses voisins, tantôt avec le clergé de Rome, afin de ne rien faire qu'avec connaissance de cause et beaucoup de maturité. Dans celui qu'il assembla de plusieurs évêques, l'an 745, il retrancha du corps de l'Église deux inventeurs de nouvelles hérésies, nommés Adalbert et Clément, que saint Boniface avait déjà condamnés ; et l'an 748, il en usa de même à l'égard d'un troisième, appelé Samson, d'Irlande. Quoiqu'il veillât égale-
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ment sur toutes les églises de la terre, il semblait le faire encore plus particulièrement sur celles que saint Boniface et les autres ouvriers évangéliques avaient nouvellement fondées en Allemagne : et l'on voit qu'il n'y a point d'affaires dont il soit plus parlé dans la plupart des lettres qui nous sont restées de lui. Parmi tant d'occupations, il ne laissa point de trouver encore le loisir de traduire en grec les Dialogues de saint Grégoire le Grand.
L'on a coutume de compter, entre les circonstances les plus glorieuses du pontificat de saint Zacharie, la conversion éclatante de deux princes, conversion dont il fut l'instrument et le ministre. Le premier fut Carloman, maire du palais d'Austrasie, fils de Charles Martel et frère aîné de Pépin, qui fut, peu de temps après, élu roi de France. Ce prince, qui portait la qualité de duc des Francs et qui partageait avec son frère toute la puissance royale, après avoir maintenu l'État par sa valeur, et la discipline de l'Église par son zèle, renonça au siècle tout d'un coup, vint à Rome pour recevoir la tonsure des mains du saint Pape, se retira ensuite sur le mont Soracte, où il bâtit un monastère en l'honneur de saint Sylvestre, et passa de là au mont Cassin, où il embrassa l'institut et la règle de Saint-Benoît. L'autre prince fut Rachis, roi des Lombards, qui, après avoir rompu la paix et mis le siège devant Pérouse, fut non-seulement détourné de son dessein par le pape Zacharie, mais encore si sincèrement converti à Dieu, que, sur ses avis, il descendit du trône et se réduisit volontairement à l'état d'une vie privée pour servir Dieu. L'impression que les remontrances du Saint firent sur son esprit, acheva ensuite l'ouvrage d'une conversion si rare et de si grand exemple. Rachis voulut tout quitter pour suivre Jésus-Christ ; mais sa femme, Thasie, et sa fille, Ratrude, touchées comme lui du mépris du monde, ne purent le quitter. Ils vinrent donc ensemble à Rome, où Zacharie donna la tonsure à Rachis avec l'habit monastique, que sa femme et sa fille prirent aussi de sa main, et il les envoya tous trois au monastère du mont Cassin.
Ce fut en ce même temps que Pépin, maire du palais, qui était le maître de la France, sous l'ombre et le nom de Childéric III, fit envoyer à Rome Burchard, évêque de Wurtzbourg, en Franconie, et son chapelain Fulrad, abbé de Saint-Denis, pour consulter le saint Pape sur le dessein qu'avaient les Francs, de lui mettre la couronne sur la tête. Zacharie, songeant à procurer une puissante protection au Saint-Siège contre les Lombards avec lesquels les Romains ne pouvaient être en sûreté, ne se contenta point d'approuver le choix des Francs ; mais il exhorta encore secrètement Pépin à ne pas refuser une couronne que la Providence lui destinait si visiblement. La réponse qu'il fit à la consultation des seigneurs francs sur ce sujet, quoiqu'en termes généraux, servît beaucoup à les déterminer. Car, sans parler ni de déposer Childéric, ni d'élire Pépin, il leur manda que « le mieux était que celui qui avait toute la puissance fût roi ». Il n'en fallut point davantage à Pépin, qui sut bien faire valoir cette réponse du saint Pape. Chacun la prit pour une approbation, ou du moins pour un consentement ; on regarda l'élection de Pépin comme l'ouvrage du ciel ; il se fit sacrer l'année suivante à Soissons, par saint Boniface, archevêque de Mayence. Cette onction royale ne se fit que le premier jour de mai ; et notre saint Pape était mort dès le
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3 mars précédent, après dix ans, trois mois et quatorze jours de pontificat. Le jour de sa sépulture, qui se fit le 15 mars, dans l’église de Saint-Pierre, est celui auquel l’Église honore sa mémoire.
On le représente revêtant de l’habit religieux Rachis, roi des Lombards. Les Bollandistes ont donné son portrait dans leur volume supplémentaire, nommé Lui, qui est un prêtre de mon clergé. Il a des affaires secrètes à communiquer de ma part à Votre Piété seule, tant de vive voix que par écrit ».
Parmi ces choses secrètes sur lesquelles saint Lui était chargé par saint Boniface de consulter le pape Zacharie de vive voix, et sur lesquelles le Pape donna, également de vive voix, sa réponse, ou conjecture avec assez de fondement qu’il était question de valider et de clore une révolution politique qui se préparait depuis longues années parmi les Francs, savoir : un changement de dynastie. Dans l’origine, la couronne des Francs était plutôt élective qu’héréditaire. Childéric, père de Clovis, s’étant rendu odieux par ses débauches, les Francs le chassèrent du trône et du royaume, et choisirent unanimement pour roi le Romain Egidius, qui régna seul huit ans. Alors, ayant appris que Childérie était devenu plus sage, ils le prièrent de revenir de la Thuringe, où il s’était enfui, et le rétablirent dans la royauté ; en sorte que lui et Egidius régnaient ensemble (Greg. Tur., l. II, c. 12). Ce fait, attesté par saint Grégoire de Tours, nous montre que, dans l’origine, les Francs pouvaient se choisir des rois non-seulement d’une autre famille, mais encore d’une autre nation. Depuis Clovis, qui avait eu la précaution de faire périr tous ses autres parents, on les choisissait parmi ses descendants. Ceux-ci, ayant promptement dégénéré et étant devenus tout à fait nuls, les Francs ne pouvaient-ils pas faire une seconde fois ce qu’ils avaient fait une première, se donner un roi d’une autre famille, ou même d’une autre nation ? Sortent un roi qui l’était déjà de fait, et auquel il ne manquait que le nom ? Il est à croire que saint Boniface consulta conférentiellement le pape saint Zacharie sur cette question importante avant qu’on la lui proposât officiellement.
« L’an 751, Burchard, évêque de Wurtzbourg, et le prêtre Feitret, chapelain, furent envoyés à Rome au pape Zacharie, pour consulter le Pontife sur les rois qui existaient alors en France, et qui n’avaient que le nom de rois, sans aucune puissance royale. Par eux, le Pontife manda qu’il valait mieux que celui-là fût roi qui avait la puissance souveraine ; et ayant donné son autorisation, il ordonna que Pépin fût établi roi. L’année d’après, suivant la sanction du Pontife romain, Pépin fut appelé roi des Francs, sacré à cet effet de la main du saint Martyr, l’archevêque Boniface, et, selon la coutume des Francs, élevé sur le trône dans la ville de Soissons. Quant à Ilibérie, qui portait le vain titre de roi, il eut les cheveux coupés et fut relégué dans un monastère ». Voilà ce que Eginhard, condisciple, puis secrétaire du fils de Pépin, Charlemagne, raconte la chose dans ses Annales des Francs (Egich., Annal. ad an. 749 et 750). Un auteur contemporain, le continuateur de Frédégaire, la rapporte en ces termes : « Alors, du conseil et avec le consentement de tous les Francs, et avec l’autorisation du Siège apostolique, l’illustre Pépin, par l’élection de toute la France, la consécration des évêques et la soumission des princes, fut élevé à la royauté, avec la reine Bertraée, selon les anciennes coutumes (Frodeq., Confis. anex 132) ». Les autres annales et chroniques rapportent la même chose que ces deux écrivains, et souvent dans les mêmes termes. Les annales de Xante, ville sur le Rhin, au-dessous de Cologne, disent plus brièvement : « Pépin, élu roi suivant la coutume des Francs, est sacré par saint Boniface, évêque de Mayenne (Pertz., Monumenta Germania, t. II, p. 221) ».
Maintenant, que penser de la conduite des Francs et de la décision du pape Zacharie ? Nous citerons l’avis de trois hommes compétents. Voici comme Bossuet résume ce fait : « En un mot, le Pontife est consulté, comme dans une question importante et douteuse, s’il est permis de donner le titre de roi à celui qui a déjà la puissance royale. Il répond que cela est permis. Cette réponse, partie de l’autorité la plus grande qui soit au monde, est regardée comme une décision juste et légitime. En vertu de cette autorité, la nation même ôte le royaume à Childérie et le transporte à Pépin. Car on ne s’adressa point au Pontife pour qu’il ôtât ou qu’il donnât le royaume, mais en ce qu’il déclarât que le royaume devait être ôté ou donné par ceux qu’il jugeait en avoir le droit (Infemio, t. II, c. 34) ».
Fénelon s’applique dans le même sens. Il reconnaît formellement que la puissance temporelle vient de la nation ; il suppose que la nation a le droit d’élire et de déposer ses rois ; car il observe que, dans le moyen âge, les évêques étaient devenus les premiers seigneurs, les chefs du corps de chaque nation pour élire et déposer les souverains (Glaur. comp. de Fénelon. Versailles, t. XIII, p. 384). Il reconnaît que, pour agir en sûreté de conscience, les nations chrétiennes consultaient dans ce cas le chef de l’Église, et que le Pape était tenu de résoudre ces cas de conscience, par la raison qu’il est le docteur et le pasteur suprême. « Le pape Zacharie », dit-il, « répondit seulement à la consultation des Francs, comme le principal docteur et pasteur, qui est tenu de résoudre les cas particuliers de conscience, pour mettre les âmes en sûreté (Ibid., t. II, p. 382) ». — « Ainsi l’Église ne destinait, ni n’instituait les princes légitimes ; elle répondait seulement aux nations qui la consultaient sur ce qui touche à la conscience, sous le rapport du contrat et du serment. Ce n’est pas là une puissance juridique et civile ; mais seulement directive et ordinative, telle que l’approuve Gerson (Ibid., t. II, p. 384) ».
Voilà ce que dit Châteaubriand, à la suite de Bossuet et de Fénelon : « Traiter d’usurpation l’avancement de Pépin à la couronne, c’est un de ces vieux mensonges historiques qui deviennent des vérités à force d’être redits. Il n’y a point d’usurpation là où la monarchie est élective, où l’a déjà remarqué ; c’est l’hérédité qui, dans ce cas, est une usurpation. Pépin fut élu de l’avis et du consentement de tous les Francs : ce sont les paroles du premier continuateur de Frédégaire. Le pape Zacharie, consulté par Pépin, eut raison de répondre : Il me paraît bon et utile que celui-là soit roi, sans en avoir le nom, ou à la puissance, de préférence à celui qui, portant le nom de roi, n’en garde pas l’autorité ». (Studia histor., t. III, p. 213).
VIES DES SAINTS. — TOME III. 28
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taire de mai, et Ciaconius dans sa *Vie des Pontifes romains*. On préfère la gravure adoptée par les premiers à celle donnée par le second.
Voyez les lettres de saint Zacharie, t. VI, *Conc.* et les Pontificaux. Voyez aussi Fleury, t. IX, l. XIII, p. 349.
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## SAINT ARISTOBULE,
## L'UN DES SOIXANTE-DOUZE DISCIPLES DE JÉSUS-CHRIST,
## APÔTRE DE LA GRANDE-BRETAGNE (1er siècle).
Saint Aristobule était frère de saint Barnabé. Il s'attacha à saint Paul et fut d'abord chargé d'une partie des fidèles de Rome. Il fut ordonné par saint Pierre, chef de l'Église, évêque de toute la Grande-Bretagne, et accompagna cet apôtre dans son voyage aux îles Britanniques.
Les Anglais ajoutent qu'il était citoyen romain, comme saint Paul, et qu'il mourut martyr à Glaston.
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## LE BIENHEUREUX LOUIS MORBIOLE (fin du xvᵉ siècle).
Il naquit à Bologne. Oubliant les principes chrétiens dans lesquels sa famille l'avait élevé, il se livra à tous les plaisirs et à tous les vices du monde. Chargé de dettes, il se vit obligé de quitter son pays et se rendit à Venise où les chanoines de Saint-Sauveur le reçurent par charité. Une maladie grave dont il fut atteint et la crainte des jugements de Dieu, furent les moyens dont le ciel se servit pour l'arrêter dans la voie du mal. Louis, sincèrement converti, retourna à Bologne, chargea son frère, auquel il abandonna sa part de biens, du soin de satisfaire ses créanciers, et entra dans le Tiers Ordre du Carmel. Il se montra à ses concitoyens revêtu d'une simple peau de brebis et les pieds nus et leur demanda pardon des scandales qu'il leur avait donnés. Sentant vivement le besoin de réparer d'une manière éclatante ses désordres, il parcourut l'Italie, tenant à la main un bâton au bout duquel était fixé un crucifix, et prêchant partout la pénitence avec un succès qui fit croire que Dieu l'avait suscité pour réformer les mœurs de ses contemporains. Sans demeure fixe, il couchait sur la terre. Dans la suite, un homme pieux le recueillit, mais le Saint ne voulut habiter d'autre réduit que le dessous d'un escalier : ce réduit fut plus tard changé en oratoire. Il vécut ainsi jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. Son corps, d'abord enterré dans le cimetière de la cathédrale, fut au bout de dix mois inhumé dans l'église même, à cause des miracles qui bientôt illustrèrent son tombeau. Grégoire XVI a approuvé le culte qu'on lui rendait depuis le jour de sa mort, le 24 octobre 1842, en même temps que celui des bienheureux Roméo, Louis Rabata et Jacobin, tous de l'ordre du Carmel.
*Bréviaire des Carmes.*
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Événements marquants
- Élection au pontificat le 19 novembre 741
- Négociation de paix avec le roi Lombard Luitprand à Terni
- Intervention diplomatique à Ravenne et Pavie
- Soutien à l'apostolat de saint Boniface en Allemagne
- Rachat d'esclaves chrétiens vendus aux Maures
- Autorisation du changement de dynastie en France au profit de Pépin le Bref
- Conversion des princes Carloman et Rachis à la vie monastique
Miracles
- Une nuée le garantissant du soleil entre Rome et Ravenne
- Nuée précédée de bataillons armés entre Ravenne et Pavie
Citations
Heureux les pacifiques, car ils seront appelés les enfants de Dieu !
Le mieux était que celui qui avait toute la puissance fût roi.